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Full text of "De la generation des vers dans le corps de l'homme : de la nature et des especes de cette maladie; des moyens de s'en préserver & de la guérir"

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of Prcfesscr 
H;::J.s: Van Cleeve 


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D'E LA 
GENERATION 
DESVERS 
DANSLECORPSDE L'HOMME, 
DE LA NATURE ET DES ESPECES 


de cette maladie ; des Moyens de s'en préferver 
& de la guérir. 


FROISTE ME EDITION. 


Confidérablement augmentée , & formant. 
un Ouvrage nouveau; avec Figures, 


PAR M. ANDRY ,; CONSEILLER DT ROT ; 
Lecteur ç& Profeféur en Médecine an Collège Royal, 
Docteur Régent, dr ancien Doyen de la Faculté de 
Médecine de Paris , dre. 


ATOME PRIVMIER, 


GED 
A PARIS, 


la Veuve AL1x , au-deflus de la rue 
Chez des Noybrs , au Griffon, de D 


LAMBERT & Duraxp , à la Sagefe Jacques, 
& à faint Landry. 


NE: CC: SCORE: 
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DV ROI: 


Vermiculi vrvos nos torquent , à mor- 
zuos confumunt ,ut vere. Job. Cap. VIII. 
v. $. Caro mea undique verminofa eff. 
Thom. Barth. A@a Med. & Philofoph. 
M V.T 


Les Vers nous tourmentent pendant 
notre vie, & nous confument après no- 
tre mort : Ce qui confirme bien la pa- 
rolede Job, chap. VIII. v. $. Ma cHAIR 
NEST QUE POURRITURE. Thom. Barth. 
Ad. de Med. & de Philofoph. T. F. 


* Ce paffage n'efi pas dans la Vulgate , [elon les mêmes 
termes que le cite ici Bartholin. Elle porte : CARO MEA 
REPLETA EST PUTREDINE ; MA CHAIR EST PLEINE 
DE POURRITURE. Mais l'Hébreu porte : MA CHAIR 
EST CHARGE E DE VERS; @ la Verfion des Sepiante, 
Mon cORPS EST COUVERT DS FOURRITURE ET DE 
VERS, 


A MESSIRE 


RUXCRESCENT 


: FAGO N: 
- CONSEILLER D'ETAT ORDINAIRE, 


E T 


PREMIER MEDECIN 
BE KR O:Y. 


> : 


JoONSIEUR, 


VOICI vx Ouvrage 
‘qui vous ef? di ab{olument. 
_ Tome I. a 


FE PTT RUE 
Quand taus les Jentimens 
de reconnoiffance , qui m at- 
cachent 4 vous , ne me 
Papprendrotent pas , l’occa- 
fion qui me l’a fait compo- 
fer, Jufiroit pour m'en con- 
vaincre. C'efé la guérifon 
d'un malade , redevable de 
la vie au foin que j'at tou- 
jours ew de vous étudier. 
avoirs long-temps regardé 
comme un problème s'il con- 
venoit de purger au com- 
mencement des maladies : 
Mais je me dérerminai bien- 

r, quand j'appris quelle 
étoit fur cela wutre Prati= 
que. Elle me confrma dans 
la Doétrine d'Hippocrate , 
qui recommande alors les 


BAPIT RE 
purgatifs , dès que Les bu- 
mburs en fougue menacent 
d'attaquer les principales 

parties du corps. fe trai- 
sois un pleuretique , auquel 
étoit furvenu un tranfport 
an cerveau : Le mal com- 
mençoit , j'en CxXaminat LORS 
les [ymptômes ; g) apres 
avoir remarqué une ferimen- 
tation violente d'humeurs , 
je crus qu'il falloit recou- 
rir au purgatif, Je le fs, 
MONSIEUR , perfuadé 
qu'on ne pouvoit Je tromper 
avec vos maximes, qui font 
les fruits d'une [? longue 
expérience, € d'ine médi- 
tation f? profonde Ce pur- 
gatif, pris avant la coétion 
| a ij 


EPAIT RUE: 
des humeurs, auroit d& , fe. 
lon quelques gens prévenus, 
caufer la mort au malade : 
Mais loin de lui ôter La 
vie , 11 la lui rendit , em 
le délivrant d'un Ver plar, 
UE de plus de quatre au- 

.. C'eft de ce. Fer ; dont 
a vous prefentai l Efampe 
11 y a plufieurs mots, Mo N- 
SIEUR. ÿC me fouviens que 
vous me frites l'honneur de 
me dire a ce [ujet , qu'en 
différentes rencontres vous 
aviez vu des Vers [embla. 
bles : Ce qui doit ramener 
que. lques efpries opiniätres, 
qui ayantggui parler de ce. 
lui ci, n'ont ph croire le 
fait poffible. La circonftan- 


ÉPLTRE. 
ce de’cette guérifon eft ce 
qui a donné lieu au Traité 
que je vous préfente : Il 
ne paroîtra ‘point [ans vo- 
tre confentement , M O N- 
SIEUR. Mais j'efpere que 
vous ne me. Le refuferez 
pas , quand vous confidere. 
rex que je ne cherche en ce- 
c1 que l'avantage du Public: 
car c'efe Là le principal motif 
qui peut vous faire agréer 
un Ouvrage , comme c'eft un 
des principaux motifs de tou- 
res vos altions. En effet ;: 
MONSIEUR, quand fe 
pe Je tout ce que vous fai- 

, je ny irouve vien qui 
ne a une preuve de votre 
aéle pour l'urilité publique. 

à ii] 


ÉERET RE 

S2 vous travaillez avec tant 
de confiance à l'avancement 
de la Médecine | c'eft que 
vous ne goûte? pas de dou- 
ceur plus grande que de con- 
tribuer au plus grand bien 
des Citoyens , en perfeltion- 
nant un Art qui ne tend 
qu'a le leur conferver. Si 
vous éloignez les impofteurs, 
ces gens [ans avem | qui, 
dans une profeffion toute cha. 
ritable, ne fongent qu'a con- 
tenter leur avarice, c'eft que 
vous fonffrez avec douleur, 
que le Peuple, incapable de 
difcerner par lui - même la 
vérité , foit le jouet , on, 
pour micux dire , la wibti- 
me du menfonge. Si vous 


EPITREÉ. 
“employez l'autorité du Sou- 
Verain , pour empêcher cer 
Laines Facultés du Royau- 
me d'accorder indiffinéte- 
ment des décrés à quicon- 
que fe préfente, c'ef que 
vous ne voulez pas qu'on 
| dreffe ainfi des pieges a la 
vie des hommes , en prodi- 
£uant à des jenorans les t1- 
tres d'une dira: , qu ils ne 

poffedent pas. Si " OR VOUS 
LE ff attentif à conferver 
la fanté du monde la plus 
précieufè , Eÿ confiée a vos 
foins pour le bonbeur de la 
France, c'eff que vous f[ça- 
vez qu'en Vous acquitant 
d'un devoir fi indifpenfa- 
ble | avons affurez le repos 

div 


EPATIR ES 
€5 le [alut de l'Etat. Enfin 
f vous protegez avec tant 
de bonté notre Compagnie, 
votre vue ef? de l'animer à 
rendre [es Ecoles de jour en 
jour plus florifflantes ; vous 
vous en êtes expliqué , 
MonsiEuURr, æ c'eff le 
témoignage qu'elle vous a 
donné elle - méme dans ce 
Remerciment [olemnel , que 
par Jon ordre j at traduit 
en notve Langue avec tant 
de plaifir. On peut dire 
qu'elle remplit avec fuccès 
VOS 1ntentions : Vous voyez, 
qu'elle s'applique unique- 
ment à former des Médecins 
fages , éclairés , laborieux, 
€ qui envifagent moins leun 


ÉPITRE 
intérér que le foulagement 
de leurs malades. Auffi , 
MONSIEUR, tout for 
but ef? de faire des Méde- 
cins capables de vous imi- 
ter : Elle ne propofe a fes 
Eleves d'autre modéle que 
le defintéreffement , la géné. 
rofite , la droiture , les prin- 
cipes de probité g) de re- 
ligion, que l'on remarque en 
toute votre conduite : Eîile 
leur remet devant les yeux 
cette élevation de Génie , 
cette grandeur d'Ame, cette 
profondeur d'Erudition ff ho- 
norables au difcernement dw 
Prince, qui les a dignement 
recompenfées en vous au gré 
de tons fes Peuples. Elle 


ÉPETIKLE 
leur préfente ces [çavantes 
Thefes , vu la délicatefle de 
vos expreffions n'ôte rien à 
la folidite de vos penfées , 
æ) où l'une €$ l'autre enfem- 
ble prefcrivenr les regles [a- 
lutatres d'un Art, qui de- 
mande tant de circon/pec- 
tion g) de prudence. La der- 
niere de ces Théfes, entre 
auires , m'a paru f; achevée, 
qu'après en avoir cité plu- 
fieurs endroits dans mon Li- 
vre, je n'ai pu m'empêcher 
de l'y traduire toute entie- 
ve ; non par l'efperance , 
MONSIEUR, d'en pou- 
voir exprimer les beautés, 
mais par le defir d'en don- 
2er au moins une legere idée 


EPITRE. 
a ceux a qui le fecours des 
traduitions eft néceffaire. La 
Faculté enfin n a d'autre vo- 
lonté que la vôtre. Elle vous 
chérit comme fon Proteëteur, 
g) vous révere comme [on 
Oracle, Ce que je dis d'elle 
en général, Je peut dire en 
particulier, de tous ceux qui 
la compofent , ou fi quel- 
qu'un de nous étoit affez 
malheureux pour mériter 
une exception , le Corps le 
défavoueroit , € ne le re- 
garderoit plus comme un de 
fes membres. Te ne cours 
point ce rique , Mon- 
SIEUR , car dans le def- 
{ein commun de nous former 
€ de nous régler [ur vous, 


EPYTRE. 

ff je nai pas le talent des 
autres pOur y parvenir , nul 
au MOINS 4 plus de vené- 
ration & de deference que 
mot pour vos fentimens , &) 
pour votre 1llufire Perfon- 
ne. Te [uis avec un profond 
 refpeét, 


MONSIEUR, 


Votre très-hümble , très-- 
obéiflant & très-obligé” | 


Serviteur , ANDRY, 


A Parisce premier Novembre 1699. . 


REPONSE 
DE M. LE PREMIER MEDECIN. 


A Verfailles le 24, Novembre 1699. 


M onsteur, 


Si je ne vous invitois pas a don- 
ner promptement au Public, l'utile 
7 fçavant Ouvrage , que vous 
voulez que j approuve ; non-feule- 
ment je ne répondrois point au Por- 
trait dont vous me flatez , mais je 
reconnotrois fort mal l'honneur que 
vous me faites de me l'adreffer , en 
m'oppofant à celui que l'occafion de 
ce Traité , © la maniere dont il ef? 
compofé , doivent faire à votre ju- 
gement & à votre érudition. I] n'y 
a que l'excès des Eloges ; dont votre 
Epitre eff remplie, qui m'obligeroit 
à Vous prier de la retrancher , fi je 
pouvois m'imaginer que quelqu'un 
me crêt affez vain , pour être capa- 
ble de me les agtribuer. Je les resar- 


de, MONSIEUR , comme une de 
ces idées parfaites ; aufquelles on 
afpire fans y pouvoir atteindre ; 
© je veux bien donner une preuve 
du zèle que je vous avoue d'avoir 
pour le bien public; en fouffrant que 
vous propofiez pour exemple, à ceux 
qui ont envie d'y contribuer, une co- 
pie qui me reffemble fi peu: Mais je 
Jouhaite en même-temps qu'on me 
connoiÎfe véritablement par l'eflime 
infinie que je fais de votre mérite ; 
7 par la difpofition où vous me 
trouverez toujours, de vous marquer 
dans les occafions de le publier, € de 
vous fervir, queje [uis affurement ; 


MONSIEUR, 
Votre trés-humble & très- 
À affectionné Serviteur , 
FA G ON. 


Comme cette réponfe fi digne de la générofité & de 
Ja modeftie de fonilluftre Auteur, lui :end avec ufure 
les juftes Elogrs qu’il retufe, & qu’elle mai qu: en mé- 
me temps le foin qu’ilprend d'encourager ceux qui tâ- 
chent de contribuer en quelque chofe à l'avantage du 
Public ; on n’a pas réfifté à la tentation de la rapporter 
ici , pour ‘uppléer à tout ce que les bornes d’une Epî= 
tre n'ont pu permettre de dire, 


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DE DK 7 + ES DE 


PREFACE. 


E répeterai ici d'abord ce 

que J'ai déja dit dans les pré. 
cédentes éditions ; fçavoir, 1°. 
Qu’encore que les maladies cau- 
fées ; ou entretenues par les 
Vers , ne foient pas aufli fré- 
quentes que fe l’imaginent quel- 
ques perfonnes préocupées ;, qui 
font dépendre des Vers , pref. 
que tous les maux qui afigent 
le Corps Humain ; un Méde- 
cin eft néanmoins obligé de 
s'appliquer à connoître ces ma- 
ladies , s’il veut s'acquitter com- 
me il faut d'une Profeflion qui 
le doit rendre utile à toutes for- 


ÿ. PRE FTASE 

tes de Malades. 2°. Que c’eft 
ce qui m'a porté à ne point fé- 
parer cette étude du grand nom- 
bre de celles que la Médecine 
exige. 3° Que fi l'on me de- 
mande pourquoi j'ai écrit fur les 
Vers , préférablement à tant 
d’autres matieres qui paroiflent 
beaucoup plus importantes, J’a- 
vertis que ce qui m'y a princi- 
palement déterminé ; eft le peu 
d'attention que Jai vu que l’on 
faifoit à un mal qui devient fou- 
vent funefte , quand il eftemé- 
gligé. 4°. Que cette raïfon , D. 
te à l’occafion que je vais rap- 
porter, ne ma pas femblé in- 
différente. 

Le quatriéme de Juin de l’an- 
née 1698. je fus appellé dans la 
rue S. Denis pour voir un jeune 
Homme attaqué depuis ce jour- 
là d'une forte fiévre , accompa- 
gnée d’une preflante douleur de 

côté 


| PRÉRACE. 
côté, d’un crachement de fadg , 
& d’une grande difhculté de 
refpirer. Je commencçai d’abord 
par la faignée , que Je fis réite- 
rer le lendemain. Le troifiéme 
jour je procurai au Malade une 
fueur qui le foulagea confidera- 
blement.. Le quatriéme il parut 
beaucoup mieux ;-mais la nuit 
du quatriéme au cinquiéme , il’ 
eut un tranfport au cerveau qui 
ne finit que fur les fept heures 
du matin. J’ordonnai le lenëe- 
main, qui étoit le fixiéme jour, 
une potion purgative ; le Ma- 
lade , une heure après l'avoir: 
prife , fentit quelque chofe-s’a- 
_giter dans fon-corps. Cette agi-- 
tation dura environ deux heu- 
res , & fe termina par la for- 
is du Ver repréfenté dans la- 
anche fuivante. 
Ce Ver eft plat comme un: 
ruban , & long. de quarre-aul- 
Tome I. 


mm EREFFRACE 

nes trois pouces ; fans y com: 
prendre l'extrémité qui s’eft {é- 
parée , & qui s’eft perdue. Il à 
une tête , & eft forti vivant. IL. 
eft mince & étroit vers la tète ; 
épais d'un écu ; & large de 
demi-pouce vers le milieu de 
fa longueur. Il à la tête noire .. 
plate , un peu arondie (A), 
où font quatre ouvertures , deux 
d'un côté ,; & deux autres au 
côté oppolé ; le corps tout 
blanc , diftingué par plufeurs. 
emboettures (B }) , & les côtés 
garnis de mammelons (€) 
dans chacun defquels paroït une 
petite-ouverture ,; avec un petit 
vaifleau bleuâtre ; qui traverfe 
jufqu'à la moitié de la largeur 

COrps. 

Ces mammelons font inéga- 
lement rangés : il y en a tan- 
tôt deux d’un côté , & un de 
Fautre ; tantôt trois d’un côté 


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1j 


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a 
pag de la Prefice 


“ 


FRERACE. Ÿ 
faps qu'il y en ait aucun de 
l'autre , &c. 

Ce Ver eft forti noué ; (D) 
je le conferve en cet état dans 
de leau-de-vie. Le Malade fe 
trouva guéri peu après l'avoir 
rendu. | 

Quelques Médecins ayant vu 
l'eftampe de cet infeéte ;-que je 
fis aufli-tôt graver, traiterent [a 
chofe de fable ; d'autres ayant 
vu le Ver même, firent courir 
le bruit que javois chaflé du: 
corps d'un Malade un Ver mon- 
ftrueux , qui ne s’étoit jamais vu. 
Les uns &ê les autres fe font 
également trompés. J'avertis les 
premiers que je garde l'infeéte 
en queftion, avec un 1 grand nom- 
bre d'autres de même genre , 
que j'ai depuis fait fortir , la 
plüpart encore plus longs ) & 
dont je donne la figure dans 
cette nouvelle édition. Ainfi: 


b à 


ny PREFFACE 
on pourra s’éclaircir de la véri- 
té quand on fouhaitera.. 

Les derniers verront dans cet: 
Ouvrage , que le Ver dont il: 
s'agit , neft point nouveau, & 
qu'il a été connu aux anciens. 
Médecins, à Hippocrate entre. 
autres, & à Ariftote, & que dans: 
les Livres des Modernes on en: 
trouve plufieurs exemples. J'a- 
jouterai que M. Fagon , Pre- 
mier Médecin de Louis XIV... 
m'a dit avoir. vu plufieurs Vers 
dé cette nature en diverfes ren-- 
contres. Ils y apprendront de 
plus, que c'eft un Ver commun. 
en Hollande ; où il s'en trou- 
ve de beaucoup plus longs que 
celui-ci, comme me la mandé 
d’'Amfterdam M... Hartfoeker ,. 
par une Lettre. que je rapporte. 
dans ce Livre. 

Au refte, ce n’eft pas la pre-- 
muiere fois qu'on a traité de mon: 


PRÉFACE. vi: 
fres ces fortes de Vers. On: 
verra dans une Lettre de Guil-- 
laume Fabricius ,; citée dans ce. 
volume , qu'à Payerne , une- 
Femme ayant rendu un Ver- 
femblable , le bruit courut auili-- 
tôt dans toute la Suifle & dans’ 
toute la Bourgogne, qu'il étoit. 
fort un monftre épouvantable. 
du corps d'une Femme. On 
parloit par-tout de ce prétendu. 
monftre ; & on ne l'appelloit. 
que le monftre de Payerne. Voi- 
là comme ies uns refufent de. 
Troire tout ce qui leur paroit. 
extraordinaire , & comme les. 
autres fe plaifent même à l'exa-- 
gérer. 

Quant au Ver que je fis for-- 
tir du corps de ce jeune Hom- 
me ; chez qui je fus appellé ,, 
rue S. Denis , je confiderai cet. 
infeéte en préfence de plufeurs 
petfonnes ; & l'ayant mefuré- 


vÿ) PRÉFACE. 
avec l’aulne d’un Marchand ;, 
nous le trouvèmes de quatre 
auines trois pouces, fans y com- 
prendre l'extrémité, qui, comme 
nous l'avons remarqué > S'étoit . 
rompue ; & na pu être trouvée. 
M. Mery ; de l'Académie 
des Sciences , à qui je montrai 
cet infeûte ;, a cru que les”ou- 
vertures qui font aux deux cô-- 
tés de la tête, & que je prends. 
pour des yeux ; font des nari- 
nes ; c'eft ce que nous exami- 
nerons ailleurs : je vis un col, 
extrémement mince , dont les” 
articles , vers le commence- 
ment , fe touchoient prefque ;. 
& un corps long qui alloit en 
élargiffant vers le milieu de fon: 
étendue , & dont les articles. 
étoient diftants d’un pouce ; er 
un mot , je vis le Tænia(a).. 


(4 Tania, mot Grec qui fignifie Rubams . 
auf ce Ver fe. il fait comme un Rwhax.: 


PURE FACE. ,0 

que quelques Auteurs , comme 

_ Arnauld de Villeneuve , entre 

autres , nomment Soum, ( je 

ne fçai pourquoi )} & que J'ap- 

pellerai Solitaire ; parce qu'il eft 

ordinairement feul de fon efpé- 

ce dans le corps où il fe trou-- 

ve , ainfi que nous l’obferve- 
rons plus bas. 

Ce Ver, dit Hippocrate , de- 
meure fi opiniatrement dans les 
corps où il eft , qu'a moins 
d'un remede fpécifique pour le: 
faire fortir, il vieillit avec fon: 
hôte , & l'accompagne jufqu'au: 
tombeau. | 

La tête de ces fortes de Vers, 
tenant à un cou fort mince, fe 
fépare aifément , & refte pref- 

que toüjours dans le corps du: 
Malade. Aiïnfi la têre de celui- 
ei , le rend plus particulier. 

Quant au Malade , il fe trou- 
va. beaucoup mieux fitôt qu'il 


x PRE RACE 

fut délivré d’un tel hôte. Le 
lendemain , qui étoit le feptié- 
me Jour de la maladie, il n’eut 
plus de fiévre , & le jour d’a- 
près il fut guéri : nous n’oublie- 
rons pas de remarquer que le 
Ver fortit noué ; cette circon- 
lance que nous avons déja ob- 
fefvée , doit faire juger qu'il fit: 
bien des mouvemens aupara- 
vant, & qu'’ainfi le Malade ne- 
pouvoit manquer de fentir alors: 
beaucoup d'agitations. 

Si quelques perfonnes_ont: 
traité de fable ce Ver, comme 
nous lavons obfervé , d’autres: 
ont été à une extrémité oppo- 
fée ; & ont dit que c'a été de: 
tout temps un chofe fi commu 
ne, qu'elle ne méritoit pas feu- 
lement la moindre attention. 
Comme je veux croire que ce: 
langage eft fincere , je prie ceux 
qui l'ont tenu , de jetter les yeux: 


{ur 


PRE FACE. x 
. fur ce Traité. Ils y verront com- 
me les Médecins qui nous ont 
devancés , ont pris foin de fai- 
‘re remarquer ces fortes de faits, 
lorfqu’il leur eft arrivé d’en dé- 
couvrir quelqu'un. Ils y verront 
entre autres , comme Guillau- 
me Fabricius , Philibert Sarra- 
cenus ; Amatus Lufitanus , Spi- 
gelius ; Tulpius , nous en décri- 
vent jufqu'aux moindres circon- 
ftances , & comme Fabricius , 
en parlant d'un Ver femblable, 
dit qu'il le conferve dans fon 
cabinet parmi (a) fes raretés. Ils 
y apprendront , par l’exemple . 
des plus fçavans Médecins , 
qu'on ne fçauroit faire trop d’ob- 
fervations en Médecine , & que 
ce qui fouvent ne paroït pas di- 
gne de curiofité aux yeux de cer- 
tains efprits, eft ce qui occupe 
(a) Ego Lumbricum hunc exficcaium in 
fer rara mea refervo. Cent. II. Obferv. 70, 


Tome I. C 


xj PREFAÇCE 
le plus les perfonnes fcavantes. 
Quelques-uns fe font éton- 
nés fur-tout , que j'aye fait gra- 
ver leftampe d'un aufli vil in- 
ete queft un Ver , & que 
jaye marqué toutes les particu- 
larités qui en regardent la ftru- 
&ure ; mais je les prie de faire 
réflexion à ce que dit Pline le 
Naturalifte ; que c’eft fouvent 
dans les plus vils animaux que 
la nature eft plus admirable , & 
que quand ï s’agit de la con- 
templer comme il faut, il n’eff 
point de petites circonftances. 
Je les exhorte donc , en me 
fervant des paroles de ce même 
Auteur, à ne pas tout-à-fait s’en 
fier à leur dégoût fur ce qui leur 
déplaira dans les détails que je 
fais , n’y ayant Jamais rien de 
fuperflu dans ce qui fert à nous 
faire connoître la nature (a). 


(a) Turrigeros Elephantorum miramur hs- 


MERE FACE xÿ 

Pour ce qui eft d’avoir fait 
graver le Ver dont il s’agit, 
loin de me corriger Rà - deflus 
dans cette nouvelle Edition, jy 
en ai fait graver plufieurs autres, 
dont j'ai délivré divers Mala- 
des , & j'ai fuivi en cela l'exem- 
ple de Spigelius , de Sennert ; 
de Fabricius, de Tulpius, &c. 
qui ont fait defliner avec foin, 
les Vers plats qu'ils ont vüs ; 
afin que fi ces Vers étoient dif- 
férens de quelques autres de 
ce genre, on püt aifément s’en 
inftruire par la confrontation 
des figures ; & c'eft ce qui ar- 
rive en cette occafion ; où l’on 
verra la figure de ceux-ci, dif. 
meros, Taurorumque collz, Ge truces in fu- 
blime jaëtus Tigrium vapinas , Leonum ju- 
bas , com rerum natura nufquam magis quèm 
in minimis totæ [it Quapropter quafo, ne 
hac legentes, quoniam ex his fpernunt #ulta, 
etiam relata fafidio damnent, cum in con 


templatione nature nihil pofit videri [uper- 
vacuum, Plin. Hift. nat. Lib. XII. Cap. 2. 


ci 


iv PRÉFACE 
férente de celle qui eft dans 
Spigelius , (4) & que voici dans 
cette planche, fig, 1. d’une au- 
tre qu'on voit dans aldrovandus 
& dans le même Spigelius, tra- 
cée ici fig. 2. de la même plan- 
che ; d'une autre que nous a 
laiffée Fabricius , marquée dans 
cette autre planche, fig. 1. & 
d’une autre qu'on trouve dans 
Tulpius, où la tête eft prefque 
faite comme celle d’un poiffon. 
Voyez ici fig. 2. 

Aurefte le deflein que je me 
propofe dans cet Ouvrage, eft 
de donner un Traité entier fur 
les Vers du corps humain ; 
d'expliquer comment ils s’en- 
gendrent ; d'en expofer les 
différentes efpéces ; d'en dé- 
clarer les fignes , leseflets , les 
prognoftics ; de marquer Îles 
meilleurs remédes contre ce 


(a) Spigel. de Lumbrico lato. 


Pas XI de la Prepace LT PL de celle pare 2 


line qui élire 0777777, 
[= 


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Lay XIF., de la Preface QE PL de cette Pagé 


(REY LE RE 
LE | Là 
Le # ; 


PRE FACE vx 
al; de faire voir que quelque- 
fois ces Animaux caufent ou 
entretiennent des maladies dans 
lefquelles on n'a pas coûtume 
de les foupçonner ; & qu'il y a 
des pleuréfies , des phthifies , 
des jaunifles, &c. qui ne peu- 
vent bien fe guérir que par des 
remédes vermifuges. 

_ Je ne me borne pas ici aux 
Vers des inteftins ; je parle de 
tous ceux auxquels les différen- 
tes parties du cerps font fujet- 
tes. J'ai foin d'éviter toutes les 
fables qu'on à coûtume de dé- 
biter fur ces matiéres , & de 
ne rien rapporter qui ne foit di-. 
gne de la créance des Lelteurs 
éclairés ; car ,; pour le remar- 
“quer en paffant , on fait tous les’ 
jours fur les Vers, cent hiftoi- 
res différentes , qui, examinées 
de près ; fe trouvent très-éloi- 
gnées de la vérité J'en ai vu 

Ci]. 


x PRE FACE. 
bien des exemples : en voici 
un entre autres , qu'il ne fera 
pas inutile de rapporter. 

Dans la rue St Denis, pro- 
che l'Eglife Ste Opportune , 
chez un Marchand de T'apifle- 
rie, étoit une petite fille mala- 
de, que lon croyoit avoir des 
Vers. Cette petite fille , une 
heure après avoir rendu un Îa- 
vement , fut portée auprès du 
feu. On ne l'y eut pas laïflée 
un moment debout , que parut 
à fes pieds ; un Infeéte affez ex- 
traordinaire , qui fe trainoit fur 
le plancher. Il n’en fallut pas 
davantage pour faire croire que 
cette petite fille venoit de le 
rendre ; & que c’étoit un effet 
du reméde. On appella du mon- 
de ; on confidéra cet Infe&te , 
que l’on trouva affez femblable 
à une Ecrevifle. Le bruit fe ré- . 
pandit auflitôt dans tout le voi- 


PRFFACE. xvÿ 
finage , qu'il étoit forti une 
Ecrevifle du corps d’une petite 
fille. L’Apothicaire qui avoit 
compofé le lavement, n'aver- 
tit fur l'heure : je me difpofois 
à aller chez les parens de len- 
fant pour feavoir la vérité du 
fait; mais j'appris qu'on avoit 
jetté l’'Infeéte dans fe feu. Cela 
fut caufe que je remis à uné 
autre fois +; à m'informer de la 
chofe. Quelques femaines après, 
{ c'étoit le 30. de Juillet de Fan- 
née 1699.) je fus voir lés pa- 
rens , lefquels me dirent qu'ils 
avoient découverts depuis peu 
de jours dans du bois auw'ils te- 
noient à lacave, des bêtes tou 
tes femblables à celles-là ; & 
que lorfque cet Animal fut trou- 
vé dans la chambre , on venoit 
d'y apporter du bois de la cave 

our faire du feu. Cela ne me 
Lits pas balancer fur ee qu'ii 
C 1V 


xviy) PRÉFACE. 
falloit juger du bruit qui s'étoit 
répandu ; & je balançai d’autant 
moins , que de la maniere dont 
on m'avoit déja dépeint cet In- 
fe&te , il m'avoit paru être de 
ceux qu’on trouve fouvent par- 
mi le bois;lefquels ont deux cor- 
nes a la tête ; deux piquans à la 
queue , quatre pattes aflez gran- 
des, & un corps écaillé. Mais 
rien ne montre mieux combien 
1l faut examiner les chofes , que 
la prétendue hiftoire de deux 
Couleuvres, dont nous parlons 
page 285. de ce Traité :nous y 
renvoyons. 

Je ne me contente pas d’é- 
viter les hiftoires fauffes ou fuf 
_pectes ; mais comme je décris 
ici plufieurs remédes, Jeprends. 
garde de n’en rapporter aucun 
qui ne foit marqué au fçeau de 
la bonne Médecine. Enfin je 
tache de n'aflurer rien fans l'a- 


PRÉFACE. xix 
voir bien examiné, & j'eftime 
avec Pline le jeune, qu'on ne 
fçauroit être trop circonfpe& ; 
quand il s’agit de donner quel- 
que chofe au Public. (a) 

Pour être plus en état d’ob- 
ferver cette exactitude dans tout 
ce qui concerne ce Livre; j'ai 
tâché de ne m’entèêter d'aucune 
opinion , & J'ai cru que je de- 
vois beaucoup me regler fur ce 
que dit Galien : ,, Que la Mé- 
» decine ne peut arriver à fa 
» perfection que par un grand 
» nombre d'Obfervations faites 
» de fiecle en fiecle : que ceux 
» qui travaillent les premiers ;. 
ne peuvent tout enfemble ;. 
»& commencer & achever; 
» & que c’eft à la poftérité, à 
» accroïtre par de nouvelles dé-- 

(a) Nihil cure mer fatis eff : cogito auam: 


© ft magnum dure aliquid in manus hominunes. 
Plia.. Lib. VII. Epilt. 126. 


x PREFACE: 
couvertes, le fonds de fes 
>» Perés, (a); 

Ce Traité comprend quatorze 
Chapitres ; qu'il eft bon delire 
de fuite , parce qu’ils ont pref- 
que tous , liaifon les uns avec 
les autres. | 

J'explique dans le premier ce 
que c’eft que Ver, & cequ'on 
entend par ce mot. 

Dans le fecond , comment 
ces Animaux s’engendrent en 
nous. 

J'enexamine lesefpéces dans 
le troifiéme , & les effets dans 
le quatriéme. 

On voit au cinquiéme tous 
les fignes de cette maladie; & 
au fixiéme, les moyens des’en 

“garantir. 

Le feptiéme contient les 
circonftances qui font à confi- 
dérer dans la fortie de ces In- 


(a) Galen. Comment. in Aph, L. 


CORRE EE 4 C Ex 
fetes , & les prognoftics bons 
ou mauvais quon en peut ti- 
rer. 

Le huitiéme eft fur le danger 

de certains remédes qu'on em- 
ploye d'ordinaire contre les 
Vers, & qu'il faut éviter. 
__ On trouve dans le neuvié- 
me , ce qu'il eft à propos de 
pratiquer pour la guérifon de 
cette maladie. | 

Le dixiéme , qui eft une fui- 
te du précédent, renferme des 
remarques importantes fur lu- 
fage de la purgation. 

On voit dans le onziéme ; 
quelles précautions il faut ob- 
ferver quand on fait des remé- 
des contre les Vers. 

Jetraite, par occafon , dans 
le douziéme , de certains Vers 
nommés Spermatiques , dont 
plufieurs Phyficiens croyent que 
font formés. tous les Animaux. 


fi PRÉFACE 

Le treiziéme confifte ex 
quelques A phorifmes , qui font 
comme une récapitulation de 
l'Ouvrage. 

Le quatorziéme offe un: 


éclarciflement fur divers en- 


droits du Livre. 


Voila tout ce que c’eft que 


ce Traité. Le Volume en pa- 
roïtra peut-être un peu gros ; 


mais le Traité n’en eft pas pour 


cela plus long : car je nemy 
éloigne point de ia matiere que 
je traite. Or je crois que quand 
on fe renferme dans fon fujet , 
on n’eft jamais long. C'eft la 
remarque de Pline le jeune , à 
la fin d'une lettre où il employe 


plufieurs pages à décrire fa mai-- 
fon de campagne : ,, Pourvu ;: 


» dit-il à fon ami, que la defcri- 
» ption que je viens de vous 


5 faire, ne contienne rien qui: 
»ioit hors de mon fujet , ce 


. 


PIRE F AC E: xxi 
3sn'eft pas ma lettre que vous 
»» devez trouver grande, mais 
3» mamaifon. (4) 

J'en dis autant de ce Traité : 
pourvu que je n'y ayerien ame- 
né d’étranger ; & que tout ce 
qui y eft, convienne à ce que 
je me fuis propofé d'écrire , ce 
n'eft point mon Traité qu’on 
doit accufer de longueur , mais 
la matiere que je traite. | 

Au refte trois Auteurs ont 
écrit contre cet Ouvrage. Le 
premier eft M. Lemery ; le 
fecond , M. Hecquet, tous deux 
Doëteurs Régens de la Facul- 
té de Médecine de Paris ; & le 
troifiéme , M. Valifnieri Méde: 


(2) Sciat Jeriptor , ff inaterisimmoretur , 
non effe longum ; longifimum, fi aliquid accer- 
fit atque attrahit. Similiter nos quum totam 
villam oculis tuis [ubjicere conamur , f; nihil 
indudium  quifi devium loquimur , non epi- 
ftola qua defcribit, |ed villa que ‘deftribitur 
donga ejt. Phn. jun. Lib. V. Ep. 101. 


xxiv PREFACE.. 
cin de Padoue. je réponds à 
M. Lemery dans le quatorzié- 
me Chapitre. Quant au fecond, 
je me contente de rapporter 
fimplement fa critique à la fin 
de ce Volume , parce qu’elle 
ne mérite pas d'autre réponfe. 
A l'égard de M. Valifnieri, ce 
qu'il dit , roule principalement 
fur le Tænia ; mais fes objetions | 
nous ont convaincus , qu'il n'a 
jamais vu de ces fortes de Vers, 
ni vivans, niavec latête. Auff 
ne paroit-il nullement au fait de 
cette matiere. C'eft pourquoi 
nous avons cru qu'il étoit plus 
à propos de ne lui point répon- 
dre du tout. | 

Il dit que ce que je prends 
pour la tête de ce Ver, n'eft 
apparemment qu'une glaire & 
un mucilage. Mais il décide au 
hafard , puifqu'il parle de ce 
qu'il n’a point vu, & dontil n'y 


PRE FACE. xx 
a que les yeux qui puïllent ju- 
ger ; enforte quon peut à ce 
{ujet , lui appliquer ces paroles 
mêmes de M. le Clerc fon par- 
tifan. Qui de V’ermibus iffis à fe 
eunquam vifis verba faciunt ; ido- 
rei eÎfe tefies non poffunt. Ceux qui 
parlent de ces fortes de Vers fans 
les avoir vus, n'en fauroient ren- 
dre un témoignage jufie. (a) 

M. le Clerc non plus n'a pas 
vu affez de Vers plats , ou Lx- 
nia , pour pouvoir juger de ce 
que c'eft que cette forte de 
Ver, 

Il avoue dans fon Hiftoire 
des Vers plats ; que depuis plus 
de quarante ans qu'il exerce la 
Médecine , il n'en a vu qu’un 
feul , & qu'encore ç'a été par 
hafard & en pañlant. Cucurbitini, 


(zx) M. Daniel le Clerc, dans fon Li- 
vre intitulé : Hifforia naturalis or medica 
latorum lumbric. 1715. in-4°. 


zx PRÉFACE. 

ut © aliud latorum lumbricorum 
genus tam raro apparent ; ut Me- 
dicorum plurimi, vel nunquam , 
vel femel rantum , iterumue, per 
toram vitam eos videre poffint 
Ad me quod attinet, [patio qua- 
draginta amplius annorum ; quo 
medicam artem , haëtenus exercuis 
nunquam Cucurbitinos iflos ab 
“aliquo excretos vidifle ; ingenue 
fateor ; donec tandem eorum in- 
Jpiciendorum copiam nuper cafus 
cmihi primum f'écerit , TC. 

On ne doit pas s'étonner après 
cela qu'il paroiffe auffi peu in- 
ftruit fur cet article, qu'il Le pa- 
roît dans fon Livre. 42) 

Il ne nous eft pas arrivé fur 

ce fuget , la mème chofe qu'à 


M. le Clerc & à M. Valifnie- 


(a) Damielis Clerici, Med. Docforis, 
bifloris naturalis de medica | latorum lum- 
bric. Genev. apud fratres de Tournes. 171$. 
m-4°, 


fi: 


— 

PREFACE. xxvij 
ri : le grand nombre que nous 
avons vu de ces Vers, nous a 
mis en état d'en juger , & nous. 
en avons un cabinet garni ;. 
c'eft de quoi le Public eft té- 
moin. Mais ce quil y a de 
plus , c’eft que nous les avons. 
fait fortir du corps même des 
Malades qui les ontrendus. 

À lafin de ce Volume font 
trois Lettres qui m'ont été écri- 
tes fur le fujet des Vers ; les 
deux premieres d'Amfterdam. » 
par M. Hartfoëker , de l'Aca- 
démie Royale des Sciences. 
La troifiéme , de Rome , par 
M. Baglivi ; Doëteur en Mé- 
decine , & Profefleur d’Anato-- 
mie dans la Sapience.. 

On verra dans la premiere 
Lettre ; des remarques curieu- 
{es fur la longueur extraordi: 
naire du Ver plat, ou, comme 
j'ai cru le devoir nommer , du 


Tome LI. d 


xxviy: PR FE A ACCES 

ler Solitaire, nom que je lui a 
donné le premier, & qui lui con- 
vient véritablement pour la rai- 
fon que nous avons rapportée 
au commencement de cette 
Préface. 

On verra dans la feconde 
Lettre , des réfléxions impor- 
tantes , fur les remedes contre 
les Vers, & fur les effets des 
Vers. Dans la troifiéme , qui 
eft celle de M. Baglivi , on 
trouvera plufieurs expériences 
fur ce qui peut chafler outuer 
ces Animaux; divers exemples 
de maladies vermineufes , & 
des raifonnemens folides tou- 
chant la produétion. des Infe- 
tes , la longueur exceflive du 
Solitaire , & la maniere dont il 
{e forme dans le fœtus. Comme 
ces trois Lettres font recom- 
mandables non-feulement par 
le nom & le mérite de leurs 


PRE FACE. xxix 
Auteurs ; mais encore par la ma- 
niere dont elles font écrites ;, 
& par le fond des chofes qu’el- 
les contiennent , J'ai cru que 
je n'en devois pas priver le 
Public. 

J'a fait dans cette nouvelle 
Edition , un grand nombre de 
réformes. J’en ai banni plufieurs 
articles, qu'un nouvel examen 
m'a convaincu devoir. être ab- 
folument retranchés ; & afin 
qu'on voye le foin que je me 
fuis donné là-deflus, jai mis 
à la fin du Volume une lifte 
exacte de ces réformes. Il m'a 
fallu être ici mon Cenfeur moi- 
même ; ceux qui ont Écrit con- 
tre mon Livre ;- n’y ayant rien 
repris dont Jaye pu profiter. 

Dans l'Edition précédente ; 
javois renvoyé les planches à 
un Volume in-42. où je les 
avois fait graver à part; mais 


ss: PRE FLAQCREE 

ici elles font renfermées dans: 
lecorps du Livre , fans renvoi 
à un autre Volume , & elles 
fe préfentent fous les yeux cha- 
cune en particulier , à mefure 
que le fujet le demande ; ce qui 
eft bien plus commode pour les 
Lecteurs, & leur épargne en 
même temps de la dépenfe , n’é- 
tant point obligés, comme ils 
l'étoient auparavant ; d'acheter 
d'un côté un Livre in-12. &. 
de lautre un Livre in-42. s'ils. 
vouloient avoir l'Ouvrage com-- 


plet. 


es 


Critique que Mr Hecquet * a 
faite du Traité de la Généra- 
tion des Vers, & que nous 
avons promis dans la Préface 
de rapporter ici. 


* Auteur du Livre de la Génération 

des Vers, doit [e défier de cet air de 
préférence qu'il voudroit s'attirer dans le 
monde , auquel volontiers :l feroit enten- 
dre qu'il n'efl pas comme le refle des hom- 
mes , "2 comme les autres Médecins , qu'il 
ne faigne pas comme eux, * qu'à l’aide 
au contraire de la purgation ç> de quelques 
fpécifiques , il a trouvé l’art de guérir les 
veaux Les plus opimiatres fans faigner. C’efi 
un fecret qui lut eff venu depuis qu'il a dé- 
couvert au centre du corps, au milieu dr 
bas-ventre ; La caufe banale de toutes les 
maladies , que cette caufe n'eft autre qu'un 
amas de fucs croupiffans & inutiles, à 


* Dans le Livre intitulé, Explication Phyfique és 

Méchanique des effets de la faignée €7 de la Loir 

dans la cure des maladies | imprimé à Chamb:ry en 

1707. Vol. in-12, 

- æOn ne trouvera aucune Edition du Traité de {a 
énération desVers , où je donne fculement le moin- 

se lieu à ce reproche, 


Zome I. (S 


Critique 
chacun defquels 1l [ait approprier la pur- 
£etion. On fçait encore, &: le Public en 
ejt averti, que quand bien même ces fucs fe 
£âteroient , & que devenus vermineux , 1ls 
paferoient en pourriture &> en Vers 5 on 
fait; dis-je , que cet Auteur promet des 
Jpécifiques éprouvés pour en exterminer l’en- 
geance, & un volatile merveilleux pour 
fortifier les entrailles contre cette vermine, 
pour en prévenir jufqw'aux germes d en 
éteindre La race , car 1l attribue La caufe 
de prefque toutes les maladies aux Vers, 
€ prétend avoir des fpécifiques pour les 
tuer & Les détruire. ? 

Cet Auteur eff pas moins habile en 
Anatomie. Il efl des parties qu'il connoit 
Lien mieux que d’autres, le bas-ventre, 
par exemple , eft de celles qu'il a fingulie- 
rement étudiées ; il en connoît les réfer- 
voirs, la Capacité dy tous les réduits, au 
point que la moindre glaire ne f[cauroit s’y 
micher à [on infçt , ni le moindre vermif- 
feau échaper à [a connoifance. Au refle, 1l 
ne paroit pas familier avec S'anétorius 3 [a 
Médecine aufli-bien eft-elle trop embar- 

a Le reproche qu’en me fait ici de croire que pref- 
que toutes les maladies viennent de vermine, eft f 
cppofé à ce que j'ai dit d'un tel fentiment dans le 
Livre de la Gé ération des Vers , que je n’ai aul &&- 
foin de me juitifier là-deffus. 


| Jar les Vers. 

_ #raffante. Que de minuties en effet, 
que de foins à fe pefer ou pefer les 
autres, pour s'affurer des caufes des ma- 
ladies ! Un homme occupé par d'illu- 
fîres emplois auroit trop à faire 3 Les Vers 
amorbifiques ; @ les contre-Vers altératifs 
G* évacuaus font plus commodes ; avec un 
peu d'adreffe à trouver ou à mettre des 
Vers par-tout , on [e fait une Médecine 
abrégée. 

Le même Auteur du Livre de la Gé- 
nération des Vers ef étonné que pour expli- 
gM@P Les filtrations , on ne recoure ni aux 
devains , #1 aux configurations différentes 
des pores; c’efl apparemment un regret ou 
une plainte qu'il fait contre ceux qui ofent 
faire main baffle fur les levains. Quelle 
perte en effet pour La Médecine, dont on 
enléve ainfi Les idoles ! Quelle défolation 
pour ces Philofophes Mirons & pour ces 
Médecins boutllans de levains | certes 
après cela les baffes entrailles farcies de 
crudités , vont fourmiller de Vers. L’'Au- 
teur, accoturie qu'il cf aux dégats gw'ils 
caufent , peut-1l ne Je pas ren‘re [enfible à 
cette défolation ? Heureux donc le genre 
bumainde ce qu'en cas d'un femblable 
malheur , il trouvera une refource affu- 
tée , Gr un fhécifique infaillible contre ces 

i € i 


Critique 

Tnfeites entre les mains de notre Auteur. 

On a foñrenu aux Ecoles de Médecine 
“ne Thefe [ur la Boifon, où l’on mon- 
tre que la boiffon eff un grand remede, 
foit pour conferver la fanté, foit pour la ré- 
tablir ; maisil efl mal aife que cette Thefe 
se trouve quelque adverfatre en fon che- 
min. Car enfin, dira-t'on, faut-1l aban- 
donner le monde à des maxäümes fr contrat- 
res à fa confervation? Le laiffera-t'on per- 
Juader qu'on ne doit ufer que de boiffons 
dimples & fades , peut-être d'ean [ele ? 
ÆFut-1l rien de plus capable d'expofè?eles 
boimines d'aujourd'hui , comme les Egyp- 
tiens autrefois, à fe voir défolés par les 
grenouilles , qui déformais viendroient pu- 
duler dans nos corps ? La matiére eft trop 
curieufe , & l'occafion trop sntérefante, 
pour ne point exciter le zéle & la plume 
de l'Auteur du Traité de la Génération 
des Vers. Le beau titre , en effet , à rem- 
plir ou à exécuter , que celui de la Géné- 
ration des grenouilles dans le corps humain! 
Jamais ilne réfiflera à cette tentation : car 
lui peut-il venir une occafion plus naturelle 
d'augmenter fon Ouvrage de ce fecond Vo- 
lume ? Il feroit auffi utile au Public que 
le premier , @ ne feroit pas moins recher- 
ché. Cependant quoi qu'il en coute à cette 


. fur les Vers. 

Thefe fur la Boifon, on en rifque l'im- 
preffion en Francois , perfuadé que [on 
Auteur gagnera toujours beaucoup , s’il efi 
afèz heureux pour attirer 44 Public d'auffi 
belles chofes [ur les grenouilles ; qwil lui 
en efl venu d’utiles fur les Vers. 

Un Médecin comme l Auteur du Traité 
de la Génération des Vers, ne fait cas que 
de colles c> de glaires dans Les inteflins. 
Car fon imagination accoñtumée à (e falir 
de ces images groffieres, croit ne rien ap- 
percevoir f1 elle ne voit des crafles > des 
* ordures. Mais on [e flate qu'avec des 
idées plus nobles , & plus digues de ls 
DMajeflé de la Nature, il fortira de la 
crafe de la Médecine; © qu'ilen fecoueræ. 
La vernsime. 


Telle eftla critiqué que Mr Hec- 
quet a faite du Traité de la Géné- 
ration des Vers. On laifle aux Le- 
éteurs à juger , fi ce n’eft pas y avoir 
fuffifamment répondu , que de l'a- 
Voir rapportcc. 


ei | 


ALP RO B :AFT O NS 
de la premiére Edition de ce Livre. 


Approbation de Meffire Guy CRESCENT 
FAGoON, Confeiller d'Etat ordinaire, € 
premier Médecin du Roi. 


E fujet de ce Livre demandoïit toute lé- 

loquence, qui a fouvent attiré à fom 
Auteur , dans de célébres occafons , les 
juftes applaudiffemens de fes Auditeurs. Un: 
des plus vils animaux du monde y eft exa- 
miné avec une fi noble érudition , que‘ l’on 
perd d’abord l’idée de fa baffefe : Et tout le 
dégoût que cette matiere pourroït caufer 
cede à l’agréable diverfité des faits, & à l’é- 
legance avec laquelle ils font rapportés. Ce 
feroit donc envier au Public un plaifir très- 
utile, de lui refufer l’'impreflion de cet Ou- 
vrage , qui me paroït aufli important pour la 
pratique de la Médecine , que curieux pour 
lhiftoire naturelle. Fait à Verfaiiles ce 24. 
Novembre 1699 FAGON. 


Approbation de Monfieur DobparT, de lA- 
cadémie Royale des Sciences , Doéteur Régent 
de la Faculté de Médecine de Paris, € Me- 
decin de S. A. S. Madame la Princeffe de 
Conti, Douairiere. 


?Ai vù avec beaucoup de fatisfaétion le 
Livre intitulé , de la Génération des Vers 
dans le corps de l'homme ; non feulement par- 
ce que ce qui en fait Le fujet principal y eft 


érès-bien traité; mais auffi parce qu’on YŸ 
trouve en plufeurs endroîts, des ouvertures 
confidérables pour l'augmentation de la Phy- 
fique Hiftorique & dela Médecine Pratique. 
Je croi donc que la publication de cet Ou- 
vrage fera très-utile au Public, & que la 
leure en plaira à proportion que les Le- 
éteurs auront plus de connoiflance de la 
Phyfque & dela Médecine expérimentale. 
Fait à Paris ce premier de l’An mil fept cent. 
DODART. 


Æpprobation de Monfieur BOURDELOT, Con- 
feiller ordinaire du Roi, Premier Médecin de 
Madame la Duchefe de Bourgogne | & de 
Monñ[eigneur le Chancélier, Dofteur Régent 
de la Faculté de Medecine de Paris , Commis 
par Monfeigneur le Chancélier, à lexz. 
snen de ce Livre. 


’Ai lù , par l’ordre de Monfeigneur le 
} Chancéiier , & avec beaucoup de fatisfa- 
éion , ce Manufcrit, intitulé , De la Géné- 
yation des Vers dans le corps de l'homme. A Se- 
ve le 30. Septembre 1699. 
BOURDELOT. 


Permiffion de Monfieur le Doyen de la Faculté 
de Médecine de Paris. i 


Ous Médecin ordinaire de Madame 

la Ducheffe de Bourgogne , Doyen & 

Doéteur Régent de la Faculté de Médecine 

de Paris : Oui les Rapports fuivans de Mef- 

fieurs Berger, de Saint-Yon , Maillard, 
eiv 


_ Fournefort , & Tauvry , auffi Doteurs Ré- 
gens de ladite Faculté, commis par elle à 
l'examen d’un Livre qui a pour titre, De l4 
Génération des Vers dans le corps de l'homme , 
compofé par Mr Andry , auffi Docteur de la 
même Faculté , confentons qu’il foit impri- 
mé. Fait à Verfailles ce 27. Décembre 1699. 

BOUDIN, Doyer. 


Approbation de Monfieur le Doyen à l' Auteur. 


S I une Approbation comme la mienne 
pouvoit faire valoir le mérite d’un Ou- 
vrage aufli utile & aufli beau, je vous la 
donnerois plus authentique. Je me retran- 
che donc à vous féliciter du fuccès qu'a vo- 
tre Livre , & de celui qu’il aura dans la 
fuite , dont je fuis très-perfuadé, parce que 
je fçai que les bonnes chofes ne perdent 
point de leur bonté par le temps. Je vous 
exhorte aufli, Monfeur , à employer quel- 
ques momens à de pareilles Produétions 
qui font honneur à notre Compagnie, & à 
Fa Médecine. À Verfailles ce 18. Février 
1700. BOUDIN, Doyen dela Facul- 
té de Médecine de Paris. 


Approbation de Monfieur BERGER, Acier 
Doyen de la Faculté de Médecine de Paris, 
commis par ladite Faculté à l'examen de ce 
Livre. 


’Aitrouvé Île Livre que Mr Andry a fait 
fur La Génération des Vers dans le corps de 
l'homme , fi élégant & fi plein d’érudition , 


que je croi qu’il fera auffi-bien recû du Pu- 
blic, qu’il m’a donné de fatisfaction en le 
lifant. Ce 2. Décembre 1699. 

BERGER. . 


Approbation de Monfieur de S AIN T-YON; 
Médecin ordinaire du Roy, Doëteur Régent 
de la Faculté de Médecine desParis ; Pro- 
fefleur en Chymie dans le fardin du Roi, 
commis par ladite Faculté à l'examen de ce 
Livre. 


L Es gens aïfés mangent & boivent f 
épouventablement , & les miferabies 
vivent fi pauvrement, qu’il eft impoñlble 
que dans les uns & dans les autres, il ne 
s’engendre une très-grande quantité de tou- 
tes fortes de Vers. Le Traîté que Monfieur 
Andry mon Confrere | donne au Public fur 
cette matiere, eft fi plein d’érudition, il eft 
écrit fi poliment , il y a dedans tant dere- 
cherches, & ileft rempli de fi bons reme- 
des , qu'après l'avoir lù attentivement, je 
fouhaite qu’il paroïifle au plütôt dans le Pu- 
blic. À Paris, ce 4. Décembre 1699. 
DE SAINTIT-YON. 


Approbation de Monfienr MAILLARD , Doiteus 
Régent de la Faculié de Médecine de Paris, 
commis par ladite Faculié à l'examen de ce 
Livre. 


À maniere dont Monfieur Andry expli- 
que ici lz Génération des Vers dans le 
corps humain ; La difiérence des caufes & des 


fignes qu'il en rapporte avec tant d’exaétis 
tude : la prudence, avec laquelle il nous 
en défigne les remedes : fes recherches & fes 
obfervations: curieufes fur cette maladie ; 
font connoître que ce Livre eft digne de la 
plume de fon Auteur, de la leéture des 
Sçavans , & de Papprobation des Doëteurs 
en Médecine. À Paris ce 3. Décembre 
699% 
"MA ILLARD: 


c 


Approbation de Monfieur TOURNEFORT , de 
l'Acadèsie Royale des Sciences |; Doëteur 
Régent de la Faculié de Médecine de Paris ,: 
x Profeffeur en Botanique dans le fardin du 
Rof , commis par ladite Faculie | à l'exa- 
men de ce Livre, 


E Traité de la Génération des Vers dans 

y le corts de l'homme, €rc. compofe par 
Monfieur Andry, Do&eur en Médecine de 
la Faculté de Paris , contient une Doëûtrine 
très-folide , fondée fur ce qu’il y a de mieux 
établi dans la Fhyfque touchant la Géné- 
ration des Vers, appuyée par ur grand nom- 
bre a’cbfervations très-exates fur les mala- 
dies qu’ils produifent , & fortifiée par l’ex- 
périence de plufeurs remedes finguliers très- 
propres pour les guérir. À Paris ce 6. De- 


cembre 1699. 
TOURNEFORT. 


: 


Approbation de Monfieur T A UVRY, de PA- 
cadémie Royale des Sciences | Docteur Re= 
gent de la Faculté de Médecine de Paris, 
commis par la mème Facahé à l'examen de 
ce Livre. 


’Ailü avec plaifir le Livre de la Génération 
] dés Vers' dans le corps de l'homme, compo- 
fé par Monfeur Andry , Doéteur de la Fa- 
culté de Médecine de Paris, où j'ai trouvé 
beaucoup d’exa@titude & d’érudition. Les 
faits qui y font rapportés peuvent étre d’une 
grande utilité aux Médecins ; car outre que 
l'Auteur expofe avec netteté, les caufes & 
les fignes des maladies qui font accompa- 
gnees de Vers, il y joint des xéfléxions très- 
judicieufes fur les remedes dont on fe doit 
fervir. Les explicatiors qu’il donne, & les 
obfervations des Modernes qu’il rapporte, 
rendent cet Ouvrage aufli curieux qu’il eft 
utile, À Paris, ce 18. Novembre r699. 

D. TAUVR Y. 


Epifola GEorGir BaGLivi, Medic. Theo- 
© rc. in Romano Archylic. Profefforis , Socie- 
tatis Regia Londinenfis, Academie Imper, 
Eeop. Collega. 
AUTHORI. 
À Ggreflus fum legere tuum de Jumbri- 
cis libellum , mirificè profe&o placuit. 
Genüs enim fcribendi non minus utile ac 
neceflarium , quèm nova experiendi mer 


E 


thodo concinnatum complexus es : Valde 
delettabar ordine , valde etiam genere ora- 
tionis tuæ, Res verd ipfa ita me affecit ; ut 
quafi feminia quædam veræ praxeos ; quæ 
fruétum non mediocrem aliquando ferent, 
in animo meo reliquifle videatur. Quare 
cum eximii ingenii, doétrinzque opibus 
abundet, me certe judice, magnam om- 
fium approbationem commendationemque 
promeretur. Datum Romæ, 3. Nonas ju- 


nias 1701. GEORG. BAGEIVUS. 


£ … : 


APPROBATIONS 
de la feconde Edition de ce Livre. 


Approbation de Monfieur DOUTE ; Doëteur 
Régent de ancien Doyen de la Faculté de 
Médecine de Paris. 


ME Livre n’a pas befoin d’un nouveau 
_y fuffrage pour avoir cours dans le Pu- 
blic. La profonde érudition de l’Auteur , la 
grande exaétitude dans fes remarques, la 
{olidité de fes réfiéxions, le bon ordre dans 
ce qu'ilécrit, la beauté de fes expreflions , 
& fon difcernement pour le vrai, lui ont atti- 
ré autant d'Approbateurs que de Leéteurs. 
II poffede des mieux le talent de relever à 
Pefbrit les chofes qui paroïflent bafles aux 
yeux du corps. Que fon Traité des Vers 
prouve bien qu’il n’eft rien dans la nature 
qui foit indigne de l’attention du Médecin ? 
Qu'on lui auroit obligation d’étendre fa 
plume fur certains Auteurs de nos jours , qui 
comme une vermine infeétent la Médecine f 


À Paris, le 3. Juillet 1714 DOUTE. 


EE) 


Approbation de Monfieur D'UFRESNE , Da- 
teur Régent , C Profeffeur en Pharmacie de 
la Faculté de Paris. 


L E jugement avantageux que d’illuftres 
Approbateurs ont porté du Livre de la 
Génération des Vers, fitôt qu'il a commencé 
de paroitre 2: les éloges finguliers que cet 
Ouvrage s’eft enfuite attiré de plufieurs Sça- 
vans de diverfes Nations b : l’efliime avec 
laquelle des Auteurs célébres l'ont cité de- 
puis dans leurs ecrits c : le grand nombre 
d’Editions qu'il s’eneft fait , non-feulement 
en France , maïs dans les Pays Etrangers, 
où il a été traduit en différentes Langues d: 
& le peu de fuccès qu'ont eu les Cenfeurs 
qui l'ont voulu attaquer e : font des témoi- 
gnages fi authentiques du mérite de ce Li- 


A Voyez cy-deflus Îes Approbations de Monfieux 
Fagon, de Monfisur Dodard , de Monfieur Boudin, 
de Moïifieur Bourdelot, de Monfeur Tournefort , 
de Monfieur Maillard , de Monficur Baglivi, &c. 
 b Dans tous les Journaux , tant des Pays Etrane 
gers que de France, 

c Conrad. Barchu/en Hifloria Medicina ,Amferode- 
mi 1710. Francifei Redi de .Animalculis que in corpo= 
ribus animalium vivorum reperiuntur obfervationes , ex 
 errmrfcis in Latinas verfæ | Autore Petro Corte .Am- 

freledami , 1708. in Præfat. Hiftoire de l’Académie 
Royale des Sciences , année 1709, Hifloria Infeëto- 
rum , Authore Joanne Raïo. Opus pofthumum juffn 
Regiæ Societ. Londinenfis Editum , Londini , 1710. 

d Imprimé diverfes fois à Amfterdam, à Lon- 
dres, à Naples. 

. e Voy:z la Lettre cont'e c: Livre, inlerée dans les 
Mémoires de Trévoux du mois de Novembre 1703, 
& le Livret intitulé : Explication Phyfique @ Mécha: 


vre , que mon fuffrage feroit ici fort inutile, 
Je me contenterai donc d’obferver que Mon- 
fieur Andry nous donne aujourd’hui le même 
Ouvrage enrichi de quantité de remarques 
\ . 

nouvelles très-importantes , lefquelles ren- 
dent cette Edition d'autant plus utile au 
Public, qu’elles font toutes appuyées fur 
l'expérience , & ne peuvent que contribuer 
confidérablement à l’avancement dela Mé- 
decine Pratique. Fait à Paris ce 5. Juillet 
Z714. DUFRESNE. 

nique des effets de la Saignée €> de La Boiflon dans le 
cure des maladies, €rc. Imprimé en 1707. à Cham- 
bery. Voyez encore FPEcrit intitulé, Differtation far 
La nourriture des Os, où l'on explique la nature €p 
d'ufage de la moëlle avec trois Lettres [ur le Livre delz 
Génération des Vers dans le corps de l'homme, Impri, 
mé à Paris , chez Pierre Witte en1704. 


Leitre de Monfieur CorPERO , Doéteur € 
Profeffemr en Médecine à Londres , à l'An 
teur de ce Livre. 


Pdonsitmm. 


J'ai 1ù votre Traité de la Génération des 
Vers dans Le corps de l'homme | dès la premiere 
Edition qui s’en fit à Paris où j'étois alors : 
J'en aiété fatisfait au-delà de tout ce que 
je puis vous dire, tant pour le fond que 
pour la méthode. Je ne fçai cependant fi 
“ous devriez en laifler paroitre encore une 
nouvelle Edition, après tant d’autres. qui 
en ont déja été faites ; car ne voyez-vous 
pas que fi vous avez excité contre vous la 
plume de quelques Cenfeurs , c’eft parce 
que ce Taité à force de remettre devant 


Jes yeux qu'il fe produit des Vers dans les 
premieres voyes de notre corps , donne at- 
teinte au fyfteme de la Trituration? Com- 
ment en effet, lorfqu’on fait réfléxion à la 
produétion de ces animaux en nous, vou- 
Jez-vous que l’on conçoive que l’eftomac & 
les inteftins aidés du diaphragme & des muf- 
cles du bas-ventre , broyent ayec tarit de 
force ce qu’ils renferment , que cette force 
aïlle à plus de deux cent foixante un miile 
cent quatrevingt-fix livres, comme le pré- 
tend Mr Hegçquet. Dites-moi , je vous prie, 
fi de foibles Vers contenus dans le bas-ven- 
tre , peuvent réfifter à une telle force. 

Les coétions qui s’accompliflent dans nos 
<orps, viennent , felon les Triturans, d’un 
broyement continuel qui fait tout. Ce 
broyement , difent-ils avec Mr Hecquet, 
commence dans ia bouche par la rencontre 
des mâchoïres, fe continue dans l’éfopha- 
ge & s’augmente dans l’eflomac : là , com- 
me dans un mufcle creux , les alimens font 
paitris & diffouts tant par la force extraordi- 
naire & multipliée des fibres motrices qui 
agitent & meuvent ce vifcere , que par l’'a- 
&ion des mufcles voifins , fur-tout de ceux 
du bas-ventre & du diaphragme, qui tous 
enfemble foulent & broyent les alimens au 
point deles réduire en une crème auf fine 
que celle qui fe forme fous la pierre de por- 
phyre. Quelle bonne contenance voudriez- 
vous que fiffent des Vers dansun lieu com- 
me celui-là, où iis doivent être fi mal à 
leur aie? La force feule de l’eflomac , felon 
ces Médecins , furpañle de beaucoup celle 
des machoïres : une force fi furprenante 


toute occupée à brifer , marchandera-t-elle 
vos Vers ? Si les Défenfeurs de la Tritura- 
tion étoient gens à fe perfuader que lorf- 
qu’on a des Vers on ne digere plus , & 
qu’ainfi l’eftomac ne broye plus, votre Li- 
vre ne tireroit pas à conféquence ; mais l’ex- 
périence du contraire eft trop connue, puif- 
qu’on voit tous les jours des perfonnes atta- 
quées de Vers, faire des déje&tions qui ont 
toutes les qualités d'une digeftion entiere. 
Encore fi l’on pouvoit foupçonner que les 
Vers trouvañlent aufli peu leur compte avec 
les levains qu'avec la trituration , les Parti- 
fans de cette derniere n’y regarderoient pas 
de fi près, ils auroient fufifamment leur re- 
vanche contre vous : mais l'exemple du vi- 
naigre qui ronge la pierre, & dans lequel 
cependant on voit un fi grand nombre de 
petits animaux ,; ñe permet pas de penfer 
que les diffolvans de l’eltomac puiffent faire 
une aufli mauvaife compofition aux Vers ;- 
que la srituration. Aiafñ , avouez , Mon- 
fieur, qu'en renouvellant votre Traité dans 
ce temps, oùlon tâche fi fort de remettre 
la Trituration en regne , vous ménagez 
très-mal les intéreflés de ce fyftême : & fe- 
lon moi , il faut tâcher de bien vivre avec 
tout le monde. Je fuis ; &c, 


A Londres, ce premier MA 1714» 


APPROBATIONS 


2 


APPROBATIONS 
de la troifiéme Edition de ce Livre. 


Approbation de Monfieur CAS lu AJORe 
] "Ai 1ù par ordre de Monfeigneur le Chan- 


celier, un Manufcrit qui a pour titre, 
De la Génération des Vers dans le corps de 
l'homme , éc. par Monfeur Andry , Docteur 
Régent , & ancien Doyen de la Faculté de 
Médecine de Paris. Cet Ouvrage a été im- 
primé plufieurs fois ; le grand nombre 
d'Editions qui en ont paru , & l’eftime fin- 
guliére que tous les Savans en ont faite, 
font des titres plus que fuffifans pour en faire 
Péloge. J'y ajoute que Morifieur Andry 
a entierement refondu fon Ouvrage Her le 
fi confidérablement augmenté, que les Re- 
marques nouvelles & importantes dont il la 
enrichi, le rendront d’autant-plus utiie au 
Public , qu’elles font pleines d'Erudition, & 
appuyées fur l'expérience. A Paris ce 8.Avrii 


4732-+ : 
CASAMAJOR. 


Approbation de Mefieurs PrRocOPE & 
Ér TH MSULLIER 


-Ous foufignés Doéteurs Régens delz 
Faculté de Médecine en l’Univerfité 
de Paris ; prépofés par ladite Faculté pour 
examen d’un Livre intitulé, De la Généra- 
tion des Vers dans le corps de l'homme , troifre- 
me Edition, dc. par Monfienr Andry , Cor- 
Tome I. ri 


Jeiller du Roi, Lecteur €» Profefeur en Mé- 
Aecine au Collége Royal , Doéteur Régent dr 
ancien Doyen de la Faculté de Médecine en 
l'Univerfité de Paris, avons trouvé que cette 
troifiéme Edition, enrichie d'un grand nom- 
bre de plahches, & augmentée de nouvel- 
les obfervations qui authorifent la métho- 
de & les remedes qu'il prefcrit , foûtient 
également la réputation que l’Auteur a toù- 
jours méritée dans la fäine pratique de Mé- 
decine & dans le genre littéraire. Ce Livre 
raffemble ce qui eft de plus curieux & de 
plus inftruétif fur les maladies des Vers, & 
ne laïfle rien à défirer non plus du côté du 
ftyle. Ainfi nous jugeons que cette nouvelle 
Edition, qui joint lutile à l’agréable , fera 
reçüe du Public avec le même emprefle- 
ment que les autres Ouvrages qui: font fortis 
de la plume du même Auteur. À Paris, ce 
vingt-fixiéme Février 1741. 

MICHEL PROCOPE COUTEAUX, 
Doëteur & Profeffeur des Ecoles de Méde- 
cine de Paris. 

L. J. LE THIEULLIER, Confeïller du 
Roi, Médecin ordinaire de fa Majefté en 
fon grand Confeil. 


Œ 


me 


” 
KL 7 U l'approbation de Meffieurs Procope 
V & le Thieullier, Docteurs Régens en 
Médecine de la Faculté de Paris, nommés 
par elle pour examiner un Livre ‘intitulé , 
De la Génération des Vers dans le corps de 
l'homme , troifiéme Edition , par Mr Andry, 
Confeiller du Roi, Lefteur & Profeffeur en 
Médecine au Collége Royal , Docteur Ré- 
gent & ancien Doyen de la Faculté de Mc- 
decine en l’Univerfité de Paris, je confens 
pour ladite Faculté , que ce Livre foit im- 
primé , perfuadé que le Public entirera un 
grand avantage. À Paris, le vingt-huit Fé- 
vrier mil fept cent quarante-un. 


COL DEVILARS, Doyen: 


PRIVILEGE DU RO: 


 OUIS par la grace de Dieu, Roï de France & de 

Navarre, à nos amés & féaux Confeillers les Gens 
tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes 
ordinaires de notre Hôtel, Grand - Confeil, Prevôt 
de Paris , Baillis, Senéchaux , leurs Lieutenans civils, 
& autres nos Jufticiers qu’il appartiendra , SALUT. 
notre cher & bién amé le Sieur AN DRY , notre 
Confeiller, Lecteur & Profefleur en Médecine en no- 
tte College Royal de France, Doéteur Régent & an 
eien Doyen de notre Faculté de Médecine à Paris, & 
notre Cenfeur Royal des Livres; Nous ayant fait re- 
montrer qu’il fouhaireroit continuer à faire reim- 
primer & donner au Public, un Manufctis qui a pour 
titre, De la Génération des Vers dans le corps humain , 
enrichie de Planches & Figures ; mais comme cet Ouvra- 
ge a déja été imprimé plufieurs fois, le grand nombre 
#Editions qui en ont paru , & l’eftime finguliére que 
tous les Savans de cet Art & le Public en ont faite, 


fij 


l'ont obligé d'y faire des augmentations & des remar-- 
ques nouveMes & importantes , d'autant plus utiles , 
qu’elles font pleines d’érudition appuyées {ur Fexpe- 
rience, & formant un Ouvrage nouveau; il crainc 
que quelques perfonnes mal intentionnées ne s'avifaf- 
{ent de lui contrefaire, ce qui lui feroit un tort con 
fiderable, & le priveroit du fruit de fes veilles, de fon 
application , & de fon travail ; il nous auroit à cet ef- 
fer très-humblement fait fugplier dé vouloir bien lui 
accorder nos Lettres de continuation de Priviléze fur 
ce néceflaires : offrant pour cet effet de le faire reim- 
rimer en bon papier & beaux cara@téres, fuivant la 
feuille imprimée & attachée pour modele Tous Le Con- 
tre-{cel des Préfentes. A CES CAUSES, voulant fa- 
vorablement traiter ledit fieur Expofant, & le recom- 
peufer en quelque facon du zéle qu’il nous témoigne 
avoir pour Purilité publique,en lui donnant les moyens 
de nous les continuer , Nous fur avons permis & per- 
mettons , par ces préfentes, de faire reimptimer ledit 
Ouvrage , avec fes auginentations ci-deflus fpéciféss', 
en un où plufieurs Volumes, conjointement où fépa- 
rement, & autant de fois que bon lui femblera, & de 
le faire vendre & débiter par tout notre Royaume 
- pendant Île tems de quinze années confécuiives, à 
comptet du jour de la date defdires Préfentes. Faifons. 
défenfes à toutes fortes de perfonnes , de quelque aua- 
lité & condition qu'elles foient , d’en introduire d'inx- 
preflion étrangére dans aucun lieu de notre obéiffance.. 
Comme au à tous Libraires , Iimprimeurs & autres ;. 
d'imprimer, faire imprimer, vendre, faire vendre. 
débiter ni contrefaire ledit Ouvrage avec fes augmen- 
tations , entoutnien partie, nid'en faire aucuns ex- 
traits , fous quelque prétexte que ce foit, d’augmenta- 
tion, de correétion , changement de titre , même des 
Planches , Figures ow autrement, fans Ïa permiifion 
exprefle & par écrit dudit Expofant, ou de ceux qui 
auront droit delui, à peine de confifcarion des Exein- 
plaires contrefaits, de trois mille livres d’amende con-. 
tre chacun d:s contrevenans, dont un tiers à Nous, 
un tiers à PHÔôt:l-Dieu de Paris, Pautre ciers audit fieur 
Expofant , & de tous dépens ; dommages & intérêts; A 
la charge que ces Préfentes feront enregiltrées tout au 
long fur le Regiftre de la Cominunauté des Libraires & 
Imprimeurs de Paris, dans trois mois de la dare d’icel. 
les ; Que l’'impreflion de cet Ouvrage fera faite dans 
notre Royaume & non ailleurs; Et que l’impetrantfe 
conformera. en tout aux Reglemens de la Librairie, & 
notamment à celui du dixième Avril mil fept cent 
viagt-cinqg; Et qu'avant que de l’expofer en vente, le 
Maaufcrit ou Imprimé qui aura fervi de copie à l'im- 


preffion dudit Ouvrage fera remis dans le même état 

où lApprobation y aura éré donnée, ès mains de 

notre très-cher & feal Chevalier le Sieur Daguefleau 

Chancelier de France , commandeur de nos Ordres:. 
Et qu'il en fera enfuite remis deux Exemplaires dans 

notre Bibliotheque publique , un dans. celle de notre 
Château du Louvre , & un dans celle de notredit rrès- 

cher & féal Chevalier le Sieur Dagueffeau Chancelier 
de France , Commandeur de nos Ordres; le tout à pei- 
ne de nullité des Préfentes. Du contenu defquelles, 
vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit fieur 
Expofant ou fes ayans caufe pleinement & paifible- 
ment, fans fouffrir qu’il leur foit fait aucun trouble 
ou empêchement. Voulons que la Copie defdires Pré- 
fentes, qui fera imprimée vour au long au commen- 
cement où à da fin dudit Ouvrage, foit tenue pour 
dûement fignifiée , & qu'aux Copies collationnées par 
Fun de nos amés & féaux Confeillers & Secretaires: 
foi foit ajoutée comme à l'Original. Commardens: 
au premier notre Huitlier ou Sergent de faire pour l’e- 
xécution d’icelles tous Actes requis & néceffaires , fans: 
demander d'autre permilion, & nonobftant Ciameur- 
de Haro, Chartre Normande, & Lettres àce contrai- 
res ; Car tel eft. notre plaifir. Donmé à Fontainebleau: 
k dixiéme jour de Novembre, l’an de grace mil fept 
cent trente-neuf : Et de notre Régne le vingt:cinquiéme. 
Par le Roï en fon Confeil, 

SAINSON. 


Regiliré fur le Regiflre X. de la Chambre Royale & Sym 
dicale des Eibräres & Timprimeuwrs de Paris Num, 305. 
Fol.191.conformement an Réglement de 1729. qui fait dé- 
fenfe .Art.. IV. à toutes perfonnes de quelque qualité qwclles 
fosent , autres que les Etbraires &: Imprimeurs, de vendre, 
débiter @ faire afficher aucuns Livres pour les vendre en: 
lewrs noms , foit qu'ils sen difent les Auteurs on autrement. 
Eï a la charge de fournir à ladite Chambre Royale € Syndi- 
cale des Libratresc Imprimeurs de Paris, les huit Exem- 
plaires prefèrit par l'Article CV'III. du même Réglement. 
Æ Paris:ce 18. Novembre 1739. 


SAUGRAIN;,Syndic. 


E fouffigné Nicolas Andry, Docteur Régent & an- 
} cien Doyen de la Faculté de Médecine de Paris, a 
cédé à M. Alix Libraire rue S. Jacques au Gridon, 
mon Privilége de la troifiéme Edition de mon Livre 
De la Génération des Vers, augmenté & refondu en 
un Ouvrage nouveau, lequel Privilège eit en date du 
dix Novembre de la préfente année mil fept cent tren- 


té-neuf, le tout aux claufes & conditions paflées en- 
tre nous. Fait à Paris ce Samedi quatorze Novembre: 
il fept cent trente-neuf.. AN DR Y.. 


Kegifiré fur le-Regifire X..de L4 Communante des Librai-- 
res © Imprimeurs de Paris, page 192, conformement aux 
Réglemens , @ notamment à l Arrêt du Confeil dn 13.40% 
3703.14 Paris le 18. Novembre 17309. 


SAUGRAIN, Syndie; 


N © UV *, ‘A + 
À 1ù AS /A A A 


“ d 
Re (een. vennemeneene Lee cie 2” 


LATE DES ARTICLES 
à réformer dans les précédentes Edi- 
tions , laquelle eff annoncée pag. xxiX. 


de la Préface, ligne 14: 


Ous commencerons cette Lifte par le 

Recueil des Planches contenues dans 
le Volume #7-4°, Nous viendrons enfuite au: 
Volume 77-12. , 


Volume in-4°. 


La Planche IX. toute entiére reprefen= 
. . 0 h 
tant un Iænia comme s'il avoit tête & 
queue. 


La Planche XV. en ôter le Ver velu, & 
le Ver en peloton. 


La Planche XVI. toute entire ; & la XIXe 
auf toute entiére. 


L 4 


: Volume in - 12. 


Pages vij. & ix. dela Préface , où il eft dit 
que cet infecte fit de grands mouvemens 
quand on le toucha , & où il falloit #ettre, 
fit de petits mouvemens quand on le toucha, 
eu bien, fit quelque mouvemens. * 


* Cet infeSe nommé Taænia, © que j'appelle Seli- 
taire , ne fait jamais de grands mouvemens. C’ef} un ar- 
ticle exagéré que celui-la, .Au refle le Frere Apothi- 
saire * * du Couvent de l'Obfervance à Toulonxe, 


## Nommé Frere Modefte, 


Page xiv. ligne 4. jufqw'à Ja ligne 14. de [a 
page xv]. | 
Corps du Livre. 


Page 42. ligne 10. jufqw’à la ligne 13. de læ 
p.43. premiére & feconde Edition. 

Page 43. depuis la ligne 14. jufqu’à la ligne 
22. premniére & feconde Edition. 

Page 47. feconde Edition, depuis la pre- 
miére ligne jufqu’à la ligne 18. 

Page 48. la ligne 10. jufqu’à la ligne 16. 

Page 53. ligne 17. jufqu’à la ligne 19. 

Page 56. ligne 5. jufqu’ala ligner6. 

Page ;8. lignes 7. & 8. 

Page 74. ligne 8. 9. & 10. 

Pape 167. fa derniére jufqu’à la ligne 6. de 
la page fuivante. ” 

Page 113. ligne 4. jufqu’à la ligne 1 3. de la 
page 115. 

Page 117. ligne 11. 

Page 124. ligne 14. jufqu’à laligne 6. de x 
page fuivante. 

Page 126. ligne 7. 


écrit à l’Académie des Sciences de Paris, ane Lertre 
datée du 17. Juillet 1740. dans laquelle il dit qu'un Ver 
folitaire , [orti du corps d’un malade qu'il traitoit , levoit 
fa tête ju qw à la hauteur d'un pied, &r qu'ayant été mis 
dans de l'ean , il en faifoit autant. Ce Frere ajoute ; que 
le Ver étoit femblable à celui qui eff repréfenté dans une 
des Planches de mon Livre de la Génération des Vers, 
C’efl Mr V P'inflovv de la Faculté de Médecine de Paris, 
qui m'a communiqué la Lettre. Je lai lie, @ il l'a 
rendue à Académie , qui la lui avoit prétée ponr me la 
montrer. Cette circonffance, que le Ver levoit le tête 
Jufqu'à la hauteur d'un pied paroît vnefable, Ilwefitæs 
poffible de La manicre dont il eff conftruit qu'il faffe un tel 
mouvement. Mr 7 Finflovrv m'a commu nique la 1 etirece 
jomrd'hui Vendredi 19. Juillet 1740, 

Page 


Page 134. hgne rr. jufqu'à la ligne 7..de la 
page 138. | 

Page 139. ligne 8. jufqu'au milieu de la 
page 143. 

Page 197. lignes 18. 19.& 20. 

Page 200. ligne 3. jufqu’à laligne 15. 

Ibid. ligne 22. jufqu’à la digne 26. 

Page 201. ligne 11. jufqu’à la ligne 28, 

Page 208. ligne 4. 

Page 220. ligne 7. & ligne 14. 

Page 231. lignes 12. & 13. 

Page 232. ligne 18. jufqu’à la ligne 23. 

Zbid. ligne derniére. 

Page 236. ligne 12. à la fin de cette ligne? 
& au commencement de la fuivante. 

Page 238. ligne 13. jufqu’à la ligne 18. 

Page 239. ligne 19. & 20. 

1bid. ligne pénultiéme. 

Page 244. lignes 3.4. & 5. 
Ibid. lignes antépénultiéme & pénultiéme : 
jufqu’à la ligne 3. de la page fuivante. 
Page 249. ligne 9. jufqu’a la ligne derniére. 
Page 260. ligne 23. jufqu’a la ligne 6. de la 
page fuivante. 

Page 276. ligne antépénultiéme jufqu’à la 
dixiéme ligne de la page 278. 

Page 279. ligne 22. jufqu’à la ligne 24. de La 
page fuivante. 


Nous aurions pù indiquer auf par une 
Lifte,les augmentations faites dans cette troi- 
fiéme Edition , maïs il auroit fallu pour cela 
untrop long détail. Au refte nous avertiffons 
que le Tænia , que nous avons dit être dela 
premiére efpéce dans la feconde Edition, eft 
le Tænia de la feconde efpéce, & que celui 

&” 


Tome É g Ÿ 


que nous avons dit être de la feconde, eff 
celui de la premiére. Cet avertiflement eft 
néceffaire pour ne point confondre les efpé- 
ces marquées dans cette troifiéme Edition, 
où elles font comme elles doivent être, 


FIN. 


TABLE 


DES CHAPITRES ET ARTICLES 


du premier Tome. 


pere: I. Ce que c’eff que 
Ver, Page r. 
CHap. IL+ Comment s’'engendrent les 
Vers dans le corps de l'homme, 1x. 
CHap. III. Des différentes efpéces de 
Vers qui s'engendrent dans le corps de 
l'homme ; © par occafion , de quelques- 
unes de celles qui fe produifent dans les 
Minéraux, dans les Végétaux, € 
dans les Animaux , pe 
ARTICLE I. Des Vers du corps hu- 
main qui naiffent hors des inteffins, 67. 
= ART. II. Des Vers des inteffins , 188. 
ART. III. Des différentes formes que 
prennent les Wers dans le corps hu- 


Main , 281. 
Cap. IV. Des effets des Vers dans le 
corps humain , 291. 
ART. [. Effets des Vers qui naïfent 
hors des inteffins , ibid. 
ART. II. Des effets des Vers qui font 
dans les inteffins , 299. 
Premiére Obférvation, 315. 


81} 


Suîte de la Rélation ci-deffus , 48*. 
Remarque [ur la fuite de cette Ré- 


lation , 497. 
Contre les Dentaires , 492. 
Contre les Pulmonaires , 496. 
Contre les Hépatiques , ibid. 
Contre les Cardiaires , 497: 
Contre les Sançuins , _ 498. 
Contre le Veficulaires, 499. 
Contre les Elcophages , ibid. 
Contre les Cutanés , ibid. 
Contre les Bouviers ; SOI. 
Contre les Umbilicaux ; ibid. 
Contre les V'énériens ; ibid. 

ART. Il. Des Remedes contre les Vers 
des inteflins , SOI. $o2. 
SECTION I. Des Remedes internes con- 
ire ces Vers, 03. 


Obfervation importante [ur la vertu 
du Vin contre les Vers des inteffins, 
communiquée à P Auteur par Mr 
Baglivi, Medecin de Rome, S12. 

KRemedes extérieurs ow topiques con- 
tre les Vers desintéflins,  $20. 

SECT. Il. Remedes qui tuent € qui 
chalfent les Vers , S 21. 

Contre les Vers de la Jauniffle, $ 25. 

Contre les Vers dans la Pleuréfie,s 28. 

Contre les Afcarides , $ 29) 


Contre le Solitaire ou Tenia , ‘ $35; 
Pour les Enfans à la mammelle, ÿ 33. 
Pour les Enfans un peu grands , ibid, 
Remarque [ur la Racine de Fou- 
ere ; , 
us de Guillaume Faro 
écrivant à Philibert Sarrazenus , 


5 3%- 
Réponfe de Philibert Sarrazenus à 
Fabricius. O. 


Autres Remarques de Guill. brie 
cius , écrivant à Craffiius,S 45 .S 47. 
Remarques d'Olaus Borrigius , S$ 1. 
CHar. X. Remarques générales fur le 
traitement des maladies vermineufes , 
ou l'on traite de la purgation, $ÿ4 
Voyez PErrata. 

CHar. XI. Sur la maniére dont agiffent 
les Remedes antivermineux,  $73. 
Voyez lErrata. 

Laffe des Remedes contre les Vers, 609: 
Réflexions - pratiques [ur la quantite 
extraordinaire des Remedes contre 
Les Vers , 616. 

CHar. XII. Des précautions à obfervér 
quand on fait des Remedes contre les 
Vers, 624 
Voyez lErrata. 


Cu. XIII, Aphorifmes fur les Vers, 63 x. 


Car. XIV. Etlairciflement [ur divers 
endroits de ce Livre , 649. 
Lettre de Mr Nicolas Hartfocker , 
de P Ac. Royale des Sciences , écrite 
d’'Amfierdam à PAuteur, 713. 
Autre Lettre de Mr Hartfukr à 
L Auteur , Ta 6.. 
Lettre de Mr. Georges Baglivi, Me- 
decin de Reme, à l'Anteur, 7719. 
Differtation annoncée , pag. 187. fur 
la génération de l'homme par les 
Vers fpermatiques , 734 
Lettre de Mr. Geoffroy , en reponfe 
à quelques difficultés qui lui ont té 
faites contre la précédente Differ- 
tation #72. 
Queffion agitée fous la préfidence de 
Mr Fagon, premier Medecin du 
Roi, touchant le Tabac, fçavoir fi 
le fréquent ufage du Tabac abrege 
la vie ? 810. 
Lettre Latine de Mr. Baghui, 841. 
Critique que Mr Hecquet a faite du 
livre de la génération des Vers. 
Lifle des Articles à réformer dans les 
Editions précédentes. 


Fin de la Table des Chapitres 
| & Articles. 
DE 


D E 


LA GENERATION 
DES VERS 


Dans le Corps de l'Homme. 


CHAPITRE PREMIER. 
Ce que ef? que Ver. 


E Ver paffe pour le plus 
méprifable de tous les ani- 
maux : cet cependant 
celui que nous mépri- 
fons peut - être le moins ; ny en 
ayant point contre lequel nous cher- 
chions plus à nous défendre. On Île 
compte dans le genre des Infectes : 
ainfi pour faire entendre ce qu: c’et 
que ver , il faut expliquer auparavant 
ce que c’eft qu'Infecte, 
Tome I, À 


LT |! 


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2 De laGenération 

Qui dit Znjetle , dit un animal 
complet, entrecoupé de plufieurs in- 
cifions faires :en forme de cercles ou 
d’anneaux , par le moyen defquelles 
il refpire, & d’où il a tiré le nom 
d'infe&e, qui fignifie, Divifé, coupé , 
entrecoipé. Tels font Îc Scorpion , la 
Fourmi, la Chenille, & uneinfinité 
d’autres. 

De ces Infedes , les uns ont les in- 
cifions fous le ventre, les autres fur 
de dos, les autres à l’un & à l’autre 
tout enfemble. Aux uns il s’en trouve 
plus, aux autres moins, & tout cela 
{elon la diverfité des efpèces. On en 
remarque douze à la Fourmi, feptau 
Scorpion, autant au Ver à foye, fei- 
ze & quelquefois davantage à la Che- 
nille , &c. 

On appelle auf Infectes , la plü- 
part des asimaux qui vivent quelque 
temps après qu'ils font coupés en 
morceaux , comme les grenouilles, 
les lézards , les ferpens , les vipé- 
res ;:XC. 

Je croiroïs volontiers que les Infe- 
&es tirent leur nom du mot latin 7#- 
feétari , qui fignifie, pourfuivre ; perfécu- 
ter, tourmenter , GC. PATCe QUE CES Ani- 
maux fe trouvent prefque par-tout , 


des Vers. HER: 
& qu'il eft difficile de s’en défendre ; 
mais cette étymologie paroît faufle 
quand on fait réfléxion , que les 
Grecs ont appellé ces animaux, 
Evvous, C'eft-à-dire, coupez , incifez , 
. & que le latin snfcifum qu’on a enfuite 
francifé , n’eft que la traduction de ce 
mot grec. 
Je dis que linfeéte refpire, ce qui 
-eft contraire au fentiment de plufieurs 
anciens Philofophes , qui ont cru que 
la plupart des infetes ne refpiroient 
pas , parce qu'ils fe font imaginés que 
ces animaux n’avoient pasde pou- 
mons ; au lieu que les obfervations 
des Modernes fur ce fujet, celles entre 
autres, du célébre Malpighi , nous 
font voir qu’il y a des infeétes qui, 
Join de manquer de poumons, en ont 
un plus grand nombre que les autres 
animaux. D'ailleurs, comme le re- 
marque Pline, Sr ils n’en auroient 
point , ce ne feroit pas une confé- 
-quence qu’ils ne refpiraffent pas, puif- 
qu'il ne paroît pas plus poflible de 
vivre fans refpiration que de refpi- 
rer fans poumons. Mec vi leo cur magis 
poflint non trahere animam & vivere, quém 
fpirare fine vifceribus. ( 4 ) 
La) Plin, Hifi, nat, lib, IL. c. 3 


4 De la Génération 

Ces mêmes Philofophes ont écrit 
que la plupart des Infeétes n'avoient 
point de fang , parce qu'on ne trouve 
dans le corps de plufeurs , aucune li- 
queur ronge; mais ils fe font encore 
trompés là-deflus |, l'humeur ap- 
pellce fang , n'étant point telle par 
fa couleur , mais par fon ufage; ce 
qui fait dire au méme Pline , que 
quelle que foit l'humeur vitale qui 
anime l'infecte, cette humeur eft le 
fans de l’Infeéte : Sic > Infeitis , quis- 
quis ef vitalis buimor, bicerit c> fanguis (a). 
Or comme il n’y a point d’infeéte qui 
n'ait en foi une humeur vitale qui 
s’anime , il n’y a point non plus d'In- 
fecte qui n'ait du fang. 

Un Auteur moderne { 2) écrit que 
dans les premiers temps de l'Eglife : 
un grand nombre de Chrétiens ne 
s’accordoient que de petits poiflons 
qui fuflent dépourvüs de fang , com- 
me des Moules, des Huitres, & des 
Ecrevifles. Cet Auteur, comme on 
voit, donne ici dans l'erreur ancien- 
ne , & ne reconnoît que du fang 
TOULE, 


(a! Plin. ibid. 
(b) Traité des difpenfes de Carème ; premiere pars 
L$te Chap. 2Qe 


* des Pers. F 

Une autre caufe de la méprife des 
Anciens fur ce fujet, eft a penfée où 
ils étoient ie n’y avoit point de 
cœur en plufieurs Infe@es; mais on 
fait aujourd’hui par les découvértes 
qui ont été faites avec le fecours des 
microfcopes., que fiquelques Infectes 
ont plufieurs poumons, il y en a auffi 
- qui ont plufeurs} cœurs; tel eft, par 
exemple, lé Ver à foye, dans lequel 
ïl s'en trouve un fi grand nombre, 
que ce n’eft prefque qu'une chaîne de 
cœurs , depuis la tête jufqu’à l'extré- 
miteé du corps. 

Ces obfervations nous convain- 
quent que les Infetcs ne font point 
des ébauches de la nature, ni des 
animaux incomplets , comme fe le 
font imaginé quelques Philofophes ; 
puifque bien loin de manquer de 
parties , il s’en trouve qui en ont plus 
que les autres animaux , ainfi quoi 
1e peut voir encore, 1°. Dans l’Arar- 
gnéc vulgaire qui a huit yeux. 2°. 
Dans la Mouche qui a une trompe 
comme un Eléphant , fix jambes di- 
finguées chacune en quatre mem- 
bres , dont les extrémités fe divifent 
aufli en plufieurs parties, & font ar- 
mées de deux pinces , entre lefquelles 

| À ii] 


ë De l8 Génération 

on appercoit de petites pointes, par 
le moyen de ve cet animal satta- 
che aux moindres inégalités des corps 
même les plus polis. 3°. Dans la 
Puce , où l’on découvre fix jambes , 
ayant chacune trois jointures diverfe- 
ment articulées. Les articles des deux 
jambes de devant entrent tout-à-fait 
Fun dans l’autre, & ceux des jambes 
du milieu ont leur étendue féparée. 
Mais les jambes de derriere ont leurs 
articles pliés l’un fur l’autre, comme 
la jambe & la cuifle de lhomme. 
Quand la puce veut fauter, elle étend 
en même temps toutes fes jambes ; & 
alors les différens articles venant à 
fe débander à la fois, font l'effet d’au- 
tant de reflorts , & produifent ce 
fault qui l'éleve en l'air , à la hauteur 
de deux cens fois celle de fon corps, 
ainfi que le remarque M. Hook dans 
fa Micrographie,& qu'il a été remar- 
qué dans le Journal des Savans , du 
Lundi 20. Décembre 1666. Voyezla 
planche ey-jointe, où par occafion , 
nous avons marqué plufieurs autres 
particularités concernant cet Infcéte , 
lefquelles font très-dignes d’obfer- 
vation. 4° Dans la Chenille qui a 
feize pieds, fix devant , huit au mi- 


Oeufs L la Puce LUS »ar Le AMrcrose 724 


Coque produte par ui. Ve’ do e/71 crentlaPuce 
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des Vers. ? 
lieu, & deux derriere, fans parler 
de plufeurs autres parties qu’on dé- 
couvre fur le corps de quelques-unes ; 
tels que font deux efpéces de bou- 
uets de plume noire, fitués autour 
À à la tête, deux petits avirons ran- 
gés de chaque côté , dont les filets 
reflemblent à ceux des: plumes , & 
une peau parfeméc de petits poils: 
bruns, féparés les uns des autres, en- 
tre lefquels on voit plufieurs petites: 
plumes ; toutes parties dont chacune, 
fans doute , a fon ufage , quoique 
nous ne le connoiflions pas. | 
On peut dire cependant, que le 
grand nombre de parties qui compo- 
fent un Animal, n’eft pas toüjours ce 
qui en fait la perfeétion; car pourvû 
que cet Animal ait celles qui lui font 
néccflaires pour être complet dans. 
fon efpéce , & qu’elles foient placées: 
felon la fituation qui leur eft propre. 
il eft parfait. Le Serpent, par exem- 
ple, qui n’a point d pieds , eft par: 
fait; & le Limaçon qui jette fes ex-- 
crémens par le col, quirefpire par là, . 
& quia dans ce même endroit, les 
parties deftinées à la propagation de’ 
fon efpéce, eftun Animal parfait. 
Je.ne cite point ici l'exemple de la’ 
À 1v. 


$ De la Génération 
Taupe, que quelques-uns croyent 
étre fans yeux, car elle a un chry- 
ftallin & tout ce qu'il faut pour voir. 
Nous pouvons obferver, en paf- 
fant , qu’il n’eft pas étonnant que 
quelques Philofophes ayent regardé 
les Infeétes comme des Animaux im- 
parfaits, puifqu’il s’en eft trouvé qui 
{e font égarés jufqu’au point d’avan- 
cer que le corps de la femme étoit 
un ouvrage imparfait, une ébauche 
formée contre l'intention de la natu- 
re ; comme fi un corps parfaitement 
proportionné , où l’on ne remarque 
aucune irrégularité ; un corps qui n€ 
manque d’aucune partie néceflaire, 
qui n’en renferme aucune de fuper- 
flue , & qui l'emporte méme encela 
fur celui de lemme, où l’on en 
trouve en quelque facen d'inutiles, 
telles que font les mammelles, pou- 
voit étre un corpsimparfait , & com- 
me fi, d’ailleurs, un fexe fi nécefai- 
re pour la produétion de homme, 
& dont la nature fe fert pour fe con- 
ferver elle-même , pouvoit étre con- 
tre l'intention de la nature. Il faut 
avouer ici avec Cicéron (4*) , que 
c'eft une chofe étonnante qu'il n'y 
(a) Neftio gromodo mihil tam abfurdè dici potef 


des Vers. g 
ait point d’abfurdité fi étrange , qui 
n'ait été foëtenue par quelque Phi- 
lofophe. 

En voil# fuffifamment pour don- 
ner une idée générale de ce que c’eft 
qu'Infeéte. 

Les Infe&es fe divifent en grands 
& en petits. Les premiers font com- 
pris fous le nom général d’Infeétes, 
comme la Couleuvre , PAfpic , a 
Vipère , le Scorpion, la Grenouil- 
le, &c. Les autres le font fous le 
nom particulier de Vers, comme la 
Chenille , le Papillon, la Fourmi, la 
Puce , les Vers de terre , ceux qui 
s’engendrent dans le corps de l’hom- 
me, dans celui des autres Animaux, 
dans les fruits, dans les plantes, dans 
le bois , dans les étoffes , dans les li- 
queurs , & dans tous les différens 
mixtes. 

Les petits Infetes meurent pref- 
que tous fur la fin de l’Automne ; 
mais ils laiflent une infinité d'œufs 
qui fe confervent pendant l’'Hyver, 
& qui, aux approches du Printems, 
s'ouvrent en foule, & laiffent éclorre 
les petits Animaux qu’ils renferment. 


god non dicatur ut ab aliguo Philofophorum. Cic.lib. I: 
ge Livinatione, 


10 De la Génération | 

La naïffance du petit Infe&te, à ces: 
premieres chaleurs du Printems, eft 
ce qui l’a fait nommer enlatin., Ver- 
mis , COMME qui diroit, vere micans ,. 
& en françois Ver, du mot latin Ver. 
qui fignifie, Printems. 

De ces Vers, les uns font reptiles .. 
c’eft-à-dire, fe traînent fur le ventre. 
comme les Vers de terre , & la plü- 
part de ceux qui s’engendrent dans: 
les inteftins , ou qui fe trouvent dans: 
les fruits ; les autres non reptiles , 
comme la Mouche , le Haneton, 
la Fourmi, l'Efcarbot , la Cigale , le: 
Cloporte, &c. 

Les reptiles Vers fe meuvent par: 
des fibres fpirales, comme lesautres. 
reptibles ; mais avec cette différence, 
que les fibres tant antérieures que po- 
ftérieures {e:raccourciflent , & font: 
faire par cette contraction générale. 
une petite voute au corps du Ver;: 
après quoi elles s’unifent, & les par- 
ties qui-compofent cette voute , étant: 
tirées , s'étendent du côté où elles: 
font tirées, & font ainfi mouvoir le: 
Ver par un mouvement d'ondula- 
tion. 

Un grand nombre de perfonnes: 

font fajettes aux vers ; mais comment. 


des Vers. 11 
ees vers peuvent-ils fe produire dans 
le corps de l'homme? C'elt ce que 
nous allons examiner dans le Chapi- 
tre fuivant. 


CHAPITRE IL. 


Comment s’'engendrent les Vers dans: 
le corps de l'homme. 


Es Vers s’engendrent dans le 

corps de l’homme, & dans ce- 
lui des autres Animaux, par le moyen 
d’une femence qui y eft entree, & 
dans laquelle ils font renfermés. Car: 
tous les Animaux , ainfi que nous Île: 
dirons plus bas, s'engendrent d'une 
femence qui les contient , & le Ciron: 
même, tout petit qu'il eft, fort tout 
parfait de fon œuf , après quoi il croît 
infenfiblement. Il s’agit d'expliquer 
comment cetre femence de Vers peut 
être portée dans l’homme; mais fi l'on 
confidére la multitude des œufs des 
Chenilles, des Mouches, & des au- 
tres petits Infees, avec le nombre. 
prefque infini de ces petits animaux 
que les microfcopes nous découvrent 


12 De la Génération 

dans les liqueurs , & prefque dans 
tous les mixtes, on reconnoitra aifé- 
ment qu'il n’y a rien dans la nature 
où les femences des {nfeétes ne fe 
puiflent iafinuer, & qu'il en peut 
entrer une grande quantité dans te 
corps de l’homme , aufli bien que 
dans celui des autres animaux, par le 
moyen de l'air & des alimens. Or 
comme la chaleur faffit pour faire 
éclorre les Vers contenus dans ces 
œufs , quand ces mêmes œufs rencon- 
trent une matiere convenable, il eft 
facile de comprendre qu'it en peut 
éclorre de diverfes efpecés dans le 
corps de l'homme , felon les diverfes 
matieres qui s’y trouvent , ces œufs 
étant comme les graines des. végé- 
taux , dont Îles unes serment dans de 
certaines terres, & les autres dans 
d’autres. Enforte qu’une perfonne 
dont le corps abondera en une cer- 
taine humeur , fera éclorre des Vers 
‘d’une certaine forte ; celui dont le 
corps abondera en une autre humeur, 
en fera éclorre d’une autre forte; & 
celui enfin eniqui il n’y aura aucune 
humeur propre pour les œtns des 
Vers, n’en fera éclorre aucun , & fera 
exempt de Vers; fembiable en cela, 


des Vers. ; 1$ 
Zune terre qui n'étant pas propre pour 
certains grains, En pourra étre toute 


. {emée fans qu'il en paroiffe aucun. 


s 


Quelques Philofophes prétendent 
que les Vers & plufieurs autres Infec- 
tes s'engendrent le Îa feule corrup- 
tion , par une combinaifon fortuite 
de matiere , fans aucune femence. 
Mais fi ces Philofophes pouvoient ex- 
pliquer deux chofes ; l’une , comment 
le À re du hazard peut arranger 
avec tant d'ordre Îes organes d’un ani- 
mal, & l'autre , d’où vient qu’on ne 
voit fe produire aucune efpéce nou- 
velle d’Infedtes, comme cela devroit 
néceffairement arriver dans leur fyfté- 
ac, leur opinion pourroit paroitre 
fupportable. 

La terre, dira-t-on , produit bien 
quelquefois des Rats par la feule cor- 
ruption de la matiere, puifque Dio- 
dore de Sicile rapporte que dans la 
Thébaide on en a trouvé quelquefois 
d’imparfaits où on ne voyoit qu’une 
moitié d'animal & une moitié de ter- 
re, & que néanmoins ce demi animal 
fe mouvoit. Je répons à cela, que fi 
FHiftor.en qui rapporte ce fair, avoit 
eu quelque teinture d’Anatomie, & 
qu'il eut vü une feule difieétion du 


14 De la Génération 
corps de l'animal , il eût compris ai- 
fément que cette génération étoit im- 
poflible , & qu'avant que lanimal 
puifle mouvoir ou fa tête ou fes pieds, 
il faut que fon corps foit , finon par- 
fait, du moins achevé. Car on f{çait 
bien qu'il y a des corps imparfaits qui 
viennent au monde manquant de 
quelque partie, & qui ne laiflent pas 
de vivre & de fe mouvoir ; on voit 
des perfonnes fans bras , d’autres fans 
pieds , d’autres fans doigts, &c. on 
voit des Chiens n'avoir que deux pa- 
tes; mais comme ces corps font ainfi 
de naiffance, je dis qu'ils fontachevés 
& non parfaits. az 
Ce qu’on allégue ordinairement des 
Grenouilles , qu’elles fe produifent de 
la pluye , & ce qu'on dit des Ma- 
creufes, qu’elles s’engendrent du bois 
pourris des vieux vaiffeaux , feroit fa- 
vorable à ces Philofophes, s’il étoit 
vrai. Il tombe quelquefois de petites 
Grenoüilles avec la pluye , lorfqu'il 
fait de l'orage ; mais il ne s'enfuit pas 
-qu’ellesfoient engendrées dela pluye: 
_ Ja tempête peut enlever ces Grenouüil- 
les nouvellement éclofes , & la pluye 
mêlée avec la poufliere, leur fervir de 
nourriture , les enfler, Îles groflir & 


des Vers. 1$ 
Îes augmenter aufli promptement que 
des Champignons ; en‘orte que les 
Voyageurs foient quelquefois tout 
Æurpris d'en trouver fur leurs cha- 
peaux , lefquelles femblent croître 
comme à vue d'œil. Il peut arriver 
méme quelquefois , qu’ils ne décou- 
vrent d'abord qu’une Grenotiille im- 
parfaite en apparence, à laquelle, un 
moment apres pouflent des jambes ; 
ce qui fait croire au D PS ces 
Grenotüilles s'engendrent effcétive- 
ment de la pluye. Mais il fauc fcavoir 
que ces jambes étoient déja renfer- 
mées dans la Grenouille , & que 
quand elles paroiflent , ce n’eft qu'un 
développement qui fe fait d’une cho- 
{e cachée ; les jambes des Grenotiilles 
croiflant & poufñfant au dehors, de- 
même que les boutons de fleurs hors 
de leurs tiges , ainfique l’a remarqué 
Swammerdan, ce qui s'accorde avec 
ce que dit Jacobœus dans fes obferva- 
tions fur les Grenouilles , & avec ce 
qu'on remarque tous les jours dans les 
baflins des fontaines ; fcavoir , que 
cet animal ne paroît d’abord que tête 
& queuë. 
: Quant aux -Macreufes , on à crû 
qu'elles s’engendroient de l’écume de 


16 De la Génération 

la mer, ou des planches pourries des 
vicux vaifleaux , aufquelles on#les 
trouve, dit-on, attachées par lebec, 
& d’où elies fe détachent enfuite lorf{- 
qu’elles font bien formées ; mais elles 
viennent d’un œuf couvé, comme les 
autres oifeaux , ainfi que l’a fait voir 
M. Childeré dans fon Livre des Mer- 
veilles d'Angleterre, & que nous l’a- 
vons expliqué au long dans notre 
Traité des Alimens de Carême , en 
parlant de cet Oifeau , par rapport à 
la nature de fa chair, pour ce qui re- 
garde l'abftinence. 

Cela polé , je dis que les femences 
de tous les Animaux ont été créées par 
le premier Eftre, & mifes dans les 

remiers individus des efpéces ; en- 
Fe qu'au moment que ce premier 
Eftre commanda à la terre de produi- 
re toutes fortes de Reptiles & d’Ani- 
maux , chaque animal recut de quoi 
fe multiplier , comme les Plantes, 
dont l’Ecriture dit en termes exprès, 

ue Dieu ordonna à la terre de pro- 
ee de l'Herbe & des Arbres qui 
renfermaflent chacun leur femences 
en eux-mêmes pour fe reproduire (4). 
J1 faut remarquer que cette femence 


(a) Genef. Lib, I. 
des 


| des Vers. M 4 
des Animaux contient en racourci, 
Panimal qui en doit fortir , & les mi- 
erofcopes nous l'y decouvrent quel- 

uefois tout formé. On peut voir là- 
deffus les obfervations curieufes du 
 célébre M. Hartfocker , fcavant Phy- 
ficien d'Amfterdam , dans le Journal 
des Sçavans de l’année 1678. & les 
Lettres du fameux Antoine de Le- 
Wenhoek. Chaque femence des Plan- 
tes contient de même en abregé la 
plante qui en doit venir, & à l'infini 
toutes celies qui en peuvent naître. 

: Nous obfcrverons ici que les fe- 
mences dont nous-parions , peuvent 
être confiderées felon leurs. entités. 
& felon leurs diverfités. Selon leurs 
entités , le nombre en ef infini, ce 
qui fait qu'il fe produit tous les jours 
en chaque efpéce tant d'individus 
nouveaux. Selon leurs diverfités , 
elles font bornées à un certain nom- 
bre, ce qui eft caufe qu’il ne s’engen- 
dre aucune efpéce nouvelle d’ani- 
maux , ni de plantes, ni de mine 
FAUX. 

Lucrece a reconnu lui-même la né- 
éeflité d'admettre les femences, pour 
expliquer cette conftance de la natue 
xe dans fes produions. Ne croyez 

Zaue L B 


15 De la Génération 

pas, dit-il, (4) que toutes chofes fe 
puifflent combiner en toute maniere. 
Si cela étoit, il fe feroit tous les jours. 
des générations bizarres , qui ne fe: 
font point. On verroit communé- 
ment paroître des monftres moitié 
hommes & moitié brutes ; on verroit 
des branches d'arbres naître au corps: 
des animaux, des membres de poif- 
fons s'unir avec des membres d’ani- 
maux terreftres , & des chimeres ra- 
vager Îes campagnes par les feux 
qu'elles vomiroient. 

Que S'il n'arrive rien de tel, pour- 
fuit ce Philofophe, il faut neceflaire- 
ment avouer que c’eft que toutes cho- 
fes naïflent de certaines femences qui 
les fixent, & qu'il y a en tout cela une 
caufe déterminante qui ne peut varier, 

Cette caufe n’eft autre chofe, fe- 
Jon le même Lucrece, que les femen- 
ces mêmes (#) qu’on doit regarder 
: comme autant de formes inaïtérables 
limitées dans le nombre de leurs dif- 
férences , & fans limites dans celui 
de leurs individus , lefquelles demeur- 


(a) Non zamen cmnimodis conne&i polfe putandum eff 
emnia, &c. Lucret. de Rerum Natura, Lib. FH. Carmm 
6 08. 

# b) Primordiarerum , &cc. Lucret. Ibid. Carm. 17. 


des Vers... 19 


rent cachées dans (4) tous les êtres , 


& font dit-il, comme autant-de {ceaux 


& de caracteres invariables , d’où. 
viennent toutcs les figures diféren-- 


tes qui conftituent les efpéces. 


Chaque animal a donc en foi une: 
maticre propre à produire un animal 
fon femblable , foit par l’accouple-- 
ment , foit fans accouplement. Cette: 


matiere multiplie plus ou moins , fe-. 


lon la nature du lieu où Panimal fe: 
rencontre. Les Infectes par exemple, . 
fe trouvant dans un lieu propre. à: 
leur nourriture, y dépolent quantité 
d'œufs, ces œufs produifent d’autres: 
Infeétes , ces Infeétes d’autres œufs. 
& toujours ainfi jufqu’à l'infini. Or 
comme ces œuis font fort petits &' 
fort legers, il eft facile de juger qu'ils: 
peuvent être épars dans l'air , dans: 
l’eau & fur la terre, par lemoyen des: 
vents & des pluyes , & que fe confer-- 
vant de la même maniere dont fe con- 
fervent les graines dés plantes , ils fe: 


reveillent aufli-tot qu'ils trouvent une’. 


» 


maticre & uné chaleur convenable.Ill 


s'enfuit que ces œufs peuvent s’intro- 


duire fouvent dans les mixtes , qu'ils 


(a) Irvenies igitur muliarum femina rerim ; éorpora 
sœlare € varias cobibere figuras , ibid. Carm. 675. 


B 1j 


20 De la Générarion 


peuvent entrer dans les fruits ; non 


feulement par dehors , maisavecle 
fuc que la plante tire de la terre, & 
_c'eft par ce moyen qu'on peut expli- 

quer d'où vient qu'on voit des Vers 
dans certains fruits, fans qu'il parole 
fur la peau de ces fruits, aucune trace 
de piqûre. Ils'enfuit de fa même rai- 
fon , que ces œufs peuvent venir dans 
notre corps avec les alimens & avec 
l'air. Les femences dont il s’agit, étant 
ainfi mélées partout , ow produifent, 
ou fe confervent , ou fe détruifent fe- 
lon que le lieu où elles font leur ef , 
oupropre, ou indifférent, ou contrai- 
re. Car fi la matiere furabondante 
croupifloit en attendant que la cha- 
leur vitale du mixte vint à l’aflujetir 
& à la tranfimuer, il eft hors de dou- 
te qu'il fe feroit une fermentation 
étrangere, & contre nature, qui, par 
le levain de la matiere inutile infec- 
teroit toute la mafle. Mais elles ne: 


s'infinuent pas feulement par lemoyen 


de l'air & des alimens, elles entrent 
encore trés-fouvent dans les chairs par 
dehors , & s'y arrêtent d'autant plus 
facilement qu’elles font fort fubtiles., 
& qu'en comparaifon de leur fubtili- 
té, la plus fine peau du corps elt três- 


LR 
: Lulu 


| des Vers. ZT 
grofliere. Ajoutons à cela que cette 
peau eft remplie de cavités , dont les 
unes font pleines de fueur , les autres 
de petites écailles , & toutes plantées 
. d'un petit poil ; ce qui fait que ces fe- 
mences. s'y engagent aifément , & 
-qu'elles y produifent de petits ani- 
maux qui rongeant les cellules étroi- 
tes dans lefquelles ils font éclos , ou- 
vrent les vaifleaux imperceptibles 
épars fur la peau, & par cette ouver- 
tare font échapper la liqueur conte- 
nue dans ces mêmes vaifieaux , la- 
quelle par fon féjour , fermente, ou fe 
change en pus, & forme plufeurs pe- 
tites galles fous lefquelles ils fe tien- 
nent couverts. C’eft ainfh que les Ci- 
rons & plufieurs autres fortes d’infec- 
tes s'engagent dans la chiair. L’expc- 
rience le fait voir en ceux qui manient 
long-temps des Hanctons ou des Vers 
à foye , car ris ne manquent pas d’a- 
voir bientôt fa galie , parce que ces 
Infetes, ainfi que tous les autres, font 
chargés de la femence de plufieurs 
autres Infeétes moindres qu'eux , la- 
quelle eft par eux dépoféc dans la 
main qui les touche. Et comment ne 
feroient-ils pas chargés de ces femen- 
ces, puifqu'ils font tout couverts d’a- 


22° De la Géneration 

nimaux imperceptibles qui les ron- 
gent ? ainfi qu'on le remarque dans: 
l'Efcarbot licorne , fur lequel le mi- 
crofcope découvre une infinité de pe-- 
tits pous. On voit la méme chofe dans: 
plulieurs autres Infeétes , lefquels fonc 
tout occupés à fe debarrafiër d’une: 
vermine importune qui les dévore:. 
Telle eft la Mouche , par exemple, 
qui nettoye continuellemrent fes aîles, . 

a tête, fes picds, & s’épluche fans 
cefle. Car fi on la confidere avec le’ 
microfcope , on y difcerne fouvent: 
divers animaux qui la fucent. Ces ani- 
maux font fans doute encore fucés par 
d’autres, & ces autres par d’autres ,. 
felon ce qu'il y a de matiere corrome 
pue en chacun d'eux pour nourrir 
quelque autre efpéce d'animal dont la: 
femence s’y puife arrêter. 
Qu'on n’objecte pas que comme on° 
voir des Vers de différentes efpéces 
dans les matieres différentes dont ils. 
fe nourriffent , il y a lieu de croire 
que ces Vers tirent leur premiere ori- 
gine de la matiere même dans laquelle 
on les voit, car c’eft une difficulté que: 
nous avons déja prevénue , en dur 
qu'il en eft des femences des Vers, . 
comme des graines des plantes, dons 


des Vers. z3: 
les unes ne peuvent poufler qu’en cer- 
taines terres, & les autres dans d’au-- 
tres. Ainfi les Vers qui mangent les: 
pois font différens de ceux qui: man- 
gent les cerifes ; & la vermine des: 
Brebis differente de celle des Oifeaux,. 
parce qu’il y a dans chacun de ces fu-- 
jets, une matiere propre à faire éclo- 
re une telle efpéce de Vers, & non: 
une autre. 

Qu'on ne dife point que la quantité. 
extraordinaire de Vers qui fe trou- 
vent dans certaines chofes pourries ,. 
fait voir évidemment qu’il n’y a point 
d’autre femence de ces Vers que la 
matiere même où ils naiffent, laquelle: 
fe transforme en ces animaux ; car ii’ 
arrive ici à l'égard de ces Infe&es, ce: 
qui arrive à l'égard des troupeaux : 
Où font les bons paturages, là fe trou- 
vent des Bœufs & des Brebis en abon-- 
dance. Mais comment concevoir ,. 
dira-t-on , qu’il fe puiffe former par 
autant de femences, un nombreauñfff: 
extraordinaire d’Infectes qu’il en fort: 
de la chair corrompue de certains ani-- 
maux ; par exemple une quantité auf: 
prodigieufe d’Efcarbots & de grofles 
Mouches qu'il s’en produit à la cam- 
pagne dans la ficnte des Vaches, dans 


24 De la Génération 
celle des Brcbis , des Mulets & des 
Afnes ? Je réponds que les herbes étant 
toutes couvertes de petits Infeétes & 
d'œufs d’Infectes, les Bœufs & les Va- 
ehes en broutant l'herbe , fe remplif- 
{ent de ces femences. Cela fuppolé, 
je dis que ces femences étant différen- 
tes dans leurs efpéces , &8c par confé- 
quent dans leurs figures & dans leurs 
mafñles , celles qui ont plus de lege: 
reté, & dont la figure eft proportion- 
née aux conduits.par lefquels doit en- 
trer le fuc nourricier de ces animaux, 
font portées dans les chairs, où elles 
fe confervent quelque temps , toutes 
prêtes à produire ce qu’elles contien- 
nent, fi-tôt que l'animal mort fera 
corrompu ; & celles qui ont trop de 
mañe , ou dont la figure n’a pas de 
proportion avec ces conduits, font re- 
jettées avec les excremens , & pouf: 
{ent enfuite leurs Vers de la même. 
maniere que nous voyons dans le fu 
mier , certains grains d'orge & d’avoi- 
ne fortis du ventre du Cheval , pouf- 
fer l'herbe qu'ils contenoient. De plus, 
les Mouches venant à fe pofer fur cet- 
te chair & fur cette fiente, peuvent 
encore y laifer plufieurs œufs propres 
à produire diverfes fortes d'animaux > 
ŒERE 


des Vers, 25 
car c’eft quelque chofe d’incroya- 
ble que la quantité d'œufs que font 
les Mouches. La femelle des Abe:il- 
les ;, que l’on appelle le Roy, en jette 
plus de fix mille par an ; Jean de 
Hoorn , fameux Anatomifte , a fait 
plufcars obfervations curieufes {ur 
ce fujet. ES 

On rémarque que la poudre de 
Viperé fe remplit de Vers quand 
elle a été gardée quelque temps, 
en forte qu'on eit obligé, pour la 
conferver , de la réduire en pâte, 
avec une fufifante quantité de mu- 
filage de gomme adragant, & d’en 
former des trochifques, qu'on fait [6. 
cher au foleil pour les pulvérifer fe- 
lon le befoin. 

Ce fait n’eft pas plus contraire à 
notre fentiment que les autres que 
nous avons rapportés , rien n'empê- 
chant de penfer que ces Vers fe pro 
duifent dans la poudre de Vipere 
par des fémences qui étoient enga- 
gées dans la chair de la Vipere lorf- 
que l’animal vivoit , & cela confor- 
mément à l'explication que nous ve- 
nons de donner au fujet des Infeétes 
qu'on voit naître du cadavre des au- 

Zome I. 


26 De la Génération 
tres animau x. M.Rédi prétend que f 
l'on tient enfermé dans un vaiffeau 
bien bouché, de la chair fraîche , ou 
quelqu'une des autres chofes où il 
vient ordinairement des Vers, il n’y 
en naîtra aucun ; d’où l’on conclud 
ue ces Vers ne s’engendrent que par 
Le fémences qu'y laifent les Mou- 
ches en fe pofant deflus. L’expérien- 
ce qu'apporte M. Rédi ne prouve 
rien, puifqu’en Eté , par exemple, 
quelque fraîche que puiffe être la 
viande , il eft impoflible qu'il ne s’y 
pofe toujours quelques Mouches, & 
qu’elles n’y laiffent par conféquent 
des œufs ; en forte que fi alors on 
énferme cette viande , & qu'il ne 
s'y produife point de Vers , il faut 
conclure au contraire que ce ne font 
pas les Mouches précifément qui 
produifent les Vers dans la viande , 
mais que ce font d’autres caufes avec 
celles-là : en effet ne fe peut-il pas 
faire que le vaiffleau étant trop étouf- 
fé empêche les Vers d’éclorre ? Ce- 
pendant la poudre de Vipere que 
on conferve toujours fermée , fe 
remplit de Vers fi l’on n’a pas foin 
d'apporter les précautions que nous 


des Vers. 27 
avons dites. D'où s'enfuit que pour 
expliquer la génération des Vers qui 
naïiflent de la chair morte des ani- 
maux , il eft plus naturel de recou- 
rir à des fémences qui y foient en- 
crées dès le vivant de l’animal , fans 
nier cependant que les Mouches n’y 
en puiflent apporter de nouvelles, fi 
elles fe pofent deffus. 

Il nous relte à examiner quelle eft 
la matiere la plus propre à faire 
éclorre des Vers dans le corps de 
Homme , & à les y nourrir quand 
ils y font une fois éclos. Si l’on con- 
fidere que les enfans font Les plus fu- 
jets aux Vers, & que leur principa- 
le nourriture eft de lait & d’autres 
alimens doux qui fe tournent aifé- 
ment en aigre, On n'aura pas de pei- 
ne à trouver la véritable caufe qui 
fait éclorre les Vers dans le corps. 
En effet puifque le lait s'aigrit pour 
l'ordinaire dans l’eftomac de ceux 
qui en boivent fouvent , & que ceux 
qui font accoûtumés à cette nourri- 
ture , font prefque toujours attaqués 
de Vers, il eft naturel de conclurre 
que c’eft un aigre qui fait éclorre les 
Vers dans le corps ; mure aigre 

1} 


48 De la Génération 

quel qu'il foit , car il y a des aigres 
qui les tuent ; mais un aigre qu'on 
peut appeller aigre-doux, tel que ce- 
lui qui s'engendre dans nos corps par 
la corruption du lait, & par lacor- 
ruption des fruits. Cet aigre - doux 
excite une fermentation infenfible, 
très-propre par fon mouvement à 
développer les parties du Ver enco- 
re enfermé dans fon œuf , & à lui 
procurer quand il eft éclos , Pac- 
croifflement néceflaire. Que faut-il 
pour faire naître un Ver dans les in- 
teftins ou dans quelque autre partie, 
finon une matiere qui fermente dou- 
cement, & qui communiquant une 
legere raréfa@ion à l'humeur de 
l'œuf, dans lequel le Ver eft renfer- 
mé , dégage infenfiblement les pe- 
tites parties de ce Ver , &c les nour- 
rifle en s’y introduifant peu à peu >? 
Gr on ne trouvera dans le corps de 
l'homme aucune matiere plus pro- 
pre à produire cet effet, que l’aigre- 
doux , qui étant un acide embarraflé 
dans des parties terreftres & fulphu- 
reufes , ne fcauroit être que trés-ca- 
pable d’exciter les mouvemens in- 
fenfibles dont nous parlons ;. & c’eft 


des Vers. 29 
cé que l'expérience confirme , puif- 
que ceux qui ufent fans modération 
de certains alimens doux faciles à 
s’aigrir , comme de lait , de fucre, 
de fruits , de miel , font plus fujets 
aux Vers que les autres. Aufli remar- 
que-t- orÿ que tes remédes qui corri- 
gent les acides , font tous contraires 
aux Vers. C’eft pour cela que certains 
amers font fi bons pour guérir & 
pour prévenir cette maladie. En voi- 
à aflez pour fa produétion des Vers 
en général ; voyons en particulier 
comment , felon les principes que 
nous avons polés, le Ver , qui a dori- 
né occafion à ce Traité ,a pu fe pro- 
duire dans le Malade qui l'a rendu. 

11 femble d’abord qu'il fuffife pour 
comprendre la produétion de ce 
Ver , de fuppofer que le Malade ait 
bü ou mangé quelque chofe en quoi 
le germe de cet Infeéte fût renfer- 
mé, foit que le Ver qui aura jetté cet- 
te fémence air vécu dans le corps 
d’un autre homme , ou ailleurs, foit 
qu'il ait été aufli long , ou qu'il l'ait 
été moins, tant pour n'avoir pas 
_ achevé fon accroiflement faute de 
temps, que pour ne Favoir pu faure 

C üij. 


30 De la Génération 

de nourriture ; car comme il eft des 
animaux qui ne pañlent pas une cer- 
taine mefure , il en eft d’autres qui 
croiflent toujours felon l'abondance 
& la qualité de l'aliment qu'ils trou- 
vent. C’eft pour cela que l'on voit 
des Mouches prefque aufli groffes 
que des Hannetons, & que les Vers 
prefque imperceptibles qui font dans 
les bouteilles de vinaigre deviennent 
beaucoup plus longs & plus gros 
dans les tonneaux des Vinaigriers. 
Je dis donc que pour la génération 
du Ver dont il s'agit, il a fuffi que 
le Malade ait avalé quelque chofe 
en quoi füt la fémence de cet Infec- 
te : & fi l’on me demande comment 
ectte fémence pourroit fe trouver 
dans les alimens , je répondrai qu'il 
n’eft pas plus difficile qu’elle s’y trou- 
ve , que la fémence d’une infinité 
d’autres Vers qui font dans les fruits, 
dans le fromage, dans les herbes, &c.. 
cependant pour ne point défendre 
un fentiment qui a fes difficultés , ne 
pourroit-on point dire , au cas que 
la fémence de ce Ver ne fût pasen- 
trée avec les alimens dans le corps 


du Malade, qu’elle y a peut-être paf- 


des Vers. GE 

fé avec la fubftance même du pere 
dès le temps de la conception ? Car 
comme l’on ne voit nulle part , foit 
fur la terre , {oit dans l’eau, des Vers 
fi longs , pour donner lieu de croire 
que les germes en puiflent être étran- 
gers à l'homme, ne fe pourroit -1l 
pas faire que ces mêmes germes euf- 
fent été créés dans ceux de l’hom- 
me , avec l'Homme même , ainfi 
qu'on le peut penfer des germes des 
poux qui ne fe trouvent qu’à lhom- 
me , & dont l’efpéce feroit détruite 
fi celle de l'homme (4) venoit à man- 
ri En forte que ce Ver ne fe pro- 

uit peut-être en nous , que parce 
qu'il a déja fon germe tout créé dans 
1 matiere qui produit l'homme ; 
femblable à ces plantes (4) qui croif- 
fent fur d’autres de différente nature, 
& qu'on ne voit jamais venir ail- 
leurs; car il y a bien de l'apparence 
Rio ont leur fémence renfermée 

ans celle des arbres même ou elles 
s'engendrent. Le germe de ce Ver 
peut donc avoir été dans celui du fæœ- 


tus. 
(a) Voyez La Lettre de M, Hartfoeker, à la fin de ce: 


ZLirre. : 


(b) Le Gui, 
€ iv 


32 De la Génération 

Ainfi lorfque cet Infcée a été in- 
troduit dans le corps, foit par les ali- 
mens, ou de la maniére que nous 
venons de dire , il eft à fuppofer 
qu'il y a rencontré toute la nourri- 
ture néceflaire à fon aecroiflement, 
& que par ce moyen, ileft parvenu 
à la longueur extraordinaire dent 
nous l'avons trouvé. Peut-être même 
que s'il ne {e füt pas rompu, l’au- 
roit-on vüû de toute la longueur des 
inteftins, qui eft , felon Hippocrate, 
la mefure qu'il a coûtume d’avoir 
dans ceux qui ont atteint l’âge de 
puberté, ou qui font prés d’y en- 
trer (4). Le même Hippocrate niant 
que quand ce Ver eft parvenu à cette 
étendue , il croît toujours comme 
auparavant, ce qui favorife le fenti- 
ment de Pline {b) qui dit, qu'on 
en a vü quelquefois de plusde trente 
pieds, & ce:-qui eft confirmé par des 
exemples récens encore plus ex- 
traordinaires ;. car M. Hartfoeker 
m'a mandé (c) d’Amfterdam , que 
M. Ruiïfch, célébre Profefeur d’A- 


(a) Hipp. Liv. IF. des Mal:dies, 
€b)Plin Hift. nat. Lh. FI, ch. 33. 


(c) Voyez la Lettre de M. Hartiocker à la fin de 
ce livre, 


des Vers. | 
hatomie dans cette Ville-fà , lui en 
avoit fait voir deux, dont l’un avoit 
plus de quarante-cinq aulnes de 
France. M. de Montabourg, celc- 
bre Médecin de la Faculté de Paris, 
& Médecin à Saint Germain en- 
Laye, m'a éerit le 30. Mars 173 5. 
- qu'iltraitoit dans cette Ville-là, une 
pauvre fille tourmentée d’un Ver {o- 
htaire , dont elle avoit rendu des 
lambeaux qui pouvoient fe monter 
à la longueur de 40..aulnes. Cette 
étendue ne doit point furprendre, 
puifque de la maniere dont ce Ver 


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Ze N SEEN 4, 
EN à l y / 


ft articulé, il lui eft facile de fe 


34 De la Génération 
raccourcir , & de s’accommoder at 
lieu qui le renferme. Aufñli fait-il 
plufieurs mouvemens différens , juf: 
ques-là qu'il fe roule quelquefois 
tout en pelotton, comme dans la 
figure ci-devant. Nous en rappor- 
terons plufeurs exemples dans la 
fuite. 

Nous pouvons obferver ici que 
Fopinion d’Hippocrate : que fou- 
vent ce Ver s'engendre dans len- 
fant au ventre de la mere, paroît 
trésvrai-femblable , en ce que l'on 
voit des enfans nouveaux nés en 
rendre de cette forte, qui font ex- 
“trémement longs, & cela dès la pre- 
miere fois que leur ventre fe purge, 
ainfi que l’a remarqué le même Hip- 
pocrate. Or il n’y a paslieu de croi- 
re qu'un animal d’une longueur fi 
extraordinaire püt croître en aufli 
peu de temps qu’il le faudroit pour 
fortir fi long du corps d’un enfant 
nouveau-né , fans y avoir été pro- 
duit dés le ventre de la mere : c’eft 
le raifonnement d'Hippocrate (4), 
& cela paroît trés-concluant. On à 
vü des enfans très-jeunes en rendre 


(4) Hipp. div, IV. des Maladies, 


des Vers. D; 
qui avoient plus de quatre aulnes ; 
& Gafpard Wolpius dans fes Obfer- 
vations , cite l'exemple d'une petite 
fille à la mammelle , qui en rendit 
un de cette longueur , par le moyen 
d’un purgatif qu’il lui ft prendre à 
ce deffein. 

Sennert (4) dit que ce Ver s’en- 
gendre dans l’homme à toute forte 
d'âge ; il rapporte pour le prouver, 
l'exemple d’une fille de douze ans, 
celui d’une femme de vingt-trois , 
& celui d'un vieillard de quatre- 
vingt , qui furent délivrés de Vers 
femblables ; mais ces exemples font 
voir feulement que le Ver dont il 
s'agit, fe peut trouver en toute forte 
d'âge, & non qu’il s’engendre à tout 
âge. Ce vicillard , par exemple, 
pouvoit avoir apporté le fien en 
naïflant , felon ce qu'écrit Hippo- 
crate (b), que c’eft un Infc@e qui 
vieillit avec bi hôte. 

Il ne fera pas difficile de com- 
prendre que ce Ver fe puifle engen- 
drer dans l'enfant au ventre de læ 
mere , fi l’on fait réfléxion à l’a- 


(a)Senn. Prax. Med, lib. TITI. part, 1. cap. 30. 
€ 2.) Hipp. Liv, IF .des Maladies, 


36% De la Génération 
bondante nourriture que reçoit ke 
fœtus, puifqu’il fe nourrit 1°. parle 
cordon umbilical. 20, Par la bouche. 
3°. Par les pores de la peau , enforte 
qu'il eft difficile qu'une nourriture fi 
abondante ne foit fujette à fe cor- 
rompre pour peu que l'enfant man- 
que des conditions néceflaires à une 
parfaite digeftion. dan 
Il eft vrai que le fœtus croiffant 
infiniment plus vite dans le fein de fa 
mere que lorfqu'il eft né, (car sil 
croifloit autant après {a naiffance 
qu'auparavant , ce feroit à quatre ans 
un géant énorme , ) il lui faut alors 
une quantité extraordinaire de nour- 
riture pour fournir + um accroifle- 
ment Ê prompt; mais il faut auñli 
que l'enfant la puiffe digérer parfai- 
tement , fans quoi le fuperflus de ce 
fucnourricier f tournant en corrup- 
tion , peut donner heu à la généra- 
tion du Tænia, ou Solitaire, qui eft 
le Ver dont il s’agit, & fuffife en- 
fuite pour le nourrir , quelque lon- 
gueur qu'ilacquiert. | 
Nous remarquerons avant que de 
finir ce Chapitre, que lorfque ce 
Ver ef une fois forti.du corps, ilne 


des Vers. 37 
s'y en engendre plus de femblable ; 
c’eft le fentiment de Spigelius & de 
tous lesMedecins , qui ont examiné 
avec attention, la nature de cet In- 
fete, dont nous allons confidérer 
encore plusexactement l’efpece dans: 
le Chapitre fuivant , où nous avons 
à parler des différentes fortes de 
Vers qui fe produifent dansle corps 
humain. 


CHAPITRE IIL 
Des différentes efpéces de Vers qui 


s’engendrent dans le corps de 
L'homme, © par occafion, de 
quelques-unes de celles qui s’en- 

 gendrent dans les minéraux, dans 
les végétaux © dans les ani- 
maux. 


N voit tant d’efpéces différen- 
O tes parmi les Vers, qu'on peut 
dire qu’il n’y à pas de genre d’ani- 
maux où l’on en remarque un fi 


38 De la Génération 
grand nombre. Il s’en engendre de 
plufieurs fortes dans les animaux, 
dans les végétaux & dans lesminé- 
raux. Je ne parle point de ceux que 
les Anciens ont cru qui naifloient & 
qui fenourrifloient dans le feu , qui 
voloient à travers la flamme fans fe 
bruler , & qu'ils ont appellés pour 
ce fujet Pyraufles , d'un nom grec 
qui fignifie à l’épreuve du feu , car 
ce fait eft une fable; il n’y a point 
d’autres Pyrauftes que ces petits Ver- 
mifleaux ailés, qu'on voit voltiger 
fouvent autour des bougies & des 
chandelles allumées , dont ils tra- 
verfent quelquefois Îa flamme, à 
laquelle ils fe * brulent le plus fou- 
vent. 

Ce font fans doute ces animaux 
qui ont donné occafion à Ariftote 
& à Pline de dire, que dans l'Ifle 
de Chipre on voit aux fourneaux 
des forgerons, des Infeétes volans, 
gros comme de groffes mouches, 
jefquels font engendrés du feu, & 
meurent fitôt qu'ils s’en éloignent ; 
parce qu’en effet, dès que ces petits 
animaux ont brulé l'extrémité de 
leurs aîles , ils tombent auprés de 


. des Vers. 39 
l'endroit où ils fe font brulés. 

Je ne parle point non plus, de 
ceux que le même Pline dit qui s’en- 
gendrent dans la neige ; on trouve 
quelquefois des Vers fous la neige, 
comme on y trouve de petites her- 
bes verdoyantes ; mais il ne s’enfuit 
pas que ces Vers foient engendrés 
de la neige. On lit dans le Journal 
des Sçavans , du Lundi 13. Décem- 
bre 1677. que le 20. Novembre de 
la même année, il tomba avec de 
la neige, une fi prodigieufe quanti- 
té de dix ou douze efpéces de Vers, 
que tout le pays en fut allarmé. 
Monfieur l'Abbé Galois, alors Au- 
teur du Journal, donne la figure de 
huit efpeces de ces Vers. On y peut 
recourir. 

. J'ai dit qu’il s'engendroit des Vers 
dans les minéraux , dans les végé- 
taux & dans les animaux. Quant aux 
minéraux , on voit des Vers qui 
rongent les pierres mêmes ; ces der- 
niers font longs d’environ deux li- 
gnes, larges de trois quarts de lignes, 
enfermés dans une coque grifâtre, 
ayant une tête fort srofe, des yeux 
noirs & ronds , quatre efpeces de 


49 De la Génération 
mâchoires difpofées en croix, qu'ils 
remuent continuellement , lefquel- 
les s'ouvrent & fe ferment comme 
un compas à quatre branches(#}, 
& trois picds de chaque côté vers 
la tête. | 

Le mortier <ft aufli mangé par 
une infinité de petits Vers , gros 
comme des mites de fromage; ils 
ont quatre pieds affez longs de-cha- 
que côté comme les mites, & deux 
yeux. 

Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait 
des Vers-qui puiffent ronger la pier- 
re, puifque le vinaigre la ronge, 
& que les eaux-fortes rongent les 
métaux ; car le vinaigre, par exem- 
ple, pour nous en tenir-là, com- 
ment ronge-t-il la pierre , fice n’eft 
par le mouvement de plufieurs peti- 
tes parties aigues dort 11 eft compe- 
fé , lefquelles heurtant contre la 
pierre , & étant d'une figure pro- 
portionnée aux pores de ce corps, 
S’introduifent dedans , comme fe- 
roient de petites aiguilles, & en fé- 
parent les narcelles ? Or quelle rai- 
fon y auroit-il pour ne pas vouloir 

(4) Journal des Sçavans de 1666. 2 
que 


des Vers. * 4r 
que ce que les petites aiguilles du 
vinaigre. font fur un corps dur, les 
dents fines & pointues d’un Ver, l'y 
”uiflent faire ? Qu'y a-t-il de plus 
Foible, en apparence , qu’une petite 
goutte de liqueur à légard d’un 
corps folide comme la pierre >? Or 
pourquoi ce qu'une goutte de li- 
queur , par le mouvement de fes par- 
ticules. tranchantes , eft-capable de 
faire fur un corps folide , une petite 
machine animée comme le Ver, 
ne l'y pourra-r-elle pas faire, fup- 
polé que cette machine ait des dents 
d'une finefle, & d'une figure propre. 
à- s’infinuer entre les parties de ces 
corps? ajoütons que la plupart des In- 
feétes ont unc falive corrolive, qu'ils 
répandent fur tout ce qu’ils touchent, 
& par le moyen de laquelle ils vien- 
nent à bout de réfoudre des ma- 
tiéres extrêmement dures, 1fques- 
R même , qu'à la Chine (-c’eft un 


fait avéré.)( 4 il y.a des Fourmis,. 


qui percent en-une. nuit des portes 


de cabinets & d’armoires, & qui 


rongent même le cuivre, l’argent, 
(a) Mémoire du Pere le Comte Jéfuite, fix l’étas 


æréfent de la Chine;’ 


Tome I. D. 


"4 


42 * De la Génération. 

&z le fer, fur quoi on difcerne quel: 

quefois les traces de leurs petites. 

dents , ce qu'on ne peut attribuer 
u'à la qualité particuliere de leur 

dise , qui eft comme une efpéce- 

d’eau-forte. | 

Pour ce qui eft des végétaux, if 
n'y a guère de plante qui n'ait {on 
Ver , fa Chenille, fon Papillon. On 
remarque que l'arbre qui produit la 
€ochenille, noufrit en même temps. 
dans cette coque, de petits Vermif- 
feaux d’une elpéce particuliere , lef- 
quels en fortent en forme de Mou- 
cherons quand elle eft féche, & qui 
Jui ont fait donner le nom de Ver- 
millon.… 

Cette coque eft formée du fuc 
même de la plante par la piquure 
d'un Ver, comme il arrive au Ker- 
mes (4 ) ; fur quoi il ne fera pas inu- 
tile de remarquer qu’un Ver de pa- 
reille nature, en piquant les feuilles. 
de chêne , & s’enfermant dans le fuc 

ui en fort, donne occafion aux 
Aufes noix de galle qu’on y trouve: 


{-«y L'origine du Kermés par Îa piquure d’ün Ver, 
eft une découverte due à M. Fagon, premier Méde- 
gim de Louis XIV. 


- des Vers © 43 
que ce qu'on appelle pommes de 
chéne, {e forme aufli du fuc que 
jettent les petites branches que des 
Vers ont 6 45 ; que la même çau- 
fe produit le Bedeguar Arabum , où 
Péponge del'Eglantier, & cette ex- 
croiflance qui vient aux chardons. 
parmi les avoines, laquelle on porte 
fur foi comme un préfervatif contre 
les hémorrhoïdes ; que le lierre ter- 
reftre eft fouvent chargé de tuber- 
cules femblables , dans lefquels .. 
comme dans tous les précédens, on 
trouve des Vers, ou les trous par 
lefquels ils font fortis, quand l’en- 
droit piqué, lequel fe cicatrife à la: 
fin, n’a plus fourni à ces Vers le fuc- 
qu'ils tiroient.. PS 

On trouve des Vers à la pimpre- 
nelle, à l’abfynthe , & à plufieurs: 
autres herbes, lefquels font tous dif- 
férens ; & parmi ces Vers qui vien- 
nent aux plantes, les uns font parti- 
culiers à la tige; lesautres aux feuil-- 
les ; les autres , à la fleur ; les autres, 
à à racine; lesautres, 4 la graine’, 
& font tous autant d’efpéces à part. 
J'ai obfervé à Plombieres, où le: 
Deronic à feuilles de Plantaia croît 

Di; 


44 De Îa Génération 

en abondance, qu'il n’y a pas une 
fleur de cette plante , dans le-fond 
de laquelle on ne trouve cinq à fix 
Vers fort vifs. Ces Vers font blancs, 
Tongs & ronds, & quand ils ont de- 
meuré quelques jours dans la fleur , 
ils deviennent féves. Ces féves ou 
coqués font noires; & aprés plu- 
fieurs jours il en fort de chacune une 
Mouche, dont les aïîles font mar- 
quées de taches jaunes , leurs têtes 
{ont añez grofles, & ce qu'il y a de 
remarquable , e’eft qu'on voit ces 
têtes s’allonger, fe raccourcir, di- 
minuer & groflir comme une veflie: 
dans laquellé on introduiroit du 
vent, & d’où enfuite on le retire- 
roit , ce qu'on obferve très-fenfi- 
. blement avécle microfcepe. Quand 
cette Mouche f6rt de fa féve, ele 
tire d’abord fa tête dehors ; enfuite 
deux jambes, puis Îles autres avec 
tes aîles & le refte du corps. C’eft 
quelque chofe de curieux que les 
efforts qu’elle fait pour fe dégager de 
{à prifon. Elle eft bien deux heures 
dans ce travail, & j'ai eu la patience 
de m'en donner le fpeétacle. La fève 
ou coque , comme j'ai dit , €ft noire 


des Fers. 4$ 
en dehors:,. mais le dedans eft reve- 
tu d’une membrane blanche. Cette 
membrane qui h comme-une efpé- 
ce de fatin doux, fe fépare de la co- 
que par parties , à mefure que la 
Mouche fort, & quelquefois lani- 
mal en entraîne avec foiune portion, 
de laquelle il a de Ja peine à fe de- 
barrafer. J'ai fouvent vü danse poi- 
vre long, de petits Vers blanchâtres 
qui ont comme un mufeau de Co- 
chon, le corps reluifant , fix pattes. 
& la tête comme une petite perle 
d’ambre : pour les trouver il faut 
prendre du poivre entier, qui foit 
un peu vieux, & le cafer errtravers, 
on y voit alors ces Vers enfermés 
dans des-niches , où ils font pliés 
comme en rond. Louis Hanneman- 
aus dit avoir vü du poivre (4) tout 
rongé de Vers; il décrit ces Vers, 
& dit qu'ils ont la tête rouge & le 
corps tout blanc (4). 


J'en ai vû dans de la Rhubarbe à 


42) Thom. Barthol. Aa Meédica er Philofoph.. Af- 
aienfia. Cap. TI. vol. 2. 

(b) Piperata acria Vermium generationi refflere cre- 
dantur: contrarium antem expertus [um , dum eten:m an- 
2e dies aliquot in fchedam aliquam inciderim , in qua pa. 
per sonfervainm, reperi albas vermes, capitibiss rubris.s 


46 De la Génération 

qui reflémbloient à des Hannetons : 
Il y a quelques années qu'étant aux 
Eaux de Plombieres avec M. le Duc: 
de S. Simon , le Gardien des €apu- 
cins de ce lieu-là vint me confulter- 
fur une indifpofition qu'il avoit ; je 
lui confeillai de fe purger avec de la. 
Rhubarbe ; il me dit qu'il en avoit 
de bonne ; je la voulus voir , & 
Fayant examinée , je lui annonçaï 
qu'il alloit trouver des Vers dans. 
cette Rhubarbe s'il la coupoit , ow 
s'il la rompoit. Il la fendit auffi-tôr 
en divers endroits, & à vit avec fur- 
prife , la vérité de ce que je lui avois. 
dit. Ces Vers avoient des aïîles com 
me des Hannetons. If en tira plus de: 
douze , qu’en ma préfence il enfer- 
ma par curiofité dans une boëte. 

Au Bréfil. Îles cannes à fucre font 
fouvent endommagées par un petit 
Ver qui en mange les racines, & qui 
par-là fait fécher fur pied toute 14 
plante. Les Brafiliens appellent ce 
Ver Guirapeacoia, les Portugais Pao de: 
Galinha.- 


qui non folum arreferwnt piper , [ed co: in pollinem redï. 
gerant Job. Lud l:anneman. apud Thom, Barthof!.. 
A&. Med, & Philofoph.Hafnienfa; Vol, IE cap, CXI, 


des Vers. 47 

L’Auteur qui rapporte ce fait dit 
que l’Infeéte dont il s’agit , eft une 
efpéce de Grillon , & qu'il ena vu 
de deux fortes , l’un qui a des aïîles,. 
& l’autre quirampe; il ajoute qu'il 
en avoit nourri un de chaque forte 
l'efpace d’un mois , avec du fucre 
brute , dans lequel on les lui avoit 
envoyés des Indes. Ce Ver, à ce 
qu'il remarque , étant mis dans du 
ris, en fait auñli fa pâture , le fucre 
brute lui convient mieux que le raf- 
finé. Ce dernier à caufe de la forte 
leffive par laquelle il a pañlé & qui 
Pa rendu blanc, efttrop chaud & 
trop âcré pour le pouvoir nourrir: 
long-temps ( 4 ). 

Les fucs des fruits, comme le vin. 
le vinaigre , le cidre, font quelque- 
fois fi pleins de Vers, qu’on yen dé- 
couvre des milliers avec le microf- 
cope , tous différens en efpéces felon 
la diverfité des fucs ou ils s’'engen- 
drent. : 

" Le bois le plus dur eft aufli man- 
_gé de Vers, & ils’en produit dans 
les planches des Navires de plus gros 


(a) Marc. Gravius. b. 2. Hiflor. Braf. cap. x6:- 
Zh. Barth. affa Med, € Philef, Hafnierfis, lib. 4, 


43 De la Génération 
que des Vers àfoye: ils font tendtes 
& reluifans, ils ont la tête noire & 
dure, & trouent les piéces de bois 
les plus épaifles, ce qui met en grand 
danger les Vaifleaux. Il y a dans le 
Journal des Scavans de 1666. par 
M. l'Abbé Gallois, l'extrait d’une 
lettre écrite d’Amfterdam, dans la- 
quelle on marque que les Vers dont 
il s'agit, trouent tettement les œu- 
vres vives des Vaifleaux qui vien- 
nent des Indes dans ce Port-là , que 
les Vaifleaux prennent eau de tous 
côtés; 8 qu’on ne fcait comment 
prévenir un fi grand-mal. On a.cru 
d'abord y réuflir en doublant de 
mes de fer blanc ou de plomb , les 
œuvres vives des Vaifeaux , mais 
cela n’a fervide rien. On s’eftenfuite 
avifé d’'ycattacher des têtes de cloux 
fi proche lesunes des autres, qu'il 
n'y eût point d’efpace entre deux. 
Çe moyen à été auffi inutile que le 
premier » foit que les Vers fe Rita 
rcés des routes inconnues , foit 
qu'en mettant les cloux dont il s’a— 
git, on'ait enfermé ces Vers ou leurs 
œufs fous les planches & fous les 
cloux , comme des Loups dans I 
bergerie. 


des Vers. 45 
Bergerie. Un troifiéme moyen 2 
été mis en ufage ; c'a été de revé- 
tif d’ais de fapin, ces œuvres vi- 
ves, & de mettre entre les aix du 
bordage , & ceux du doublage, 
beaucoup de bourre, de cendre, de 
chaux, de moufle & de charbon; 
mais cet expédient n’a pas empêché 
les Vers de pénétrer jufqu’au corps 
du vaifleau. C’eft en général quel- 
que chofe d’incroyable que la fa- 
gacité des Vers à éluder vous les 
obftacles qu'on leur oppofe, & ce 
que font ici les Vers des vaifleaux , 
eft une image naturelle de ce que 
font dans les inteftins & dans d’au- 
tres parties , les Vers du corps. On 
a beau employer toutes fértes de 
remedes, pour s’en garantir, ou 
pour s’en délivrer , on n’en vient à 
bout qu’à peine,& à moins de quel- 
ques remedes fpécifiques , tels que 
nous en indiquerons dans ce Trai- 
té, c’eft toujours à recommencer. 
Les Vers des vaiëaux font mol- 
laffes & très-tendres ; mais comme 
ils ont à ronger un bois trés-dur, 
la nature femble avoir voulu pour- 
voir fur cela à leurs befoins, en leur 
Tome I: E 


ça De la Génération 
donnant une tête très-dure, armée 
de deux coquilles pointues par le 
bout comme le fer d’un villebre- 
-quin de Menifier , & garnies cha- 
Cune d’un croc , par le moyen de 
quoi ils s’attachent aux planches 
&c les percent. Ces coquilles , {e- 
Jon la remarque de M. Deslandes, 
“Commiflaire (4) & Controlleur 
de la Marine, lequel à examiné 
plufieurs de ces Vers, ont le dou- 
ble avantage de pouvoir jouer fé- 
«parément & différemment l’une de 
Yautre. Tout le travail du Ver , tout 
ce qui peut lui procurer & le loge- 
ment & la nourriture , dépend de 
ces deux coquilles, & de la ma- 
niere dent elles fe meuvent, fi par 
hazard leurs pointes viennent à 
s'émoufler , le Ver meurt, parce 
qu'il ne peut plus fe creufer de lo- 
gement faute d'outils convena- 
bles, ni fe préparer une nouvelle 
nourriture. (b) 

Il y a unc autre efpéce de 
Vers qui rongent le bois des vaif- 
{eaux ; ceux-là ont une infinité de 


a Recueil de différens Traités de Phyfique. 
‘b Ibidem, 


des Vers st 
attes armées de crochets. M. Def. 
Aude que nous venons de citer, 
conjecture que ces pattes leur fer- 
vent pour fe cramponer aux fibres 
du bois, afin qu'étant bien appuyés, 
ils puiflent travailler avec plus de 
foreer 1 

Il y en a une troifiéme efpéce ; 
qui n'ont m jambes , ni crochets, 
mais qui fuppléent à ce défaut par 
une liqueur gluante avec laquelle 
ils fe collent aux fibres du bois. 
Cette liqueur eft non -feulement 
gluante , mais pierreufe , ce qui fait 
que le chemin quefe trace chaque 
Ver de cette efpéce, paroît revêtu 
d'un conduit pierreux , & de la 
même nature que les coquilles de 
leur tête. 

En voilà affez pour ce qui con- 
cerne les Végétaux. 

Quant aux Animaux , il n’en eft 
prefque point où ilne fe trouve des 
Vers, & tous d’autant d’efpéces dif. 
férentes que les Animaux où ils 
naiflent , font différens. Il y en a 
dans prefque tous les poiflons, & 
on en découvre dans les Hu'’tres 
de brillans ou lumineux, qui font 


Eij 


42 De La Génération 

d’un rouge blanchätre , longs de 
cinq à fix lignes, & gros comme 
de petits fers d’aiguillettes. [ls:ont 
cinquante pattes , vingt-cinq de 
chaque côté, & le doscommeune 
anguille écorchée. | 

Les Tanches font fort fujettes 

aux Vers : on y en trouve de plats 
qui font fort longs , & qui reflem- 
blent au Tænia ou Solitaire de 
Fhomme pour la longueur , peur 
la largeur, & pour la couleur. Ils 
ne {ont point articulés comme le 
Tænia de l'homme; mais ils ont 
une efpéce de fillon ou de pli tout 
le long du milieu du corps, depuis 
une extrémité jufqu’à Pautre ; l’une 
de ces extrémités eft mouflue & 
affez large 5 l’autre plus pointue & 
étroite. Tout le corps du Ver eft 
aflez épais, & un peu plus ordinai- 
rement, que le plus épais Tænia de 
l'homme. J'en ai confervé quatre 
pendant plufieurs années dans de 
l'eau-de-vic. Si-tôr que je les eus, 
jen fis graver deux, qui font ceux 
qu'on voit dans la planche fui- 
vante. 

. Monfieur Rongeard, Médecin à 


1 UUI 


mi 


=== 


NT 


cu fil 


lets se el lum 


7 


CR EL LE 


æ 


des Vers. 53 
Eaïgle en Normandie , homme 
curieux & fçavant , ayant lu cette 
Obiervation dans la derniere édi- 
tion de mon Traité, a ouvert & 
fait ouvrir un graud nombre de 
Tanches , dans l4 plüpart defquel- 
les fe font trouvés effectivement 
des Vers tels que ceux-là; ce qui 
lui a donné lieu de’ faire des Obfer- 
vations qui ne foñt pas indifféren- 
tes , & qu’il m'a côémmuniquées. 
» Je vous envoyc', me mañde-t-11, 
» un Verde l’efpéce de ceux que le 
» Carème dernier, Fontrouvoiteñ 
» ce pays, dans la capacité du ven- 
»tre de la plüpart des Tanches qui 
» fe vendoient dans notre poifflon- 
»nérie ; Car j'en fis ouvrir une fort 
» grande quantité. Ces Vers ne 
»font point renfermés dans les 
»“boyaux du poiflon, ils font de- 
»hors & flottent avec eux dans la 
» capacité du ventre. J’ai mêmere- 
» marqué qu'ils ne tiennent à rien. 
»Ils font minces comme des ru- 
» bans. Celui-ci, quand il fut tiré, 
» étoit large d’un demi-pouce, & 
»avoit prés d’un pied de long. Il y 
#cn avoit dans quelques autres 
E iij 


$4 De la Génération 
» Tanches, de plus & de moins lar- 
»ges, comme aufli de plus longs 
» & de plus courts. Ils étoient tous 
»trés-blancs , & remuoient encore 
» trois ou quatre heures après avoir 
» été enlevés du corps du poiflon. 
M. Rongeard ayant une remarque 
qui ne fert pas peu à autorifer le 
nom de Solitaire que j'ai donné au 
Tænia, c’eft qu'il n’a jamais trouvé 
qu'un de ces Vers dans chaque T'an- 
che , » enforte, dit-1l , qu’on pour- 
» roit à jufte titre appeller ce Ver, 
» le Soliaire des Tanches, & peut- 
Ȑtre aufli le Solitaire des Lapins, 
» s'il eft vrai , comme l’aflurent 
» quelques. perfonnes, qu'il y en 
» ait de tout femblables à ceux-là, 
» dans les Lapins. UE 
M. Rongeard a cherché avec 
foin , par où l’Infeéte en queftion 
pouvoit prendre fa nourriture dans 
la Tanche ; mais il aflure n'avoir 
pu y découvrir aucun conduit. IÏ 
penfe que ce Ver de la Tanche fe 
nourrit des humidités dont eft ar- 
rofée la membrane qui revêt le 
dedans des vifcéres de ce poiflon ; 
humidité qui peut s’infinuer par les 


| des Vers. : $5 
pores imperccptibles du corps de 
l'Infe&e. 

Quand ce Ver, qui étoit un peu 
plus court dansla Tanche avant 
qu'il mourut, eut été mis dans une- 
phiole par M. Rongeard pour m’é- 
tre envoyé , 1l étoit plus mince, dit 
M. Rongeard , & tomba au fond: 
de la bouteille en un petit tapon ,, 
fans aucun mouvement ; mais fi tôt 
qu'on y eut verfé de l’eau-de-vie- 
pour le conferver ; le Ver , qui de- 
puis 24. heures paroïifloit tout-à- 
fait mort , commença à fe mou- 
voir , & s’étendit en formant deux. 
demi cercles ;: après quoi il mou- 
rut dans la même fituation. 

Comme ces Vers font fort com- 
muns dans les Tanches qui fetrou- 
vent à Laigle , M. Rongeard me’ 
promet de faire de nouvelles re- 
cherches la-deflus, & s’il trouve: 
quelque chofe de nouvéau, de m'en: 
informer foigneufement. 

Si lon fait réfléxion qu'il n’y a: 
guëre de poiflons qui fe plaifent 
plus dans l’eau bourbeufe, que la: 
Tanche, & dont la chair abonde 
davantage en fucs vifqueux , on 

E:1v: 


s6 De la Génération 
n'aura pas de peine à comprendre 
_ comment ce poiflon peut être fujet 
au Solitaire , puifqu'on remarque 
que le Ver folitaire de Fhomme 
ne fubfifte que dans les corps où 
regnent des humeurs de cette na- 
ture. 

La Tanche eft un poiflon fivif- 
A , qu'à raifon de cette vifco- 
té, quelques Auteurs ont cru qu'il 
n’avoit d'autre origine que le limon 
même. Cette opinion eft tout-à- 
fait contraire à la bonne Phyfique, 
& il eft furprenant que Schroder, 
Gontier & quelques autres Méde- 
cins trés-Éclairés d’ailleurs, ayent 
pu donner dans cette imagination. 
Le premier prétend quela Fanche 
a quelquefois pere & mere; mais 
que quelquefois aufli elle fe pro- 
duit d'elle-même. Tirca , dit-il, 
(a) pifeis eff mucofus excrementitius , 
amans aquas paluftres, cœnofas , lutofas , 
vivens cœno. Generatur tum ex traduce , 
um fponte. | | 

Cette erreur a été aveuglément 

fuivie par quelques Naturaliftes , 
qui prétendent que les Tanches où 

{ a) Schrod, 


des Vers. 
lon trouve des Vers , font celles 
qui ont pris naiffance du limon , & 
que celles où l’on n’en trouve pas 
ont été produites par mâle & fc- 
melle. 

Gontier (4) poufe l'erreur plus 
loin ; il croit qu'il n’y a point de 
Tanche qui ne vienne du limon 
feul : Cœnofis quippe locis & limolis 
fponte proveniunt Tince. 

Ce poiflon étant donc fi vif- 
queux , que quelques Médecins 
même fe font perfuadés que ce ne 
pouvoit être qu'un limon animé, 
on ne doit pas s'étonner qu'il foit 
fujet à celui de tous les Vers dont 
la fubftance eft aufli la plus vif- 
queufe. 

Comme peu de gens ont con- 
noiflance de ce Ver , la plüpart de 
ceux qui en mangeant des Tanches 
viennent à le rencontrer, ne font 
point difficulté de le manger,le pre- 
nant pour la laite du poiflon. 

Des deux Vers repréfentés dans 
la planche ci-devant , le fecond 
eft tout-à-fait femblable à celui que 
m'a envoyé M. Rongeard. Ils font 

(a) Petr. Gont, 


{ 


58 De la Génération 

deffinés felon la longueur qu’ils ont 
prife en mourant, car ces {ortes de 
Vers, aufli bien que les autres s’al- 
longent toujours alors de quelques: 
lignes. 

Nous avons fait toutes ces remar- 

ues dans le Journal des Scavans 
de Lundi 15. Février 1723. Nous 
ne faifons que les rappeller ici 

Les coquillages méme les plus 
durs font percées de Vers ; il s’en 
produit d’une efpéce fur le corps des 
animaux , d’une autre au-dedans de 
leur corps, & entre ces derniers ,. 
les uns s'engendrent dans une par- 
tie, les autres dans une autre, & 
font autant d’efpéces particulieres.. 
Il en naît dans les inteftins, dans le: 
foye, dans les reins & ailleurs. 

Les Chiens en rendent quelque-- 
fois de tout femblables au Tænia: 
de l'homme , comme on Île va voir: 
par l'exemple fuivant. 

De l’eau de fougere que je don-- 
nai par cffai à une petite Chienne 
le 12. Février 1701. lui fit rendre’ 
le Ver repréfenté dans la planche 
fuivante. Mademoifelle de Goello 
tante de M. le Prince de Soubife, . 


PAR ANR EEE À 22 PL NP OPEN 
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4, 


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4, 


B 
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des Vers. : s® 
& à qui cette petite Chienne ap- 
_partenoit , m’envoya le Ver le len- 
demain avec ce billet. » Je vous. 
»envoye , Monfieur , un Ver que 
» ma petite Chienne a rendu, qui 
»”M€ paroît extraordinaire ; c'eft 
» par l'effet de votre eau, j'efpere 
» qu'elle lui aura fauvé la vie. Je 
» vous donne le bon jour. Goello. 
» 13. Février 1701. 

Srtôt que j'eus ce Ver, qui eft 
un véritable Tænia, je le fis graver 
tel qu'on le voit ici repréfenté ; il 
eft defliné au naturel. 

Le 26. Janvier 1738. un dome- 
ftique m'a caflé la phiole où étoit 
le Ver, & la écrafé par mégarde:: 
je le confervois dans de lefprit de 
vin. Il avoit plus de demi-aulne, 
je n’y ai point vu detête , non qu’il 
n’en eût une, mais c’eft qu’elle s’eft 
féparée fans doute , lorfqu’il a été 
rendu , elle devoit être du côté 
marqué À , fuivant la firuéture du 
Ver. Ce qui rend cet Infeëte plus. 
fingulier , eft la différente confor- 
mation de fes parties; les unes. 
font rondes & font une ligne entié- 
re, C; les autres {ont longues & 


60 De la Génération | 
font une ligne que les rondes iriter- 
rompent en B D; les rondes font. 
égales par-tout , & les longues plus 
étendues au milieu du Ver qu’ait- 
leurs ,. ainfi qu'if paroît en E : tout 
le Ver étoit plat, blanc, mince & 
tranfparent comme du parchemin: 
Les portions font liffés, unies & 
difpofées de maniére, que la poin- 
te de chacune regarde le côté A: 
C'eft par cette difpofition qu'on 
peut juger du côté ou étoit la tête: 
H y a de l'apparence que la queuc 
n'eft pas toute entière, & qu'elle 
s’eft rompue en F. 

M. Rédi donne la figure d’un T4- 
n4, ou Ver Solitaire forti du corps 
d’un Chien , laquelle eft différente 
de celle-ci. Il donne auffi celle d’un 
Tænia forti du corps d'un Chat, la- 
quelle n’eft pas moins différente; les 
voici dans la planche fuivante, on 
les peut confronter. 

Le même M. Rédi dit avoir trou: 
vé une infinité de Vers dans les in- 
teftins d’un Serpent à deux têtes 
qu’ ouvrit vivant (4): la plüpart 


(a) Franc. Redide animal. qua in corporib. animals. 
VEUVOrHmM reperinntur. 


: 
; LIVE 
| é ; } Aù] da 
ÿ. Li . i ART 7e 
A LL y A paid rates AE try s 
rt a ÿ Préreens aP à or (née) ; M 


pa 


7-60 , 


[ee 


Pa 


Chie 


La 
LIL 


X 
UN 
NS. 


= 


des Vers. 61 
de ces Vers étoient très-blancs : 
une chofe extraordinaire, c’eftqu'il 
n’y en avoit aucun qui ne füt vi- 
vant , quoique le Serpent eût été 
trois femaines fans manger. 

. On trouve des Vers dans l’efto- 
mac & dans les inteftins de-prefque 
toutes les Vipéres. On en trouve 
aufi danses Lézards. Les poumons 
des Hériflons de terre, ceux des Re- 
nards, des Belettes , en font quel- 
quefois tout remplis ; & M. Rédi 
ouvrant un jour un de ces Hériflons, 
ÿ trouva dans les bronches de la 
trachée artére , plus de quarante 
Vers. Il y en a quelquefois beau- 
coup dans les inteftins des Tortues ; 
& le même M. Rédi aflure en 
avoir vu une qui en avoit de fort 
petits, dont le nombrealloit à plus 
dc foixante & douze mille , com- 
me il le reconnut par un caïcul qu'il 
eut la patience de faire, & qu'il 
rapporte dans fon Livre. 

On trouve quelquefois un grand 
nombre de Vers dans les inteftins 
des Veaux , & ces Vers donnent à 
la chair de ces animaux une fort 
mauvaife odeur , enforte que quand 


Gz De la Génération 
‘on la mange, elle a un goût très-déf: 
agréable. Ils font ronds & longs 
-comme les ftrongles de l'homme, 
(4 ) mais plus minces. M. Valifnie- 
ri a donné une ample defcription 
de leurs organes dans une Lettre 
Italienne écrite fur ce fujet à M. 
Lancifi, & rapportée en Latin par 
M. le Clerc, dans fon ÆHifhoire des 
Vers larges , Ch. XIII. p. 222. vol. 
n-quarto. | 
Il y a dans le foie de quelques 
Moutons , une forre de Vers aflez 
finguliers , doncil eft fait mention 
dans le Journal des Scavans de 
1668. On a obfervé que ces Vers 
ne fe trouvent que dans les Mou- 
tons.qui ont brouté d’une certaine 
herbe , appellée par les Botaniftes , 
Sideritis glabra arvenfis, qui eft une ef. 
péce de Crapaudin:. Mais une obfer- 
ation encore plus curieufe , c’eft 
que les Vers dont il s'agit , font 
tout- à-fait femblables pour la for- 
me , à la feuille de cette herbe, 
étant plâts & d'une figure ovale un 
peu pointue vérs l'une des extrémi- 


(a) Strongles, c'eit-à-dire, comme nous le ver- 
sons plus bas, ronds & longs, 


des Vers. 63 
tés, ayant la tête à l’autre extrémité 
- qui s’avance un peu, & qui repréfen- 
te la queue de la feuille. Ils font 
blanchîtres fous le ventre , & fe- 
més fur le dos de plufieurs tâches 
_ & filets d’un gris obfcur. La tête a 
‘un bec percé d’un petit trou , com- 
inc on voit dans les figures fuivan- 


1. 2. 
tes , gravées d’après le Journal que 
nous venons de citer 

La premiere figure repréfente le 
Ver tourné fur le dos; la feconde 
le repréfente couché fur le ventre; 
& la troifiéme eft la figure de la 
feuille de Sideritis , telle qu'elle 
eft dans l'Hiftoire des Plantes de 
Banbhin 

Pour les reins, ce font dans tous 
es animaux , des parties afez fujet- 
tes aux Vers. Feu M. Meri de l’Aca- 
demie des Sciences , m'en a fait 
voir un de demi auine de long , & 


t 


6x De la Génération | 
de la groffeur du petit doigt, qui 
avoit été tiré du rein d’un Chien. 
Kerckring ( 4) dit qu'en difléquant 
un Chien de chafle , il y trouva 
dans un des reins, un Ver-d’une aul- 
ne & un quart. Georg. Wolf. Wé- 
delins , Profefleur d'Anatomie à 
jêne , diffléquant , en 1675. le 23 
Février, un gros Chien, lui trouva 
dans le rein gauche , un Ver long 
de plus d’an pied, & de la groffeur 
du petit doigt. 

_ Ce qu'il y.a ici de fingulier , c’eft 
que la fubftance du rein étoit abfo- 
lument confumée , & que ce Ver 
étoit rempli d’autres Vers tout vi- 
vans(£). | 

Mathrole :à remarqué qu'il y a 
des Vers dans la tête de tous les 
Cerfs , que ces Vers s’y engendrent 
@rdinairement fous la langue , & 

(a) Kerckring. Oblervation L'VIT. & LIX. 

{b) Thom. Barth. .4a Med. € Philofoph: AJ- 
nienfia, Tom III. Chap. LVIII. Ex Lirteris D. 
Georg. Wolf. Wedelii , Profefforis Medici Jenenfrs. 
Jenæ , 23. Febr. 1675. 

Nuper in canis finiffro Rene Vermis magnus pedens 
ere fuperans , minimi digiti craffilie ; repertus fuit , 
yullo ibi de Renis fubffantia , [eu parenckymate , conf- 
picuo vefhigio 5 fol tantum tunicä adipo[ fuperflie 
cumque integente. Ipfe verd ripletus eraé infinitis aliès 
Permiculis vivis. 


awils 


| des Vers. 6$ 
qu'ils font comme les plus gros de 
ecux que produifent les chairs pour- 
FICS (4). 

Au refte , ce n’eft pas feulemert 
dans les Mineraux , dans les Végé- 
taux , & dans les Animaux qu'il y 
a des Vers: L'air en cft encore tout 
rempli , comme nous Favons re- 
marqué plas haut. Je ne fcaurois 
être cependant de lopinion d’un 
Auteur moderne , qui croit que ces 
feux qu'on voit quelquefois volti- 
ger dans l'air pendant la nuit, & 
qu'on appelle Feux follers, ne font 
que de petits-Vers luifans attroupés, 
lefquels ont des aîles , & volent au- 
tour des Paflans ( & ). Cet Auteur 
croit aufli que fe: bois pourri qui 
brille Ka nuit, n'eft lumineux que 
parce qu'il renferme plufieurs pe- 
tits phofphores vivans, qui lui ont 
été fournis.par l'air. 


{a) V’ermes cerui omnes- continent in CApite iVOS y 
qui nafci folent fub lingua ; in concavo , circiter verte- 
Drum qua cervici innechitur caput , magnitudine band 
minores iis , quosmaximos Carnes putres ediderint. Gi- 
gni univerfi atque contigu: folent numero aded circiter 
viginti. Marhiol: Cômmear, in Libr.fecundum Diof- 
coridis. Cap. LIII. p. 290. 1. 11. 

€b) Chrifi. Francifc. Panlini Difquifitio curiofa , #r 
mors naturalis plerumque fit fnbflantia Vermino[a® 


Teme J. 


66 De la Génération 

Mais revenons à notre fujet, c'eft- 
à-dire , aux Vers de l'Homme. De 
tous les Eftres vivans, c’eft celui qui 
eft le plus attaqué de Vers. Il n’y à 
prefque pas de partie dans fon corps 
qui n'en foit la proye. Enforte que 
celui qui commande aux Bêtes les 
plus énormes en groffeur,, celui qui 
aflujettit à fes ufages, le Cheval, le 
Chameau , l'Elephant , celui qui 
dompte la férocité du Lion & du 
Tigre, fe trouve fouvent réduit à 
périr par les dents, ou par le vénim 
d’un petit Infeéte, dont ilne peut fe 
défendre. 5 

Les Vers du corps humain naif- 
fent , ou dans les inteftins, entre lef- 
quels je comprends l’eftomac ; ow 
hors des inteftins. Nous parlerons 
premierement de ceux qui naiffent 
hors des inteftins ; puis de ceux qui 
viennent dans les inteftins, & com- 
me les uns & les autres prennent 
quelquefois en vieilliffäntdes figu- 
res différentes, nous traiterons dans. 
un article à part, des différentes mé- 
tamorpholes de ces Vers. Ce qui 
fera en tout trois articles, 


des Vers. - 67’ 


am. _ 
© —— —— 


ARTICL EPREMIER. 


Des Vers du Corps Humain qui naifent 
bors des Inteflins. 


. ES Vers qui naïfflent dans: 

_J l'Homme, hors des inteftins, : 
font de diverfes efpéces ; ou plutôt 
fe réduifent fous diflérentes claffes. 
J'en compte de quatorze fortes en : 
général ; fçavoir , les Encéphales, : 
les Pulmonaires , les Hépatiques , 
Iés Spléniques, les Cardiaires , les : 
Péricardiaires , les Sanguins , les 
Véficulaires , les Helcophages , les 
Cutanés , les Umbilicaux , les Vé- 
nériens , lés Oefophagiens & les 
Spermatiques. Nous en allons par- 
ler de fuite. s il 

Les Encéphales naiflent dans la 
tête; on les appelle ainfi du mot 
Grec Kephale, qui fignifie tére. I y 
en a de cinq fortes; {cavoir, les En- 
céphalées proprement dits, qui vien- 
nent dans le cerveau, ou fur fes 
membranes; les Rinaires, qui vien- 
nentdans le nez; les Ophthalmiques, 

Fij 


63 De la Génération | 
qui viennent au grand angle de 
Pœil; les Auriculaires , qui vien- 
nent dans les oreilles ; les Dentai- 
res , qui viennent aux dents ; & les 
Salivaires , qui font dans la falive: 
Les Enccphales proprement dits, 
font rares; maisil y a certaines ma- 
ladies où ils regnent , & l’on a vü 
des fiévres peftilentielles ne proce- 
der que de là. Celle qui fit tant de 
ravage à Bénevent, & dont prefque 
tout le monde mouroit , fans qu'on 
y püt apporter aucun remede, en ef 
un grand témoignage. Les Méde- 
cins s’aviferent enfin d'ouvrir le 
corps d’un Malade qui ctoit mort 
de cette contagion, & ils lui trou- 
verent dans le cerveau, un petit Ver 
vivant , tout rouge & fort court. 
Ils effayerent divers remedes fur 
€ Ver, pour découvrir ce qui le 
pourroit tuer ; tout fut inutile , 
excepté le vin de Malv. dans quoi 
on fit bouillir des raiforts. On n’en 
eut pas plütôt jetté deflus , que lé 
Ver mourut. On donna enfuite dé 
ce remede à tous les autres Mala- 
des (4), & ils échapperent prefque 


{a ) Foreff. Lib, IX, de maris Capitis dolerib. 
@bfer. I]. in fchol. 


des Vers. 69 
tous. Appien Alexandrin rapporte 
que les Romains, dans la guerre 
contre les Parthes (4), fous la con- 
duite de Marc-Antoine , furent ré- 
duits , faute de vivrés, à rmnanger 
les herbes des champs, & fe trouve- 
rent enfuite attaqués d’une maladie 
épidemique, confiftant dans une fu- 
reur qui leur faifoit fouir la terre à 
belles mains , & rouler de grofés 

jerres, comme fi c’eùt été pour les 
Eire fervir à Gr grand deflein. 
IL ajoute que la plüpart moururent 
faute de vin. qui étoit, dit-il , le 
feul remede à cette maladie. Je re- 
marquerai que cette fureur pouvoit 
bien venir de quelques Vers engen- 
drés dans la tête , par le mauvais 
fuc des herbes qu’on avoit été obli- 
gé de-manger. 

Schenkius écrit qu’en 1571. dans 
a marche d’Ancone , regna une ma- 
fadie épidemique , qui caufoit des 
vertiges furieux , & dont on mou- 
roit le troïfiéme jour , & au plütard 
le quatrième. Tous les Médecins du 
lieu avouerent qu’ils ne connoif- 
foient point ce mal , & par confe- 

{b) ,4pp. Cap. V. de Bell, Partb, ” 


76 De la Génération 

quent qu'ils ne fcavoient quels ré=- 
. mcdes y apporter. Un jeune Hom- 
me de 22.ans, extrémeméntriche, . 
craignant d'en être attaqué, à caufe 
d’une douleur périodique qu’il com- 
mencoit à fentir dans la tête, & ef: 
C: P au 3 a 

frayé de cer aveu des Médecins, 
crut qu'il n’y avoit pas de meilleur 
parti à prendre pour lui, que de 
quitter promptemerit le pays, & de 
fe retirer à Venife , où étoient alors : 
des Médecins-trés-fameux. Il n’y 
fut pas plütôt, qu'il fit veñir tout- 
ce qu'il y avoir de plus fçavans 
Hommes dans la Médecine, & en- 
ire autres , le célcbre Nicolas de S. 
Michel , lequel foutint que c'étoit 
un Ver qui caufoit dans le cerveau 
les douleurs périodiques dont ce 
jeune Homme fe plaignoit , lef- 
quelles , fans troubler la raïfon , ni 
là mémoire, faifoit fouffrir fi cruel- 
lement le Malade , que dans les ac- 
cès, il lui fembloit qu'on lui per- 
çoit la tête avec un fer. On lui fit 
divers remedes ; mais on ne put le 
fauvér, & le troifiéme jour de fon 
arrivée , il mourut. Georges Carne- 
rus, lun des Médecins qui l'avoient 


| des Vers. 71: 
traité , pria les parens de lui per- 
mettre d'ouvrir la tête du mort; ce 
qu'il fit le lendemain 19. de No- 
vembre. Il n'eut pas plutôt levé la. 
dure mere , qu'il appcrçut du côté. 
droit , la tête d’un Ver tout vivant, 
qui, à caufe de l'air froid , s’enfuit 
aufli-tÔôt dans la fubftance du cer- 
veau. Carnerus découvrit alors les 
ventricules du cerveau , & iltira ce 
Ver, qui étoit tout rouge, de la lon- 
gueur du doigt indice, & avoit une 
tête pointue , toute noire, & un col 
vélu. II le prit avec des pincettes, 
& le mit fur du papier , où le Ver 
mourut aufli-tôt. Schenkius rappor- 
te ce fait dans fon Traité des Dou- 
leurs de Tête. k 

On prétend qu’il fe trouve des 
Vers juiques dans la glande pineale, | 
& qu'il n’y a prefque point de rc- 
duit dans la tête, où l’on s'en ait vu. 

Dans le fond du conduit qui va 
au quatriéme ventricule du cer- 
veau , €ft une éminence appellée 
 Apophyfe vermiforme , que quelques 
Auteurs eroyent fe changer en Ver; 
mais c’eft une pure fable; l’apophy- 
{e dont il s’agit , n’eft nommée Ver- 


77 De la Génération 
miforme | qu’à caufe qu’elle a com 
me la figure d’un Ver. 

Les Rinuires quis’engendrent dans 
la racine du nez, font ainfi appellés 
du mot , qui en Grec, fignifie na- 
rinc. Borelli les appelle Maficoles , 
c'elt-a-dire, Habitans du nez ( a), 

Is fortent quelquefois d'eux-mé: 
mes par les narines , comme on l’a 
vü arriver en plufeurs oceafions ;. 
quelquefois ils demeurent engagés 
dans le fond du nez, & font tom- 
ber en fureur les Malades. Ceux 
qui ont lü Fernel , fcavent l’hiftoire 
de ce Soldat malade, qui (b) mou- 
rut le vingtiéme jour de‘fa maladie, 
après être devenu furieux , & dans 
Je nez duquel on trouva deux Vers 
vélus & cornus. Ambroife Paré 
nous a donné la figure de ces Vers , 
(c) on la voit aufli dans Aldrovan- 
dus, en fon Livre des Infectes ; mais 
pour épargner aux Lecteurs curieux 
la peine de Fy chercher , nous l'a- 
vons mife ici. 


{a ) Borell, Obferv. Medicoph. CIII. Obferv, XLW. 
€ b) Fernef, Pathol. Lib. V. Cap. 7. 
a) ,Ambr, Par, Liv. XX, Chap, 3. 

LL 


Kerckrin e 


des Vers. . 195 


ge 
2, Vers Jortis 


Kerckring dans fes Obfervations 
Anatomiques , donne encore la fi- 
ure d'un Ver vélu & cornu, qui 
artit du nez d’une femme d’Amf- 
terdam , le 11. Septembre 1668. & 
qu'il conferva vivant jufqu'au 3. 
d'O&obre , fans lui donner aucune 
pâture. En voici la figure dans cette 
page. Il ajoute une circonftance di- 
gne de remarque , c’eft que ce Ver 
étant {orti , en produifit un autre 
avant que de mourir. 


Ver Sorti du LUZ Æ 


Antoine Benivenius dans fes Ob- 
Tome I. G 


TA. De la Génération 
férvations Médicinales |, raconte 
J'hiftoire d’un Malade de fes amis, 
qui, attaqué d’un violent mal de té- 
te , accompagné d’éblouiffemens , 
de vomiflemens , d'extinction de 
voix, d’aliénation d’efprit, & d’un 
froid général de tout le corps , fut 
réduit à l'extrémité le feptiéme jour, 
& ce même jour , lorfqu’on ne lui 
efpéroit plus de vie , rendit par la 
parine droite un Ver long d’un pal- 
me & plus , & fe trouva auffi-tôt 
“gucr1 (4 ). 

| Je pourrois rapporter un grand 
nombre d’autres exemples de Vers 
fortis par le nez. Maïs les de::x fui- 
vans qui fe lifent dans l’'Hiftoire de 
l'Académie Royale des Sciences, 
font aflez confidérables pour pou- 


_ =(ta)-Solet-snterdem “acntes -dotor-in -capite ekci- 
ari, quem Græci cephalalgiemvocent ; {ed talem ÿuo 
chligent oculi, alienetur mcrs, citetur vomitus , M 
mautur vox , frigefcat corpus ; C7 ipfa denique defiäias 

| atima. Rarum ef} videre $ wam €7-u0s amicum habui- 
ms, qui cum bis otmibss agerétur mais, Co adventan- 
tedie feptimo , mors ipfa, nullis ecnferemtibus auxiliis, 
fm jam adeffe videretur; vi tandem robuftioris nature, 
Vermem è dextra nare palmo longioremejecit. Quo pro- 
Pällo , omnis flatim cum eo amotis éfflanguor. 

k Anton. Benivenii Hlorentin: , Medicinalium Obfer- 
VAE EREMPLA | Cuin annotationibus Rembert. Dodonær. 
Cap.cC, : à 


des Vers, 75 
voir fuffire après ceux qui viennent 
d’être rapportés. | 

Une femme bien conftituée , & 
qui, à ce qu’obferve l'Hiftorien , ne: 
connoifloit point les maux de tête, 
(4) commença à l’âge de 36. ans 
en 1708. à fentir une douleur fixé 
au bas du front, du côté droit & 
près du nez. Cette douleur g ne 
tenoit d’abord qu'un petit efpace , 
s’étendit peu à peu tua la tem- 
ple du même côté; & au lieu que 
dans les commencemens elle avoit 
de grandes intermiflions , elle de- 
vint au bout de deux ans prefque 
continue , accompagnée de convul- 
fions , & d’une infomnie prefque 
perpétuelle. 

Enfin la violence de la douleur 
augimenta fi fort , que la Malade en 
fut deux ou trois fois à l’agonie , & 
eut la raifon fort attaquée dans les 
grands accès. Au bout de quatreans, 
après avoir fait envain toutes fortes 
de remets, elle y renonca , fe con- 
tentant de fuivre un bon régime, & 


» 


de prendre par le nez du tabac en 


(4) Hiftoire de l'Academie Royale des Sciences, 
années 1708, & 1733: il 
Gi} 


76 De la Génération 
poudre , dont elle efperoit quelque 
Toulagement. 

Elle n’en avoit encore ufé que 
pendant un mois, lorfqu’un matin, 
ayant éternué avec effort, elle mou- 
cha, parmi un peu de fans , un Ver 
tout ramaflé en peloton. Elle fentit 
cefler alors , & tout à coup, une fi 
longue & fi cruelle douleur ; fon ef- 
prit fe remit dans fon affiette natu- 
relle, & la guérifon fut entiere , fi 
ce n’eft que pendant deux ou trois 
jours il coula un peu de fang du nez. 
_ Feu M. Littre, de l’Academie des 
Sciences , & Docteur-Régent de la 
Faculté de Médecine de Paris , au- 
quel on doit cette obfervation , aeu 
rar d’avérer exaétement tous ces 
faits ; aufli-bien que ceux qui vont 
fuivre , lefquels font tout de même 
rapportés dans l’'Hiftoire de l’Aca- . 
demie des Sciences , année 1708. 

Le Ver étoit vivant, & quand il 
$'allongeoit autant qu'il le pouvoit, 
il avoit fix poulces, mais feulement 
deux lorfqu'’il fe replioit en zic-zac, 
ce qui étoit fa figure ordinaire : il 
avoit deux lignes de largeur , & 1 + 

dépaifleur dans l'endroit le plus 


Lis _ * ‘des Vers. 77 
gros de fon corps ; fçavoir, vers le 
milieu ; il étoit de couleur de caffë 
€lair , convexe par-deflus, & plat 
par-deflous | couvert par-tout , ex- 
cepté à la tête, d’écailles annulaires, 
larges d’une ligne, & toutes {épa- 
rées les unes des autres par de petits 
intervalles , de chacun defquels il 
fortoit , tant à droite qu'à gauche, 
cinquante-fix pattes, longues d’une 
ligne, & grofles comme des che- 
veux. Ilparoïtpar-là, que ce Ver 
étoit de lefpéce de ceux que lon 
appelle Centipedes. La tête étoit lon- 
gue d’environ deux lignes, on y dif- 
inguoit facilement deux yeux , 
deux cornes | une pince faite de 
deux branches , plus éloignées l’une 
de l’autre % leur racine , que vers 
leur extrémité, & une gucuic entre 
cs deux branches. La queue étoit 
armée de deux efpéces d’aiguillons 
égaux, plus longs & plus gros que 
les pattes. I1 fut enfermé dans une 
. phiole vuide , où on le trouva vi- 
vant dix-huit heures après. Enfuite 
on s’avifa d'y verfer de l'eau-de-vie, 
& il ne laïffa pas de vivre encore 
deux ou trois heures. 
G ii 


78 De la Génération 

Le fiège de la douleur fixe que 
fentoit la Malade, montroit aflez , 
comme l’obferve l'Hiftorien, que le 
Ver devoit étre dans une cavité fi- 
tuée au-deflus du nez , appellée par 
les Anatomiftes Sinus frontal , & qui 
ef pratiquée fous le fourcil, dans un 
os que les mêmes Anatomiftes nom- 
ment Coromal. Elle à près de deux 
poulces de long , fur huit à dix li- 
gnes de large , & par conféquent 
elle pouvoit contenir l'animal re- 
plié. I paroît par l'inclination qu’il 
avoit à prendre cette figure, qu'il y 
devoit être fort accoûtumé. 

Il y a entre le finus frontal , dont 
ils’agit, & la narine, un trou de 
communication par où le finus re- 
coit de Pair, à chaque moment que 
l’on refpire ; enforte qu’une forte 
refpiration peut y avoir fait entrer 
avec l'air, l'œuf invifible où cet ani- 
mal étoit renfermé en petit. Ce mê- 
me œuf pourroit aufli être entré par 
la bouche avec quelque aliment, & 
avoir fuivi la longue & tortueufe 
route de la circulation du fang. 
Mais toujours, comme le remarque 
l'Hiftorien , 1l eft certain que l’ani- 


desVers 79 
mal n’a pu fortir que par ce trou de 
communication. À la vérité, le dia- 
metre en eft plus perit que n'étoit: 
celui du corps de lanimal : mais 
comme ce trou elt formé immédia- 
tement par une membrane , le Ver 
a pu la dilater peu à peu, lorfqu’il + 
voulu fortir”, & même les goutes: 
de fang qui ont paru‘, marquent. 
qu'il l’avoit un peu déchirée. 
L'œuf, obferve encore P'Hifto- 
rien". avoit trouvé dans la cavité 
dont il s’agit, fcavoir , dans le finus 
frontal , la chaleur, l'humidité, la 
Jymphe , enfin tout ce qui lui étoit 
néceffaire pour éclorre, & l'animal 
tout ce qu’il lui falloit ; non-feule- 
ment pour fa fubfiftance, mais pour 
un accroiflement auquel apparem- 
ment il ne füt jamais parvenu fur la: 
terre, puifqu’il n’y eût été ni fi bien 
nourri, ni autant à l'abri d’une infi- 
nité d’accidens qui ne permettent 
guère quatre années de vie à ces ef- 
péces d'animaux ; chaque mouve- 
ment qu'il faifoit ( c’eft toujours 
l'Hiftorien qui parle ) devoit caufer 
à la membrane délicate, dont le fi- 
aus frontal eft tapiffe, une irritation 
GK 


80 De la Génération 
d'autant plus cruelle , que l’Infeété, 
avec fes deux cornes, fes deux aï- 
guillons , & fes cent douze pattes, 
ébranloit, & pour ainfidire , atta- 
quoit en détail, chaque petite fibre 
nerveufe de ka membrane ; enforte 
ue plus il fe fortifioit, plus le mal 
À être violent &-infupporta- 
ble. La grandeur de l'animal, la- 
quelle vint à lui rendre le lieu où il 
étoit, trop incommode , & felon 
toutes les apparences , l'odeur du 
tabac qui lui étoit contraire , ainfi 
qu'a un grand nombre d’autres In- 
fectes , l’obligerent enfin à cher- 
cher les moyens de fortir. 

Les fymptômes qu'a eû la Mala- 
de , feroient affez aifément recon- 
noître un pareil accident. En cecas, 
M. Littre juge qu’il faudrait d’a- 
bord prévenir Finflammation de la 
membrane du finus, par les moyens 
ordinaires que Fon pratique contre 
les inflammations. 1 refte enfuite à 
attaquer le Ver. On le peut faire, 
remarque-t-il, & par les remédes 
intérieurs qui font en ufage contre 
les Vers, & en même-temps par 
des remédes extérieurs , puifque ce 


| … des Vers. &r 
Ver-là feroit dans un lieu où de tels 
remédes pourroient aller. Ileft déja 
à préfumer que le tabac convien- 
droit, mais on pourroit encore ti- 
rer fortement par le nez des fucs 
âcres ou acides que l’on jugcroit, 
ou que l’on reconnoîtroit les plus 
capables d’incommoder l'animal. 
M. Littre croit que rien ne feroit 
plus propre à le tuer, quede l'huile, 
parce que l’on fcait qu'elle Ôte la 
refpiration aux Infeétes, en bou- 
chant les ouvertures de toutes les 
trachées ; enfin fi rien ne réuflifloit, 
il en faudroit venir à une opération 
Chirurgique fur l'os coronak M: 
Littre aflure qu’elle ne feroit ni dan- 
gereufe ni difficile. 

L'autre exemple d’un Ver Nazaï 
ou Rinaire , eft rapporté dans l’'Hif- 
toire de l’Académie des Sciences, 
année 1733. Un Officier de chez lé 
Roy, fentoit depuis trois ans, au bas 
du front, du côté gauche , & prés 
de à racine du nez, une douleur 
vive, plus violente dans des temps 
qe dans d’autres, laquelle s’êten- 

oit vers l'œil du même côté , & 
devenoit quelquefois f1 exceflive , 


3z De la Génération 
que le Malade craignoir d’en perdre 
œil. 11 avoit en mêéme-temps dans 
Poreille un bourdonnement confi- 
dérable. Pour remédier à ce bour- 
donnement, il fe fit verfer, étant aw 
lit, quelques goutes d’huile d’a- 
mandes douces dans l'oreille affec- 
tée , & fe tint pendant quelque 
temps couché fur autre. Deux jours: 
après 1l fentit dans la narrine gau- 
che une grande démangeaifon, des 
picotemens ,. des tiraillemens , de 
fréquentes envies d’éternuer, 8 mé- 
me en fe mouchant, quelque chofe 
qui remuoit dans fon nez, & qu'il 
n'en put tirer tout à-fait , qu'en y 
portant le bout du doigt C’éroit un 
Ver. Ce Ver, dit l'Hiftorien, cou 
fut aufli-tôt fur la main du Malade: 
avec une extrème vitefle, quoique 
couvert d’une mucofité parfemée de 
tabac; parce que cet Officier en pre- 
noit beaucoup. On mit le Ver dans 
une tabatiere où il y avoit du tabac, 
&c il y vécut cinq ou fix jours. Tous 
les accidens du Malade , continue 
PHifterien, cefferent aufli-tôt après 
la fortie de lInfc&e. 

M. Maloet ; Doéteur-Régent de: 


des Vers. 8% 
la Faculté de Médecine de Paris, a 
eu ce Ver entre {es mains, mort & 
defléché : il le trouva du genre des 
Centipedes , & de l’efpéce des Sco- 
lopendres terreftres : il en fit une 
defcription qu’on ne rapporte point 
dans ce volume de l'Hiftoire de 
PAcademie des Sciences, parce que 
dans celui de 1708. on a rappor- 
té une defcription affez femblable 
d’un autre Ver, rendu de même par 
le nez , qui eft celui dont nous 
avons parle ci-devant. 

Ces deux Vers, obferve l'Hifo- 
rien , ne différent que par la gran- 
deut. Le dernier n’avoit que feize 
ligncs de long , & l’autre avoit fix 
pouces. Il eft vrai que le plus grand 
avoit cent douze pattes, & l’autre 
cent feulement , mais fi le petit eût 
vêcu, peut-être en auroit-il eu da- 
vantage. Enfin , remarque l'Hifto- 
rien , c’eft le grand nombre de pat- 
tes, & non le nombre déterminé de 
cent , qui fait les Centipcdes. 

Une autre différence que le mé- 
me Hiftorien obferve entre les deux 
Vers dont il s’agit, c’eft que celui de 
1708. fut , felon les apparences... 


&4 De lu Générañion 
chafté en un mois, par l’ufage du ta-" 
bac , au lieu que le dernier , mal- 
gré l’ufage continuel que la Malade 
faifoit de’ ce remede , avoit vêcu 
trois ans dans le nez. Il vécut même 
encore cinq à fix jours dans une ta- 
batiere pleine de tabac , ce qui, 
comme le dit en paffant, & fort à 
propos l’'Hiftorien , rend au moins 
fort douteufe la: bonté du tabac 
contre les Vers. : 
Les deux Vers-étoient dans les 
finus frontaux , le’ srand dans le 
droit, & le petit dans le gauche. 
Différence que l'Hiftorien rappor- 
te, mais en reconnoiffant qu’à pre- 
prement parler , ce n’en eft pas une: 
La route que feu M. Littre failoit 
tenir à {on Ver pour entrer dans le 
finus, & pour en fortir, doit , fans 
doute, étre la même que celle qu'a 
tenue le Ver de M. Maloet. Mais 
voici une différence trés-eflentielle 
que remarque l’Hiftorien , & qu 
cit le point principal de l'obferva- 
tion de M. Maloet; c’eftque le Ver 
de M. Maloet paroît n'avoir été 
chafñfé que par l'huile verfée dans 
Voreille la difculté cependant, cit 


des Vers. $s 
que.cette huile ait pu parvenir juf- 
qu'au Ver enfermé dans le finus 
al ; car elle ne s’eft.répandue 
que dans le conduit extérieur de 
l'oreille , lequel eft très-exaétement 
‘fermé en dedans, par la membrane 
du tympan : comment a-t-elle donc 
ere au travers de cette mem- 
drane? Et en cas qu'elle y ait pañé, 
peut-on.concevoir quel chemin elle 
a pris pour cela ? Puifqu’il y a enco- 
re bien loin de cette membrane au 
finus frontal. M. Maloet reconnoît 
que d'appliquer fur le nombril diffc- 
rentes huiles pour agir contre les 
Vers des inteftins ,-eft un bon reme- 
de pour les chaffer , & cela polé, 
il fait le raifonnement fuivant : Ces 
huiles ainfi appliquées fur le nom- 
bril , n’y agiffent qu'après avoir pé- 
nétré la peau , la membrane adi- 
peufe , Le péritoine, l'épiploon & 
les membranes des intefkins ; donc 
à plus forte raifon une huile intro- 
duite dans l'oreille pourra pénétrer 
le tympan, qui eft fi fin & fi delié. 
A la vérité il n’y a que les parties 
les plus fubtiles de l'huile qui-puif- 
Jent pénétrer la membrane dont if 


86 De la Génératios 
s'agit , quelque fine qu'elle foit , 
mais il n’en faut pas beaucoup pour 
{e faire fentir à un fi petit Ver, fur- 
tout dans l’efpace de deux jours. 
L'Hiftorien de lAcademie re- 
marque ici que s’il y a toujours à la 
membrane du tympan une petite 
ouverture échancrée que Rivinus a 
découverte, & que M. Maloet dit 
avoir effectivement vüe deux fois, 
ou que fi feulement elle s’eft trou- 
vée par une efpéce de hazard dans 
le tympan du Malade, en queftion, 
l'huile aura eu encore , fans compa- 
raifon, plus de facilité à pañer. 
Quant au chemin qu’elle aura te-- 
nu , il juge qu'après avoir été recuc 
dans la cavité du tympan, elle fe 
fera portée , par le moyen de Ia 
trompe d'Euftache , appellée com- 
munément l’aqueduc, jufqu’aux fof- 
{es nazales , d'ou, à caufe de fa fub- 
tilité , elle aura pu aifément s’éle- 
ver au finus frontal. 

Nous ne devons pas oublier ici les 
réflexions fages que le {cavant Hi- 
ftorien fait enfuite fur la circonftan- 
ce de cette suérifon. 

1°. Ce fut par une efpéce de has 


des Vers. 87 
zard , & uniquement par rapport 
au bourdonnement , que le Malade 
attaqué de ce Ver fans le fcavoir, 
{e fit verfer de l'huile dans l'oreille. 

2°. S'il eüt connu fon Ver, & 
le lieu que cet Infeéte occupoit, il 
fe feroit fans doute avifé de tirer 
cette huile par le nez, afin qu’elle 
allât attaquer le Ver par cette route 
aifée, & route ouverte. Cependant 
il auroit très-mal fait de fuivre cet- 
tc indication , toute naturelle qu'’el- 
lé étoit. En effet, remarque judi- 
cieufement M. de Fontenelle, le 
Ver attaqué du côté du nez, n’au- 
roit pas manqué de fuir du côté 
oppolé , & fe feroit par ce moyen, 
cantonné dans des endroits d’où il 
n’auroit pu fortir. 
3°. Si par quelque empêchement 
que ce foit, il n’avoit pu fuir, il fe- 
roit mort infailliblement dans le 
finus où il étoit, & par la pourri- 
ture de fon cadavre , il auroit pu 
caufer de Ficheux accidens. Heu- 
reufement lattaque qu’on faifoit 
d’un côté le détermina à fuir de 
l'autre , où la fortie étoit facile ; & 
il s'aidoit outre cela de toutes fes 


83 De la Génération 
forces pour fortir , ce qui eftenco- 
re un avantage quand on tire les 
Vers vivans. 

4°. Il réfulte de là une regle de 
pratique pour tous les Vers qu'on 
jugera être dans les finus fron- 
taux. 

5°. Conformément à ces idées, 
on fuit fort à propos deux métho- 
des pour les Vers des inteftins : ils 
ne peuvent guêre fortir que par 
bas, & pour les chafler par cet- 
te voye , on employe des chofes 
ou qui les.contrarient, ou qui les at- 
tirent : les premieres {e prennent 
par la bouche, & les fecondes en 
lavement. Nous rappellerons tout 
cela en parlant des remedes contre 
les Vers. | | 

Les VERS OPHTHALMIQUES, ainfi 
nommés du mot grec Ophthalmos , 
qui fignifie, œil, fe trouvent dans 
le grand angle de l'œil. Ces Vers 
{ont très-rares, & Amatus Lufita- 
nus qui en rapporte un excmple, 
dans fa feptiéme Centurie , Cure 
LXIIT. dit que cet exemple eft fin- 

ulier , & mérite pour cette raifon 

d'être publié : qu'on a bien vu des 


Vers 


| des Veps. 8» 
Vets fortir par lenez, maïs qu'on 
en ait vu fortir par les yeux, c’eff; 
ce qui eft extraordinaire. Voici les. 
propres paroles de Lufitanus,tradui- 
tes mot à mot. » Une petite fille. 
» de trois mois, fe portant bien & 
»ne fentant pas le moindre mal, 
» rendit par la partie antérieure de. 
»# l'œil, appellée communément le 
» grand angle , un Ver dont la tête 
“commença d'abord à: paroître. 
» Des perfonnes qui fe trouverent- 
“là, voyant cette tête, fe hâte- 
rent detirer le Ver avec les doigts, 
» & furent fort furprifes de voir 
5 fortir de l'œil de cet enfant, un: 
»Infe&te vivant long d’un demi. 
palme, de la grofieur d’une li- 
» gne, & tout blanc, fans que l'œil 
> parut endommagé en rien. Le cas. 
» €ft furprenant & mérite d’être 
» écrit. On à vu fortir des Vers par 
» le nez, & j'en ai vu plufieurs fois 
#fortir ; mais qu’il en foit forti par 
les yeux , c'eft un fait des plus ra- 
>» res. Eff certe cafus hic mirus & dignus 
chartis dart, per nares vero  lumbricos: 
fluxos:, nowrard nos & alt varii vide 
runt: f 

Tome I. H 


so De la Génération 
: M.Vrayet Médecin d’Abbeville, 


dont nous rapporterons cy-après. 


deux lettres au fujet des Vers fan- 


guins ,me mande dans la derniere, 


qui eft du 31. Juillet de l’année 


1736. avoir tiré 1] y a vingt ans 
du grand angle de l’œil d’un enfant 
de fix mois, un Ver firongle, c’eft- 
à-dire , long & rond , qu'il mit 
aufli-tôt dans de l’efprit de vin, & 
qu’il y a confervé plus de fix ans. 
Ce Ver, dit-il, étoit de la lon- 
gucur du doigt , de la groffleur 
d’une plume de Pigeon, & venoit 
certainement des premieres voyes. 
Cette réfléxion de M. Vrayet , que: 
ce. Ver venoit des premieres voyes, 
c'eft-a-dire , des inteftins , eft um 
point à examiner. On voit bien 
quelquefois des Vers fortir par le 
nez après y être montés des inte- 
fins ; le’pañlage de communica- 
tion qui va du gofer au nez, rend 
la chofe facile a comprendre ; mais 
qu'un. Ver remonté des inteñlins 
dan la bouche, puiffe de là pañler 
aux veux, c'eft ce qu'on ne com- 
prend pas de même, les embou- 
chures du canal nazal & du fac la- 


- 


ARNRA des Vers: gi: 
ctyimal ctant fort petites. La chofe: 
cependant examinée à la-rigueur, 
ne paroît pas impoñlible. 

Les Verts auriculaires s'engen- 
drent dans les orcilles, & font ainfi: 
nommés. du mot latin: qui: figaifie- 

reille. sv gi its n 

Silvaticus dans fes Confultations;: 
(a) parle d’un enfant de douze ans 
qui tous les matins étoit fourd de 
l'oreille gauche, &: cefloit de l'é- 
tre apres le diner, lequel rendit: 
dix petits Vers par cette orcille, 
& enfuite vingt autres , a moyen 
d’une fumée d’herbes bouillies dans: 
du vin, fur laquelle on lui faifoit- 
tenir l'oreille. Ces Vers étoient vi- 
vans, & vécurent un mois: La cir- 
conftance que rapporte Silvaticus,. 
fcavoir, que la furdité cefloit après : 
je dîner, a quelque chofe de fin- 
gulier. il prétend que le mouve- 
ment des dents Qui Blot par la 
maftication’, débarrafloit l'oreille 
d’une humeur qui s’y étoit amafée 
pendant la nuit , & qui caufoit la: 
furdité. - 

(a) Bened. Silvaticus, «onfilia dr refponfa. Cent. 
2. Confult, 10. 
ji H 1j 


f 


92 De la Génération 

Tharantanus dit avoir vu fortir 
de oreille d’un jeune homme ma- 
lade d'une fiévre aigue, deux où 
trois Vers qui reffembloient à des : 
graines de pin. Panarolus( #:) parle 
d'un Malade , qui, aprés avoir été 
tourmenté d'une violente douleur 
d’oreitle , rendit par cette partie, 
enfuite d’une injeion qui y fut 
faite avec du lait de chevre, plu- 
fieurs Vers fembables à des mites 
de fromage, après quoi la douleur 
ceffa. Kerckring donne la figure de 
cinq Vers qu'un homme rendit 
par l'oreille en 1663. dans un Bourg 
nommé Quadiich:, lefquels étoient 
faits comme des Cloportes, fi ce 
n’eft qu'ils n’avoient que dix pieds: 
Voyez-les dans les cinq figures cy- 
deflous. 


Jortis de l'oreille. | 


M. Winflow m'a écrit depuis peu, 
avoir trouvé il y a quelques années 
4) Jacolog. Pentec 4. Obferv. 27. 


des Vers. CE 
un-Ver dans Ie tympan de l'oreille 
d'une fille de trois ans, mais avee 
des circonftances qui rendent le fait 
aflez fingulier. Voici fa lettre. 

» Vous avez fouhaité que je vous 
»communiquaffe l'Obfervationque 
»j'ai faite autrefois d’un Ver dans 
» le cadavre d’une fille detrois ans, 
»voici ce que c'eft. En 1716. aw 
» mois d'Octobre, comme je fai- 
» fois l'anatomie de la tête de’cette 
»enfant , je trouvai au haut du 
»pharynx , derriere la luctte , un 
» Verlong & rond comme les Vers 
»Ordinaires des inteftins , lequel 
»-avoit une de fes extrémités dans 
» le pharyng même, & s’étoit glif- 
»{6 dans la trompe d’Euftachius, 
- » jufques dans la cavité du tympan, 
» OÙ l’autre extrémité étoit engagée 
»-entre les offelets de l’ouie: Je ne 
» doute point, Monfieur, quece Ver 
“ne vint. des inteftins , & ne fût 
» monté par l'æfophage. Il avoit en- 
» viron cinq pouces de long, & lé- 
» paifleur d’une petite plume à écri- 
» re. Ce que j'ai trouvé defingulier, 
»c'eft qu'ayant ce volume, ilaie 
»pu s'engager dans un pañlage fi 


gx De la Génération 
Ȏtroit ; & je ne fcaurois deviner 
» ce qui peut avoir déterminé cet 
# Infcéte à aller plütôt là, que dans. 
» la narine attenante , qui eft bien: 
» plus fpatieufc. Vous ferez là-deflus. 
5 vos réfléxions. Je {uis, &c: Winf 
» low. Ce 4: Septembre 1736:.. 
Les: VERS DENTAIRES , ainfi 
nommés , parce qu’ils s'engendrent 
aux dents , fe trouvent d’ordinaire: 
fous la carie des dents. Jacobæus 
rapporte qu'un homme tourmenté 
d’un violent mal de dents , fans que 
les remedes. ordinaires y euflent 
fervi de rien, guérit enfin apres 
avoir enlevé de deflus fa dent , une 
carie fous laquelle.fe trouva enfer- 
mé un Ver qui s'agita ee , 
&z (2 )dont la niche étoit creufée: 
dans le corps de la dent. Ce mal de 
dent étoit périodique , & le Mala-- 
de fentoit parintervalles, quelque 
chofe qui treflailloit fur fa dent. Au 


(a) Quiderm odontalgia immani ac periodica ve- 
xarus fenfit in dente quid [aliens pertemporum inter- 
valla | cuiremedia plure incaffum adhibita 3 ‘abrafa 
demum carie dentis in vafculum f[uljetfum vermenr 
expuit, qui capite ad catdam reflexo faltus varios 
steravit , foramine infign? per quod exierat wermis ;, 
in dente confpicuo. Thom. Barth, a&. Med, & Phil. 
Tom. V. Cap. 8. Vol. s. 


. des Vers. 95: 
refte il n’eft pas rare de trouver des 
Vers aux dents.(#) | 

Les Pulmonaires fe forment dans. 
les poumons. Ces Vers font rares, 
mais cependant il s’en trouve, & 
Fernel (b )diten avoir vu des exem-- 
ples. Ce qu'il y a de certain, c’eft: 
que des Malades en ont jetté quel- 
. quefois en touflant , qui étoient tel- 
Iement enveloppés dans les cra- 
chats , qu’on ne pouvoit foupconner- 
qu'ils vinfent d’ailleurs que de la: 
poitrine, comme le remarque Braf- 
funolus (c). De ces Vers , les uns 
reffemblent à des Moucherons, fe- 


lon le rapport d’Avenzoard (4), &: - 


de Alfaharavius { e) ; d’autres font 
faits comme des Pignons , felon: 
lobfervation de Thomas de Vei- 
gue ( f) » & d’autres comme de pe: 
utes Punaifes, felon la remarque de 


(a) In dentibus verd reperiri vermes band infre- 
quens ef. Antomii Benivenii , Medicinalium Obfer- 
vat : exempla , cum annotationibus Bemberti Dodo- 
næi. Cap. 100. p. 194. lig. 1. in annotatione, 

(b) Fern. Pathol. de morb. inteffz. 

(c) Braffav. Comment. ad .Aphor. 47. lib. IV: 
Hipp. 

(d) .Avenfoard , Lib.I. Traë. IT. Cap. 3. 

(e).Alfahar, Cap. I. Tra&. XIII Prat. 

€ £) Thom. à Veiga , Comm, ad Cap. $, Lib. I. 
Galeni de locis aff, 


96 De 14 Génération | 
Joachim Camerarius, dans Scheñ= 
kius. | | 

Les HErATrIQUuESs fe trouvent 
dans le foie , & font ainfi appellés 
du mot Latin Æepar, qui lignifie 
Foie. Tous les Médecins ne con- 
viennent pas que ces fortes de Vers 
fe forment dans ce vifeëre , & plu- 
fieurs Auteurs cftiment qu'ils y 
viennent d’ailleurs , parce que la 
bile du foie femble devoir empé- 
cher les Vers de s’y engendrer. Ce- 
pendant comme le foie eftfujet x 
des hydropifies, dans lefquelles if 
eft fouvent plus rempli d’eau que 
* de bile, il ne paroît pas impoñli- 
ble qu'alors il ne s'y engendre des 
Vers , & ce n’eft guëre non-plus, , 
que dans ces occafions'qu'il eft arri- 
vé d’y en trouver , ainf que le re- 
marque Hartman, & que nous le 
verrons ailleurs. 

Gafpard Bauhin , { 4) rapporte à 
ce fujet, une Confultation qui vient 
trop à propos, pour que nous de- 
vions l'omettre. En 1578. au mois 
d'Oûobre dans l'Hôpital de Pa- 
doue, en préfence de plufieurs M£- 

Ga) Gafp. Banh. de Obfers. propriis… 
É decins , 


des Vers. 97 
decins, & entr'autres du célébre 
M. Emilien de Champ-long, alors 
Profefleur à Padoue, & de Gafpard 
Bauhin ; il fut trouvé dans le foie 
d’un enfant de deux ans, mort de 
la petite vérole , plufieurs petits 
Vers: Voici comment la chofe fe 
pafla : On étoit en: peine de f{ça- 


voir fi le venin de la maladie n° ‘+4 


voit point endommagé les parties 
nobles : Emilien de Champ-long , 
que nous venons de nommer, vou- 
lut s'en éclaircir par fes yeux , & 
pour cela fit ouvrir le corps. Com- 
me on vifitoit le foie, on trouva 
dans les rameaux de la veine-porté, 
& dans les propres rameaux du 
foie, un grand nombre de Vers, 
les uns vivans, les autres morts. 
Ces Vers'étoient rouges, ronds, 
un peu longs , & affez mous au tou- 
cher. Les Médecins qui affifterent à 
ouverture , furent de différens fen- 
timens fur le lieu où.ces Vers s’é- 
toient engendrés ; les uns foure- 
noient qu'ils avoient été formés 
dans les :inteftins, de-là’ conduits 

ar les veines mézéraiques, jufqu’à 
< veine-porte, & de cette. veine 

Tome L 


98 De la Génération 

dans les autres vaifleaux du foie ; 
d’autres ; qu'ils s’étoient véritable- 
ment formés dans le foie ; mais 
que ce n'avoit été qu'aprés la mort 
du malade ; & d’auires, qu'il ne 
falloit pas douter qu'ils n’euflent été 
formés dans le foie du vivant méme 
de l'enfant: ce_qui fut l'avis de 
Bauhin. Ce dernier fentiment pa- 
roît aflez. vraifemblable ; vu qu’il 

y a des occalions où la bile du foie 
dégénére fi fort , que perdant pref- 
que toute fon amertume, elle de- 
vient propre ‘à laïfler éclorre des 
Vers , lorfqu'il s'y en rencontre 
des œufs. 

Les SrLeniques fe produifent 
dans larate , & font ainfi appellés 
au latin Splen., ur fignifie , Ra- 
te. Quelques Médecins cependant 
croyent gel ne fe produit jamais 
de Vers dans cette partie, & que 
c'e la feule de tout le corps, qui 
en foit exempte ; c’eft une queftion 
à examiner. 

Les Carpraïrrs font dans le 
cœur ; ils fe nomment ainfi d’un 
mot grec , qui fignifie cœur. I y en 
a de deux fortes : les Cardiaires 


t 


des Vers. 9> 
proprement dits , & les Péricar- 
diaires. Les premiers font dans le 
cœur même, & les autres dans le 

éricarde, c'eft-à-dire, dans la 
Boëte du cœur. Il y a eu des pe- 
ftes où l’on trouvoit de ces Vers 
dans la plupart des corps que l’on 
ouvroit, ainfi que l'écrit Vidius. ( 4} 
Ils caufent de grandes douleurs & 

uclquefois des morts fubites. On 
Paniers peut-être, comment il 
peut yavoir des Vers dans une par- 
tie dont le mouvement «ft fi con- 
fidérable ; mais il fuffit de faire ré 
fléxion à la ftruéture de ce mufcle , 
pour connoître que cela eft très. fa- 
cile. On fçait qu'à la bafe du cœur 
font deux cavités faites en forme 
de cul-de-fac, l’une à droite, l’au- 
tre à gauche, que l’on appelle les 
ventricules ; que ces ventriculeg 
font remplis de petites colomnesg 
charnues, produites par les fibres 
droites du cœur, & ont plufieurs 
enfoncemens & plulieur$s petites 
fentes qui rendent la furface inter- 
ne de ce même ventricule rude, & 

(a) Pidins junior , Bb. VII. cap. 2. de curæ. 
membror. ARR 


li 


100 De ia Generation 

inégale ; or c'eft dans ces inégalités 
ue-les Vers font retenus , nonob- 

fant le mouvement centinuel du 

fans qui entre dans le cœur & qui 

en fort. 

Les PERICARDIAIRES font dans 
ke péricarde, c’eft-à-dire, dans la 
capfule ou boëte du cœur. Ils cau- 
fent quelquefois des convulfions 
extraordinaires , dont les attaques 
durent peu , mais recommencent 
fans cefle ; ces convulfions font ac- 
compagnées d’une päleur effroya- 
ble de vifage , d’un abbatement en- 
tier de tout le corps , de violentes 
douleurs d’eftomac & de poitrine. 
I1 fe rencontre quelquefois de ces 
Malades infortunés, & le célé- 
bre Baglivi Médecin de Rome, 
n'a fait part là-deflus, d’une obfer- 
vation importante & Curieufe que 
voici. | 

Un Cavaliere di 40. anni frego lati 
mel vivere, commincio a patire di dolor: 
. gagliardi di flomaco e di parti circonvici- 
ne doppootto giorni 1: fopra. Giunfe un 
fravagantiffimo moto convulfivo , cioe ogni 
er ro quarto d'ora era forpreffo da un 
momentanea moto convullivo per tuttoi 


+ des Vern :- 161 
corpo con pallore di volto , e pofirazione 
di force. Ceffato il quale , retornava detto 
moto convulfivo ogni mezxo quarto d’ora 
giorno e notte , che maggior puntualita 
non aurebbe ofervato l'orologio, doppo otto 
gtorni di quefii travagli [s fermo per due 
ore il moto convulfivo, doppo le quali vi 
fopragiunfero dolori acerbiffimi di floma- 
co ; e di petto per violenza de qsali poco 
doppo mori. Diceva lanalato nel morire 
fentirfi flrappare 1! cuore e Le vifcere dalli 
cam. Aperto il cadavere [1 retrovo nella 
cavita del pericaïdo vicino 4 cuore ,. un 
verme vivo longo d’un palmo, nero e pe- 
lofo | &> il cuore alquanto livido. Il reflo 
delle vifcere f; ritrovava nello flato natu- 
rale,. C'eft-à-dire : Un Gentilhoim- 
me de quarante ans, peu reglé dans 
fon vivre, commença à fentir des 
douleurs très-fortes dans l’eftomac 
& dans les parties voifines. Huit 
jours aprés furvinrent des mouve- 
mens convulfifs extraordinaires, 
qui revenoient à chaque demi- 
quart d’heure, & qui le prenoient 
tout-à-coup par tout le corps : ïl 
devenoit alors extrémement pâle, 
& étoit fans force : l'accès fini,.le 
Malade reprenoit fes forces , & {e 

J 1j 


ro2 De la Génération 

portoit aufli bien qu'auparavant. 
Ces accés pendant huit jours re- 
tournerent fi ponétuellement à cha- 
que demi-quart d'heure , tant du: 
jour que de la nuit, qu'une horloge 
_mauroit pas été plus jufte. Les huit 
jours étant pañlés, les mouyemens 
convulfifs ne revinrent que de deux. 
heures en deux heures, & peu de 
temps enfuite le Malade fut atta- 
qué de douleurs de poitrine & d’e- 
flomac fi violentes , qu'il en mou- 
rut. I] difoit en mourant qu'il fe. 
fentoit déchirer le cœur & les en- 
trailles comme par des chiens. 
Quand il fut mort on l’ouvrit, & 
on lui trouva dans le Péricarde un: 
Ver vivant, long d’un palme, tout 
noir & velu , le cœur un peu livi- 
de , & toutes les autres parties 
dans leur état naturel. 

Ce genre de Ver dont parle 
M. Baglivi, peut caufer quelque- 
fois des morts fubites ; & Sphéré- 
rius raconte qu'un. Gentilhomme 
de Florence, s’entretenant un jour 
avec un Etranger, dans le Palais du 
Grand Duc de Tofcane , tomba 
mort tout d'un coup ; que comme: 


des Vers: tôi 
ôn craignit qu’il n’eût été empoi- 
fonné, on l’ouvrit , & qu'on lui 
trouva dans la capfule du cœur, (4) 
ün Ver tout vivant. 

Les Sancuins, fe trouvent dans 
le fang ; ils fortent quelquefois par 
les faignées, comme l’aflürent Rho- 
äins, (&) Riolan , (c ) Ettinuller (d) 
& plufeurs autres Auteuts. 

. J'ajoute à cela, que M. de Saint 
Martin, fameux Chirurgien à Pa- 
ris, m'a atrefté que faifant une fai- 
gnée par l'ordonnance de M. Quar- 
ticr Médecin de Paris , le fang s’é- 
tant arrêté tout à coup, il remar- 
qua en écartant les lévres de l’ou- 
verture , un corps étranger qui en 
bouchoit le paflage ; qu'il fit auffi- 
tôt faire un léger détour au bras , 
& qu'en même ternps, il vit {ortir 
avec le fans , qui s’élança alors avec 
violence , un Ver cornu de la lon- 
gueur d'un Pérce- oreille. Feu 
M, Daval, Doë@eur-Régent de la 


- (4) Schenekins | Obfervar.: Medic. Kb. 11. dé 
corde, | 

(b) Rod. Cent. 3. Obferv. 6. 

(c) Riol. Encheir. Anat. p. 147. 

(d) Etimnl, Schrod. dilucid, Phif. Cla]. II. de’ 
#ceto.. 


I iv 


ro4 De la Génération 
Faculté de Médecine de Paris, & 
pere de M. Daval d'aujourd'hui, 
nouveau Docteur de la même Fa- 
culté , m'a afluré avoir vu plufieurs 
fois fortir des Vers par les faignées, 
& que M. fon pere en vit.un jour 
fortir deux par une même faignée , 
lefquels avoient chacun de lon- 
gueur , environ un tiers d’aulne. 
On raconte du fameux Pere Se- 
nault Prêtre de l'Oratoire , de qui 
nous avons le Traité des pañlions, 
que quelques jours 4vant:fa mort, 
on trouva dans du fang qu’on venoit 
de lui tirer, un petit Ver forti par 
la veine, lequel avoit des aîles. Je 
n’oferois donner ce fait pour cer- 
tain; car il fe pourroit bien faire 
qu’on eût pris pour un Infeéte en- 
gendré dans le fang , quelque Mou- 
cheron tombé par hafard dans une 
des palettes. C’eft fouvent à des 
méprifes femblables que nous de- 
vons quantité d’hiftoires qu’on nous 
rapporte comme vraies , & qui 
examinées de près, ne font que 
des preuves de la trop SRNdEl - 
plicité de ceux qui s'en difent les 
témoins. 


. des Wers, ï 

- Les Vers qui s’engendrent dans le 
fang , ne font pas tous de même fi- 
gure ; cependant ceux qu’on y trou- 
ve ordinairement, fe refemblent 
affez. La maniere dont ils font faits, 
mérite d'être remarquée. Leur 
corps eft figuré comme une feuille 
de myrthe , & tout parfemé de fi- 
lamens femblables à ceux qu'on 
remarque fur les feuilles naiffantes 
des arbres. Ils ont fur la tête une 
cfpéce d’évent comme en ont les 
Baleines , par lequel ils rejettent le: 
fang dont ils fe font gorgés. Ces. 
Vers qui fe remarquent quelque- 
fois dans le fang de l’homme, fe 
trouvent aufli dans celui des ani- 
maux, & pour les voir, il faut 

rendre des foies de veau où de 
Pb , tout récemment tirés du 
corps, les couper en petits mor- 
ceaux, puis les jetter dans de l’eau, 
On en verra fortir alors avec le 
fang , plufieurs Vers qui aurontun 
. mouvement fort fenfible , fi les 
foies font bien frais. 

Ces fortes de Vers font connus 
aux payfans du Languedoc , qui 
les appellent Dalberes , du nom 


T06 De la Génération 

d’une herbe qui pañle chez eux pour 
produire dans lé corps beaucoup de 
cette vermine. On peut voir là- 
deflus M. Borell (4) dans fes Ob- 
fervations de Phylique & de Mé- 
decine ; la chofe paroît avoir beau 
coup de rapport avec ce que nous 
avons remarqué ci-devant des Vers 
des Moutons page 27. Mais pour 
revenir aux Vers fanguins de l'hom- 
me, comme on he fcauroit avoir 
R-deflus trop de faits bien confta- 
tés, nous croyons devoir joindre 
encore ici les cinq fuivans : le pre- 
micr , attefté par une lettre de 
M. Charollois, Médecin de l’'H6- 
pital de Châlons für Saone; le fe- 
cond , par une lettre de M. Vrayet, 
alors Médecin à Compiegne, & 
aujourd'hui à Abbeville; le troi- 
fiéme , par une lettre de M. Col- 
laflon, Maître Chirurgien à Vatan, 
& les deux derniers par une nou- 
velle lettre du même M. Vrayet , 
qui m'a écrit tout récemment fur 
ce fwjet. Les voici telles qu’elles. 
nYont été écrités ; je n’en airetran- 


(4) Borel, Cent, 3. Obferv. 4, 


| des Vers. 107 
ché que les complimens. Elles mé- 
ritent d’être lues. 


Lettre de M. CHaroLLois, Mé- 
decin de l'Hôpital de Chälons- 
Jur-Saone , au [ujer d'un Ver 


Janguin. 


Monsieur, 


» IT eft jufte que je vous fañe 
» part d’un fait extraordinaire con- 
» cernant un Ver Sanguin. Ce Ver 
» Eft forti par la veine médiane d’un: 
» homme de 66. ans, attaqué d’une 
» Maladie dont je vous ferai l'hiftoi- 
»re par la fuite. Je n’ai point vu 
» dans votre Livre de la Géné- 
» ration des Vers , ni dans aucun: 
» Auteur cité ; non plus que dans. 
».ceux dont j'ai connoiïffance , qu'il 
» y aiteu de Ver Sanguin de cette: 
» grofieur. 11 eft de celle d’un tuyaw: 
» de plume à écrire : il a le corps: 
» comme variqueux, rouge dans le 
» dedans & en quelques endroits de: 
»- la fuperficie. Il eft rond dans toute 
:fa longueur, qui a près de cinq pou-- 


#08 De La Génération 

» ces : on y diftingue três-bien-la té- 
» te & la queue. Je ne puis, Mon- 
» fieur , vous marquer d’autres cir- 
» conftances, manquant de micro{- 
» copes pour cela. Jai mis le Ver 
» dans de l’eau de vie, & vous lai 
» deftiné. Je vous l’enverrai par la 
» Diligence, fitôt que vous m’aurez 
»témoigné le fouhaiter. J'ai pris à 
» Paris quelques-unes de vos Lecons 
» aux Ecoles de Médecine , après 
#avoir recû le Bonnet de Docteur 
» à Montpellier. Je n’avois encore 
ntrouvé aucune occafion de vous 
» remercier, je {uis ravi que celle-ci 
» fe préfente pour vous aflurer que 

» je fu is. &c.- 


CHaArorzots, Aédecin de 
l'Hôpital de Chälons-fur- 
Saone en Bourgogne. 


» Para premiere Diligence qui 
» partira d'ici, je vous ferai remet- 
»tre en main propre ce dont il s’a- 
» git, avec l’hiftoire de la maladie, 
» qui eft trés-finguliere. 


4 Chälons-fur-Saone, ce.15. ay 1723. 


es Vers. 469 


Seconde Lettre de M. CHaRo1- 
Lois, Médecin de l'Hôpitalde 
Chälons-[ur-Saone , au [ujer 
du Ver Sanguin, dont il ef 
parlé dans da précédente. 


M oxsteur, 


» JE vous envoye, comme .je 

» vous lavois promis , le Ver dont 

“je me fwis donné l'honneur de 

» vous Écrire. Vous ie trouverez un 

» peu changé en longueur , groffeur 

» @&c couleur,par le féjour qu'il a fait 

» dans l’eau-de-vie. :Le Malade au- 

» quel on letiraeft mort aprés avoir 

» eu dans unc maladie chronique 

» três-longue , des douleurs uni- 

» verfelles , une infomnie , un dé- 

#goût, un Ctoufflement erratique, 
sun pouls inégal, dur & concen- 
» tré, un crachement de fang noir, 

» mélé de bîle, des enflures de jam- 

» bes, unetenfion douloureufe , & 

» à diverfes reprifes , dans la région 
#du foie ; des urines briquetées , 


rod) De la Génération 

» quelquefois de la fievre, une dif. 
» ficulté de demeurer au lit pendant 
#les premiers jours de la maladie ; 
» en un mot, une affemblage con- 
» fus de différentes maladies , qui 
+ m'a empéché de caraétérifer celle- 
#»nci, & de la réduire fous aucune 
» claffe particuliere. 

» Vous obferverez, Monfieur, 
#que le Malade, pendant rout le 
» cours de fa maladie, n’a rendu que 
» trois Vers par les déjections ; en- 
» core a-ce été un jour de Médeci- 
“ne, quoique je l'aye purgé plu- 
» fieurs fois , & que j'aye employé 
» les antivermineux, regardant tou- 
»jours le fond de vermine comme 
“ caufe conjointe. S'il fe préfente 
» quelque autre fait fingulier, je me 
» ferai un fenfible plailir de vous 
» le communiquer , & de vous af- 
“furer que je fuis, 


MONSIEUR, 


Votretreès, &tc. 
CHAROLLO1IS. 


A Chalons-fur-Saone, ce 2 5. May 1723. 


V des Vers. 11f 


Lettre de M. VRAYET, Méde- 
el À ., 

- cin à Compiègne ; fur un Ver 
Sanguin. 


Monsieur. 


» JE ne compte pas vous faire 
» rien voir de nouveau, en vous en- 
» voyant un Ver forti de la veine du 
_»bras par une faignée que je fis fai- 
» rC hier à une Dame attaquée d’un 
» rhumatifme univerfel. Le Chirur- 
» gien , En ouvrant le vaifleau qui 
»avoit été piqué la veille , tira ,en 
»ma préfence , avec la tête d’une 
» épingle , le Ver que je vous en- 
»voye. [left rompu, & nous n’en 
5» AVONS EU QUE CE QUE VOUS VOYEZ , 
» quoiqu'il füt peut-être de la 
» même longueur que ceux que 
» M. Daval le pere a vu fortir par 
» la faignée, & dont vous parlez 
» dans votre Traité des Vers. 
» La tête & le corps étoient rou- 
» ges, & le col blanc; il étoit de 
»la groffeur d’une petite plume 
” d'oye; de forte qu'il avoit pref- 


112 De l4 Génération 
» que le diamètre de la veine d’où 
»ila été tiré. à 
:» Je l'ai mis dansun bout de plu- 
#me pour qu'il ne fe rompe pas. 
» J'aurois du le conferver dans de 
#»Veau-de-vie, afin que vous l'euf- 
» fiez pû voir tel qu'il étoit; mais 
“je ne fçavois à qui le confier. Je 
» fuis , Fe 


MONSIEUR, 


Votre, &c. 
VrRaAveT,Médecin. 


4 Compiegne, ce 2 3. Novembre 1724. 


Lettre dd M. COLLASSON, 
Maître Chirurgien à Watan ; 
far un Ver Sanguin. 


Moxsreur, 


» JA: l'honneur de vous écrire 

» au fujet d’un phénomene de Mé- 
» decine, que j'ai vu le 15, de ce 
» mois de Septembre 1726. en fai- 
» gnant de Ja céphalique M. Gigot, 
Chanoine 


des Vers. 113 
»Chanoine deS. Laurian de Vatan, 
» de la veine duquel il eft forti un 
» Ver long comme cette raye. 


» gros comme une petite ficelle, & 
» que j'ai vu fe mouvoir ; ce qui fut 
» fuivi‘de quelques portions de fang 
»çaillé. Le lendemain, j'ouvris au 
5 Malade la médiane du même 
» bras. Le fang fortit avec impétuo- 
»fité, & l'ouverture fut aufi-tôt 
» bouchée par du fang caillé. Je fus 
» obligé alors de dégager , avec la 
“tête d’une épingle, ce qui bou- 
» choit le vaifleau, & je tirai une 
» grande quantité de fang comme 
_»congelé, &c. Je fuis, 


MONSIEUR, 


Votre , &c. 
Cozrasson , Maître Chi- 
rurgien à Vatan. 


De Vatan ce 27. Septembre 17216. 


. Ce que me mande dans cette let- 

tre M. Collaflon , Maître Chirur- 

gien à Vatan, fe trouve confirme 
Tome Z. K 


Y1 4: De la Génération 

& éclairci dans une autre: qu'il’ 
vient de m'écrire, en réponfe à: 
quelques queftions que je lui ai fai-- 
tes depuis peu à ce fujet, en luian- 
noncant que jallois donner une: 
troiliéme édition de mon. Traité 
des Vers; & que s’il avoit quelques. 
remarques nouvelles à me com- 
muniquer , je me ferois un grand: 
plaifir de les inférer dans mon Li- 
vré âvec la premiere dont il m’a- 
voit fait part.. Voici donc fa répon-- 
fe, qui me paroît d'autant plus di-- 
gne d'attention , qu’elle fert à con- 
fater un fait curieux &'important: 
dans la Médecine. 


Monsieur, 


» Le cas d’un Ver forti par la fai 
» gnée , €ft trop fingulier , pour être: 
» ordinaire, auffi n'en ai-je pas vu: 
» de femblable depuis que j'ai eu: 
» l'honneur de vous écrire, & mêé- 
» me je n'ai rien vu en fait de Vers. 
» & des accidens dont ils font fui- 
» vis , qui mérite de vous être rap-- 
# porté aujourd'hui. Quoiqu'il en. 


' 


on des Vers 11$ 

.#{oit , le Chanoine qui donna lieu 

#à l’obfervation que je fis danslé 
“temps, fur le Ver forti par la fai- 
» gnce , éft encore au monde. Il cft- 
» réel que lorfque je le faignai il fe 
#préfenta un Ver à l'ouverture de’ 
5 Ja veine, & qu'il n’en fortit qu'à 
> l'aide de mon ongle. Sa longueur 
s#étoit de deux bons travers de: 
sdoigt ; {à figure étoit ronde, & 
» fa grofieur de celle de la queue: 
» d’une poire de bon chrétien. Au: 
» fortir de la veine on apperçut fon 
# mouvement circulaire , ou fpiral.- 
» On le conferva quelque temps 
» dans de Peau-de-vie , après quoi’ 
» on négligea de renouveller l’eau. 
» & de garder plus longtemps cet: 
»“Anfcûte, &c. Failhonneur d’être, 
28. 


de Ci L'ASS ON Ve Maitre 
Chirurgien. 


AE Vatan, ce $. Août:1736.. 


 Iyaici une remarque particu:- 
liere à faire fur la premiere Lettre’ 
de M. Vrayet, qui cft que depuis” 


Ki; 


116 De la Génération É 
onze ans qu'il m'a envoyé dans an 
bout de plume le Ver Sanguin dont 
11 me parle, j'avois négligé de l’e- 
xaminer , & que-ce n’eft qu’au mois 
de Juin de Fannée 1736; que je me 
fuis avifé de le tirer du tuyau de 
plume où il étoit. Je l'ai trouvé, 
comme on peut croire, fort deffé- 
ché, ce qui m'a obligé de le mettre 
dans de l’eau pour l'humeéter , :& 
en mieux difcerner les parties ; mais 
je n’y ai rien vu de bien diftin&.Ce 
qui m'a frappé & à quoi je ne m'at- 
tendois pas, c’eft qu’au bout de 
quelques heures , 1l a teint en cou- 
leur de fang, toute l’eau où.je la- 
vois jetté, laquelle étoit afñlez abon- 
dante ; le lendemain j'ai ôté l’eau 
qui étoit encore plus rouge, & en 
ai remis d'autre , qui en une nuit 
eft devenue de la même couleur de 
fang. J'ai recommencé une troifié- 
me fois , & la même chofe eft arri- 
vée. Ce qui fait voir qu'il falloit 
ue ce Ver füt bien pénétré de 
ang , pour pouvoir colorer ainfi 
l'eau, onze ans après avoir ététiré 
de la veine. A 
Jai voulu réiterer, l'expérience 


des Vers. “17 
une quatrième fois , mais elle n’a 
plus réufli, & le Ver s’eft tourné en 
colle. | 

Quant au Ver Sanguin dont me 
parle M. Charollois dans fa Lettre, 
& quim'a été qu Le en premier 
lieu , je le laiffai perdre par mégar- 
de ; ainfi je n’ai pu le mettre dans de 
l'eau , comme j'y ai mis celui de 
M. Vrayet ; mais il y a toute ap- 
parence , que comme 1] m’avoit été 
envoyé dans de l’eau - de-vie, il 
n'auroit pu rougir l’eau commune , 
parce que le fang en devoitétre trop 
coagulé par l’eau-de-vie. 

Dans le moment que j'écris ceci, 
je viens de recevoir une Lettre du 
même M. Vrayet , datée du 3. Juil- 
let de la préfente année 1736. dans 
laquelle il me parle de deux autres 
Vers Sanguins. Comme ces fortes: 
de faits ne {cauroient être trop con- 
nus, je crois qu'on ne fera pas fâché 
de voir ce que ce fcavant Praticien 
me mande encore fur ce fujet. 


T1 De la Génération: | 


Monsieur, 


» C’eft à Abbeville où je fuisétaz- 
»bli à préfent , que m'a été remife: 
“la Lettre que vous m'avez adref-- 
sÂée à Compiégne, où a été faite 
par mes foins, l’obférvation fur 
ST Ver Sanguin que je vous aien-- 
» VOYÉ En 1704. 

>, Je vous dirai pour répondre à: 
,; Votre Lettre , que j'en ai vu fortir’ 
sun autre‘il y à huit ans au Quélu;. 
,, prés la Ville d'Eu, en faifant faï- 
,, gner Madame de Freflennéville .. 
>; laquelle autant qué je puis m'en: 
»fouvenir , étoit attaquée d’une: 
;tièvre maligne , dont elle eft mor-- 
te. Mais je négligeai de conferver” 
, cet Infecte, & d'en faire la def- 
» Cription. Je croïs cependant qu'il 
:; réflembloit à un petit Vera foye 
tels qu'on les trouve dans leur 
Coque quand ils font dépouillés: 
,; de leur peau , & qu'ils font en 
5 féve. | | 

,; Nous avons encore obfervé ici; 
sil y afix ans, entre trois Méde- 


des Vers: 119 
»Cins , M. Poultier, M. Hecquet ,. 
8 moi, un Ver Sanguin.,. qui 
avoit la figure d'une petite Tan- 
,; Che ou: petit poiflon, long d’un: 
» peu’ plus d’un travers de’doigt,. 
» forti comme on faignoit Madame: 
:; de l’Epine enceinte de fept mois. 
attaquée. de pleuréfie', laquelle: 
>; guérit par le moyen de cinq ou: 
» fix faignées , de quelques convul- 
»fons, & accoucha quinze jours: 
5 aprés: 

,, Si vous inférez mon Obferva- 
» tion de Compiégne & ces deux: 
autres dans votre nouvelle édi-- 
»tion du Traité De la Générarion des: 
» Vers, je vous prie que ec foit fans: 
», affeétation par rapport à moi, qui 
,, ne prétends tirer aucune gloire de: 
»Ceci, puifque ces obfervations: 
,, font un effet du hafard. 

Cette Lettre de M. Vrayet con-: 
tient plufeurs autres particularités : 
que nous fupprimens , parce qu'el- 
les regardent des fujets différens de* 
celui-ci. Au refte il n’eft pas éton-- 
nant qu’il puifle y avoir des Vers- 
dans le fang ,; la pcriteffe de leurs: 
œufs , qui, à raifon de.cette extré-- 


t:0 De la Générätion 
me petitefle', s’infinuent dans Îes 
cndroits: les plus impénétrables., 
rend la chofe facile à comprendre. 
L'ordre demande que nous ve- 
nions à prélent aux Vers Véficu- 
laires, & aux autres qui naifent. 
hors des inteftins; après quoi nous. 
parlerons de ceux qui fe produifent 
dans les inteftins mêmes. C’elt. le 
plan. que nous nous: fommes pro- 
pofé au commencement , & qu'il 
faut fuivre. 

Les Vers VE’SICULAIRES s’en- 
gendrent dans la veñlie, & dans les 
reins , & fortent avec l'urine ; il y 
en a de plufieurs figures différentes : 
Tulpius parle d’un Ver (4) {orti de 
la veflie , qui étoit long. & rond 
comme les Vers ordinaires des in- 
teftins, & rouge comme du fang ; 
il y en à d’autres où l’on découvre . 
ur nombre prefque inombrable de 
pieds, une queue pointue, marquée 
d'un point noir au bout , & une té- 
te large, avec deux petites éminen- 
ces aux deux côtés , le deflus du 
corps rond & Hfe, & le ventre hé- 
rifflé. Un Médecin d’'Amfterdam , 

Ca) Tulp. Obferv. Médie, Lib, 11, Cap, 49. « 
dont 


‘des Vers. 121 
dont Tulpius (4) fait mention , en 
rendit dix - neuf de cette forte dans 
l'efpace de huit jours, en urinant, & 
cela après. avoir été guéri d’une fié- 
vre tierce : il les rendit au refte, fans 
aucune douleur. Ils avoient autant 
de pieds que des Cloportes. Le mé- 
me Tulpius en a donné la figure 
dans le fecond Livre de fes Obfer- 
vations ; la voici. 


Louis Durert, ce fameux Interpré- 
te d'Hippecrate , en:rendit par les 
grines , après une longue maladie, 
de femblables à ceux-là , felon ce 
qu'écrit Ambroife Paré (b). 

On en voit d’autres qui n’ont que 
fix pieds , trois de chaque côté vers 
Jatète , & qui, durefte, font tout 
blancs , & refflemblent à des mites 
de fromage , comme ceux que ren- 

(a) Tulp. Obferv. Lib. TT. cap. so. 


(b)Ambr. Par, Liv. XX, Chap. 3. 
Tome I. 


122 De la Génération 

dit une femme de cinquante ans, 
dent -parle aufi Tulpius (4). Il y 
en a d’autres qui font faits comme 
des Sangfues, à cela près, qu'ilsons 
deux têtes; l’une à un bout, & l’au- 
tre à l'autre. Ces Vers vivent quel- 
quefois fort long-temps après étre 
aris , pourvii qu'on les tienne dans 
dc l'eau tiéde , comme on fit ce- 
Jui dont parle Balduinus Ronfeus (4), 
Jlequel par ce moyen, fut confervé 
vivant plus de fept mois. Il y en 2 
d’autres qu'on prendroit pour des 
Sauterellés : le Comte Charles de 
Mansfeld, malade d'une fiévre con- 
tinue à l'Hôtel de Guïife, en jetta 
un de cette efpéce par les urines ; 
on en trouve la figure dans Ambroi- 
4e Paré (c) 5 la voici. : 


Thomas Bartholin parle d'un Po- 


(2) Talp. Obferv. Medic. Lib. II. cap. 49. 
(b) Bald. Ronf. in Epif. + 
{c) Atmbr, Par, Liv, XX. Chap. 3. 


des P'ers. 123 
onois , qui , après avoir ufé pen+ 
dant long-temps, d'un médicament 
contre la gravelle , jetta par les uri- 
nes quantité de fable mêlé de Vers 
noirâtres , faits comme des Scor- 
pions, mais plus petits (4). 

Le fept du mois d'Avril r713.une 
Demoifelle de qualité, âgée de fepr 
ans , Penfionnaire chez les Dames 
de la Vifitation Sainte Marie, rue 
du Bac , rendit par les urines quatre 
petits Vers blancs , aprés avoir bû 
de l'eau de fougere , que je lui fis 
prendre contre les Vers. Ces Vers 
étoient ronds, menus, & fans pieds: 

Les EccormAces naiflent dans les 
ulcéres , dans les tumeurs, dans les 
apoftumes. Ils font äinfi appellés 
des deux mots Grecs ELKOS & 
Phaguein , dont le premier fignifie 
ulcére , & le fecond , manger. 


Les grains de læ petite vérole en. 


font quelquefois tout remplis, com- 

me l’a obfervé M. Borelli (é). Les 

charbons , les bubons peftilentiels 

en contiennent un grand nombre, 
(a) Thom. Barth. Hifior. Anat, Cent. IP. 


(b) Petr, Borel, Hiflor. Obferv, Medic, Phyfic. Cene. 
II. Obferv, 7ts 
= > “om 6 eh L 1} 


424  DelaGénération 

4:25 chairs gangrénées en font ordi- 
nairement toutes pleines. Haupt- 
man rapporte qu'un de ces Vers 
ayant été mis fur du papier après 
avoir été tiré d'une partie gangré- 
née , en produifit fur le champ cin- 
quante autres, ainfi qu'on le remar- 
qua par le microfcope. Ambroife 
Paré , Chapitre 3, du XX. Livre, 
au Traité de la petite Vérole & de 
la Lepre, parle d'un Ver vélu qui 
avoit deux yeux & deux cornes, 
avec une queue fourchue ; lequel 
fut trouvé dans une apoflume à la 
cuifle d’un jeune homme. Le fa- 
meux Jacques Guillemeau tira lui- 
même ce Ver, & le donna à Am- 
broife Paré ,'‘qui le conferva vivant 
plus d’un mois dans un vaifleau de 
verre, fans lui donner aucune nour- 
riture. Voyez la figure ci-jointe, où 


ZE =STS 


HS Se 
STE 
pe TISS TE 


Ver velu Sorti dune ap 
a la Cuisse dun jeune homme, 


a des Pers. fzÿ 
left repréfenté tel qu'Ambroife 
Paré le décrit dans l'endroit cité. 
Les CurTaxwez naïflent fous [4 
peau, entre chair & cuir , & fonc 
ainfi nommés: du Latin Curtis , qui 
fignifie peau. H y en aide plufieurs 
fortes ; les prmcipaux font les Cri- 
nons , les Cirons , les Bouviers , les. 
Soyes , les Talpiers & les Toms. 
Les CriKkoxs, en latin Crmones , 
font ainfinomimés, parce que quand: 
its fortent ;. ils reflemblent à de pe- 
tits pelotons de ctin Ces Vers vien- 
nent aux bras, aux jambes , & prin- 
cipalement au dos des petits enfans: 
Hs font fécher leur corps, de mai- 
greur; en confumant le fuc qui eft 
porté aux parties : c’eft la remarque 
de Schenchins (4). 
Kufner (b), Montuus(c), Ambroi- 
£ Paré (d), Ettmuller(e), Reufner(f), 
Borelli(g), font mention de ces Vers 


(a) Schench. Obf. Med. Lib. V.. de Phthiriafi, OEf. 8. 

(b) Kufn. cap. 12... 4ppend. ad Lib. Leonelli. Favent. 
de morb. puer 

(c) Mont. de Infant. Febrib. 

(td) 4mb. Par. Lib. 7. cap. 21. Chiturg, 

(e) Eftmull. de morb. Infant. 


(f) Hier. Reufner. in difpnt. Medica babità Bafileæ: 


Ann. 15821. 


(g\ Borel, Hiffor. @ Obferv. Med. Phyfic. Cent. TI, 
Objeru, 8. a 
Li} 


126 De la Génération: 

qui ont été inconnus aux Anciens = 
Ettmuller en à 
parlé afflez au 
long dans fx 
pratique fpé- 
ciale , & nous 
en a donné une 
exacte defcrip- 
tion avec figu- 
res. Ces Vers ; 
felon ce qu'ils 
paroiflent dans. 
le microfcope ,. 
ont de grandes 
queues , le 
corps gros, & 
font tels qu'on 
les voit ici 
repréfentés. A: 
les repréfente- 
comime ils pa- 


A. 


Ca 


ef 
86 
Æ 
8 
as) 
St 


DUAL OMR 
K 1 4 CAP Cod 
44 VAE e 
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DE PE TL 7 SVP IAE 4 
Hé 5e Le ALLIE LG 


LÉ ss 


, 


IN 7 aod fa von \ a wou 
COLE RPTS) 


. roiffent fans mi- 
+ : AN crofcope ; & B, 


comme ils pa- 
roiflent avec le- 
microfcope. 

Ils font auf- 
fi appellés par- 
Ettmuller, Dracuncali, petits Dra- 


5 
"> 
S 
- 
(ei 


uen Pers. 7 LÉLT 
gons; mais cet Auteur Îes confond 
mal-à-propos avec d’autres Vers 
qui portent ce nom , & dont nous 
parlerons dans wh moment. 

Les Crinons n’attaquent guère que 
les enfans à la marimelle : ils s’en- 
gendrent à la faveur d’une humeur: 
éxcrémenteufe arrêtée dans les po- 
res de la peau, & qui eft aflez ordi: 
aire en cet âge. | 

Les enfans attaqués de cette ver- 
mine tombent en chartres, & ce- 
pendant tettent ,.& dorment bien, 
leur maigreur ne venant, comme 
nous avons dit, que de ce que ces 
Vers dévorent prelque tout le fuc 
nourricier qui eft porté par le fang 
aux parties. Ïl y améanmoins des en- 
fans que ces Vers émpéchent de dor- 
mir, & qui en font fi toërmentés 
qu'ils crient jour & nuit. M. Borelli 
dit (4) qu’il avoit un frere attaqué de 
cette maladie, lequel pouffa des cris 
continuels jufqu’a ce que ces Vers 
füflent dehors. I1 remarque qu’on: 
les fit fortir avec un peu de mief: 
dont on frotta le corps de l'enfant. 
Ifajoute que ces Vers dès qu’ils fen-- 

(2) Petr, Borell. ibid, ac fupra, 

Liv 


128 De la Génération 

tirent le miel commencerent à mon: 
trer leurs têtes , & qu’enfuite ils. 
tomberent tous par le moyen d’un 
linge rude qu’on pafa fur le dos du 
petit Malade. 

Le Crron cft un Ver qui pañle 
pour le plus petit des Animaux , 
quoiqu'il y en ait de bien au-deflous 
de celui-là. On lapselle en Latin 
Acarus, d'un mot Grec qui fignifie 
très-petit (4). On le nomme Ciron 
en François, parce que la Cire y et 
fujette quand elle eft vieille. Le Ci- 
ron fe traîne fous la peau qu'il ron- 
ge peu à peu. Il y caufe de grandes. 
demangeaifons , & de petites am- 
poules , fous lcfquelles on le trouve 
caché quand on les pique. On a dé- 
couvert par le microfcope toutes les 
parties du Ciron.: il a fix pieds pla- 
cés deux à deux prés delatête, avec 
lefqueis il creufe de longs fillons 
fous l’épiderme. Ce Ver a été connu 
aux Anciens, & Ariftote en parle 
dans le Chap. 31. du Livre V. de 
fon Hiftoire des Animaux. Voyez- 
le repréfenté dans les figures fui- 


(2) axèpos.quod præ exiguitate dividi non poteff : qui 
ne peut être divifé à caufe de fa petitefle. © 


des Vers. 129 
vantes , où il eft defliné comme il 
paroît par le microfcope. 


Vu par le Microscope. 


Les Bouviers font ainfi nom- 
més , parce que les-Bœufs. y font 
fujets : ces Vers fe traînent fous la, 
peau comme les Cirons , mais ils: 
font plus gros , & caufent des de- 
mangeaifons prefque univerfelles ; 
ils fortent fouvent d'eux-mêmes, & 
percent la peau en divers endroits. 
Alfaharavius, Avenzoar, & Albu- 
calis., font mention de ces fortes de 
Vers. La maladie qu’ils caufent s’ap- 
pelle Paffio Bovina | douleur Bovine. 
Elle a befoin d’un prompt fecours , 
fans quoi il en peut arriver de fà- 
cheux accidens. 

Les Soyes font des Vers qui ncfe 


130 De la Génération 
voyent point dans ces pays (4), mais: 
qui {ont communs dans l'Ethiopie 
& dans les Indes. Is reflemblent à 
de petits cordons de foye rorfe, & 
naiflent ordinairement aux jambes: 
& aux cuifles. Ils font d’une lon- 
gueur extraordinaire , les uñs ayant: 
üne aulne , les autres deux, les au- 
tres trois , & quelquefois quatre; 
les Negres d'Afrique y font fort fu-- 
jets , & les Américains contractent 
cette maladie par la contagion des: 
Negres qu’ils fréquentent. Elle fe’ 
communique même fouvent à des: 
perfonnes qui ne font ni d’Améri 
que, ni d'Afrique, & M. le Comte: 
de Scaghen , Hollandois, m'a dit 
avoir vu dans l'Amérique Occiden-- 
tale, un Soldat d'Utrech , qui avoit: 
aux jambes vingt-trois de ces Vers, 
qu'il tira de fuite les uns après les au- 
tres, & dont quelques-uns avoient: 
plus de deux aulnes. Ces Vers cau- 
fent des douleurs detête, & des vo- 
miflemens ; mais quand on en eft 
une fois délivré , on fe porte bien. 

: Lorfqu'ils font en état d’être tirés, . 
on le connoît par une petite apoftu-- 

(a} Paul, Æginet, Lib. IF. cap. 58. 


des Vers. 131 

me qui fe forme à l'endroit où 
aboutit une des extrémités du Ver. 
On perce alors cette apoftume , & 
puis on prend un petit morceau de 
ais rond , long de la moitié du 
doigt , & fort ménu , auquel on 
tortille d’abord ce qui fe préfente: 
du Ver. 
. On tourne enfuite ce bois com- 
me une bobine , & le corps du Ver 
fe roule à l’entour comme du fiF 
qu'on devideroit. C’eft ainfi que ce: 
Soldat tira les fiens en la préfence 
de M. le Comte de Seaghen. On sy 
prend de la forte de: peur de le rom- 
pre , parce qu'il eff fort délié, & 
qu'il y a du rifque à ne le pas tirer 
entier; car la partie qui refte caufe: 
des fiévres dangereufes. 

Deux chofes. font à remarquer 
dans ce Ver-:: r°. Il à deux têtes. 
non à côte l’une de l’autre , mais fi- 
tuces lune à un bout, & l'autre à: 
l'autre , comme en certaines Che- 
nilles. 2°. Il y a toujours unc de ces. 
deux têtes qui eft comme morte .. 
tandis que l’autre paroît vivante. 

; Lagmaniere dont on tire ce Ver: 
eft. repréfentée dans la planche fui- 


E32 De la Génération 

vante , fig. L. laquelle eft copiée de 
Velfchius, qui a fait un traité ex- 
prés fur cette forte de Ver. 

Il vient à la cuiffe des Chardon- 
nercts un- Ver prefque fémblable. 
Spigclius dit erf avoir vu un:à Lx 
cuifle d'un de ces Oïffeaux , lequel 
avoit un pied de long. Cette lon- 
guewx paroît d’abord incroyable , 
mais la maniere dont le Ver eft fi- 
té, rend la chofe facile’, vü qu'it 
eft difpofé eziczac , comme on le 
voitici, fig. rx. & c’eft ainfi qu'étoit 
celui que Spigelius dit avoir remar- 
qué (4); c’eft auffi de la même ma- 
nicre à peu près , que font difpofes 
ceux dont rous venons de parler . 
qui viennent aux jambes des Ethio- 
piens. Celui des Chardonnerets eff 
mince cemme une petite corde de 
Euth: Lorfqu’il eft parfait & qu'it 
commence à fe mouvoir, il perce 
Ja- peau’ & fort quelquefois de lui- 
même. Le plus fouvent l’Oifeau le 
tire avec le bec. « 

Quelques Auteurs ont douté que 
les Soyes fuflent de véritables Vers. 
mais Thomas de Veigue prétend, 


(a). Spigelins de lumbrico late. 


des Vers. 133 
. que ceux qui font dans ce doute, 
n'ont pas examiné la chofe d’aflez 
près. En effet , le Vier dont il s'agir, 
a du mouvement, & M. le Comte 
de Scaghen, que j'ai cité plus haut , 
m'a affuré en avoir apperçu ‘dans 
plufieurs de ceux :que ce Soldat 
avoit tirés. Les Arabes, & entre au- 
tres, Avicenne (4), appellent ce Ver 
du nom de eñie, parce qu’il reflera- 
ble à une petite veine. Thomas de 
Veigue dit qu'Albucafis en a vu 
qui avoient jufqu'à vingt palmes 
de long: Quant à la couleur, il eft 
rougcâtre. Amatus Lufitanus parle 
dece Ver, & décrit-la maniere dont 
on s’y prend pour le tirer, laquelle 
s'accorde avec ce que nous venons 
de dire là-deflus , p. 131. Mais il y 
a une circonftance finguliere dans 
«ce qu'il en rapporte, a eft que 
quelquefois il faut plufieurs jours 
pour parvenir à le tirer entier fans le 
rompre; ce qui arrive apparemment 
Jorfqu'on s'y prend trop tôt , & 
avant que le Ver foit , pour ainfi 
dire, mûr , &en état d’être tiré. 


(à) Vena Medena, Avic.Fen, 3, Lib.IP. 


134 De la Génération 
» Un Ethiopien , dit-1l (4), gt 
* de 18. ans , Efclave d’un Inten- 
» dant de Marine , ayant été ame- 
» né de Memphis à Theffalonique, 
» fe plaignit d’abord d’une grande 
» douleur dansunecuifle : il lui vînt 
# prés du talon un petitulcere, dans 
 » lequel paroifloit comme le bout{(i) 
» d’une veine. Les Turcsayant con- 
» fideré ce mal , le connurent , & 
“dirent que c'étoit une maladie 
» dangereufe , ordinaire en Egypte 
ss & aux Indes. Un Médecin qui fe 
» connoifoit à cette forte de mala- 
» die, fut appellé, & fe conduifit 
» ainfi pour la guérir. I1 prefcrivit 
» d'abord une maniere de vivre con- 
» venable, puis il prit l'extrémité 
s» de cette veine, ou plürôt de cette 
» efpéce de corps nerveux , la lia à 
» un petit bâton fort ménu, qu’il 
,, tournoit de temps en temps , & 
,, fort doucement, jufqu’à ce qu’en 
,, fin au bout de quelques jours , il 
;, parvint à l’autre extrémité , c’eft- 
»a-dire, qu'il eût tiré environ la 
(a) Amat. Lufit. Curationum Medicinalium centvr. 
fept.curat. LXIV. in qua agitur de Dracunculo, in tibia 


maito.quem Arabes venam mitenam appellant. 


(b} In quorvenæ modo , caput confpicicbatur, 


des Vers. 131$ 
4, longueur de trois coudées , par le 
,, moyen de quoi l’Ethiopien fut 
,» guéri de fes douleurs & de fa ma- 
, ladie , fans l'application d'aucun 
,, Cataplafme , & fans aucune fo- 
», mentation. Voilà ce que rapporte 
Lufitaous. | 
On diroïit à ces paroles, qu’il fup- 
pofe que ce Ver n'eft qu’un corps 
membraneux , ou nerveux , & non 
un animal; mais immédiatement 
après il déclare le contraire bien 
€expreflément. (4) » Les Auteurs, 
» dit-1l, font en balance fur 1a na- 
» ture de ce mal ,'& nefçavent fi 
» c'eft une veine, un nerf, ou un 
» Ver ; pour moi je fuis témoin ocu- 
:, laire de la chofe, & par confé- 
» quent plus à croire que ceux qui 
» n’en ont qu'entendu parler. J’aflu- 
1e que cela paroît être un Ver 
» blanc fort délié, & de la figuré 
>, d'une foye torfe, lequel fort de- 
> hors, & dont la partie qui paroît, 
,, reflemble à un nerf defléché. Si 
>, Cette portion vient à fe rompre 
, & à fe détacher du refte , le Ma- 
» lade en reffent de grandes dou- : 
{a) In fchol, bic curat. [abject. 


3 36 De la Génération 
, leurs dans le corps, &'de gran- 
,, des perplexités dans l’efprit (4). 

Ce Ver s'appelle autrement perir 
Dragon , en Latin Dracunculus , nom 
qu'Ettmuller donne mal-à-propos 
aux Crinons , qui font très-différens 
de celui-ci. 

Ambroife Paré , après avoir rap- 
porté fur cette maladie le fenti- 
ment de da plüpart des Grecs , & 
avoir , comme il fe left imaginé, 
bien refuté là-deflus les Anciens, 
dit que le petit Dragon, ou comme 
il Pappelle , le Dragoneau , n'eft ni 
un Ver , ni rien d’animé , mais (b) 
feulement-un abfcès caufé par un 
fang trop chaud. De plus, il en par- 
le comme d’une maladie commune 


(a) An nervus vel lumbricus morbus hix fit, in du- 
bivum vertunt ,Autores. Ego verd oculatus teflis, multis 
auritis verior . teflor morbum bunc tanquam lumbricum 
confpici , album , [ubtilem, lines contortæ. modo, qui cx 
Je foras prodir, Cr pars extra miffa Cm arefcit , cam 
nervum exficcatum quivis dicet : qui fi abrumpi contin- 
gat, intenfos excitat. dolores, €° non lenes animi an- 

guffias concitat. Nafcitur autem morbus bic frequenter 
apud Ægyptios, Indos, C7 Arabes : fed præcipue apud 
Mediam juxte Perfiden | unde nomen venæ Medenæ 
#raxit. 
Amat. Lufitan, Curation. Medicinal. centuria fepti- 
ma. 1n [chol. 
de b) Ambr. Par, Chap. 13. des Tumeurs enparti- 
cuUier, L 


dans 


des Vers. 137 
dans toutes fortes de pays , en quoi 
ilife trompe ; ce mal , felon le rap- 
port unanime des Grecs, & de tous 
les Arabes , étant particulicf"aux 
Indiens & aux Ethiopiens. Am- 
broife Paré ne s’eft pas foucié ici du 
témoignage des yeux, lui qui avan- 
ce cependant que dansles chofes qui 
tombent fous les fens , on ne doit 
rien avancer fans en avoir été té- 

moins. Schenchius (2) dit là-deffus, 

que cet Auteur a voulu apparem- 
ment confondre la France avec les 
Indes & l'Ethiopie. 

Quelques autres mettent ce mal 
dans le‘genre des Varices, &' ne fe 
trompent pas moins ; d'autres le 
confondent avec le Crinon , ainfi 
que fait Ettmuller ; & c’eft, com- 
me Fobferve Schenchius , vouloir . 
comparer une Mouche avec un Eie- 
phant , les Crinons étant fort pe- 
tits, & les Soyes, oupetits Dra- 
gons, dont il s’agit, étant d’une lon- 
gueur extraordinaire, Us: 

Les Tazriers , font ainfi nem- 
més, parce qu'on diroit qu'ils che- 


À )'Schene. Obferv, Medic. Lib. III. de Phtivia 
Ob. 7. 


Tome I. M 


138. De la Génération 

minent fous la peau, comme chemi- 
nent fous terre les Taupes ; ils fe: 
tiennent ordinairement cachés dans- 
des tumeurs où des cals qu'ils: 
femblent faire élever , comme les: 
Taupes font élever au-deflus d’el- 

les des boffés de terre. Ce font de: 
petits Infectes , qui, par quelques- 

uns des accidens qu'il caufent , pa- 

roiflent avoir affez de rapport avec- 
Iés Soyes , mais qui en font d’ail-- 
leurs 2e différens.. 

Les Efpagnols nomment cette: 
forte d’infeûte Pique ; & les Indiens. 
Guaranis qui y font fort fujets, le: 
nomment 7 4#g. I n’eft pas plus gros: 
qu'une Puce, comme Île remarque: 
lé Pere Chomé dans la pénultiéme- 
Lettre du vingt-deuxiéme Recueil: 
des Lettrés Edifiantes & Curicufes,. 
p.411. en quoi ce Ver diffère bien 
des. Soyes ou pétits Dragons , qui 
ont quelquefois plulieurs aulnes. Le 
Pere Chomé, aprés avoir dit que le 
Ver en queftion , eft de la groffeur 
d’une petite Puce, ajoute qu'il s’'in- 
finue peu à: peu entre cuir & chair,. 
principalement fous les ongles C 
dans les endroits ou il y a quelque 


; frmferss AL |: #3> 
ealus ; que là il fait fon nid & laiffe- 
fes œufs. 

Mais n’y a-t-1l pas apparence que’ 
c'eft plutôt le’ Ver lui-même qui 
caufe-ces cals ou tumeurs. Au refte, 
de la maniere dont parle le Pere 
Chomé ; quand il avance que le 
Ver dont il s’agit , s’infinue peu à 
peuentre cuir & chair, & que là il 
fait fon nid & laiffe fes œufs, il fem- 
ble que ce Ver ne fe produife pas 
dans l’homme-même , mais qu'il y 
vienne de dehors ; ce qui eft un fait 
à examiner, & non à fuppofer.. 
D'ailleurs pourquoi ce Ver cher- 
cheroit 1l plutôt ies calus pour s'in-- 
finuer dans la peau, que les endroits 
qui font plus tendres & plus faciles 
a pénétrer >» De plus, fi le Pique, 
comme lé nomment les Efpagnols,. 
ou le Tang, comme le nomment les: 
Indiens , vient du dehors ; pour- 
quoi n’en trouve-t-on pas aufüi fur 
terre > Du moins on n'entend pas 
dire qu'ils yen trouve ; cette diffi- 
culté n’eft pas facile à réfoudre.- 
Mais la queftion eft peu importan- 
_te, venons à quelque chofe de plus 
1ntéréffant. Si lorfqu’on eft artaqué: 

| Mi, 


140 De l4 Génération 
de ce Ver , ce qui fe reconnoît par 
une violente démangeaifon qu'il 
caufe dans l’endroit où il eft, on 
n'a pas foin de le tirer prompte- 
ment , il gagne pays, fe répand au 
long , & produit de fâcheux acci- 
dens ; tels entre autres, que deren- 
dre les pieds ou les bras perclus , fe- 
Jon l'endroit où il fe cantonne Pour 
{e délivrer de cet ennemi, il faut 
miner peu à peu fa petite loge avec 
la pointe , non d’une épingle , de 
peur d’envenimer la peau, mais d’u- 
ne aiguille , do le tirer de là tout 
entier ; nous difons tout entier , car 
À foit fort petit, it arrive 
ouvent qu’on n’en tire que Ja moi- 
tié, ou moins encore, ce qui rend 
la playe dangereufe, & tout le corps 
fort malade ; accident qui eft aflez 
femblable à celui que caufent les 
Soyes , lorfqu’en voulant les tirer 
dehors on en laïffe en dedans quel- 
que portion. 
Les Toms font de petits Vers 
ui viennent aux pieds , où ils cau- 
rs des tumeurs douloureufes , 
groffes comme des féves. On ne 
trouve de ces Vers que dans l’Amc- 


des Vers. F4 
rique: Thevet rapporte. dans l’'Hif- 
toire de ce pays-là,. que lorfque les 
Efpagnols y ch ils devinrent 
fort malades de ces fortes de Vers , 
par -plufieurs tumeurs qui s’éleve- 
rent fur lours pieds, 8 que quand. 
ils ouvroient ces tumeurs, ils y-trou- 
voient un petit animal blanc. Les 
Habitans du pays s'en guériflent par 
Ic-moyen d'une huile qu'ils tirent 
d'un: fruit nommé Ghibou , & Cachi- 
bou , Iequel n'eft pas bon à manger : 
ils confervent cette huile dans-de 
petits vaifleaux faits avec des fruits, 
appellés chez eux Carameno. Ils en 
mettent une goutte fur les tumeurs, 
& le mal guérit en peu de temps. 
Ezs Vers Umgiicaux font des 
Vers , qui, à ce que prétendent 
quelques Auteurs , viennent au 
nombril des enfans , & qui les font 
beaucoup fouffrir. Ils leur caufent 
une maigreur confidérable, & les 
jettent dans une langueur univer- 
félle. Les lévres pâliflent; la cha- 
leur naturelle diminue , & tout le 
corps tombe dans labbattement. 
On n'a point. d'autre figne de ce 
Ver, dit Ettmuller, finon qu'ayant 


M: 
142 De la Génération 
hé fur le nombril de l'enfant, wi: 
de ces poiflons, qu’on nomme 
Goujons , on trouve le lendemain: 
une partie de ce poiflon rongée. On: 
en remet un autre le foir, & l’on: 
rèitere la chofe jufqu'à trois ou 
quatre fois, tant pour s'aflürer du 
féjour du Ver, qué pour Fattirer: 
par cet appas. | 

Enfuite on prend fa moitié d’une 
coquille de noix, dans laquelle on. 
mêle avec un peu de‘miel, une pou- 
dre faite avec du chryftal de Veni- 
fé & de la Sabine. On applique 
cette coquille fur le nombrif ; le 
Ver vient à Fordinaire, & attiré: 
parle miel, mange de cette mix: 
tion qui le tüe ; après quoi‘ on fait: 
avaler à l’enfant quelque médica- 
ment abfterfif pour entraîner le 
Ver. | 
_ J'aurois beaucoup de penchant 
‘traiter ce Ver de fable, fans le 
témoignage d’Ettmuller { 4 ) &, de 
Sennert, (à ) qui me font fufpendre 
mon jugement. Le premier affüre 

: (a) Etimull. de morb. Tnfant. 


{b) Sezncrt. Lib, III. Part. I. de Morb. Abders, 
Capau 


Ù des Vers. 143: 
que Michael a gucri de ce Ver plu: 
fieurs enfans , en obfervant la mé- 
thode ci-deflus Le fecond rapporte: 
aufli Pautorité d’un témoin ocu- 
laire, quieft Bringgerus | (4) lequel 
dit qu’une petite fille de fix mois. 
ayant une fievre dont elle ne pou- 
voit guérir , la mere foupconna- 
que c’Ctoit un Ver au nombril, & 
que pour l'en: délivrer, elle mit. 
tout vivant fur le nombril de l’en- 
fant , un deces Goüjons , Ielia avec: 
des linges, & Fy laiffa vinst-qua- 
tre heures; que le Ver mangea le 
poiflon , & n’y ayant laffié que les. 
arêtes ; {e retira dans la veine , ce 
font fes termes : que là mere rénou- 
vcllant tous lès jours Fappas , Ia: 
même chofe arrivoit ; que haitou 
dix jours enfuite, les linges appli-- 
qués fur le nombril étant tombés, 
entraînerent le poiflon & le Ver: 
qui le mangeoïit ; que ce Ver n'ayant: 
pu rentrer dans le vaiffleau umbili- 
cal, futtrouvé mort fur le ventre: 
de l'enfant ; qu’il étoit rond & jau- 
nâtre ; avoit un demi-pied de Iong, 

_(a) Bringg.in Epiflolä. Obferv, D, Philipp, Hoerfle- 
ri Decads 6, annexés 


44 De la Génération 
8 une peau plus dure que celle des 
Vers ordinaires. | 
Rupert , ami familier de: Sen= 
nert (4), rapporte une hiftoire fem- 
blable, d’un enfant de même âge. 
lequel pañloit les nuits dans de gran- 
des agitations., crioit fans cefle, 
& rendoit des- maticrès- vertes, 
fouvent cendrées , qu'on: autoit 
prifes pour de la chair hachée. Il 
dit qu’on fit à cet enfant, plufieurs: 
remcdes inutiles, après lefquels on 
fe détermina à lui appliquer fur le 
nombril un Goujon ; qu’au bout 
de deux-heures., le poiffon fut ror- 
gé & creufé à pouvoir mettre un 
poids dans ce creux ; qu’on appli- 
qua enfuite un autre Goujon , qui fe 
trouva le lendemain fi rongé , qu’il 
n'avoit que l’arrête; que comme 
on eut remarqué cet effet, on ap- 
pliqua fur le nombrit, la moitié 
d'une coquille de noix , remplie 
d’une pâte faite avec du chryftal de 
Venife pik , du miel & de la fabi- 
ne ; que Le lendemain on trouva 
une partie de cette pâte mangée ; 
que l'ayant renouvellée trois jours 
(a) Sennert, Lib. III, Part: X; Cab, 4, 


de 


des Vers. : 145 
de fuite, la même chofe arriva les 
deux premiers jours ; mais que le 
troifiéme , on'tira la mixtion toute 
entiere ; que cc figne ayant fait ju- 
ger que le Ver toit mort, on fit 
avaler à l'enfant de la poudre de 
corne de Cerf dans de l’eau de 7 4- 
naïfie ; & qu'ayant aprés vifité fes 
langes, on Ï trouva le Ver {qui 
étoit forti fans doute, par l'anus) 
& dont la tête s’étoit féparée ; que 
ce Ver avoit un palme de long ; 
que la tête, qui étoit faite comme 
celle d’une Mouche, paroifoit fort 
dure; qu'on y voyoit des yeux, 
& aupres de ces yeux , une trompe 
fort bien figurée ; que quand le Ver 
fut forti, tous les Pipeomes de la 
maladie cefferent. 

Voilà ce que rapporte Ruppert, (4) 
. lequelajoute que l’on confervoit la 
tête de ce Ver, & qu'on la mon- 
troit par curiofité. | 

Il y à dans ce récit, une circon- 
flance qui nc me paroïît pas vrai- 
femblable ; c’eft la forrie du Ver 
par les inteftins ; car fi l’Infe@&e 
étoit dans quelqu'un des vaiffeaux 


(a) 4pud Sennert ; Lib, TT. part, 10. Cap. 4, 
Tome L. 


146 De la Génération 
umbilicaux ,- foit dans la veine du 
foie, foit dans l’une des deux ar- 
téres. umbilicales ; ou fi l'on veut, 
dans, le ligament nommé Ouraque ; 
qu'on ne doit pas cependant mettre 
ici au rang des vaifileaux umbili- 
caux , puiiqu’il n’eft pas creux dans 
l'homme; on ne peut concevoir 
que la force d'aucun médicament 
ait pu l’entraîner de-là dans le con- 
duit inteftinal pour le chaffer avec 
les déjcétions ; à moins qu'on ne 
fuppole que ce Ver ait percé les in- 
teftins pour y entrer. Ne feroit-il 
pas plus vraïfemblable de penfer 
que ces prétendus Versumbilicaux, 
ne {ont point des Vers particuliers 
engendrés dans lumbilic; mais des: 
Vers inteltinaux , lefquels perçant 
Yinteltin & les tégumens. com- 
muns , fe font: un chemin jufqu'à 
Tumbilic qu'ils percent auf, & 
d’où ils retournent dans. les inte- 
fins ; ce qui ne féroit pas un cas fi 
fingulier , y ayant-eu plufieurs Ma: 
lades à qui les Vers des inteftins 
font ainfi: fortis par le nombril, 
comme Je témoionent { 4) Fore- 
(a) Forefi. Lib, 21. Objerv, 26. im fcheh 


des Vers. 147 
fus, & plufieurs autres Auteurs 
Ettmuller (4) cependant & Sennert 
parlent de cet Infeéte , comme d’un 
Ver qui fait une efpéce à part. Le 
premier dit que perfonne, excepté 
$Sennert & lui, n’en a fait men- 
tion. ÿ 
Les Vers VenerteNs, font des: 
Vers que l'on dit fe trouver dans 
prefque toutes les parties du corps 
de ceux qui font atteins de la mala- 
die vénérienne. M. Hartfocker dans 
la feconde Lettre qu’il m'a écri.- 
te, & qui eft inférée dans ce Livre, 
cft de fentiment qu'ils caufent tous 
les ravages qui arrivent dans les: 
maladies Vénériennes ; qu’ils mor- 
dent & rongent tout ce qu’ils trou- 
vent. Il y a des Vers dans plufieurs 
maladies Vénériennes , le fait eft 
conftant ; mais que ces maladies. 
viennent de Vers , comme le pré- 
tend entrautres l’Auteur d’une 
Thefe foutenue à Montpellier aw 
mois de Juillet 1713. laquelle à 
pour titre : 4n lues venerea à Vermi- 
bus ? c’eft ce qu'il cft difficile de 
prouver. Aufñi l'Auteur de cette 
{a) Ettmuller, de Morbo infantum. 


N ij 


148 De la Génération 
‘Fhéfe n’appuie-t-il d’aucuné preu- 
vé convainquante le fentiment qu’ 
advance. Il y a bien plus d’apparen- 
ce queles Vers qu'on nomme Vé- 
ñériens , font l’efict plütôt que la 
caufe des défordres de cette mala- 
die. Il'eft vrai qu'ils peuvent aug- 
inenter le mal ; mais de foutenir 

ils en font la fource , c’eft vou- 
loir deviner. 

- M. de Sault, dans fa réponfe à 
M. Aftruc, eft d'opinion que la 
caufe des maladiesvénériennes font 
les Vers. Voici fur quoi il fe fonde. 
1°. dit-il, le microfcope découvre 
des Vers dans les ulcères vénériens. 
2°. Le Mercure qui eft un fouve- 
rain remede contte la maladie vé- 
nérienne , eft aufli un fouverain re- 
mede contre les Vers. 3°, On lit 
dans l'Ecriture , que Cezur qui s£ 
JOINT AUX FEMMES PROSTITUEES, 
SERA MANGE’ DES VERS, Qu fe 
jangit fornicarus , erit nequam , putredo 
& vermes bereditabunt illum. (4) 

Il peut fe trouver des Vers dans 
les ulcéres vénériens ; mais il ne 
s'enfuit pas que ces Vers foient la 

£a) Ecclefiait, 6. 19. v. 3, | 


? 


des Vers. 149 
caufe des ulcéres où ils fe trou- 
vent ; ils peuvent en être l'effet, & 
rien plus. : 

Quant au‘Mercure , il guérit Ie 
mal vénérien ; mais de ce qu’il guc- 
rit aufli les maladies qui viennent 
de Vers, il ne s'enfuit pas qu'ilne 
gucrifie les maux vénériens , que : 
parce qu’il eft contraire aux Vers. 

Pour ce qui eft du paflage de l'Ec- 
cléfiaftique , fçavoir , que celui qui 
s'abandonne aux femmes. dcbau- 
chées , fera mangé des Vers, M. De- 
fault lui-même avoue que ce témor- 
gnage ne prouve pas abfolument 
que lzmaladie dont il s’agit foit cau- 
fl par les Vers du corps. Les Vers 
de l’homme , comme ceux de Îa 
plüpart des animaux , fe diftin- 
por en Zoophages & en Zoophiles. 

es premiers font ennemis de Fani- 
mal & le dévorent ; ce qui fait 
qu’on les appelle Zoophages , du mot 
grec Zoon, qui fignifie animal , & 
du mot grec Phaguein, qui fignifie 
manger, dévorer. Ceux dont nous 
avons fait jufqu'ici mention dans 
ce Chapitre, & ceux dont nous 
parlerons dans l'Article des Vers: 

sk N üÿ 


“ 


#50 De la Génération 

des inteltins , font de cenombre. 

* Les feconds, loin de nuire à l'a- 
nimal, en font amis; ce qui fait 
qu'on les appelle Zéophiles , du 


- même mot grec Zoom, qui fignifie ,. 


animal , & du mot grec Philos, qui 
fignifie ami. Tels font les Ocfopha- 
giens & les Spermatiques. 

: H femble que j'aurois du pañfer 
fous filence, ces fortes de Vers qui 
n’ont rien de commun avec les au- 
tres; fi, comme on le prétend, ils 
font amis de l’animal : mais com- 
me je me fuis propofé de traiter 
univerfellement de tous les Ani- 
maux qui fe produifent dans le 
corps ; ce ne feroit pas remplir mon. 
deffein, que d’obmettre ceux-ci. 
Il eft vrai que dans le titre de ce 
Livre , après avoir annoncé que je: 
vais traiter de Ia Génération des 
Vers du corps humain, j'annonce 
tout de fuite, que je traiterai de la 
nature & des efpeces de cette ma- 
Jadic ; mais il ne s'enfuit pas pour 
cela que je me reftraigne à ne faire 
mention que des Vers qui font nui- 
fibles au corps. Je vais donc parler: 
des Vers que l’on nomme Oefophs- 


des Vers. IST 


giens , & de ceux que l'on nomme 


“Spermatiques. 
- ! Les OrsornAcrens font des Vers 
que quelques Auteurs prétendent 
s'engendrer dans une glande du 
golier, laquelle par le moyen de 
certaines fibres fiftuleufes qui vont 
s'introduire dans lœfophage , a 
communication avec l’œfophage 
même, &.y verfe un fue vermi- 
neux , qui opcre la digeftion des: 
alimens. M. Vercelloni Médecin 
Piémontois , (4) eft de cette opi- 
ñion , dans un Livre latin qu'il a. 
donné fur les Glandes conglome- 
rées de l'œfophage , impriméà Aft 
en 1711. Sa principale raifon ef. 
qu'on voit, à ce qu'il dit, un grand 
nombre de Vers dans cette glande ;' 
& qu'afin que les alimens fe dige- 
rent, ces mêmes alimens doivent {e 
changer enun fuc vivifiant. Or un: 
fuc, dit-il, ne peut devenir vivi- 
fiant ; que par quelque chofe qui le 
viviñe, & ce quelque chofe ne 
fçauroit étre qu’une matiere ani- 


(a) Jacobi Fercelloni pedemontani , de glandulis: 

œfophagi conglomeratis , Jo vero nutritio ,: C9 Ver= 

mibus, Differtatio Anatomico Medica! Afhe 17sr: 
Niv 


#5$2 De Lx Génération 
-mée , telle que font des Vers. Mais, 
je demande à cet Auteur, fi les Vers 
qui , felon lui, font en nous la di- 
geftion, n’ont pas befoin d’autres 
Vers pour faire la leur propre ? Le 
Médecin de Piémont , répondra 
fans doute qu’oui ; on ne peut dans 
Adn fyftême, lui prêter d'autre ré- 
ponfe. Je lui demande enfuite, fi 
ces Vers, par le moyen defquels les 
Vers mêmes font leur digeftion,, 
n’ont pas aufli befoin d’autres Vers 
pour digérer : M. Vircelloni eft fans 
doute encore obligé de répondre 
qu'oui , s’il veut parler conformé- 
ment à fon fyftème. Cela pofe , on 
le fera remonter ainfi à l'infini, ce 
qui cft d’une abfurdité vifible. 
Les VERS SreRMATIQUES font 
des Vers qui fe remarquent par le 
moyen du Microfcope, en cette 
humeur qui eft contenue dans les 
tefticules des animaux mâles & au- 
tres de leurs parties fervant à la 
génération. Comme cette humeur 
€ft l'humeur fpermatique des Ani- 
maux , c’eft-à-dire, celle qui fert à 
la propagation de l’efpece ; il eft 
naturel d’appeller du même nora 


| des Vers. 153 
de Spermatiques , les Vers qui sy 
trouvent. M. Hartfocker, (4) & 
après lui, M. Lecwenhock, préten- 
dent que ces Vers font à l'homme 
& à tous les animaux, ce que les 
germes des ee font aux plan- 
tes, c’eft-à-dire , que c’eft par eux 
que fe fait la génération. Voici le 
fyftême. 

Dans tous les Animaux mâles; 
on remarque avec le Microfcope , : 
€n cette humeur que renferment 
les tefticules & les autres parties 
deftinées à la génération, un nom- 
bre incroyable de vermifieaux , 
qu'on appelle, pour ce fujet, ainfi 
que je vicns de le dire, Vers Sper- 
matiques. C’eft un fait dont on 
peut aifément fe convaincre par 
Fexpérience. 

Si l’on ouvre un Coq vivant , qui 
depuis quelques jours mait été par- 
mi les Poules , & qu’on examine 
avec le Microfcope l'humeur con- 
tenue dans les tefticules de cet ani- 
mal & dans les autres parties de la 
génération , on verra dans cette 
humeur , quand on n’en prendroib 

(a) Effai de Dioptrique, 


154 De la Génération : 
‘qu'une portion de la groffeur d’un 
grain de fable , plus de cinquante 
mille Animaux vivans, reflemblans 
à des anguilles ; & tous dans un 
mouvement continuel. Pour bien 
réuflir dans cette expérience, il faut 
d’abord ouvrir au Coq la veine ju- 
gulaire , afin de n'être point em- 
barraflé par l'abondance du fans. 

Si l'on fait couper un Chien, & 
- qu'après enavoir pris un-tefticule , 
on examine par le Microfcope 
lhumeur qui fortira du vaifleau 
deférent , ôn y découvrira un nom- 
bre fi énorme de petits Vers vi- 
vans , qu’à peine pourra-t-on croire 
fes yeux. Difféquez enfuite Ie vaif- 
feau deférent , vous y trouverez 
un fi grand nombre de Vermif- 
feaux, que dans une portion de 

cette humeur, qui ne fera pas:plus 
_groffe qu'un grain de pouflicre , 
vous enverrez plus d’un million. 
Comme cette expérience ne fe peut 
faire fans qu’il fe mêle quelques 
gouttes de fang avec Fhumeur qu'on 
examine, vous appercevrez parmi 
ces Vers, plufieurs petits globules , 
qui font les parties du fang ; car 
elles font ainfi figures. | 


des Vers. Ts 
Diffléquez les Epididymes, ou 
fes Paraftates , vous y verrez encore 
Ja méme quantité de Vers. Ces 
Vers ont une longue queue , & un: 
corps compofé de plufeurs ron- 
deurs l’une fur l’autre. (4) Voyez la 
planche fuivante , fig. r. Quand ils 
font morts , ils ont une autre figure. 
Voyez même planche, fig. 2. 


Ver Spermatique du Low, 


Les laites de Mcrlue iont toutes. 

pleines de Vers Spermatiques : fé- 

_ parez-en une particule, groffe com- 

me la pointe d’une aiguille ; exa- 

minez cette particule avec le Mi- 
fa). Voyez Lecw/enhock , part, 3.p. 165. 


156 De la Génération 
crofcope, vous y verrez plus de 
dix mille animauxàlonguesqueuess 
tous vivans. Du refte c’eft le plus, fi 
cent de ces particules, pofées les 
unes prés des autres, font la Ian- 
gucur d’un poulce ; d’où s'enfuit 
qu'à calculer jufte, il faut que dans 
ces läites, qui ont bien quinze poul- 
ces , 1l y ait plus de cent-cinquante 
milliars d'animaux, c’eft-à-dire, 
plus qu'il ny à d'hommes fur a 
terre. 

Leewenhoek dit qu’il éventra un: 
jour un Loir , & qu’en ayant Ôté les. 
tefticules avec les vaifleaux defé- 
rens, il vit dans la liqueur conte- 
nue en ces vaifleaux , un. nombre: 
innombrable d'animaux vivans 
reflemblans à des Anguilles. If en 
donne la figure, voyez-la dans la 
planche ci-devant, fig. 3. Il rompit 
plufieurs fils de ces tefticules, &il 
obferva avec foin , la matiere dont 
ces fils étoient remplis; il les trou- 
va pleins d’une humeur chryftalti- 
ne & huileufe , compofées de plu- 
fieurs parties irrégulieres , & d’un 
nombre infini de ces Vermifileaux, 
dont plufieurs étoient répliés fur 


«des Vers 17 
eux-mêmes, & fans mouvement , 
ne. paroiflanse pas encore tout-à-fait 
dévelopés ; 11 ajoute que ces Vers 
Spermatiques étoient fi petits , que’ 
dix mille enfemble, ne tenoient pas 
l'efpace du plus petit fil de ces tetti- 
cules (4). Il a fait la même expérien- 
ce plufieurs fois, & il a toujours dé- 
couvert la même chofe, 

Dans les Animaux trés-vieux on 
n'en trouve AUCUN, OU Que trés-peu, 
& ce peu paroît fans vie. Il ya des 
Animaux qui n’en ont point, & ce 
défaut eft en eux une marque & une: 
caufe de ftérilité On ne trouve 
point de ces Vers dans les Animaux 
que les maladies rendent ftériles. Et: 
pour le remarquer en paflant , com- 
me les maladies vénériennes ren- 
dent ordinairement l’homme ftéri- 
le, il s'enfuit qu’ordinairement il 
ne doit point y avoir de Vers Sper- 
matiques dans Les hommes attaqués 
de ces fortes de maladies. 

Dans les animaux trop jeunes, ces: 
Vers paroiflent informes, étant tout 
repliés en eux-mêmes , à peu prés 
comme certains infeétes envelopés: 

: {a} Leevvenhock, p.26. 


155 De la Génération 
encore dans leurs nymphes. 
L'homme & les autres animaux 
commencent à devenir capables de 
produire leurs femblables , lorfque 
ces pctits Vers , auparavant immo- 
biles dans les tefticules , prennent 
par la fuite du temps,une nourriture 
plus forte. Ils fe dévelopent alors, 
& commencent à fe mouvoir. 

Dans l'humeur fpermatique tirée 
d’un animal qu’on vient d'ouvrir vi- 
vant , ils vivent trois ou quatre 
jours ; après quoi leurs petits cada- 
vres flottent {ur l'humeur. 

Dans un homme mort de mort 
violente , les tefticules & les véfi- 
cules, nommées féminaires, en laif- 
{ent voir quelquefois vingt-quatre 
heures aprés la mort,qui font enco- 
re ViVans. 

Il y a toute apparence que le Ver 
Spermatique eff le racourci de l’ani- 
mal qui doit naître ; enforte, r°. 
que fi le Ver eft mâle, il en vient un 
animal mâle, & que s’il eft femel- 
le, il en vient un animal femelle. 
20. Que quand il eft entré dans la 
matrice de la femme, il y prend fon 
accroiflement par le moyen d'un 


s des Vers. 169 
œuf qui y tombe de l'ovaire, & cù 
il s’infinue en la maniere que nous 
tâcherons d'expliquer dans la fuite ; 
il {Cjourne dans cet œuf le temps ar- 
rêté par la nature pour s’y déveloper 
peu à peu , y prendre la forme d’en- 
fant | & y croître jufqu’a une cer- 
taine mefure , enfuitede quoi , de- 
venu plus vigoureux , il force les 
membranes de l'œuf, & prend naif: 
fance. Mais comment ce Ver Sper- 
matique s’engage-t-il dans l'œuf ? 
Comment, fur-tout , parmi tant de 
Vermificaux qui entrent dans la ma- 
trice de la femme , n’y en a-t-il or- 
dinairement qu'un qui prenne la 
forme d’enfant ? Pour répondre à 
cette queftion , il n’eft pas néceflai- 
re de fe déclarer avec Leewenhoek, 
contre la doctrine des Ovaires & 
des Oeufs , & de dire qu’il n’y a or- 
dinairerment dans toute la matrice 
de la femme, qu'un feul point pro- 
pre à nourrir & a entretenir ce Ver 
Spermatique ; enforte que de tous 
ces Vers, il n'y a que celui qui vient 
à rencontrer ce point , lequel croif- 
fe & devienne enfant , & que les 
autres meurent enfin faute de nour 


60 De la Génération 
riture , comme des grains qui ne 
font pas en bonne terre. Il elt plus 
naturel de fuppofer le fyftême des 
œufs , & de leur donner l'ufage 
que voici , qui eft premierement de 
recevoir, & puis d’enveloper & de 
nourrir le Vermifleau. Or la chofe 
fe peut entendre ainfi. + | 
Quand l’œsf s’eft détaché de l'o- 
vaire , & qu'il eft tombé dans la 
matrice , ces Vers Spermatiques, 
qui font tous dans un mouvement 
continuel , fe répandent dans la 
capacité de la matrice , ils rencon- 
trent cet œuf, ils courent fur fa {u- 
perficie , & comme l'endroit par 
lequel l'œuf s’eft détaché de l'ovai- 
re , reflemble à celui par lequel les 
grains de railin fe détachent de leur 
grappe, c’eft-à-dire que cetendroit 
laifle une petite ouverture ; left ai- 
fé de comprendre qu'entre tant de 
Vers, il n’eft pas poñlible qu'il n’en 
entre quelqu'un dans l'œuf par cette 
ouverture. Or, la cavité de l'œufeft 
petite alors, & proportionnée au 
volume du Ver, qui ne fc peut re- 
plier paur fortir, enforte qu'il eft 
obligé de demeurer enfermé dans 
| l'œuf , 


des P'ers. T6 

Fœuf , où en même-temps ïl ne 
peutentrer d'autre Ver, à caufe dela 
petitefle du lieu occupé. S’il tombe 
pluficurs œufs dans la matrice, it 
entre un Ver dans chaque œuf, & 
alors la femme devient groffe de 
plulieurs enfans. Ces enfans ayant 
chacun leur œuf, doivent par con- 
féquent être enfermés chacun dans. 
des envelopes à part, & c’eft ce que 
l'expérience fait voir. | 

La femme n'eft.pastoujours grof- 
fe du même jour qu’elle à conçu: 
Par conception, j'entends la premiez- 
reaction par laquelle l'humeur fper- 
matique cft retenue dans la matrice 

après que l'œuf y eft tombé. Ea 
matrice fe ferme alors exatemens 
gomme l’on fcait, & la matiere qui 
y eff contenue ne peut s’en échaper.. 
Voilà ce qui fait la conception. 

La groflefle arrive lorique ie Ver 
eft entré dans Fœuf , car il y crofr 
alors, & y devient fœtus: or, iln’y 
entre pas toujours aufli-tôt que la: 
femme a concu, il {e pañle quelque: 
fois pluficurs jours , & c’eft ce qui 
fait que les femmes fe trompent fi 
fouvent ; lorfqu’elles veulent juger” 

. Tome J. | O. 


162 D: l4 Génération 
du temps de leur groffeffe ,. parce: 
SHARE ne la comptent jamais que 
u jour auquel elles croyent avoir. 
concu. Il n’eft pas même impofñlible 
ue ces Vers demeurent pluficurs. 
Ste dans la matrice avant qu’il. 
en entre un dans l'œuf, car ils ne 
meurent pas fi-tôt. Or, il peut arri- 
ver de-là qu'une femme, dontle 
mari fera mort peu de temps aprés, 
le jour ou elle aura conçu de [ui ,. 
n'accouchera néanmoins que le on- 
ziéme ou ie douziéme mois, & 
uelquefois méme que le treizié- 
me , parce que le Ver ne fera entré 
dans l’œuf qu'un mois , que deux: 
mois , & peut-être que trois mois 
après la conception. J'avoue que: 
le cas eft difficile ; 1°. parce que le 
nombre de ces Vers Spcrmatiques: 
paroît trop grand pour qu’il fe puif- 
 pañlèr un fi long-temps fans qu'il . 
en entre quelqu'un dans l'œuf; 20.. 
parce qu'il ne peut guère arriver 
que ces Vers vivent an fi grand 
nombre de jours dans la feule ma- 
trice ; mais la chofe pour être diffi- 
cile , ne paroît pas impoflible. Auf- 
fia-t-on vu quelquefois de ces {or- 


des Vers  … 68, 
tes d'accouchemens, fans qu'ils fui 
{ent l’effler du crime. 

Quand le Ver Spermatique eft 
entré dans l'œuf que renferme la 
matrice, il y devient fœtus , fes par- 
ties croiflent , & {e dévelopent in- 
fenfiblement ,.& quand elles ont at- 
teint toute la grandeur qu'elles doi- 
vent avoir dans l'œuf, qui croît 
avec elles jufqu’à un certain temps, 
le fœtus fait. violence à la prifon 
trop étroite qui le renferme , & 
prend naiffance, commenous avons: 
déja dit. | 

Les Vers Spermatiques-ont tous: 
de longues queues , mais ils quit- 
tent ces queues lorfqu'ils devien-- 
nent fœtus ; il en eft de cela comme: 
des petites Grenouilles , qui ne font 
d’abord que tête & queue, & qui: 
enfuite perdent cette queue, lorf- 

u'elles commencent à prendre la: 
orme fenfiblé de Grenouilles. 

H1 ne faut pas conclure de ce fyf-- 
tème , que lhumeur fpermatique” 
des Chiens , renferme de petits’ 
Chiens; celle des Coqs, de petits: 
Poulets ; celle de l'Homme , de pe- 
tits Enfans; c'eft une opinionqwen: 

O ij: 


164 Dé la Génération 
a attribuée mal-à-propos à Lee: 
Wenhock , dans un Livre intitulé : 
Collelanez Medico-Phyfica , Cent. s.p. 
8. & de laquelle cet Auteur fe dé- 
fend avec raifon : en effet, comme 
il le remarque fortbien , de même 
qu'on ne peut pas dire que les petits 
animaux que le microfcope décou- 
vre dans prefque toutes les eaux, 
foient des Mouches & des Papil- 
Jons , quoiqu'ils deviennent tels 
dans la fuite, ni que le pepin d’une 
poire foit un poirier , parce qu'il en 
doit fortir un poirier ; de même 
nous ne devons pas dire que les. 
Vers Spermatiques de FHomme 
qui font encore- dans le corps du 
mâle, foient de petits Enfans, quoi- 
qu'ils doivent devenir téls quand 
ils feront entrés dans là matrice; 
où plütôt dans l’œuf contenu dans 
la matrice. | 

Je prévois ici la penfce de quel- 
ques Lecteurs ; il me femble leur 
entendre dire que c’eft une chofe in- 
croyable que dans l'homme, par 
exemple, un fi petit Ver foit, finon 
&n Enfant, du moins l’abregé d’un 


Enfant, & que ce que nous appel 


des Vers. TG $: 
-lons formation du fœtus, ne foit: 
qu'un fimple dévelopement, & un 
{imple accroiflement de parties ; 
que pour cela il faudroit fuppofer 
une infinité de parties organiques 
dans ce Ver, & admettre par con- 
féquent que ces parties font d’une 
petiteffe infinie ; que d’ailleurs dans 
ce fyftême il faudroit. néceflaire- 
ment fuppofer que le Ver Sperma- 
tique, non-feulement renferme l’a- 
bregé de, l'animal qui doit naître, 
mais qu’il renferme encore l’abre- 
sc de tous ceux qui naïîtront de cet. 
animal, & x Aa Fabregé 
de: tous. ceux-là , mais encore de 
tous les autres qui viendront de la 
hgnée de celui-là ; ce qui paroît 
impoñlble , à caufe: de la petitefle 
extrème dont il faudroit que fuf- 
fent ces petits corpsorganifes ; peti- 
tefle qu'on ne peut nt imaginer ni 
comprendre , & qui , par confé- 
quent, femble devoir faire rejetter 
le fyftème dont elle eft:une fuite. 
Je réponds à cela , que fi lon ne 

peut ni imaginer, ni comprendre 
cette pctitefe, il eft impoñlible néan- 
moins qu'on ne CAMpPrenne QUE LOU 


166 De la Génération | 

te inimaginable & incompréhenfi-- 
ble qu'elle eft , elle doit néceflai- 
rement étre admife ; & pourcela .. 
il ne faut que s’en rapporter au té- 
moignage des yeux : voici com 
ment. 

Les Vers Spermatiques font cha- 
eun dix mille fois plus petits que le: 
plus petit graïn de fable qui eft pref- 
que invifible. Ce font nos yeux qui: 
nous en convainquent , puifqu'ils 
nous en font voir plus de cinquante 
mille dans une portion de matiere 

ui n'eft pas fi-sroffe qu'un grain de 

ble , ainfique nous l'avons remar- 
qué en parlant de ce que le microf- 
cope découvre dans Fhumeur fper- 
matique du Coq, du Chien, & d’au- 

tres animaux : or ,.que l'on concoi- 

ve, li l'on peut, ce que c’eft qu'un: 
grain de fable divifé en cinquante 
mille parties ; mais n’en mettons 

pas tant , contentons-nous de dire: 
en mille parties , pour n'eéffrayer 
perfonne ; il faut donc admettre: 
qu'il y a des Vers mille fois plus pe- 
tits qu'un grain de poufliere:, qu'à 
peine pouvons-nous voir. Ce n'eft: 
pastout , ces Vers mille fois plus- 


des Vers. ICT 

petits qu'un grain de fable, ontun 
mouvement comme les autres ani- 
. maux. Ils ont donc des mufcles pour: 
{e mouvoir, des tendons, &'unein- 
finité de fibres dans chaque mufcle ;: 
enfin du fang , ou une humeur équi- 
valente , & des efprits animaux. 
pour remplir & pour faire mouvoir 
ces mufcles, fans quoi ces petites. 
machines animées ne pourroient fe: 
tranfporter d’un lieu à un autre. Il: 
faut donc admettre des parties en- 
core plus petites que ces petites ma- 
chines, puifque la partie doit être: 
plus petite que le tout. L’imagina- 
tion fe perd dans cette penfée , elle 
s'étonne d’une fi étrange petiteffe ;. 
mais elle a beau fe révolter., la rai-- 
fon nous convainé ici de l’exiften- 
ce de ce que nous ne pouvons ima- 

giner. 

Ce qui fait notre erreur fur ce- 
joint, c’eft que notre vue étant très- 
rense , nous penfons que l'étendue: 
left aufli ; cependant au contraire, 
Pétendue eft infinie en un fens, & 
une petite portion de matiere qui: 
fe cache à nos yeux, eft capable, 
gomme dit un célebre Philofo- 


168 De. la Genération 

phe,(4) de contenir un monde; dans: 
lequel il fe trouveroit autant de 
chofes , quoique plus petites à pro: 
portion , que dans le monde où 
nous vivons. 

Tous les animaux ont d’autres 
animaux qui les dévorent , & qui 
leur font peut-être invilibles; de for 
te que ce qu'un Ciron’eft à notre 
égard, .ces animaux le font à un Cie 
ron ;.& peut-être ,. comme dit fi 
bien encore le même Auteur, qu’il 
y en a dans la nature de plus petits, 
& de plus petits à l'infini, felon cet- 
te proportion étrange d’un Ciron à 
un Homme. On a des démonftra- 
tions dela divifibilité de la matiere 
à l'infini, & cela fuffit pour faire 
comprendre qu’il peut y avoir des 
animaux plus petits , & plus petits 
a l'infini. | 

Après tout, y a-t-il quelque por- 
tion de matiere dont la petitefle., 
pour extrême qu'on la Épeute ï 
puifle borner le pouvoir de Dieu 
dans la formation de ces petits ani: 
maux, non-plus que d'aucune autre 
créature ? 

(a) Le Pere Malebranche , Recherche delà Vérité 
L'expérience 


des Vers. 169 

L'expérience nous a déja détrom- 
pés en partie , en nous faifant voir 
des animaux mille fois plus petits 
qu'un Ciron , pourquoi voudrion 
nous qu'ils fuflent les derniers en 
petitefle , comme le dit encore fi 
Eee lemême Philofophe? 
Ineparoît donc pas déraifonna- 
“ble de penfer que ‘dans un feul Ver 
Spermatique il y ait une infinité de 
corps organifés propres à produire, 
en fe dévelopant , une infinité d’a- 
nimaux.. De forte que felon cette 
penfée ; qui ne peut paroître bizar- 
‘re qu'à ceux qui mefurent les mer- 
veilles de la puiffance infinie de 
Dieu, felon les idées de leurs fens & 
de leur imagination , on pourroit 
dire que dans un feul Ver Sperma- 
tique il y auroit des corps organifés 
propres à produire des fœtus & des 
_«enfans pour des fiécles infinis , tou- 
jours fuivant la proportion de plus 
petit en plus petit. 
: La nature, c’eft-à-dire l’ordre éta- 
bli de Dicu dans le monde par des 
loix inviolables de mouvemens , 
ne fait qué déveloper ces petits 
corps organilés, donner IN accroif- 


470 De.la Génération 

fement fenfible à celui qui eft hors 
‘de fon envelope, &c des accroifle- 
mens infenfibles, maïs non moins 
réels, à ceux qui font encore ren- 
, A dans leur envelope. 

On voit un Poulet dans le germe 
d’un œuffrais, & qui n’a point été 
couvé : on voit des Grenotüilles 
dans ‘les œufs des Grenotüilles ; ‘8z 
‘on verroit fans doute encore d’au- 
tres animaux dans leurs germes , fi 
l’on avoit aflez d’adrefñle & d'expe- 
rience pour les découvrir. 

Ïl y a donc apparence que tous 
Jes corps des animaux qui font nez 
depuis le commencement du mon- 
de , & qui naïtront jufqu’a la con- 
{ommation des fiécles , ont été 
crées dans les premiers individus 
mâles de chaque efpéce. On pour- 
roit poufler plus loin cette penfée, 
fi l'on ne craignoit, avec l’Auteur de 
da Recherche dela Vérité, de por- 
ter trop avant la curiofité dans ce 
qui concerne les merveilles de 
Dieu. Tenons-nous en à ce princi- 
pe effentiel , que rien n’eft grand ni 
petit en foi; qu'il ne l'eft que par 
rapport à la mefure quemous attri- 


des Vers, 17E 

buons à notre corps, & qu'ainfi 
#ien n'eft grand ou petit abfolu- 
ment , puifque notre corps n’eft pas 
une mefure certaine fur laquelle il 
faille juger de ce que peut être l'é- 
tendue des autres corps. Nous fom- 
mes nous-mêmes trés-petits par rap- 
port à la terre , encore plus petits 
par rapport à l’efpace contenu entre 
nous & les éroiles fixes, plus petits 
encore & plus petits à l'infini , par 
rapport à des efpaces immenfes que 
nous pouvons imaginer toujours 
plus grands, & plus grands à l'infini, 
Dieu auroit pu faire des Hom- 
mes ( & en tout ceci nous entrons 
dans les judicicufes réflexions du 
Philofophe que nous avons cité , ) 
à l'égard defquels nous ne ferions 
que la milliéme partie d’un Ciron. 
Il en auroit pu faire d’autres à l’é- 
gard defquels ceux-là mêmes fe- 
roient petits. Que ferions-nous par 
rapport à ces plus grands ? Ils nous 
chercheroiïent peut-être avec des 
microfcopes , & ne nous trouve- 
roient pas. Notre petitefie leur fe. 
roit incompréhenfible , & fi quel- 
ques Philofophes parmi Ne , les 

| ij 


172 De la Génération 
vouloient aflurer de notre exiflen- 
ce, ils regarderoient fans doute les 
difcours de tels Philofophes com- 
me de belles imaginations. -Met- 
tons-nous à la place de ces hom- 
mes , confiderons l'erreur où nous 
ferions de regarder comme im- 
poffible qu'il y eût des hommes 
fi petits | par rapport à ce que 
nous ferions, & avouons que nulle 
pctitefle , quelque inconcevable 
qu'elle foit, ne doit nous so a ù 
. & que s'il n'y a pas d'autre difiicul- 
té que celle-là dans le Syftême de la 
Génération des Animaux par les 
Vers Spermatiques , rien ne doit 
nous empêcher de l'embraffer. 

Feu M. Tauvri, de l'Académie 
Royale des Sciences, & Doceur- 
Régent de la Faculté de Médecine 
de Paris , a fait dans fon Traité de la 
Génération du Fœtus , imprimé à Paz 
ris chez Barthelemi Girin , rueS, 
Jacques, plufieurs Objeétions con- 
tre ce Syftême de ia Génération des 
Animaux par les Vers Spermati- 
ques. On ne fera peut-être pas fâché 
de voir.ici ces Objeions , & les 
Réponfes qu'on y peut faire. Les 
yoici en peu de mots, 


des Vérs. 173 


—, ; 


 OBJECTIONS 

CONTRE LE SYSTEME 
de la Génération de | Homme 
par les Wers Spermatiques : 
& Réponfes à ces Objec- 


tions. 
PREMIERE OBJÉCTION, 


S I l'on fuppofe des animaux em- 
_} boëtés les uns dans les autres, 
on verra qu'on ne peut aller bien 
loin fans fuppofer une petitefle au- 
deflous de toute imagination. Il fau- 
dra pourtant des organes dans cet- 
te petite tendue, & aep-ne voit pas: 

uelles feront les liqueurs capables: 
a tes arrofer & de les entretenir. 
Pag, $.. 

RE PONSE, 


La matiere étant divifible à l’in- 
fini, comme Mr Tauvry le recon- 
noît dans le Livre même où'il fait 

P ii 


174 De la Génération 

cette Objeétion, rien n'empêche de 
concevoir des parties liquides tou- 
jours plus petites, & qui foient pro- 
portionnées à là petirefle de ces. 
animaux , fur-tout après que nous 
avons appris de l'expérience qu’il y 
a des animaux fort au-deflous du 
Ciron. Car on ne peut nier que ces. 
petits animaux n’ayent des organes, 
& par conféquent qu'il n’y ait des 
liqueurs capables d’arrofer & d’en- 
tretenir ces mêmes organes. Or de 
quelle petitefle ne faut-il point que 
foient ces partics de liqueurs pour 
humecter des organes fi fins. Cette 
petitefle pafle l'imagination , l’ef- 
prit n’y trouve point de prife , & 
cependant l’expérience nous empé- 
che d'en douter. | 


IT OBJECTION. 
La matiere eft divifible à l'infini. 
mais on ne la fcauroit imaginer ac- 
tucllement divifée. Pag. 5. 


RE PONSE,: 


Auffi ne dit-on pas que ces petits 


des Ver. f7$ 
ahimaux foient aétuellement fépa- 
rés & divifés les uns d'avec les au: 
tres ; on les fuppofe au contraire, 
tous les uns dans les autres, & on: 
prétend feulement qu'ils fe dévelo- 
pent & fe féparent enfuite fuccefli- 
vement, pour la propagation des- 
efpéces. 


IILOBJECTION. 


Il faudra expliquer comment le’ 
Ver Spermatique s'attache à l'œuf. 
Il ne ie pas de le faire entrer par 
un trou de l'œuf, & de lui faire 
fermer ce trou avec fa queue, il 
faut une union de fes parties avec 
celles de l'œuf. Pref. | 


REPONSE. 


Le Ver Spermatique peut s’attaz 
cher à l'œuf, comme l’œuf s'attache 
à la matrice ; on ne peut rien dire’ 
pour l'explication de l'un , qui ne 
ferve pour l'explication de l’autre: 
L’œuf ne tient point à la matrice’ 
quand il y tombe , non-plus que le 
Ver ne tient point à l'œuf quand il 

e 1V 


76 De la Génération 
ventre , & cependant l'œuf sunit 
intimément à la mgtrice. 


IV. OBJECTION. 


Mais fans parler de ces difficul- 

tés , on peut dire que ce fyftême 
eft tout-à-fait contraire aux loix de 
la nature : elle affeéte par-tout une 
fimplicité furprenante , on ne dé- 
‘couvre rien d’inutile dans fes eu- 
vrages, & lorfque je vois qu’il faut, 
pour faire naître un homme, qu’elle 
facrifie plufieurs millions de ger- 
mes, je ne puis penfer qu'elle ait 
pris cette voye. Pref. 


RE’ P-O"N:S°E: 


Ce nombre innombrable de ger- 
mes, ou de petits animaux, n’eft 
point inutile , puifqu’il eft caufe 
qu'immanquablement il entre un 
Ver dans l'œuf, & qu’ainfi la géné- 
ration s’accomplit infailliblement. 
I} n’eft point oppofé non-plus, à la 
fimplicité de la nature ; car cette 
fimplicité ne confifte qu’à employer 
des voyes qui ne foient pas différen- 


+ . 
- des Vers! dr d 
tes. Un Mécanifte, qui par un feul 
moyen multiplié, pourvoit à quel- 
que inconvénient qui pourroit l'em- 
pêcher de parvenir à fa fin, agit 
plus fimplement que celui qui em- 
ploye plufieurs moyens de différen- 
teefpéce pour arriver à la même fin. 
Or ict, l’Auteur de la Nature n’em- 
ploie qu'un moyen fort fimple, il 
le multiplie feulement , & par cet- 
te multiplicité, il fait voir fa provi- 
dence & fa fagefle , puifque par là, 
il aflüre Fa génération; en forte mé- 
me que quelque nombre d'œüùfs qui 
fe trouvent mûrs à la fois , ïl ne fe 
peut faire qu'ils ne reçoivent cha- 
cun leur germe, & qu'ainfhi ils ne 
foient tous fécondés, comme il ar- 
rive dans les animaux qui ont un 
grand nombre de petits à la fois. 
Quant à ce qu’on ajoute, fçavoir, 

il n'ya pas d'apparence que pour 
bite naître un homme, il faille que 
tant de germes foient facrifiés , on 
doit confiderer que ce facrifice n’eft 
rien, puifque ces germes ne coûitenEt 
rien à PAuteur de la Naturc. 


178 De la Génération! 
V. OBJECTION. 


Les petits animaux, ou les petits: 
Vers qu’on croit voir avec le mi- 
erofcope dans l'humeur fpermati- 
que des animaux, ne prouvent rien , 
puifque dans le vinaigre’, dans l'eau: 
de pluye , dans l'eau commune, & 
prefque dans toutes kes liqueurs , on 
croit voir différens animaux avec le 
microfcope , quoique ces liqueurs 
ne foient propres à aucune généra- 
tion. Pref. | 


KE’ P:O:N:-$: EE; 


Ces mots , oz croit voir , font juz- 
ger que feu Mr Tauvry n'étoit pas 
tout-à-fait perfuade qu'il y eût des 
Vers dans ces liqueurs : mais il ne 
faut qu'’ouvrir les yeux pour fe con-- 
vaincre qu'il y en a; & méme dans 
le vinaigre on en découvre des mil-- 
liers fans qu’il foit néceffaire de mi- 
crofcope : on n’a qu'a mettre en 
Efé quelques goutes de vinaigre 
au fond d’un verre , & regarder au 
Soleil ce vinaigre à travers ie verre, 


des Vers 170 

on fera alors convaincu que cette li- 
queur eft toute remplie de Vers. 
Quant au fond de l’obje&ion, il faut 
remarquer que ce n’eft pas à caufe 
qu’il fe trouve des Vers dans l’hu- 
meur fpermatique des animaux , 
qu'on dit que la génération fe fait 
par le moyen de ces Vers, mais: 
que c’eft à caufe des circonftances. 
avec lefquelles on les y trouve, & 
que nous avons rapportées ; CES 
Vers n'étant vifibles ni avant ni 
aprés l’âge propre à la génération , 

CC. 

VE:0 BJECTTION. 


€e qui peut encore fervir à dé- 
truire ce fyflême , eftce qu'avance 
un des Partifans de cette opinion, 
qui eft l’Auteur même du Livre de 
Ja Génération des Vers, lequel dit: 
que dans les Maladies Vénérien- 
nes, les Vers féminaires font Le plus: 
fouvent morts. Nous fcavons que- 
es Maladies Vénériennes n’ôtent- 
point la fécondité ni dans les hom- 
mes, ni dans les femmes; or felon: 
ce fyftéme, elles l’ôteroient. Pref.. 


180 De le Génération 
RÉPONSE. 


Pour pouvoir dire politivement 
qu’on fçait que les Maladies Véné- 
riennes n’ôtent point la fécondité, 
il faudroit avoir confulté là-deflus- 
un trés-crand nombre de perfon- 
nes , qui étant fortement attaquées 
de ces Maladies , n’euflent pas laiflé 
d’avoir des enfans. Je dis un très- 
grand nombre, car en fait d’induc- 
tion, quelques exemples ne fufh- 
fent pas. Or il eft très-dificile dé 
recueillir les voix fur ce fujet. Si 
FAuteur avoit dit qu’on fçait que 
les maux Vénériens n’ôtent pas tou- 
jours la fécondité , il auroit parlé 
plus-jufte ; mais auffi 1] n’auroit pas 
attaqué le fentiment qu’il a voulu 
combattre, puifque ce {entiment 
eft que dans les Maladies Vénérien- 
nes les Vers Spermatiques font le 
plus fouvent morts ; car il s'enfuit 
de-là, que quelquefois ils ne font 
pas morts, & qu'ainfi quelquefois 
ceux qui font attaqués de ce mat 
peuvent avoir des enfans. L’objec- 

&ion va donc à dire que les maux 


des Vers. 181 
Vénériens .n’Otent jamais la fécon- 
dité ; c'eft ce qu'il eft difficile de 
__ prouver, & ce qu'on trouvera com- 
battu dans les ouvrages des plus cé- 
Iébres Médecins, & entre autres de 
Fernel & de Perdulcis, qui mettent 
les Gonorrhées & les Maux Véné- 
riens au rang des Caufes de la Sté- 
rilité. Viria que flerilitatem accerfunt , 
dit Fernel , #n vsris quidem numerantur 
pudendi Paralyfis & Atonta, Gonorrhea , 
cc. Fernel Pathol. lib. V1. cap. XVI. 
de morb. mulier. 

Caufe externe, dit Perdulcis , fut 
frequens vonus , varius concubitus, Go- 
morrhea. Perdul. cap. X1. lib. XIII. 

Interdum ea imbecillitas ex impuro cou- 
cubitu contrahitur propter auram virulen- 
tam fe fe in vala fpermatica infinuastein, 
que non modo eorum vires naturales exol- 
vit , fed quidquid in ea confluit co:nquinat 
_@ corrompit. Perdul. ib. XI. cap. IIT. 
de Gonorrhea. 


VEEL OBJECTION. 
Si la génération fe fait par Île 


moyen des Vers Spermatiques , & 
que les Maladies Vénériennes tuent 


182 De la Génération 

ces Vers , elles ne rendront pas 
feulement l’homme ftérile dans le 
temps qu’elles l'afligeront , mais 
encore aprés ; car dans la fuite , on 
ne conçoit pas CE qui pourroit pro- 
duire à un homme de nouveaux 


Vers. Pref. 
REPONSE. 


_ Lefroid de l’'Hyver, qui tue les 
Vermifleaux dans les campagnes , 
n'empêche pas qu’au Printemps il 
ne s’en reproduife de nouveaux , 
par des œufs qui fe font confervés 
pendant l’'Hyver. De méme les for- 
tes Maladies Vénériennes qui tuent 
les Vers Spermatiques déja dévelo- 
pés, n’empêchent pas que ceux qui 
se encore envelopés , ne fe con- 
fervent pour éclore aprés la guéri- 
fon du Malade. Car les Vers Sper- 
matiques font les uns hors de leurs 
envelopes , & les autres encore en- 
fermés dans leurs envelopes. 


VIH. OBJECTION. 


L'efprit pourroit cependant en- 


des Vers. 183 
trer dans cette hypothéfe , malgré 
la réfiftance de l'imagination , fi 
nous concevions bien par là com- 
ment les hommes n’ont point ence- 
se diminué de grandeur. P4g. 5. 


REP O NS E, 


Le terme de l'accroiflement ne 
e tient pas tout de la part des ger- 
-mes, il fe tient encore de la part des 
fucs nourriciers, & l’on ne voitrien 
qui empêche de penfer que l'Au- 
teur de la Nature pouvoit fournir à 
l'homme des alimens, dont les {ucs 
auroient pu le rendfe d’une ftature 
ou plus grande ou plus petite que 
celle dontileft, & cela fans chan- 
ger la premiere fabrique des ger- 
mes. Ainfi tous ces germes emboc- 
tés, quelques petits qu’ils foient, 
peuvent avoir par leur ftruéture de 
quoi permcttre aux animaux qui en 
viennent, de croître fort au-delà de 
a mefure où ils arrivent. En forte 
que fi les animaux ne pañlent pas 
une certaine grandeur , cela vient 
peut-être autant de la qualité de 
Îeur nourriture , que de la petiteffe 


184 DelaGénération 
de leurs germes. En effer, ce n’eft 
oint le volume des fémences qui 
décide de la grandeur des produc- 
tions. Le germe contenu dans la fé- 
ve eft plus gros que celui qui eft 
dans le pepin de la poire, & ce- 
pendant quelle difproportion entre 
la grandeur du poirier & celle de la 
plante qui porte la feve. Quoiqu'il 
foit denc vrai que les Vers Sperma- 
tiques emboëtés foient plus petits 
que ceux qui les emboëtent , il ne 
s'enfuit pas pour cela, qu’ils doivent 
produire des animaux plus petits. 


IX. OBJECTION. 


I! faudroit encore expliquer d’où 
vient. que de l’accouplement d’ani- 
maux différens , il vient une troi- 
fiéme efpéce. P. 5. 


RE PO NSE. 


Cette différence d’efpéce vient 
de la différence des fucs nourriciers 
ue le fœtus trouve dans la matrice 
d'un femelle qui eft d’une autre ef- 


péce ; car cette différence de fucs 
| eft 


des Vers. 185 
€ft propre à donner à certaines par- 
ties plus ou moins d’accroiflement 
que ces parties n'en auroient pris 
par les fucs qu’elles auroient trou- 
Vés dans la matrice d’une femelle 
de même efpéce. Il en eft de cela 
commæde quelques plantes, qui 
felon les terres où elles font nour- 
ries, deviennent plusou moins gran- 
des. Les melons d'Europe plantés 
dans le Pérou croiflent en arbre, 
& durent plufieurs années, à ce 
qu'écrit Pierre Laurembergius. Pe- 
pones nv Peruvia plantati , radice ac cau- 
dice Isgnofo arbote[cunt, arbore ad'mul- 
tos annos fuperfhte. Herts culture lib. 1. 
cap. 13. On peut donc dire, par 
exemple , que les fucs que le Ver 
Spermatique du Cheval trouvedans 
Ja matrice de l’Anefle, étant pro- 
pres à donner plus d’accroiflement 
aux oreilles du fœtus, que n’en au- 
roient pü donner les fucs que ce 
même Ver Spermatique auroit trous 
vé dans la matrice d’une Cavale, 
il doit arriver que ces oreilles foient 
plus longues qu'elles n’auroient été 5 
& d’un autre côté, que ces oreilles 
n'étant pàs originairement d'un@ 

Lome TI. Q: 


186 De l4 Génération 
ftrudure capable de tout l’accroiffe- 
ment qu'une telle nourriture peut 
donner , elles doivent étre un peu 
plus longues que celles du Cheval, 
& en méme-temps plus courtes que 
celles de l’Ane. On peut étendre 
cette explication à tous les autres 
changemens qui arrivent par l’ac- 
couplement d'animaux de différen- 
te cfpéce. 


X.ET DERNIERE OBJECTION. 


L’efprit pourroit enfin entrer dans 
cette hypochefe , fi nous conce- 
vions bien par-là, comment fe for- 
ment certains organes dans la ma- 
trice & certaines parties dans l'œuf. 
Pr:$ 

REPONSE. 


Cette Objetion regarde généra- 
lement tous les fyftêmes qu’on peut 
propofer fur la génération, puif- 
qu'il n’y en peut point avoir d’aflez 
clairs pour faire concevoir nette- 
ment comment fe forment tous les 
organes de la matrice & toutes les 
garties de l'œuf. Il ne s'enfuit donc 


des Vers: 187 
pas qu'un fyftème foit faux, de ce’ 
qu'il renferme quelque obfcurité.. 
L’Auteur de laNature s'eft-il engagé 
à ne rien faire qui pût pañer l’in-- 
telligence de l'Homme ? 

Feu M. Gcoffroy , Do&eur-Ré- 
gent de la Faculté de Médecine de 
Paris, a fait foutenir en 1704. aux- 
Ecoles de Médecine, une Thefe 
que nous avons traduite’, dans la-- 
quelle il prend la défenfe de ce {y- 
fiême , que j’avois propofé trois an 
nées auparavant dans la premiere 
édition de ce Livre. 11 y allegue par 
rapport aux Vers Spérmatiques ,. 
les mêmes preuves que nous; avec 
cette différence , qu'il y ajoute di- 
verfes raifons étrangères, tirées de 
la génération des Plantes ; ce qui, 
pour le remarquer en paflant, nous 
a obligés en traduifant la Thele, 
d'y fuppléer bien des chofes', pour’ 

onner à ces raifons un rapport 
plus fenfible avec leur fujet. Ceux: 
qui feront curieux de voir cette 
Thefe ou Diflértation, la pourront 
lire à la fin de ce Volume , où nous 
avons trouvé plus à propos de la: 
renvoyer. Il n’a été particuliere- 


Q ï 


188 De la Génération 

ment queftion jufqu ‘ici, que des 
Vers qui naïffent hors des inteftins. 
Il eft temps de venir à ceux qui 
naifent dans les inteftins mêmes. 


ARTICLE SECOND: 
Des Vers des inteflins. 


Es. VERS. DES INTESTINS font 
de trois fortes, fçavoir : les 
ronds & longs ; les ronds & courts, 
&c les plats. Les ronds & longs, 
autrement appellés Srrongles ,. da 
mot grec (4) Strongulos, qui figni- 
fie Iong.& rond , s’engendrent dans 
les inteftins gréles,, & pour l'ordi- 
naire dans celui de ces inteftins, 
que les Anatomiftes nomment Dw- 
denum , qui cft le premier de tous. 
Si l’on confidere à quel amas d’hu- 
mcurs le Duodenum eft expolfé, 
Pon ne fera pas furpris qu'il puife 
être ainf1 fujet aux Vers. On peut 
voir là-deflus la fçavante Differta- 


(a) sofiaes tauwre, Hipp. lib. IV. dés Mala- 
dies, Aït, 27, | db 


des Vers: 189" 
tion du doéte Frideric Hofmann. (4) 
Ces Vers reflemblent à des Vers 
de tetre pour la forme extérieure ; 
mais ils en‘font fort différens pour 
les parties du dedans , ainfi que 
Edouard Tyfon (4) & plufieurs au- 
tres Auteurs l’ont oblervé. Nous 
nentrerons point ici dans l'examen 
de cês différences , ce n’en eft pas le 
lieu ; les uns veulent que ces Vers, 

uoique différens en plufieurs cho- 
és , d'avec les Vers de terre, pour 
ce qui regarde les: vifceres , foient 
cependant hermaphrodites comme 
eux, & comme le font les Sang- 
fues , les Limaces nues, les Domi- 
portes, ou Limacons à coquilles, 
les Huitres, & quelques autres Ani- 
maux. : 
Parmi ces Vers Strongiles , il y 
en a qui méritent une attention 
particuliere. Tel eft par exemple, 
_celui de la planche fuivante, rendu 
en 1701. le mois de Janvier par 
“une fille de feize ans, que je trai- 


(a) Frider. Hofmanni Differtationnm Phyfico- Me- 
_ dicar: feleélior. Decas. 

Lb ) Edouard Ty‘on, dans fa Differtation fus Les 
Vers plats, écrire en Anglois, À 


199 De la Génération se 
rois chez M. Lohel Perruquier au: 
Carrefour des Barnabites à Paris. 
Cette fille étoit devenue muette it: 
y avoit quinze jours, & depuis un: 
mois , étoit tourmentée fans relà-- 
che, de violentes convulfons, qui: 
lui caufoientun rire involontaire, 
de la nature de celui que l’on ap-- 
pelle, Rire Sardonique. Ce Ver pa- 
roît différent des Strongles ordinai- 
res ,en ce qu'il eft plein de rides & 
de plis, & a une efpéce de gueule 
aflez apparente. Je je fis fortir du’ 
corps de cette fille par le moyen de 
quelques prifes d'eau de fougere: 
que je lui ordonnai. | | 
Les Vers Srrowcezes font quel-- 
quefois d’une longueur confidéra- 
ble. J'en conferve un qui a plus: 
d’un tiers d’aulne , lequel eft forti le 
21. de Juillet de lannce 1736. du 
corps d’une jeune Sœur du Mona- 
ftere de l'Affomption , apres lui: 
avoir caufé de grands tourmens , & 
lavoir prefque réduite à la mort. 
Les enfans, & furtout ceux que 
l’on fevre, rendent fouvent beau-: 
coup de ces Vers Strongles; je dis. 
les enfans que l’on fevre; car quoi- 


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7 . # 0 que 
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des Vers. 191' 
qu’alors ils n’ayent ordinairement 
pas plus de Vers qu'ils en avoient 
auparavant , ils en rendent plus. 
fouvent & en plus grande quantité ; 
parce que la nourriture folide que 
ces enfans qui ne tettent plus, com-- 
mencent à-prendre , étant moins: 
propre à nourrir leurs Vers , que: 
n'étoit le lait, oblige ces Infe@es à 
chercher une autre demeure, au 
lieu qu'auparavant ils Ctoient tran- 
quilles au milieu du lait dont ils fe’ 
nourrifloient; c’eft ce qui eft caufe- 
que la plüpart des enfans qui {or- 
tent de nourrice, font fi fiers 4 
rendre des Vers. 

* Les peres & les meres voyant 
alors leurs enfans fi malades de: 
Vers , s’imaginent que ces Vers 
s’engendrent feulement alors; & 
ïls ne prennent pas garde que ce- 
font les mêmes Vers d'auparavant, 
qui étant devenus affamés faute: 
d’une nourriture qui leur foit con- 
venable, piquent & dévorent Îe 
lieu où ils font. 

Cette réfiléxion doit obliger les 
peres & les meres à tenir une con- 
duitetoute différente de celle qu'ils. 


19% De la Génération 
tiennent ordinairement dans cette” 
occafion; car au lieu de refufer 
alors toute forte de laitage à leurs 
enfans , ils doivent au contraire 
eur en accorder un peu, de temps 
Eh temps , afin d’amufer , pour ainfr 
dire, les Vers, & les empêcher de 
faire aux inteftins tendres & déli- 
Cats de ces pauvres enfans, des pi- 
quures qui caufent quelquefois des 
convulfions mortelles. Cela foit dit 
en paffant. Nous en parlerons plus 
en fon lieu dans le Chapitre des re- 
medes contre les Vers. | 

Les Vers de terre, comme nous 
avons dit, font diffiérens pour 14 
fructure intérieure , d'avec les 
Strongles du corps. Mais pour cê 
qui regarde le dehors , ils font les 
uns & les autres tellement fembla- 
bles, que fi on avoit mêlé enfem- 
ble un Ver dé terre Gun Ver 
du corps, tous deux vivans, & 
qu'on donnät à deviner à quelqu'un 
quel eft le Ver deterre, & celui du 
corps, il feroit difficile à la perfon- 
ne d’en faire la différence , que par 
1c moyen fuivant , à moins que de 
Is diféquer. C’eft de mettreun peu 


des Vers. 193 
de lait dans deux petites tafles; de 
jetter l’un de ces Vers dans l’une, 
& l’autre dans l'autre, & de les y 
laifler quelques heures ; car le Ver 
de terre rendra des excrèmens qui 
feront de la terre même , ce que ne 
fera pas l’autre. Cet expédient peut 
avoir lieu en quelques occafions, 
pour déméler certaines trompe 
ries. 

On voit fouvent fous l’herbe ; 
dans les jardins &c à la campagne, 
de petits rouleaux de terre, mou- 
lés en façon de vis; ce font les ex- 
crémens des Vers de terre. I] y au- 
roit bien des réfléxions à faire 1à- 
deflüs , par rapport à la confor- 
mation intérieure de leurs inteftins, 
& à la mécanique de leurs mou- 
vemens. Mais cela nous écarte- 

roit. 
Les VERS RONDS ET couRTs des 
inteftins , {e produifent dans l’inte- 
fin nommé Reétum , qui elt le der- 
nier de tous. On les nomme Afca- 
rides , du mot grec Aftarifein, qui 
fignifie , s’agiter ; parce que ces pe- 
tits Vers font dans une agitation 
continuelle. 11 y a des perfonnes, 
Tome I. R 


194 De la Génération 
qui en rendent tous les jours à fec ; 
des milliers par bas. 
Le Ver plat refemble à un grand 
tuban ; il fe nourrit dans les menus 
inteftins, & fe nonune Ten, du 
mot grec, Tenia, qui fignifie un 
cordon plat & long. Il eft plat, 
blanc, fort long, & à le corps tout 
articulé. I y en a de deux HE étr; 
celui de la premiere , a les articles 
fort éloignés les uns des autres, 
vers le milieu de fon étendue, & 
fort ferrés aux deux extrémités , 
principalement à celle où'eft la 
tête ; car ce Ver a une tête. Le col 
où tient cette tête qui réflemble à 
un petit pois applati , mais quin’en 
aau plus que le tiers du volume, 
eft extrémement délié & étroit. 
On remarque tout le long du corps 
de ce Ver, après chaque articula- 
tion, direétement au milieu de la 
diziere, tout-à-fait au bord, uñ 
mammelon fort bien figuré , au 
bout duquel j'ai découvert une ou- 
verture, dans laquelle fe voit un 
vaifleau bleuâtre, qui, de cette ou- 
verture traverfe jufqu'à la moitié 
de la largeur du corps ; & c’eft de 


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… des Vers. 19$ 
çe Tænia que j'ai donné la figure 
dans la page 4. de la Préface. Ces 
mammelons & ce petit vaifleau y 
font marqués fort diftintement à 
la lettre C. 

L'autre Tænia, que je regarde 
comme une feconde efpece, & qui 
n'eft venu à ma connoiffance que 
plufieurs années aprés la premiere 
a les articulations moins relevées, 
&z beaucoup plus preflécs les unes 
vers les autres ; il a des mamme- 
lons prefque imperceptibles, & 
outre cela , une longue fuite de 
nœuds, ou grains raboteux, qui s'é- 
tendent en forme d’épine, tout le 
long du milieu de fon corps, en- 
dedans, depuis le commencement 
jufqu'à la fin, ainfi qu'on le voit 
repréfenté en cette planche. Je con- 
ferve avec plufieurs Tænia de la 
premiere cfpéce , un grand nombre 
de cette feconde, que j'ai fait fortir 
du corps de divers Malades. 

Il y a donc deux cfpéces de Tæ- 
nia , {cavoir, le Tænia fans épine, 
& le Tænia à épine. 

Les grains ou nœuds de l’épine 
dont il s’agit, ne font pas toujours 

R ij 


196 De la Génération 
d’égale groffeur, comme ils {ont 
repréfentés dans cette planche. H 
y a des Tænia de cette efpéce , 
dont les grains de lépine font d’une 
grofieur & d'une épaifleur diffé- 
rente. | 

Je conferve dans des phioles d’ef 
prit de vin, plufieurs de ces Tænia 
de la feconde efpéce. la planche 
qui fuit, repréfente parfaitement 
les grains inégaux dont:je parle; 
& iln’y a rien à défirer fur cela 
pour l’exaétitude. J'ai cru long- 
temps que le Tænia de la feconde 
efpéce, que j'appelle autrement Tæ- 
nia à épine ,n’avoit point de mæn- 
melons. Mais un nouvel examen 
m'a convaincu du contraire ; il n’y 
a qu'à confidérer le Ver de bien 
près ; & pour y mieux réuflir, le 
fufpendre dans une phiole pleine 
d’eau, & leregarder attentivement 
à travers la phiole. On y difcerne- 
ra des mammelons très-réels , & 
fitués de la méme maniere que dans 
le Tænia fans épine. Ils font moins 
apparens , il cft vrai; mais c'eft 
soute la différence qui s’y trouve. 
Dans quelques-uns de ces Tænia, 


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mu: Les marmmelons à 07 7 X?74 lu 772: de Lautre 
SON IraLrqUez . A.B. 


dès Vers: 197 
Jes. petits mammelons fe laiffent 
appercevoir ; j'en conferve un où 
ils font fort vifibles, en voici la fi- 
gure qui le repréfente trés-exacte- 
ment. On y trouve une irrégula- 
rité digne d'attention ; c’eft qu'il a 
par endroits, deux mammelons à 
chaque ventre , non-l'un à côté de 
l'autre , comme dans quelques Tæ. 
nia de la premicre efpéce, & entre. 
autres , dans celui de la planche d’a- 
près celle-ci; cequin'eftpas moins 
particulier; mais fitués à l'oppofite 
l’un de l’autre, c’eft-à-dire, lun: 
à côté d’un ventre, & l’autre à l’au- 
tre. J'entends ici par ventre, cha- 
que efpace contenu entre deux ar- 
ticulations. Voici donc la figure 
d'un Tænia à épine, lequela des 
maminelons trés-vifibles ; & outre 
cela par intervalles, deux mamme- 
lons. à l’oppofite l’un de l’autre. 
Nous venons de dire en paffant, que 
parmi les Tænia de la premiere ef- 
péce, c'elt-à-dire , parmi ceux qui 
font fans épine , il y en a qui ont à 
chaque ventre , deux mammelons 
à côté l’un. de lPautre; ce fait efk 
aflez remarquable pour mériter une 

R ii}. 


198 De la Génération É 
planche exprès. En voici une où 
lon verra, outre cela, plufeurs 
autres circonftances fingulieres. 

M. de la Solaye, rue S. Severin 


à Paris , a rendu les deux morceaux 


qui y font marqués. Le premier qui 
eft repréfenté figure 1. a par en- 


droits, deux mammelons près lun 


de l'autre. Voyez la lettre C. Il a 
de plus, une épaiffeur & une confi- 


ftance, que la plüpart des autres 


Tænia n'ont pas. Nous le confer- 


vons depuis plufieurs années. L'on: 


y voit encore deux demi interfe- 
étions qui paroïflent être des déchi- 
rures qui {e font cicatrifécs. Voyez 
les lettres BB, & une efpéce de 
vaifleau ou conduit, difpofé tout. 
dutrement que ceux que l’on re- 
marque aux mammelons. Voyez la. 
lettre D. | | 

Ces efpéces de cornes marquées 
d’une étoile * étant bien exami- 
nées , ne paroiffent que des portions 
déchirées par quelque effort que le 
Ver a fait dans le corps du Mala- 
de ,ouenen fortant. Il arrive aufli 
queïquefois de ces déchirures au 
Tænia de la feconde efpéce ; ce qui: 


geo 6 , 


PuILE ne 
T ar 
\il CHU 


| des Vers. 199 

a impofé à quelques-uns qui ont 

ris ces déchirures pour de vérita- 

les cornes, & l'extrémité ouelles: 
fe trouvent , pour la tête du Ver. 

Le morceau marqué figure 2. 
n’eft pas moins fingulier par les 
deux fingularités E. & F. 

Une autre fingularité bien digne 
de remarque , c’eft qu'il y a des. 
Tænia de la premiere efpéce ; fca- 
voir , de ceux fans épine , lefquels 
font plats d’un côté, & un peu vou- 
tés & boflus d l'autre , reflem- 
blans en,cela à Ïa Sole , à la Liman- 
de, au Carrelet, & à d’autrespoif- 
fons plats, quifont convexes d’un: 
côté , & ne le font point de lau-- 
tre. FRA ds | 

Ces Tænia ainfi boffus d’un feul 
côté , font très-tares ; & parmi le 
grand nombre de Tænia que je con- 
ferve ,je n’en ai qu’un qui foit ainfi 
formé. Le même M. de la Solaye, 
dont nous avons déja parlé , la 
rendu le 27. Octobre «700: Ce 
Ver cft plat , de maniere qu'ilaun: 
ventre & un dos, ou, ce qui eftla 
même €hofe, un deflus & un def- 
fous, comme les Poifflons que nous: 


KR iv 


200 De la Génération | 
. venons de nommer. Voyez la pré- 
fente planche. Le côté plat y eft 
marqué par la lettre A, & fe côté 
bofflu par la lettre B. Quant aux 
deux cornes notées de cette éroile*, 
ce ne font que de fimples déchiru- 
res, non plus que celles de la plan- 
che précédente. Voyez ce queneus 
avons dit de ces prétendues cornes 
dans l'explication de la même plan- 
che précédente. 

Une autre fingularité encore, 
mais qui regarde legl ænia à épine, 
ou de la feconde efpéce , eft ce qui 
{e voit dans le Tænia fuivant , ren- 
du le 15. Juillet 1700. par une De- 
moifelle au Cimetiére S. Jean, 
nommée Mademoifelle Boileau. Le 
cordon qui en partage la largeur 
eft fait d’une facon depuis B, juf- 

u'à C, d’une autre depuis C, juf- 
qu'à D, & d’une autre depuis D, 
jufqu'à E. 

Ce Ver eft précifément de la 
même dimenfion & de la même 
firuture dont il eft repréfenté ici. 
Ce cordon au refte , paroît avoir 
aflez d’affinité avec celui du Tæ- 
ia, rendu par unc petite Chienne, 


LPL.de la Pag: 200. 


Voye z l'errata 
ce_ . 


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duquel nous avons parlé ci-devant 
à la page 58. & 59. 
_ Le Tænia ,ainfi quén le voit par: 
les planches eiï-deflus , eft tout ar- 
ticulé ; mais il arrive quelquefois 
que ces articulations ou interfe- 
tions , au lieu d’étreentieres , com- 
me elles le font ordinairement, ne: 
font que des demi-articulations , ou 
comme on voudra, des demi-in- 
terfections ;-la planche fuivante: 
fera mieux entendre ce que c’eft. 
Les demi-articulations dont il s’a- 
git, font marquées dans la premiere 
figure par la Lettre H. & la lettre I. 
& dans.la feconde figure par les 
lettres A, B,C,D,E,F,G.L'en” 
droit marqué L,n'eft,à ce que je 
penie , qu'une déchirure. 

Ce Ver., comme on voit , eft le: 
Tænia à épine, ou de la feconde 
efpéce. 

On trouve bien des irrégulari- 
tés dansia ftruéture extérieure de 
ces Vers, tant dela premiere que: 
de la feconde efpéce. En voici une 
entre autres, dans un Tænia de la 
premiere, laquelle m'a paru méri- 
ter aufli une planche à part, Les: 


202: De la Génération 

figures de Tænia rapportées dans 
les pages précédentes, renferment 
de même, plufieurs irrégularités 
confidérables ; on peut y recourir , 
pour les confronter avec celle-ci. | 
Ces examens fcrupuleux ne font 
point inutiles quand on veut con- 
noître à fond, ce que c’eft que le 
Tænia ; Infcéte des plus furprenans: 
peut-être qui foient dans la na- 
ture. | 

Nous fommes perfuadés que les: 
Phyficiens , & ceux qui aiment 
l'Hiftoire naturelle , ne nous fcau- 
ront pas mauvais gré d’entrer dans 
tous ces détails ; du moins c’eft 
Dour eux que nous y entrons. 

L'irrégularité dont il s’agit , eft 
marquée À. Quant à l'endroit mar- 
qué B , il y a toute apparence que 
c'eft une déchirure. 

Au refte, ce Ver, dans les pre- 
mieres éditions de ce Livre, eft re- 
préfenté avec une tête , & noué; ce 
qui vient d’une méprife. Nous 
avons à caufe de cette erreur re- 
tranché ici cette tête, & ces nœuds: 
qui n'appartiennent qu'au Ver de 
la planche que l’on voit à la page 
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des Vers, 10$ 
Le Tænia, ou Ver folitaire, fe 
rompt aifément en fortant du corps; 
& {1, aprés s'être rompu, l'extré- 
mité à laquelle tient la tête, vient 
à rentrer , Cette extrémitC rompue 
croît & repoufle comme une plan- 
te. C’eft pourquoi l’on voit des 
Malades rendre des portions de ce 
Ver pendant plufieurs années , juf- 
qu'à ceque la tête foit fortie, & en 
rendre d'une longueur fi extraor- 
dinaire , qu’il n’eft pas vraifembla- 
ble qu'elles puiflent tenir toutes. 
enfemble dans les inteftins.. Quand. 
Ie Ver eft forri, l'endroit où il a 
repouflé fe reconnoît à un petit al- 
longement coudé, ou à une efpéce 
de cicatrice qui imite aflez bien ce 
qu'on remarque quelquefois aux 
arbrifleaux dans les endroits où ils. 
ont repoufié aprés avoir été taillés. 
C’elt ce qui fe peut voir dans la 
planche ci-après, page 204. & dans 
celle de la page 205. aux lettres. 
Ee | 
Ce que je dis ici de la répullula- 
tion du Tænia après s’étre rompu, 
demanderoit que l’on tentit l’expc- 
rience fuivante ; ce feroit de tra=- 


304 De la. Génération 

verfcr d’un fin cordon de foie ;- 
mélé de cheveux pour réfifter à la. 
corruption, le premier morceau de 
Ver qui fe préfenteroit ,.& de le tra- 
verfer par le moyend’une aiguille, 
le plus haut qu’il fe pourroit, lorf- 
que le Tænia , au lieu-de continuer. 
à fortir, commenceroit à rentrer .. 
puis de faire au cordon, un nœud er 
forme de gance.un peu large, com- 
me on le voit reprélenté dans la 
planche ci-après, à la lettre A, & 
fans attendre que le Ver fe rompe 
de le cafer trois doigts au-defflous 
du cordon ; enforte que la portion 
traverfée. par le fil, puiffe rentrer 
dans le corps du Malade avec le 
cordon; donner un mois après au 
Malade, quelque chofe de propre 
contre ce Ver ; & lorfque l'Infe&e 
fortiroit , examiner sil fortiroit 
avec la portion percée du cordon à. 
& en cas que cela fût, bien confi- 
dérer fi aprés ce fil, le Ver auroit 
plus de longueur qu’il n’en avoit à 
ce bout-là , lorfqu’après avoir été 
café, on l’a laïflé rentrer ; car fi 
alors il a plus de longueur , ce fera 
une marque qu'il aura recru. 


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des Vers. 20: 

Mais pour que le Médecin foit 
bien für de la chofe, il faudroit 
qu'il examinät lui-même le Ver au 
moment de fa fortie. Car les Ma- 
lades, aufli bien que les Afliftans, 
peuvent aifément manquer d’exa- 
étitude la-deflus, & dans leur récit 
donner fouvent plus à l’imagina- 
tion , qu'a la vérité, comme il eft 
arrivé dans cette-rencontre ; enforte 
que fi nous avions été ne {crupu- 
Jeux à examiner la chofe , nous 
n’aurions pas avance ainfi que nous 
Vavons fait dans les éditions précé- 
dentes, en donnant la même plan- 
che dont il s’agit ici, que le Mala- 
de qui avoit rendu ce Ver, avoit 
fait l'expérience du cordon |, & 
qu'elle lui avoit réufli parfaitement ; 
aufliavons-nous foin à préfent , de 
retrancher.cet article. 

Au refte ie Ver gravé dans la 
préfente figure, paroît s'être rompu 
à l'endroit marque B. 

Il y a deux efpéces de Tænia , 
comme nous l’avons déja dit & re- 
dit; les articulations de lun & de 
l'autre , font difpofées du même 
ens que les écailles des poiflons, 


206 De la Génération 
c'eft-à-dire, qu'en paflant le doigt 
tout le long du Ver, & le repafant 
enfuite par un mouvement oppofé, 
on fent la fuperficie du Ver glifänte 
& unie d’un côté , & raboteufe de 
l’autre ; c’elt par cet arrangement 
d’articulations, que lorfqu'un Ma- 
Jade rend un morceau de Tænia, 
fans que la tête y tienne, on peut 
d’abord connoître de quel côté 
étoit la tère. Ce Ver reflemble par 
ces articulations ou nœuds, à la 
plante nommée en latin Equifetum, 
en françois queue de Cheval , ou à 
ces rofeaux dont le jet eft inter- 
rompu par plufieursnœuds , & dont 
les efpaces contenus entre ces 
nœuds , font emboettés les uns 
dans les autres par une de leurs ex- 
trémités. On peut le comparer en- 
core au figuier d'Inde, dont cha- 
que feuille en poufle une autre à 
fon extrémité. 

Les efpaces contenus entre les 
nœuds du Ver de la premiere efpé- 
ce, ont chacun à l’un des côtés, un 
petit mammelon fort vifible ,ainfi 
que nous l'avons déja remarqué ; 
mais ce n’eft que dans les endroits 


des Vers. 20% 
où ce Ver a plus de largeur ; du 
moins on n'en remarque point au 
col ni à ja queue. Ce petit mam- 
melon paroït ouvert en dehors, 
comme nous l'avons encore remar- 

ue, & on y difcerne un petit con- 
duis qui commence à quelques li- 
gnes de cette ouverture, & qui va 
jufqu'au milieu de lefpace. Il fe 
perd là, & l’on ne voit ht Fi 
quoi il communique. L'ufage de 
ces petits mammelons, dont nous 
avons déja tant parlé jufqu’ici , n’eft 
pas encore. bien connu. Quelques 
Auteurs prétendent que ce font au- 
tant de bouches ; d’autres, comme 
nous l'avons déja dit plus haut, au- 
tant de poumons ; d’autres enfin, ce 
que nous n'avons pas ENCOrE remar- 
qué , autant d’Anus. Il eft difficile 
de rien déterminer de certain fur 
ce fujet, non plus que fur les qua- 
tre ouvertures qui font à la tête, 
lefquelles font prifes par quelques- 
uns pour des narines ; par d’autres 
pour des yeux ; & par d’autres, 
pour de petites bouches par lef- 
quelles il tire fa nourriture. 
Nous venons de remarquer que 


208 De la Génération 
des ventres ou efpaces contenus en- 
tre lesnœuds ou articles du Ver de 
Ja premiere efpéce, ont chacun un 
petit mammelon fort vifible ; mais 
nous avertiflons ici que quelquefois 
ces mammelons font doubles, -en- 
forte que dans un même ventre il 
s’en trouve deux enfemble du même 
côté , ainfi que nous Le verrons plus 
bas dans une planche. és" 
Au regard des articulations , elles 
font, comme on vientde dire, dif 
pofées du même fens que les nœuds 
d'un rofeau ; mais il eft à remar- 
quer que cela ne fe trouve pas tou- 
jours vrai; & le Ver qui elt gravé 
dans la planche ci-devant, Ver que 
nous confervons avec Îles autres, 
laiffe voir deux articulations op- 
pofées l’une à l’autre, lefquelles fe 
regardent par leur côté raboteux; 
ces deux articulations font mar- 
quées par les lettres C. D, ce qui 
eft aufli fingulier , que fi dans un 
rofeau le même efpace contenu en- 
tre deux nœuds , fe trouvoit em- 
boetté par l’une & par l’autre de 
fes extrémités, au lieu de ne l'être 
que par une feule. x 


NAN ESA des Pers 209 

U faut donc bien remarquer dans 
cette figure le ventre C, qui eit em- 
boetté par {es deux extrémités, & 
le ventre D , qui ne l’eft ni par l'u- 
ne , ni par l’autre, mais qui reçoit 
au contraire par l’une, celui qui le 
précéde , & par l'autre , celui qui 
le. fuit ; ce qui eft très-extraordinai- 
re, chaque ventre du Ver Tænia, 
étant régulierement emboetté par 
une extrémité dans celui qui le pré- 
cède, & emboettant par l’autre, ce- 
lui qui le fuit. La fingularité dont ik 
s’agit, m'auroit échappée fans le 
Graveur, qui m'en fit appercevoir. 
Après que cette planche a été tirée; 
Je me fuis apperçu , en confide- 
rant de nouveau ce morceau de 
Ver, que la même irrégularité d’em- 
boctture fe trouve répétée quatre 
travers de doigts plus bas. 

Ce Ver eft forti fanstête , quoi- 
que dans la précédente édition, le: 
. Definateur y en ait mis une par ac- 
compagnement, en fe réglant fur la 
planche qui eft à la page IV. de la 
Préface, oùilyenaune, &oû it 
en faut une effcétivement; au lieu 
qu'ici il n’en faut point, puifque le 

Tome I. S 


FTO De la Génération + 
Ver dont il s’agit , eft forti fans cet 
1e partie. 

Les deux endroits de cette plan- 
che , qui font marqués E, F, font 
encore très-dignes d'attention. 

Quelques Auteurs admettent une- 
autre forte de Vers plats, qu'ils 
nomment cucurbitaires , lefquels 
font forts courts. Jai vu un grand. 
nombre de ces prétendus Vers tout 
vivans, & j'en conferve plufieurs 
dans des phioles ; mais je puis certi- 
fier que ce ne font que des mor- 
ceaux du Tænia de la premiere ef- 
péce, comme je le ferai voir plus: 
bas. 

Ce Tænia de {a premiere efpéce 
a une tête bien formée , & on y re- 
marque quatre ouvertures à l’oppo- 
fire l’une de l’autre. Feu Mr Méry, 
de l’Académie des Sciences, auquel 
je montrai celui que j'ai fait graver 
dans 1 premiere planche , page V. 
de la Préface , & qui examina avec 
la loupe , les ouvertures dont il s’a- 
git , que je prenois pour des yeux, 
fut d’un autre fentiment, & me dit 
qu’il les trouvoit fort reffemblantes 
a def nafcaux ; mais ce qui mg per- 


des Vers. ; 21 ï: 
faade que ce font des yeux, c'eft: 
qu'avant que jeufle mis l'infeéte. 
dans de l’eau-de-vie , ces parties. 
que j'appelle des yeux , étoient con- 
vexes en dehors, au lieu que s'étant 
depuis defléchécs , elles fe font en- 
foncées comme dés trous de nari-- 
nes. En cas que ce foient des yeux, 
il ne faut pas s'étonner qu’il y en ait: 
quatre , puifque l’Araignée vulgai- 
re en a huit, qu'entre les Scorpions, 
les uns en ont quatre, les autres fix .. 
Îcs autres autant que l’Araignée vul-- 

‘gaire, & que les (4) Lithophages.. 
qui font des Vers qui rongent la. 
pierre, defquels nous avons parlé: 
plus haut , en ont jufqu’à dix. D'ail- 
leurs fi ce font des narines , il y a: 
autant de lieu de s'étonner qu'il y 
en ait quatre, puifqu’il femble que: 
la plüpart des animaux foient au- 
tant fixés à deux narines, qu’à deux: 

CUX:.. 

Plufieurs Auteurs ont décrit la tè-- 
te du Tænia de la premiere efpéce’, 
c’eft-à-dire, du Tænia qui a des: 
mammelons tres-fenfibles le long: 

(4) Mot compo‘ de Lithos, qui en Grec fignifièr- 
Pierre, & de Fago, quifignifie jemange, 


S-1}: 


212 De la Génération 
du corps; car pour la feconde efpé- 
ce, qui eft le Tænia à épine, onn'ya 
point encore trouvé de tête. Quoi 
qu'ilen foit , la defcription que di- 
vers Auteurs donnent de la tête du 
. premier, fe rapporte fort à ce que 
nous avons vu de nos propres yeux. 
L’Auteur du Traité de Partium Mor- 
bis & Sympt. Lib. VI. Cap. 1e. (a) dit 
avoir vu à un Ver plat de fix aulnes 
de long , rendu par un Soldat, une 
tête faite en forme de poirreau où 
verrue. Cum capite Verrucofo. N ajoute 
en avoir vu un autre de plus d’une 
aulne , lequel avoit à la tête de pe- 
tites ouvertures en forme d’yeux. 
Edouard Tyfon , dans fa Difer- 
tation Angloife fur le Ver plat, dit 
qu'à la tête de ce Ver, onne voit 
nulle ouverture , pas même avec le 
microfcope: Mais il ne parle de la 
forte, que fur Fexamen qu'il a fait 
des Vers plats des Chiens , oùen ef- 
fet, on ne voit point detête. Mais 
pour nous qui avons obfervé des 
Vers plats fortis du corps de diver- 
fes perfonnes , & qui en avons 
avec la tête, tel que celui, par exem.- 
(à) D. Reinholdi Wagner Obferv. 


des Vers. 21% 
ple, qui eft repréfenté dans la plan- 
che qui fe voit à la page IV. de la 
Préface, nous pouvons aflurer qu'il 
Y a à cette tête, quatre ouvertures 

ien diftinétes & bien formées. 
Aurefte , ce Ver de la premiere 
planche, ainfi que nous l’avons dit, 
n'eft pas forti entier, & felon tou- 
tes les apparences , il auroit ewen- 
core plufieurs aulnes , fi le refte ne 
s'étoit pas rompu ; car comme læ 
queue de ces fortes de Vers eft fort 
mince & étroite, il eft aife de ju- 
ger que l'endroit ou celui-ci s’eft 
rompu , étant aflez large, il falloit 
qu’il y eût encore une grande éten- 
due de-là jufqu’à la fin, étant vrai- 
femblable que cette fin alloit en 
étreciflant peu à peu, avec la même 
proportion que le col. Je conferve 
ce Ver dans de l’eau-de-vie avecun 
grand nombre d’autres que j'ai fait 
ortir depuis. Son corps eft tout ar- 
ticulé, ainfi que nous l'avons remar- 
qué , c'eft-à-dire, tout articulé d’ef- 
pace en efpace , comme un rofeau , 
fi ce n’eft que le rofeau eft rond , & 
que le Ver eftplat ; en forte qu'on 
peut comparcer les anneaux de ce 


ZI 4 De la Génération: 

Ver à ceux d’un rofeau qui feroit- 
applari. L’efpace contenu depuis un: 
anneau jufqu’à Pautre , eftcomme 
un petit ventre un peu enflé fur le 

milieu de la largeur. À chacun de: 
ces ventres , il y a toujours un des. 
bords auquel on remarque une émi- 
nence en. forme de mammelon , 
ayant au bout une ouverture pref- 
que impcrceptible, qui fe difcerne: 
en approchant les yeux de près, &: 
qui eft le commencement d’un petit. 
vaifeau bleuâtre qui-fe voit à tra-- 
vers le mammelon en dedans. Ces. 
mammelons font inégalement ran- 
gs , comme nous l'avons déja ob- 
fervé dans notre premiere édition , 

y en ayant tantôt trois d’un côté, &: 
deux de l’autre, tantôt un d’un côté, 

& deux ou trois de l’autre , & pref- 

que jamais autant d’un côté que de 
Pautre , ainfi qu’on le peut voir dans 
la planche qui eft à la page V. de la- 
Préface. Il y a apparence que ces. 
mammelons font autant de pou- 

mons qui reçoivent lair par les pe- 

tites ouvertures dont nous venons 

de parler, lefquelles par conféquent 
font autant detrachées. Cé grand: 


des Vers. TEST 
fombre de poumons dans un même 
animal , n’eft point une chofe: 
extraordinaire , les perfonnes qui: 
ont quelque connoifflance ,de la: 
ftruûure des Vers, fçavent que plu-- 
fieurs en ont un nombre confidera- 
ble , & que fouvent tout leur corps, 
depuis le commencement jufqu’à la: 
fin , eft une chaîne de poumons. If: 
faut voir ce qu'a écrit là-deflus M. 
Malpighi dans fon Traité du Ver à: 
Soye. La peau du Ver dont nous. 
parlons , em fait prefque toute la 
fubftance ; on peut le comparer en: 
cela à certains arbres ; aux Saules. 
par exemple, qui, différens des au-- 
tres arbres, n'ont prefque que l’'é-- 
corce , quoique d’ailleurs très-fains.… 
Cette peau eft fort dure, fort life, 
& extremement blanche. Elle eft 
_ outre cela , tranfparente comme je 
_Fai déja dir. On voitautravers de: 
ectte même peau, bien diftinéte- 
ment, le petit vaifleau blenâtre dont: 
nous venons de parler , lequel s’é- 
tend jufqu’à la moitié de la fargcur- 
du corps ; on y apperçoit aufli dans: 
chaque ventre , mais moins facile- 
men: , des ramifications faites. em 


216 De la Génération 
forme de peignes, defquelles nous 
parlerons plus bas. 

Fe croyois en ouvrant le Ver qui 
a donné-occafion à ce Traité, que. 
jy découvrirois quelque organe, & 
pour cela, je priai M.Mery de l’'Aca- 
démie des Sciences , fi habile pour 
les Diffeétions les plus fines & les. 
plus délicates , de m'en diffequer: 
une partie : nous EN -COUPÈMES un 
morceau que nous examinämes foi- 
gneufement en préfence de M. de: 
Fermithuy , alors Doéteur de la Fa- 
culté de Médecine de Montpellier , 
8&c depuis de celle de Paris, hom- 
me extrémement ver{é dans la Phy- 
fique & dans FAnatomie 5 mais 
nous ne pâmes rien découvrir, & le. 
fecours des meilleurs microfcopes 
nous fut inutile : le petit vaifleau 
blenâtre , & les ramifications dont 
je viens de parler, ne furent pas plus 
vilibles , parce que j'avois mis le 
Ver depuis plufieurs jours dans de: 
leau-de-vie pour le conferver, & 
que l’eau-de-vie avoit fait difparot- 
tre ces parties tendres & délicates. 
Nous appercümes feulement dans 


toute l'étendue du Ver un amas infi- 
ni 


des Vers. 217 
ni de petits corps globuleux , ref- 
femblans à des grains de millet, 
mais très-ronds. Je ne fçaurois 
mieux comparcr l’amas de ces pe- 
tits globules , que j'ai regardés de- 
puis avec un nouveau foin par le 
microfcope , qu’à ces amas d'œufs 
qui fe trouvent dans les carpes. Ils 
paroiflènt entaflés de la même ma- 
niere , & tous diftingués les uns des 
autres. Ils font en fi grand nombre 
dans ce Ver, que fi on les touche 
avec la pointe d’une épingle, ce qui 
demeure attaché à l’épingle, ne füt- 
il pas plus gros que le plus petit 
grain de poufliere , paroît par le mi- 
crofcope un amas incroyable de pe- 
tites boules. M. de Belleftre , Doc- 
teur- Régent de la Faculté de Méde- 
cine de Paris , & fi éclairé dans la 
Phyfique , examina avec moi ces 
globules , & conje&tura que c’é-? 
toicnt autant d'œufs. Les perfonnes 
qui ont ce Ver, rendent ordinaires 
ment dans leurs déjections, de ces 
petits corps cucurbitaires dont nous 
venons de parler. Ils font ainf 
nommés , parce qu’ils reflemblent 
en quelque forte à des graines de 

Tome I. 


4 


24 8: De la Génération 

Concombre ou de Cucurbite. Is 
ont du, mouvement , & M. de la 
Solaye, Avocat , dont j'ai déja par- 
1, en rendoit une fi grande quanti- 
té, qu'il m'en apportoit quelque- 
fois une grande tabatiere toute plei- 
ne, ou je les voyois s’agiter en plu- 
fieurs manieres.. J'ai dit dans ma 
premiere édition , que .ces petites 
portions cucurbitaires n’étoient au- 
tre chofe que les œufs du Tænia, 
lefquels groflifloient après être for- 
tis du ventre du Ver ; mais un nou- 
vel examen m'a fait changer de fen- 
timent , comme je l'ai déja dit 
dans Edition de 1714. Je-fuis de- 
puis long-temps convaincu .de ce. 
qu'avance Hippocrate, lorfque par- 
lant des prétendus Vers Cucurbi- 
taires dont il s’agit , il; dit que ce 
font des portions qui fe détachent 
du corps du Tænia ; en effet fi l’on. 
examine de quelle maniere ce Ver 
eft conftruit , & que l’on compare 
ces petites portions cucurbitaires 
avec les efpaces contenus entre les 
articulations ou anneaux , on verra 
qu'elles ne font que des portions de; 
ce Ver, lefqueiles fe font rompues, 


des Vers. 219 

dans les endroits des articulations , 
à peu près de la même maniere que 
les pattes des Hannetons fe rom- 
pent plus aifément dans les endroits 
des jointures qu'ailleurs. À chacune 
de ces portions eft un petit mam- 
melon, comme à celles du corps du 
Ver ; elles ont la même figure , la 
même couleur , . la même confiftan- 
ce , la même épaifleur. Mais pour 
s’en convaincre davantage , iln'y a 
qu'à tirer aflez fortement quelques 
portions du corps du Ver pour les 
détacher les unes des autres, & on 
verra que ces efpaces contenus en- 
tre les interfections ou articles , 
étant ainfi féparés, ne feront en rien 
différens des petites portions cu- 
curbitaires dont il s'agit. Nous 
avons dans des phioles d’eau-de- 
vie,plufieurs de ces petites portions 
_ féparées , lefquelles ont été rendues 
ar divers Malades attaqués du Ver 
dont il s’agit, & nous les avons 
examinées foigneufement , elles 
{ortent fouvent vivantes, & avec 
un mouvement trés-fenfible. Mais 
ce mouvement , quoique trés fenfi- 
ble, n’eft point tel que le décrit Mr 


Ti 


230 De la Génération 

Barrés dans une (4) Diflertation im- 
primée à Paris en 1734:,, H n’y a 
» pas long-temps , dit-1l, qu'un de 
»mes Malades de la campagne, ren- 
» dit par bas, un grand nombre de 
» petits Vers plats, de couleur blan- 
“che, de figure quarrée | mais un 
» peu convexefur les côtés, & dont 
» la sroflèur répondoit au lobe d’u- 
»ne petite féve. Leur mouvement 
» me parut fingulier : tantôc ils s’é- 
“lancoient , & failoient de petits 
# faults , tantôt ils fe rouloient vi- 
» goureufement ,-pour tâcher de fe 
» rattraper & de fe rejoindre. On 
»en voyoit parmi ceux-ci , qui fe 
» tenant accrochés par leurs extrèmi- 
» tés, formoient une petite bande 
» d’un demi-picd de long, où l’on 
» pouvoit compter, par autant d’in- 
» terfections afez fenfibles, quanti- 
“té de ces ammaux , fifortement 
» liés entr'eux , qu'on avoit beau 
» coup de peine à les féparer. En cf. 


{a) Diffestarion de M. Barrés, Doéteur en Méde- 
cinc de la Faculté de Montpellier , fur la Nature du 
Yer Solitaire. A Paris , 1724. Mercure de France , 
mois de Décembre , chez Guillaume Carvelier , rue S, 
Jacques 3 la Veuve Piflot, Quay de Conti i Jean de 
Mulli, au Palais. FER US my 


U 


# des Vers. ZT 
* fet, à mefure que je tâchois moi- 
»” même, d'en venir à bout , leur 
5 peau s’étendoit & fe prétoit fi fort, 
» qu’elle étoît für le point de fe dé- 
» chirer , & alors des mouvemens 
» fi violens , caufant indubitable- 
» ment de grands tourmens à cette 
» traînce de Vers , n’a-t-on pas tout 
» fujet de penfer que la douleur dé- 
» montoit leurs reflorts, & leur fai- 
» foit lâcher prife ? C’eft aufli dans 
» CCt état, qu'on les remarauoit fi 
» irrités par des mouvemens violens 
8 irréguliers , qui ne finifloient 
» qu'aprés que ces animaux avoierit 
» repris la place d’où on les avoit 
» arrachés. 

» Cét exercice fe fit pendant 
# quelque peu de temps que la vi- 
» guCur de ceux qu’on rerenoit dans 
» l'éloignement pour les empêcher 
» de fe reprendre , devenant infen- 
» fiblement foible & languiffante’, 
» fe perdit bientôt avec la vie. 

» Je remarquai avec furprife , le 
» bon ordre que ces Vers fem 
# bloient garder dans leur arrange- 
» ment : rien de plus merveilleux 
» que de les voir autour de cette 

T'üÿ 


222 De la Génération 
» chaîne vermineufe, fans avoir de 
» débat pour gagner leur pofte, ce- 
» der , pour ainfi dire, tout le droit 
» de fe prendre le premier, à celui 
» qui fe trouvoit le plus à portée, . 
» dans le temps que les autres plus 
» éloignés , attendoient que leur 
> tour füt venu de fe ranger de fui- 
» te. Cependant le temps qui fe paf- 
» fa dans cette opération fut de très- 
» courte durée , puifque dans un pe- 
» tit inftant le nombre de ceux qui 
» {e mirent de la partie , augmenta 
» beaucoup la longueur de Ia chaï- 
2 NE «cc. 

M. Barrés termine ce difcours en 
difant que l’obfervation, dont il s’a- 
git, a été faite le 16. d'Avril 1734. 
à Paulian , petite Ville du Diocele 
de Beziers ; après quoi il s’écrie, 
comme tran{porté d’admiration : 


+ 


Que peut-on penfer [ur cette efpèce de 
deférence qui regnoit parmi ces petits am- 
maux ? ù 

Nous ne ferons aucune réflexion 
fur cette prétendue hiftoire , racon- 
tée par A1. Farrés, Doëteur en Méde- 
cine de la Faculté le Montpellier ; c'eft 
une puerilité qui ne mérite pas la 
moindre réfutation. 


: des Vers. 133 
: Quoi qu'il en foit , nous ne fçau- 
rions mieux comparer le mouve- 
ment que nous avons vu faire aux 
petités portions cucurbitaires dont 
nous avons parlé, qu’à celui du col 
des Limaçons , lequel s’allonge , fe 
racourcit , & fe replie. 

Ces petites portions font repré- 
fentées d’après nature, dans la flan- 
che fuivante, & pour les faire def- 
finer bien exaétement , nous avons 
profité de l’occafion que voici. 

M. de la Solaye, dont il a été dé- 
ja tant parlé , & que je traitois ma- 
Jade , rendoit par trentaines, de ces 
petits corps cucurbitaires, qu'il en- 
fermoit quelquefois dans une peti- 
te boete. Le 30 O&obre 1700. il 
m'en apporta un grand nombre’ 
qu'il venoit de rendre ,; & qui 
étoient toutes vivantes. Je les por- 
tai fur le champ chez Mr l'Evèque, 
Deflinateur & Graveur, rue S. Se- 
_verin , lequel les deffina auffi-tôt en 
ma prélence , & exprima au natu- 
rel les divers mouvemens qu’il leur 
vit faire ; après quoi il les grava 
comme on les voit dans la planche: 
Æuivante. ke} 

Tiv 


224. De la Génération 

Le mouvement de femblables 
portions cucurbitaires , & plufieurs 
circonftances qui les regardent, font 
trés-bien expofés dans une Lettre 
qui m'a été écrite de Bayonne Île 21. 
Juillet 1731. par Mr Deftandau , 
premier Médecin de la Reine pre- 
miere Douairiere d’Efpagne. 

Il s’agit ici de faits, qui, par rap- 
‘port à ce qui concerne le Tænia, ne 
Açauroient être trop conflatés. C’eft 

pourquoi je rapporterai la Lettre 
même de ce fcavant Médecin. 

» Un des principaux Officiers de 

» cette Cour , we mande-t-1l , jeune 
» homme de trente-cinq à trente-fix 
»ans , d’un temperament pitui- 
»teux & fanguin, d’une complexion 
» robufte , & adonné à toutes foites 
» d'exercices violens , fe plaignit à 
» moi, il y a plus d’un an; 1°. qu'il 
» fentoit defréquens maux de tête, 
» accompagnés de quelques affadif- 
» femens"& foiblefies d’eftomac , 
# où maux de cœur, fur-tout quand 
» il reftoit quelque temps fans man- 
» ger. | 
» 2°, Qu'il rendoit par bas , cer- 
» tains pelottons blancs qui lui 


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Porhons cucurhitrires que rendentceux qui 
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B.Quand elles SUTSTÉC Quar. Lales serplur 
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des Vers. 21$ 

» étoient inconnus. Je remarquai 
» qu'il avoit beaucoup perdu de 
Fes embonpoint ordinaire , & 
» de fes couleurs ; mais avant que de 
+ me déterminer à lui faire aucun 
» remede , je voulus fcavoir au juf- 
» (C, ce que c'étoit que ces pelottons 
» blancs; il m'en fit voir trois ou 
» quatre, que je reconnus être des 
» Vers plats ou cucurbitaires. In- 
» ftruit par votre Livre, & par ma 
» propre expérience, je ne bafançai 
» pas à l’aflurer qu’il avoit dans fe 
» corps le Ver Solitaire. Alors , 
» fans perdre de temps, je mis le 
5 Malade dans l’afage des remedés 
» propres à chaffér ce Ver , & me 
, fervis pour cela, de purgatifs, de 
, vomitifs, & de contrevcrs, dont 
,, Javois vu déja de bons effets en 
,, Cas pareil , ayant fait rendre juf- 
,, qu'ici quatre Vers de cette efpéce. 
, 11 y a huit à neuf mois que le 

,, Malade rendit environ deux aul- 
,, nes & demi de Ver plat, large de 
,, trois lignes , & épais de plus d’u- 
,, ne demi-ligne. Ce Ver avoit des 
,, nœuds ( à intervalles nrefque 
>, égaux ) d'environ trois lignes, & 


7 


116 De La Génération 

;, il me parut tout femblable à ce- 
» lui qui eft gravé dans la premiere 
>, planche de votre Livre. Le Mala- 
» de fe trouva à merveille après 
» avoir rendu cette portion de Ver, 
,, & fut prés de fix mois fans jetter 
; aucun Ver Cacurbitaire. Il reprit 
» {es couleurs & fon embonpoint. 
» Mais après quelques mois de cal- 
» me , il s'appercut qu'il recom- 
» mençoit à rendre des Vers Cu- 
,, curbitaires, & il me vint dire que 
ion Ver travailloit , ( c’étoit fon 
,, expreflion ) en effet ils commen- 
,, cerent à fortir en fi grande abon- 
» dance , qu'il en étoit incommo- 
» dé , cespetits Vers Cucurbitaires: 
, avoient un mouvement fenfible 
» d'abord après être fortis. Ils fe re- 
» trécifloient , ils fe replioient en 
arc, & fembloient vouloir mar- 
» Cher Bientôt aprés ils s’allon- 
>, geoient , & demeuroient immo- 
 biles. Je fis d’abord recommencer 
;, les remedes au Malade , & après 
,, lui avoir fait ufer de quelques pur- 
» gatifs, je le mis dans l’ufage dela 
» poudre de fougere , mélée avec: 
» une préparation de mercure. Le 


des Vers. 227 
;, fecours que j'en tirai , fut qu'in- 
» {enfiblement le Malade ne rendit 
» plus de Vers Cucurbitaires. Enfin, 
» Au commencement du Printemps, 
» aprés lui avoir donné une bonne 
>, prife de tartre émerique, je le mis 
» dans l’ufage d’une tifanne purgati- 
, VE & vermifuge, dont je lui fis 
» prendre deux verres par jour pen- 
» dant 40. jours. 11 rendit EMA AN 
» légeres portions de Vers pendant 
» l'ufage de cette tifanne. Son Ver 
» ne travailla plus, & le Malade 
;, récouvra fon embonpoint & fa 
;» bonne mine. Jelui confeillai alors 
» d'aller prendre des Eaux Minera- 
» les qui font à trois lieues d'ici, & 
» qui purgent aflez bien ; je lui en 
» fis continuer l’ufage pendant ur 
» mois , & par le fecours de ces 
» Eaux, ïl a rendu à trois ou quatre: 
» reprifes , environ douze aulnes de 
» Vef , comme le précédent, avec 
,, cette difference, que les deux der- 
»niers morceaux qu’il a rendus , 
, dont l’un eft de trois aulnes & de- 
» mie, & l’autre de deux aulnes, 
,; Ont diminué de la moitié de la 
» largeur ; en forte que le bout du 


228 De la Génération Le 
>, dernier morceau , eft, à peu prés; 
,, comme la fin de la pénultiéme 
,, branche de votre même planche. 

,, Au refte, toutes les fois que le 
,, Malade a rendu de ce Ver, 1l s'eft 
,, appercu d’un mouvement fenfi- 
,, ble dans la portion rompue ou 
) coupée ; ce mouvement duroit 
,, tantôt plus , tantôt moins, & pen- 
,, dant que le Ver étoit encore en- 
,, tier, & qu'on tächoit de le tirer 
, doucement , on fentoïit effort 
, qu'il faifoit pour rentrer. La por- 
,, tion qui étoit en dehors racourcif- 
,, foit beaucoup. Un jour qu'il y en 
avoit environ fix auines dehors, 
 & que cette longueur tenoit en- 
Core à ce qui étoit refté en de- 
, dans , le Malade fit faire un nœud 
,, coulant à ce qu’il y avoit de forti. 
> I vit alors avec étonnement, que 
3, leWer) 2 force de fe aller, 
, défit le nœud. 

,, Depuis que le Malade à fini fes 
;, Eaux, il ne rend plus de Vers plats, 
,, il a repris fon appetit & fa cou- 
; eur naturelle. Il ne refte plus ni 
,, foiblefles , ni maux de cœur, lors 
» même qu'il refte long-temps fans 


des Vers. + + 229 
#» prendre d’alimens. Enfin il fe 
, trouve auf leger , & aufñli propre 
,, à toutes fortes d'exercices , qu’à 
» l'âge de vingt-cinq ans. 

Mr Deftandau , aprés ce récit, 
qui n’eft pas moins utile que cu- 
rieux , par rapport à la Médecine, 
ajoute , avec grande raifon , que 
le Ver dont il s'agit, a véritable- 
ment vie, pe dife Mr Lan- 
cifi. Je pañle en faveur de la brieve- 
té, mais avec regret , le refte de Ia 
Lettre de ce fçavant Médecin, pour 
venir à ce que m'ont écrit, fur un 
fujet femblable , deux autres té- 
moins , dont l'autorité eft ici d’au- 
tant plus grande , qu'ils font eux- 
mêmes les Malades dont ils me par- 
lent. Le premier eft Mr de Long- 
champ , homme de diftinétion, & 
Officier du Roy à Orbec. ; 

», Vous prétendez , me dit-il, dans 
» fe Lettre, ( qui eff du 7. Janvier mil 
», Jept cent trente-quatre ) que Îles pe- 
, ts Vers plats que je rends depuis 
,, cinq ans, & fur lefquels je vous ai 
» demandé votre avis , ne font que 
,, des portions du VerSolitaire , & 
que Mr *#* , Médecin de cette 


230 De la Génération 

» Vilie , s’eft trompé de vouloir que 
»> ces portions fuflent autant de Vers 
,, particuliers , quoiqu'il convienne 
,, cependant que les trois bouts arti: 
,, culés , & de huit à dix pouces de 
, longueur, que Îles remedes m'ont 
,, fait rendre , foient efleétivement 
., des portions d’un grand Ver norñ- 
,, mé 7'ania.Ce Médecin m’engagea 
il y a quelques jours,de faire venir 
3, Mr Dubois, Médecin de Lizieux, 
, qui fe trouvoit alors dans certe 
, Ville : ce dernier examina, par le 
» fecours des loupes de verre, & 
» des microfcopes que j'ai , un de 
» ces Vers,fur le papier , dans l’eau, 
» & fur fa main, dont la chaleur le 
» ranimoit, & alors il décida har- 
» diment que cette prétendue por- 
» tion { la voilà ici deffinée }) étoit 
» un Ver entier, que le bout qui pa- 
» roît comme quatre, étoit la tête 
» de ce Ver , & que l’autre bout 
» qui paroît arrondi , en étoit la 
52 queue. . 


: PMR» 


» Mes Vers Cucurbitaires font 


des Vers. 231 
4 très-plats , trés-blancs , & d’une 
» chair fatinée , qui dre huileufe 
“ quand ils fortent de mon corps ; 
: C'eft ce que jai trouvé aprés les 
» AVOIr EXaminés mieux que jamais, 
» avec ces Médecins, par le moyen 
» de mes loupes & de mes microf- 
# COPES. 


», J'ai reconnu par ce nouvel exa-. 
» men , qu'au bout marqué [. il y a 
:, quatre petites élevations rondes, 
» & perlées avec quatre autres 
,; femblables par-deflous ; qu'entre 
,; Ces deux rangs il regne un creux: 
» de 3.en 4. qui n’a de profondeur, 
, que’ce que lui en laïffent les huit: 
,, élevations qui le bordent. Ce 


O0O0OO 
0000 


y bout n'eft pas fi épais, à beaucoup 


232 De la Génération 

, près. Je n’y ai rien vu de plus. 
,, Mr Dubois, Médecin de Lizieux, 
,, veut donc que ce foit là la tête , & 
,, que de 1. à 2. ce foit un Ver en- 
,, tier. I y a vu, à ce qu'ildit, deux. 
, veux & deux cornes , &c eft mé- 
,, me en doute, à l'égard des cor- 
,, nes, s'il n’y en a pas 4. Il a vu de 
, plus , & nommé anatomique- 
> ment une trentaine de parties de 
, ce Ver , tandis que pour moi, je 
,, n’y entendois & n’y voyois rien, 
» fi ce n’eftun petit boyau noirâtre, 
» comme en 5. I conclud que c’eft 
, un Verentier, organifé de toutes 
les parties qui lui font propres & 
, néceïaires , qu’il multiplie en 
» moi, & qu'il n'a aucun rapport 
» avec le Ver Solitaire. 

Mr de Longchamp pañle de ce ré- 
cit, à ce qui concerne le mouve- 
ment de ces petits corps cucurbitai- 
res , ce qu'il en dit étant comparé, 
19. AVEC Ce que j'ai marqué dans la 
planche qu'on vient de voir à la pa- 
8€ 224. 20. AVEC CC qui eft dit fur le 
même fujet, dans la Lettre de Mr 
Deftandau , copiée ci-devant; 30. 
avec une autre Lettre que nous rap-. 

portcrons 


des Vers. 233 
porterons de M. Pitois, Médecin de 
Beaune , peut beaucoup fervir à 
éclaircir cette matiere. Voici donc 
comme M. de Longchamp s’expli- 
que fur les mouvemens qu’il a re- 
marqués dans les petites portions 
cucurbitaires qu’il a rendues. I ny 
a pas un mot à perdre de ce qu'il 
dit fur cet article : ,, Quoique je 
» défére tout-à-fait, me dit-1l, à ce 
» que vous penfez , je fuis tellement 
» dans l’ufage de dire mes Vers, & 
#non pas les bouts de mon Ver Solitai- 
57e; que vous me pañlerez volon- 
“tiers de fuivie encore mon an- 
» Cicnne habitude à cet égard: Je 
5 vous dirai donc que dés que mes 
» petits Vers font fortis, le bout 21: 
ns'éleve & remue de tout fens, 
» comme cherchant un féjour qui 
_» lui foit propre, tel qu’étoit çelui 
» qu'il vient de quitter. Il s’allonge 
» en SCtréciflant, ou fe gonfle en 
» S'élargifant; & alors la matiere 
» qu'il a dans le corps, fe raflemble 
» dans fon milieu, & paroît plus 
» épaifle que quand il eft allongé. 
» Qu'on mette ce Ver dans l’eau , if 
prend une figure ovale, qui fait 

Tome Z. 


F2. De la Génération 

» croire à M. * * Médecin de cette: 
» Ville, qu'il eft de l’efpéce faite 
»en forme de graine de courge. 
» Après qu'il a été quelque temps. 
» dans l’eau, il s’y allonge; mais if 
» n’y ft jamais fi long ni fi large. 
» que lorfque je viens de le rendre. 
» En cet état, fes bords font ridés ;. 
» & ces rides ont été autant de: 
» parties fort curieufes pour mes. 
» Médecins , qui étoient char- 
» més de les avoir découvertes; tan-- 
» dis que de mon côté, j'avois la: 
» fimplicité de croire qu’elles n’é- 
»toient que l’efet du racourciffe- 
» ment de ce Ver. M. Dubois: 
» l'ayant mis fur fa main, il y re- 
>» prit vigueur ; mais languiffant, 8 
» aprés être revenu plulieurs fois à 
» fa figure naturelle , il fe gonfla 
» fucceflivement à fes extrémités. 
»Je crus que ce n'étoit que des. 
» convulfions , & qu’il combattoit,. 
» pour ainfi dire, contre la mort; 
» mais ces mouvemens firent voir à: 
»ces Meflicurs, des cornes , des. 
» yeux, & une trompe, dont je ne: 
» vis pas la moindre apparence. 


M. De Longchamp par ces der- 


des Vers. | 235 
ieres paroles fait affez entendre ce 
qu'il faut penfer de ces cornes , de 
ces yeux , & de cette trompe, qui 
ne font en effet rien de reel ; fe 
portions cucurbitaires dont il s’a- 
git , n'ont niCOfnes, nl yeux, ni 
trompe ; mais voici, ainfi que nous: 
Pavons déja remarqué dans les pré-- 
cédentes éditions , ce qui-peut don- 
ner lieu la-deflus à la méprife. 

Le corps du Tænia,eft tout arti- 
culé d’efpace en efpacec: Chaque: 
efpace dansle Tænia de la premiere 
efpéce, c’eft-à-dire, dans celui fans 
épine, reflemble. en quelque forte’ 
par fa figure ovale, platte, un peu 
convexe en {on milieu’, à la graine 
du fruit nommé Cucurbite, où Courge. - 
.. Ces efpaces, quand on les tire: 
avec les doigts pourles déboetter , . 
car ils font rous emboettés les uns: 
dans les autres par leurs extrémi- 


F1 


tés, ne différent en rien des por-- 
tions incurbitaires dont il s’agit , . 
lefquelles ne font en effet que des: 
détachés du Ver Solitaire ou Tænia, . 
qui fe rompt par endroits dans Îes- 
corps où il habite. 
Or voici ce qui fe remarque 
LS ANS 


236 De [4 Génération 

quand on les fépare les uns des au- 
tres en les tirant avec les deux 
doigts : on voit dans la portion où 
l'autre eft emboettée , un petit en- 
foncement au milieu de l’extré- 
mité qui férvoit d’emboetture. Cet 
enfoncement , comme on le recon- 
noît en lexaminant , n’eft qu'une 
petite fofle , que Ja portion déta- 
chée laifle dans l'endroit où elle 
tenoit; à peu prés comme la tige 
d'un œillet , lorfqu’on la cafe dans 
les nœuds ou elle eft emboettée , 
Rife voir dans ces nœuds, une pe- 
tite cavité, qui cft le lieu de Fem- 
boetture. If arrive aufli quelque- 
fois, comme nous Favons encore 
remarqué dans les précédentes édi- 
tions , que cette extrémité emboet- 
tée Ctant dégagée de celle qui la re- 
ccvoit, paroît avoir comme deux 
cornes vers les côtés, ce qui vient 
d’une déchirure qui fe fait prefque 
toujours en cette occalion: Voil4 
fans doute ce-qui a impofé à ces 
Meflieurs dont parle M. de Long- 
champ. Mais revenons au mouve- 
ment de ces portions cucurbitaï- 
XCS. | 


# 
& 


| des Vers. 237 
» J'ai cXaminc, continue tout de fuite 

5 M. de Longchamp, un de ces Vers 
» à la lueur d’une chandelle, & j'ai 
» remarqué qu'en lapprochant de 
» la lumiere, la chaleur le faifoit 
» allonger de tout ce qu'il pouvoit. 
» Sa peau au refte m'a paru alors 
» trés-unie & très-fatince deflus & 
» deflous, comme à fes deux bords. 
» Plus je fe chauflois , plus il re- 
» muoit , & toujours du bout mar- 

ER SR STE ME MES 

squé chifire 2. jufqu'a lendroit 
5 marqué chiffre $. Enfin je le mis 
» fi prés de la lumiere , que la gran- 
» de chaleur fit faire un mouve- 
» ment au bout 1. que je n'avois 
» jufques- [à , jamais vü remuer. 
5 L'autre bout s’y inclina , & la 
* mort s'en fuivit. Cette figure eft 


» celle que la trop grande chaleur 
» lui fit prendre. | 
_ Tellkes font les Obfervations de 
M. de Longchamp fur le mouve- 
ment des portions cucurbitaires 


LA 


Le 


239 De la Génération 

qu'il a rendues, Obfervations véri- 
tablement curicufes, & qui doi- 
vent être regardces comme un ex- 
cellent fuppleinent à la planche que: 
j'ai mile page 224. Peut-on douter 
aprés cela , que les portions cucur- 
bitaires que rendent ceux qui ont 
le Tænia de la premiere efpéce, ne 
foient des portions qui fe détachent 
vivantes du corps du Ver? 

M. Pitois, fcavant Médecin de: 
Beaune en Bourgogne, lequel étoit 
attaqué du Ver Solitaire, & qui 
rendoit de ces portions faites en: 
forme de graines de citrouille , ow 
de cucurbite, m'écrivit à-deflus le 
15. Mars 1736. d’une maniere 
toute conforme à ce que je viens: 
de rapporter :voici fa lettre. 


Mo NSIEUR ; 


» Je lifois, il y a environ deux: 
»ans, Votre Traité de la Généra- 
»tion des Vers dans le corps de 
»lHomme. Je ne m'imaginois pas- 
alors, étre Hôte de la plus fâcheu: 
#{c efpéce de ces Infe@es ; mais 


des Ver. 239 
» per après je m'apperçus, que je 
» rendois quelquefois de ces petits: 
» corps blancs en forme de graines. 
» de concombre , lefquels fem- 
» bloient fe mouvoir; j'exaniinaf 
» ces corps avec foin , & jt recon-- 
» nus bientôt, que c’étoient des por- 
“tions du Tænia; je fis provifion: 
» de racine de fougere femelle & 
» de murier ; jai ufé de ces reme- 
» des à différentes fois, de la ma- 
» nicre dont vous leprefcrivez, & 
“toujours avec fuccés ; c’eft-a- 
» dire , que toutes les fois que je 
» me fuis fervi de ces racines, il'eft: 
» forti une plus grande quantité de: 
» portions du Solitaire ; mais je n’aï 
» point été aufli heureux que beau- 
» Coup d’autres perfonnes que jaï 
»traitées , felon votre mérhode:, & 
» qui ont été délivrées totalement 
» de ce monftrueux animal. Ea tête, 
» & fans doute , une bonne partie: 
5 du corps de celui que je loge , eft 
» reftée opiniâtrément dans moï.. 
» L’eau de fougere dont vous vous: 
» êtes réfervé la recette, acheveroït_: 
»indubitablement la cure que j'a 
commencée fous vos aunfpices.. 


140 De la Génération | 

» Ainfi jefpére que vous voudrez 
» bien m'envoyer la quantité de 
5 Cette EAU QUE VOUS jUSErEZ CONVE- 
»nable, & y joindre un mémoire 
» de la maniere de s’en fervir. Voi- 
» ]à appliquées fur ut morceau de 
»VCITE, trois portions de’ Tænia 
5 que j'ai rendues aprés avoir pris 
» un bol purgatif où j'avois mis le 
» Mercure doux ; les ramifications 
» des vaifleaux m'ont paru fingulie- 
sres. Je fuis, 


+ MONSIEUR, 
Votre, &c:. 
A Beaune en Bourgogne,le s.Mars1736. 


Telle eft la lettre que M. Pitois 
m'écrivit du 15. Mars 1736. par 
fiquelle il me prioit de lurenvoyer 
de l’eau de fougere : je ne manquaï 
point de lui en faire tenir, & voici 
fa répcafe fur ce fujet. 


des Vers. 241 


À Beaune le 16. Juillet 1736. 


Monsieur, 


» J'A1 commence à prendre l’eau 
» de fougere le 2. dece mois. J'ai 
» continué jufqu'à la fin de l'eau, & 
»jai rendu par fon ation, cent 
s quarante-huit portions du Tænia 
» toutes mortes. Il y en avoit plu- 
» fieurs de féparéet. J'en ai auffi 
» trouvé des morceaux de 25. à 30. 
» articulations réunies; jai remar- 
» qué bien diftinétement fur quel- 
»ques-unes , les rofettes & les 
» mammelons figurés dans la plan- 
»“che que vous avez bien voulu 
» nenvoye r. J'ai obfervé fur-tout, 
» que toutes les parties étoient plus 
» épaifles , plus charnues, plus lar- 
» ges , que celles que je rendois 
» avant que d’avoir pris l’eau de 
» fougere. Quoi qu’il en foit , la 
»partie principale , j'entends la 
» tête de cet animal , eftreftée dans. 
» mon corps ; penfez-vous qu'il foi 
»à propos pour le détruire abfolu 

Tome LI. X 


2,42 De la Génération 
» meñnt que Je prenne encore de 
» l'eau de fougere ? Je fuis, &c. 


Prtorzrs. 


Les ramifications de vaifleaux & 
les rofettes dont parle M. Pitois 
dans fes deux lettres, font chofes 
qu'on ne fcauroit bien comprendre 
fans avoir auparavant confulté la 
planche que je luienvoyai, & qui 
elt ci-après. 

_ Ces ramificafons & ces rofettes 
font amplement décrites dans cette 
planche ; je m'abitiens d’en parier 
jufqu'à ce que nous foyions arrivés 
à l’Article où je la rapporte. 
Le SozitaiRe fe nourrit vers le 
ylore, c'eit-à-dire , vers l’iflue de 
be ; c'eft-là qu’il tient fa tête : 
d'ou il eft facile de juger qu'il con- 
fume aifément la meilleure partie 
du chyle, parce qu'il prend cette 
liqueur avant qu’elle foit parvenue 
aux veines laétées. 

Il trouve Là un chyle qui n’eft 
point encore mélangé de bile; ce 
qui peut bien être la caufe du fe- 
jour qu'il y fait: car plus bas la bile 


des Vers. 24$ 
du foie fe déchargeant dans le duo- 
denum , qui eft le premier des in- 
teftins, & {e mélant avec le chyle, 
donne à ce fuc une amertume qui 
le rend moins propre à nourrir le 
Ver; ce qui s'accorde avec le fen- 
timent de quelques,Modernes, & 
entre autres d’Hartman , (4) qui 
dit que l’obitruétion du foie eft ce 
qui entretient les Vers plats. En ef- 
fe on peut dire en géncral, que le 
fiel eft contraire à tous les Vers; & 
fi quelques-uns de ces Infeétes mon- 
tent quelquefois des inteftins dans 
l'eftomac, cela n'arrive , comme 
le remarque Fabricius , (4 ) qu’à 
ceux dans lefquels il y a obftruétion 
au conduit de la bile. 

Il cft vrai qu'on a trouvé quel- 
quefois des Vers dans la veflie du 
fiel ; mais il faut remarquer que 
c’étoit à des perfonnes mortes d’hy- 
dropifie , dans lefquelles cette vefliz 
étoit plutôt remplie de pituite que 
de fiel , ainfi que l’obferve le même 
Auteur. 

La plüpart des Infectes craignent 


(a) Hartm. Prat. Chym. pag. 201. 
(b) Guillelm, Fabric. centur. 24 Objerv. 72e 


X 1} 


244 De laGenération 

le fiel. C’eft ce qu'on peut recon- 
noître par pluficurs expériences, 
& entre autres en mettantdes Sang- 
fues dans une écuelle pleine d’eau, 
dont je deflus des bords foit frot- 
té de fiel, car il n’en fortira pas 
une. Je ne prétends pas cependant 
conclurre abfolument de-là, qu'à 
cet égard le plus grand nombre des 
Infeétes foient comme les Sang- 
fues. Nous avons dit plus haut, 
que quelquefois il y avoit des Vers 
dans le foie, jufques même dans la 
veflie de ce vifcére ; & pour expli- 
quer comment la chôfe pouvoit fe 
faire , nous avons fuppolé que c’eft 
qu’alors la bile étoit dégénérée , & 
n’avoit plus d’amertume ; mais 
nous ne donnons pas cette explica- 
tion comme certaine. Il s’engen- 
dre des Vers fur l’abfynthe comme 
fur les plantes les plus douces ; ainfi 
il pourroit bien s’en engendrer dans 
la bile, fans que pour cela elle eût 
dégénéré. On a vu des Perce-oreil- 
les entrer dans l’orcille, y faire 
leur demeure, & y produire d’au- 
tres Perce-orcilles, fans qu'il y eût 
lieu.de croire que l'oreille füt dé- 


des Vers. 14$ 
pourvue de ce fuc amer dont elle 
eft naturellement enduite. Nous 
traiterons cet article dans le Cha- 
pitre des remedes contre les Vers, 
en parlant desremedes contre 
Jes Vers Auriculaires. Revenons aû 
Tæni1a. ni 

Quoique ce Ver ait fon col & 
fa tête vers le pylore , il ne fort 
néanmoins prelque jamais par la 
bouche. La raifon eneft que le refte 
du corps du Tænia eft trop large 
& trop long pour pouvoir remon< 
ter par le pylore de l’eftomac. 

Ce que je vieris de dire fur la 
maniere dont ce Ver confume le 
chyle, doit faire voir qu'il nya 
rien d'étonnant dans €e que nous 
avons avancé plus haut, que cet 
Jnfe&te , ainfi que l’añure Spige- 
lius («), eft ordinairement feul de 
fon efpèce , dans le corps où fl 
habite. use 

Au refte ce ne font point les Mo: 
dernés qui ont obfervé les pre- 
miers, que ce Ver étoit ordinaire- 
ment feul de fon efpéce dans le 
corps où il fe trouvoit ; Hippocraté 

(a) Spigel, de Lumbrico lato; 
X if 


246 De la Génération 

l'a reconnu; & c’eftun fait dont il 
doutoit fi peu , que loin de le met- 
tre en queftion , il le fappofe com- 
me indubitable ; car voulant prour- 
ver que ces portions cucurbitaires , 
ne font pas les œufs de ce Ver, il 
dit qu'il ne feroit pas poflible que 
d’un feul animal, ilpüt fortir un 
fi grand nombre de produétions; ce 
qu'il n’auroit pas dit fans doute, 
s’il eût penfé qu'il y eût eu plufieurs 


Vers de cette forte dans un même 


corps. 

Quelques Modernes , comme 
nous l'avons déja infinué, croient 
que le Tænia n’cft qu'un amas de 
petits Animaux à part, qui fetien- 
nent quelquefois les uns aux autres 
comme les chaînons d’une chaîne. 
Fernel, (4 ) Perdulcis, (b ) & plu- 
fieurs autres fe le font imaginé ; 
mais un peu d’examen-fuffit pour 
faire voir la vérité de ce que nous 
avons déja remarqué : fcavoir , que 
ce ne font que des portions du So- 
litaire , lefquelles en fe rompant 


(a) Fernel, de Morb. intefhnor. pathol. Lib. VI. 
Cap. 10. 
(b) Perdul, unsverf. Medicin, Lib. XTII. Cap. 224. 


des Verse 247 
fe détachent du corps du Ver; car 
lc Tænia eft fi long , qu’il n’eft pas 
poñlible qu’il ne fe cafe de temps 
en temps, fur-tout étant articulé 
comme il left. Car ces articles, 
ainfi que nous l'avons déja dit, fe 
rompent avec la même facilité que 
ceux qui font aux pattes des Han- 
netons. 

Spigelius ( 4) & Sennert, (b )re- 
connoiflent que le Solium ou Soli- 
taire, eft un Animal unique, & 
non une chaîne de Vers. Quelques- 
uns , dit Sennert, s’émaginent que les 
interfhces de ce Per plat, font autant de 
Vers ; maïs tous ces interflices enfemble ne 
compolent qu'un [eul Ver , lequel a plu- 
fieurs nœuds ou articles. 

Benivenius dit avoir vu un de 
ces Vers plats, & il ajoute que c'é- 
toit autant de Vers liés & unis en- 
femble ; mais Sennert fé moque de 
ce fentiment,& foutient que ce Ver 
étoit unique & ne faifoit qu’un feul 
corps. Le même Sennert reprend. 
Gabucinus de la même erreur : 
» Comme Gabucinus , dit-il , a vu 

(a) Spigel. de Lumbric. lato. Cap. III. 
(b) Sennert, Lib, III. part, 2.fect. 1. Cap. 3: 
-1V 


248 De la Génération 

» que le mouvement de ce Ver étoit 
» plus fenfible dans les entrenœuds 
» qu'ailleurs , 1l a cru que ce n'étoit 
» pas un feul Ver qui remuoit , 
» Mais que ce mouvement étoit ce- 
» lui de plufieurs Vers cucurbitaires 
»joints enfemble. Cependant ces 
» entrenœuds ne font point des Vers 
» particuliers , mais autant de por- 
»tions d'un même Ver plat. C’eft 
ainfi que s'explique Sennert : nous 
ajouterons à cela que puifqu'il 
n'yaici qu'une tête & un col, il 
faut ncceflairement convenir que 
ce n’eft qu'un même Animal.M.Va- 
lifnieri dans fon Traité intitulé: 
Confiderazioni el Efpérienze , érc. pré- 
tend que le Tænia n’eft point un 
feul Ver ; que c’eft un amas de plu- 
fieurs Cucurbitaires qui fe tiennent 
les uns aux autres , à peu prés, dit- 
il, comme on voit que fe tiennent 
les Singes quand ils pañlent une ri- 
viere. On peut là-deflus demander 
à M. Valifnieri, comment ces Vers 
Cucurbitaires fcavent fe ranger ain- 
f avec tant d’ordre dans le Tænia. 
Car le col du Tænia, ou Solitaire, 
eft très-mince & étroit, & va tou- 


des Vers. 249 
jours en s’élargiflant à mefure qu'il 
s'éloigne de la tête. Il faut donc 
fuppofer que ces prétendus Vers 
conviennent enfemble que les plus 
petits fe mettront les premiers, 
puis ceux qui font un peu plus 
grands & les autres fucceflivement 
par étage. Si c’étoient plulieurs Vers 
unis , on n’y verroit pas une fi 
grande proportion; car çe Ver .va 
en clargiffant depuis la tête, avec 
une telle juftefle , qu'ikn’eft pas pol- 
fible de rien trouver de plus jufte, 
& deux hgnes qu'on auroit tirées 
avec la regle , ne pourroient pas 
$tre plus régulieres. 

Si les portions du Tænia ou Soli- 
laire , étoient autant d’Animaux 
attachés enfemble , il arriveroit , 
quand ces prétendus Animaux fe- 
roient morts , une chofe qui n’arri- 
ve point. C’eft qu'ils fe déboette- 
roient lesuns d’avec les autres, & 
cependant ils tiennent alors fi fort 
enfemble , que lors même qu’on les 
tire , ils fe rompent plutôt que de 
fe détacher ; c’eft ce que j'ai éprou- 
vé plufieurs fois. 

Le Tænia dont nous parlons, 


250 De la Génération 
peut être, ainfi que nous l'avons 
déja dit, comparé à la plante nom- 
mée Equifetum , où queue de Cheval , 
hquelle ef toute remplie de nœuds: 
on peut encore micux la comparer 
au figuier d'Inde , qui eft tout com- 
pofé de portions ovales, plattes & 
ventrues , firuées les unes fur les au- 
tres , & qui ‘e tiennent bout à bout, 
comme on les 
voit repréfen- 
tées dans la fi- 
gure c1-iOinte. 
Qui diroit 
que ces par- 
ties du figuier 
d'Inde , ainfi 
pofées les unes 
fur les autres, 
font autant de 
plantes à part , 
fe tromperoit 
fans doute.Ce- 
lui qui croit que les portions qui 
compofent le Tænia, font autant 
d’Animaux à part, eft dans une er- 
reur femblable. Enfin dire que les 
portions du Tænia contenues entre 
les nœuds ou articles de ce Ver, 


des Vers. 2S% 
font autant d’Animaux, c’eft dire 
que les efpaces contenus entre les 
nœuds d’un rofeau, font aytant de 
rofeaux , & ne compofent pas en- 
femble un rofeau unique. Mais 
voici un fait qui termine la que- 
ftion : c’eft que dans le Ver Soli- 
taire , il y a un vaifleau de commu- 
nication qui s'étend tout le long du 
corps de ce Ver, fans être inter- 
rompu par les nœuds ou jointures 
dont le Ver paroît entrecoupé. Ce 
vaiffleau confifte en un conduit uni- 
forme très-délié & tranfparent , 
qui , par le moyen de la louppe pa- 
roit du diamétre d’une petite foie 
de Cochon. Il renferme une li- 
queur tres-claire, femblable à celle 
qui {e voit dans les vaiffleaux fan- 
guins des Limaces, des Limacons 
& des Vers de terre. Quand on in- 
jeéte dans ce vaifleau , par le moyen 
d’un tuyau extrémement fin, une 
matiere coulante , on la voit en- 
filer en ligne droite, ce même 
conduit ou vaifleau , & l'enfiler 
tout le long du Ver, précifément 
entre les deux bords fous la mem- 
brane externe ; fans être arrétée.par 


2 52 De [a Génération 
les nœuds ou jointures dont nous 
venons de parler. 

Après une telle découverte, om 
né doit plus douter que le Tænia 
ou Solitaire, ne {oit un feul Ver, 
& non un amas de plulieurs Vers 
joints enfembic ; c’eft au fçavant 
M. Winflow qu'eft due cette dé- 
couverte, ainfi qu'on le va voir par 
la lettre fuivante qu'il m'a écrite {ur 
ce fujet , en réponfe à une autre 
qu’il avoit recue de moi. 


Monsieur, 


» Le vaifleau de communicationt 
» que jai découvert dans les Vers 
» Solitaires que vous me donnâtes 
» lannce derniere , & que je vis 
» tout vivans chez vous, confifte, 
» ainfi que je lai rapporté à l’Aca- 
» démie des Sciences, en un con- 
» duit uniforme très-délié & tran£ 
» parent , lequel , par le moyen: de 
» ma loupe, me parut du diamétre 
#d'une petite foie de Cochon: Il 
» contenoit une liqueur très-claire, 
» pareille à celle que j'ai vue autre- 


des Vers. 253 
s fois dans les vaifleaux fanguins des 
»%Limaçons, des Limaces, & mé- 
» me des Vers de terre. J'ai injecté 
» dans ce vaifleau , par le moyen 
» d'un tuyau extrémement fin, & 
» femblable à peu prés, à ceux dont 
» on fe fert depuis quelque temps 
» pour faire des injections médica- 
» mentcuf£s dans les points lacry- 
» Maux , une matiere très-coulan- 
» te, dont je ferai part dans quel- 
» que temps à l’Académie des Scien- 
» ces , & en pouflant cette maticre, 
» je l'ai vue enfiler ce même con- 
» duit ou vaifieau , en ligne droite, 
» tout le long du Ver, précifément 
» entre les deux bords, fous la mem- 
» brane externe , fans être arrêtée 
» par les nœuds owjointures, dont 
»# ce Ver paroît entrecoupé. Com- 
» me l’Académie, lorfque je lui rap. 
» portai le fait , me recommanda 
» de fuivre cetre expérience , & 
» qu'elle vient encore tout récem- 
» ment de mele recommander, j'a- 
» vois deflein de vous prier , com- 
» me il vous arrive fouvent de faire 
» fortir de ces Verstout vivans , de 
» vouloir bien m’avertir quand il 


264 … De la Génération 

» vous en viendroit quelques-uns, 
» afin que je puifle fatisfaire à l’en- 
» gagement que jai pris là-deflus 
» avec l'Académie. Mais comme il 
» faut un beau foleil pour faire l’ex- 
» périence dont il s’agit , j'attendrai 
»jufqu'au Printemps , où J'efpere 
» que vous voudrez bien m’accor- 
» der la grace que vous m'avez de- 
» ja faite. Je fuis, &c. 


MONSIEUR, 


Votre, &c. 
WINSLO w. 


À Paris , ce 20. Décembre 1730. 


+ 

Que répondront à ce témoignage. 
de Mr Winflow , ceux qui veulent 
quele Ver Solitaire foit, non un 
{eul Ver, mais une chaîne de Vers, 
qui fe tiennent attachés les uns aux 
autres ? R 

Luftanus ( 4) rapporte lhiftoire 
d’une Dame qui rendit un Ver aflez 


(a) Amat. Lufitan, Curat. Medicin. Cent, 6, Curat, 
74. fr. 630. CF 631 


É des Vers. 25$ 
femblable au Solitaire dont il s'agit: 
» Une Dame, dit-1l, qui d’ailleurs fe 
» portoit bien, fe fentit attaquée 
» d’une petite toux , & peu aprés, 
» rendit par la bouche un Ver tout 
» vivant , mais fi extraordinaire , 
» pourfuit-1l, Que je n’en avois jamais 
» Vu un pareil ; 1l Ctoit long de qua- 
» tre coudées, large de la moitié de 
» l’ongle, fort blanc, femblable à la 
» fubftance des inteftins, & ayant je 
» ne fçai quoi, qui fembloit tenir de 
» la dépouille d’une Couleuvre. I1 
» avoit une tête en forme de poi- 
» reau, & depuis cette tête, un corps 
» tout plat , qui alloit en étreciflant 
» vers laqueue. Ce Ver, sjoute-t-1l, 
» n’étoit qu’un feul corps, ayant plu- 
» fieurs articles, & ce qui étoit com- 
» pris entre ces articles, reflembioit 
» à des graines de cucurbite. Ces 
» portions en forme de graine de 
» cucurbite , ne renfermoient rien 
+ au dedans, parce que le Ver eft 
» cxXtrémement plat 

La peinture que fait ici Lufitanus, 
répréfente affez bien notre Ver, 
dans lequel , à la referve de ces pe- 
tits corps en forme de globules, 


256 De la Génération 
dont nous avons parlé plus haut, 
nous n'avons pu rien découvrir non 
plus. Celui-ci dont parle Amatus 
Lufitanus, fortit par la bouche, ce 
ui arrive rarement , car le Tænia 
Ms prefque toujours par bas. 
 Amatus Lufitanus ajoute que fe- 
lon Hipoocrate , le Ver dont ii s’a- 
git , neMcauroit produire ces pré- 
tendus Vers Cucurbitaires , que 
quelques Médecins du temps de ce 
grand homme , afluroient être les 
produ&ions du Ver plat. Hippocra- 
te, continue t-il, appuie fon fentiment 
fur plufeurs raifons , dont deux 
principalement paroiïffent éviden- 
tes. La premiere , eft que le Tænia 
fe rompt par endroits, & que les 
portions qui s’en détachent , font 
femblables à des graines de cucur- 
bite ; enforte qu’en comparant les 
unes avec les autres , on n'y apper- 
coit aucune différence : la feconde, 
que la capacité du corps de ce Ver 
eft trop petite pour pouvoir conte- 
nir un fi grand nombre de portions 
cucurbitaires. Voilà ce que dit Lu- 
fitanus , & qui eit très-conforme à 


ce que les yeux découvrent. Ronde- 
let 


des Vers. 257 
fet (4) fait mention d'un Ver fem- 
blable , que la Femme d’un Soldar 
rendit étant au Camp de Perpi- 
gnant, & qu'il fit fécher pour le 
conferver. Thaddæus Dunus écrit 
qu'une jeune Femme ayant été ma- 
lade (b) trois ans d’un Ver plat, lui 
en envoya un morceau qu'elle avoit 
rendu , tequel étoit de plus de cinq 
aulnes de long ; que cela lui fit 
d'autant plus de plaifir, qu'il n’a- 
voit encore jamais vu de ces fortes 
de Vers. [l ajoute qu’en r$7r. cette 
Femme mourut, & rendit quelques 
jours auparavant, un autre morceau 
de Ver qui avoit plus de 20.aulnes, 

w'on le lui montra aprés l'avoir 
ss fécher dans un four , pour le 
eonferver. 
: {Gefner dit en avoir lui-même ren> 
du deux qui avoient treize coudées 
de long (rc). Quinzius rapporte dans 
fes Obfervations , qu'ayant purgé 
un Gouteux par précaution, pour 
prévenir les douleurs de la Goute , 
il lui ft rendre un Ver plat , als 


(à) Rondelet, Lib. Disnof. Morb. cap. 17. 

(0) Thadd. Dunus , cap. 25. Mifcell. V'edies- 
€) Gefner. Lib. LIT, Epif, ad Fabrie.… 
Tome I. 


258 De la Génération 
vue duquel il ne put s'empêcher 
d'admirer l'ignorance de certains 
Médecins modernes , qui ofent ac- 
cufer Pline (4) de menfonge, pour 
avoir écrit qu'il s'étoit trouvé des. 
Vers plats detrente pieds de long & 
davantage. M. Hartioeker, comme: 
je lai déja dit dans le Chapitre {e- 
cond, m'a mandé en avoir vu un à: 
Amifterdam , qui avoit plusde 45. 
aulnes de France, ce qui juftifie bien: 
Pline. Il y à quelques années qu'a 
FHôtel de Soubize j'en fis fortir du: 
corps, d'un Gentilhomme nommé 
M. Coqueret, plus de vingt auines: 
en trois ou quatre morceaux ; C’eft. 
de quoi toute la Maifon fut témoin, 
& Monfieur le Prince de Soubize: 
lui-même fe fit un plaifir d'en gar- 
der un morceau pour le montrer. If 
a quelques années aufli que chez: 
onlicur l'Abbé Bignon, je déli- 
vrai d'un Ver Solitaire qui avoit 
plus de huit aulnes , M. le Marquis. 
de Montendre, alors nouvellement 
arrivé des Indes. Ce Ver {fortitavec: 
la tête , & cette tête , qu'on laifix 
perdre , étoit comme celle que j'aë 
(a)Plin. Hiff. Nat, Lib. II. cap. 33. 


des Vers. 29 
fait graver dans la premiere plan- 
che, pages 1V. & V. de la Préface. 

Je ferois à charge aux Lecteurs fi 
je voulois rapporter tous les exem- 
ples de cette nature dont J'ai été té- 
moin. L’hiftoire d’un riche Mar- 
chand de Melun , nommé M. Be- 
nard , qui vint ici à Paris pour fe: 
faire délivrer d’un femblable Ver 
dont on le foupconnoit malade , & 
à qui j'en fis rendre plus de 35. aul- 
nes en quatre où Cinq Morceaux 
feroit ici un long article, par les cir- 
conftances fingulieres dont cette: 
maladie éroit accompagnée; mais: 
je fupprime ce récit. | 

Quelques Auteurs en décrivant: 
le Ver dont nous parlons, difent 
qu'il elt Squameux , Squamofus , non: 
qu'effetivement , ilait desécailles,. 
mais c'eft qu'il eft tout articule ; car 
ces articles font difpofés comme des: 
efpéces d’écailles. Aufli Thaddeus. 
Dumas , en parlant de cette forte de: 
Ver, dit qu'il cft Sqvameux , ou plutôr 
tout articulé (a). Mercurial prétend: 
que le Tenia n’eft point un Ver, mais: 


(a) Sqmimefus , nifi reins geniculätes dicatars- 


UT 


260 De la Génération 
{eulement une apparence de Ver {4 
Il ef facile de voir combien cet Au- 
teur fetrompe, puifque le Ver dont 
parle Lufitanus , & le nôtre , ont 
une tête , qu'ils font fortis vivans À 
que nous en avons vu plufieurs au- 
tres aufli vivans , & faire des mou 
vemens trés-fenfibles ; ce que di- 
vers Auteurs atteitent aufli avoir re- 
marqué dans des Vers de cette mé- 
me elpéce, qu’ils affurent avoir vus. 
Gabucinus fait mention d’un 74- 
ni , Ou Solitaire | qui Vêcut un jour 
dans un chaudron plein d’eau(L), 
& Spigelius (c) rapporte qu’en 1608. 
au mois d’Août, une: Dame Aille- 
mande ayant mangé à fouper d’une 
Salade de Laitue , fut failie d’ur 
frifon violent , fuivi de fiévre, & 
d’une grande colique :Que comme 
la Malade fe prefloit le ventre avec 
les mains , à caufe de la force du 
mal, il lui furvint un cours de ven- 
tre, qui, avec quantité d’eau & de 
bile , entraïna un morceau de Ver 
plat , long de cinq coudées : Que 
(a) Sed quidypram animal refere”s, mercur: Lib, III” 


ie Morb. Pueror. cap. 1. 
{b) Gabacinus, cap. 3. Comment, de Lsmb., 


{e) Spigcl, de Lumb.iare, 


des Vers. 261 
cette Malade avoit auprès d’elle 
une Sœur , qui craignant que ce ne 
füt une portion des inteftins, au 
lieu de tirer le Ver tout-à-fait, ef- 
faya de le faire rentrer , & à force 
de le violenter , le rompit ; Qu'on 
Jetta fur le carreau ce qui s’étoit dé- 
taché ; qu'aufli-tôt ce morceau de 


Ver fe tourna en plufieurs figures. 
fpirales ; qu’enfuite On le jetta dans 


de l'eau , où il € mit en cercle, & 
ne remua plus. Mouvemens qu'il 
n’auroit pu faire fans doute , s’il 
n'eût été animé. 

On pourroit croire que Mercu- 
ria} ne prétend parler que de quel: 


que membrane, quand il dit que le: 
Ver plat n’eft pas un animal ; mais 


il fe fert d’une autorité d'Hippo- 
crate, par laquelle on voit évidem- 
ment qu'il parle du Ver, dont le 
même Hippocrate fait mention au 


quatriéme Livre des Maladies , qui 


elt celui que je nomme Solitaire , le- 
quel eft véritablement animé. 

- Cc prétendu Ver, écrit Mercu- 
trial , n’eft point animé , mais quel- 
que chofe qui femble l'être , & 
comme la dit Hippacrate, pour- 


GT De la Génération 

fuit-il, une matiere formée dans les: 
inteftins , laquelle repréfente en: 
quelque façon la figure d’un ani- 
mal. 

Cet Auteur fait voir par ces paro- 
les, bien peu d’exa@itude dans fa: 
citation ; Hippocrate ne dit point 
que c’eft une matiere qui reAemble: 
à unanimal , mais au contraire, que 
c’eft un animal quigefflemble à une 
peau blanche qui fe feroit féparée: 
des inteftins ; ce qui eft bien difé- 
rent. Hippocrate appelle même ce: 
Ver un animal d’une grandeur ex— 
traordinaire (4) , aprés quoi il dit 
que le Ver dont il parle , reflemble- 
à une peau blanche qui fe feroit dé- 
tachce des inteftins. Voulant enfui-- 
te expliquer comment ce même 
Ver peut fe former dans le fœrus , 
il dit que lorfque le lait & le fang 
de la mere viennent à fe corrompre: 
par la trop grande asondance , ils 
donnent lieu à la production de cet 
infecte. 

On voit par là, comme il ne faut 
pas toujours fe repofer fur les cita- 


(a) Gor mteëror prasqon Hipp. Liv, IV. des Ma 
Bad; chap. 27, 


des Vers. 263! 
cions d'Hippocrate. Chaque Méde- 
cin le veut avoir pour foi, & com- 
me fi c'étoit un crime d’avouer- 
qu'on eft d’un autre fentiment que 
lui, on aime fouvent mieux lui im- 
puter ce qu'il n’a jamais penfé. Je 
dis ceci parce que Mercuria! n’eft 
pas le feul Auteur de Médecine qui 
en ait ufé de la forte. 

Spigelius & Sennert penfent 
mieux fur ce point , que ne fait 
Mercurtal , qui, pour le remarquer: 
en pañlant , {e contredit vifible- 
ment quelques Chapitres après. 
» On ne fçauroit douter (4), dit 
>, Sennert > que cette forte de Tania 
>, ne foit un animal, cela paroît par 
» fon mouvement ;, qui, quoique: 
>, plus lent que celui qu’on remar- 
» que dans les Vers ordinaires, ne: 
>, life pas d’être un véritable mou- 
», Vement, ainfi que l'ont obfervé 
,, plufieurs Auteurs ; cna même vu 
» quelquefois ce Ver tout en une: 
5, boule, étant chaflé par quelque: 
, médicament , & c’elt fans doute- 
» €n faveur de ce mouvement , que: 
» la nature lui a donné ces articula-- 


CG} Sennert, Lib. III, Part. II, Se. I. cap, 7. 


ZGA De la Génération | 
,, tions, cesnœuds & ces interftices: 
» par lefquels il ef diftingué en tra- 
,, Vers , à la maniere des autres in- 
,,{eétes , & que certaines perfonnes 
,{e font imaginées- être autant de 
,, Vers à part. "1 

Hippocrate a remarqué le mou- 
vement de ce Ver: ,, St, dit-il, on 
, traite un Malade qui ait le Ver 
» plat, & qu’on lui donne quel- 
,, que médicament pour l'en déli- 
,, vrér , le Ver fe met quelquefois 
,, en rond, & fort tout en une bou- 
,, le, après quoi le Malade recou- 
,, vre la fanté. 

Schenckius dans Île troifiéme Li- 
vre de fes Obfervations , au Traité: 
des Lumbrics . dit en avoir vu un 
encore tout palpitant, qu'une Dame 
venoit de rendre par la bouche , le- 
quel étoit ainfi tout en une boule. 
Il ajoute qu’on dévelopa ce Ver, & 
qu’il fut trouvé de trois aulnes de 
lon. 

Nous avons déja rapporté plus 
haut , l'exemple d'un Tænia forti. 
par la bouche, ce qui eff trés-digne 
de remarque ; ce Ver , ainfi que 
nous l'avons obfervé ,. ne fortant 


prefque 


des Vers. 265$ 
prefque jamais que par bas. Pour ce 
qui eft de fortir en boule, ou en pe- 
lotton , la chofe arrive quelquefois. 
On en trouve divers exemples chez 
les Auteurs, & on peut joindre le 
fuivant à ceux que nous venons de 
rapporter là-deffus. 

Henry (4) Brechtfeld écrit qu’é- 
xerçant la Médecine à Hildesheim , 
il y vitun Vicillard de quatre-vingts 
ans , de ayant té long-temps ma- 
Jade, fut guéri cout d’un coup, après 
avoir rendu un Ver plat , roulé en 
pelotton , & qui avoit fept aulnes. 
Voyez la planche qui eft à la page 


C’eft quelque chofe de curieux 
que la Rrudure intérieure du Tænia. 
}l y en a une efpéce où l’on remar- 
que, comme nous l'avons déja dit, 
une forme d’épine qui s'étend tout 
le long de fon corps. Mais nous ob- 
ferverons ici que cette épine eft tou- 
te compofce de petits grains rabo- 
teux & anguleux, qui réfiftent au 
toucher comme de gros grains de 
fable. Pour bien voir ces grains, & 


(a) Thom. Barth. AG, Med, > Philofephica Hafn : 
Cap. 21. V.1. 


Tome I. Z 


266 De la Génération 

en examincr la figure , il faut éten- 
dre le Ve: fur un morceau de verre. 
I! s’y colle tout d’un coup de lui-mé- 
me , & aprés qu’il s’y eft féché, on 
y difcerne cette épine, laquelle pa- 
roit élevée fur le corps du Ver , & 
laifle voir ces grains , dont chacun 
eft compofé de trois ou quatre au- 
tres , tous fort durs, Voyez la plan- 
che ci-jointe, 

L'autre efpéce de Tænia, qui eft 
a premiere, n’a point d’épine le 
long du corps, comme nous l’avons 
affez repeté , & la ftruéture en eft 
toute différente. Pour voir cette 
ftruéture , il faut étendre tout de 
même iur un morceau de verre un 
Jambeau du Ver, l’y laifler fecher , 
& enfuirte l’examiner à travers le 
verre, qu'on expolfe perpendiculai- 
rement au grand jour. On y décou. 
vre alors dans chaque ventre ou ef- 
pace contenu entre lesarticulations, 
certaines ramifications de vaifleaux, 
dont je ne fçaurois mieux comparer 
la difpofition, qu'a celle des dents 
d’un peigne. Ces ramifications fe 
terminent en une efpéce de bou- 
con fait en forme de rofette, lequel 


7 


der 


= me 


* 

4° 
4 
J 
: 
; 
* 
# 


2 0 2 age er a de pe Med 
' cu LE - 


SE 


Ç 


des Vers. 267 
fe trouve à l’une des extrémités de 
chaque ventre. On en jugera mieux 
par la planche inferée ici, page 266. 

On peut , au lieu d'appliquer l’in- 
fe&e {ur un morceau de verre, le 
fufpendre das de l’eau où l’on au- 
ra fait difloudre de l’alum. Car au 
bout de vingt-quatre heures, plus 
ou moins , lalum ayant rongé la 
fubftance la plus tendre du Ver, 
laifle voir diftinement les vaif. 
feaux dont je parle, parce que ces 
vaifleaux étant d’une pi a 
plus ferme & plus folide , réfiftent 
davantage à l’action de l’alum. 

Le morceau de Ver repréfente 
dans la planche fuivante , eft le mê. 
me qui eft repréfenté fig. 2. dans la 
planche de la page 198. avec cette 
différence, que dans la planche de 
la page 198. on le voit comme il 
étoit dès qu’il fut forti; au lieu qu'ici 
il eft repréfenté comme il a paru en- 
fuite après que je l’eus fufpendu dans 
une phiole pleine d’eau où javois 
mis de l’alum. L'endroit marqué D, 
& E, eft celui, qui , dans la planche 
de la page 198. eft marqué F, & 
l'endroit G, & H, le même, qui, 

Z ij 


246$ De la Géération 
dans cette planche-là, eit marqué E, 
Ce morceau de Ver a été rendu 
par Mr de la Solaye , Avocat au 
Parlement , rueS. Severin. Je le fis 
defliner par Mr Simon, Peintre dés 
Gobelins , demeurant alors rue du 
Foare ; puis graver par Mr l'Evèque, 
même rue S. Severin. Aprés quoi. 
Vayant fufpendu dans de l’eau d’a- 
lum , qui en fit paroïître tous les 
vaifleaux , je le fis deffiner par Mr 
Bonnard , ruesS. Jacques, tres-habi- 
le Deflinateur, qui le repréfenta au 
naturel, comme il paroifloit dans 
cette eau, & enfuite graver fur ce 
deffein par le méme Mr l'Evêque , 
rucS. Severin. On ne peut rien ajou- 
ter à l'exactitude avec laquelle il eft 
sepréfenté : il le faut fuppoferMu£ 
pendu, & flottant daus la phiole 
pleine d’eau. L'arbre qui le foutient 
n'eft que de la fantaifie du Deffina- 
teur. Voici l'explication de la plan- 
che : À, vaifileaux difpofés en for- 
me de dents de peigne. B, interval- 
les entre les dents de ces peignes , 
vis-à-vis chaque mammelon. € , 
rofettes formées par le contour des 
vaifcaux. Les portions qui compo: 


A het 
SE 

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VA LS 


RES 
HE 

Ni D 7 fu, 
t o 


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NN 


Y 


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NN 


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1.4 
[age 
7 À 
Pig 


des V'ers. iGg 
fent ce Ver, ont, commé dans tous 
les autres Vers de la même efpéce , 
un côté qui recoit la portion qui Le 
fuit, & un autre où il eft emboct- 
té lui-même dans la portion qui le 
précéde ; or ces rofettes ne {e trou- 
vent que du côté qui eft emboetté , 
ce qu'il eftimportant de remarquer, 
pour bien connoître la fructure du 
Vér dont 1} s’agit. 

D , inégalité coudéc , ou il y a 
lieu de croire que le Ver s’eft rom- 
pu ; enforte que cette inégalité eft 
apparemment une cicatrice faite de- 
puis à l'endroit rompu. 

E , la même inégalité vue par- 
defous. 

F, mammelons naturellement 
ouverts, 

G , portion plus évafée que les 
autres , & où l’on ne remarque 
point de vaifleaux. 

_H, fente dans le milieu de cette 
portion évafée. 

Ce font peut-être là de petites 
chofes ; mais c’eft fouvent dans les 
plus petites chofes que la nature pa- 
roît davantage. 

M. Vieuflens, Médecin des. Lt- 

Z ii 


170 De la Génération 

zier , en Conferans , & Docteur de 
la Faculté de Montpellier , a tâché 
d'expliquer la ftructure du Ver So- 
taire dans une Brochure intitulée : 
Obfervation [ur la Maladie de M. Ma- 
not de Bergerat ; Bcurgeois dans la Pro- 
vince de Languedoc. Cette Brochure 
eft adreffée 4 Z4onfieur Chycoineau , 
Confeiller en la Cour des Aides , Chance- 
her & Profeffeur en l'Univerfité de 
Montpellisr 3 aujourd’hui premier 
Médecin du Roy. 

M. Vicuffens fe propofe d'y ré- 
foudre deux queftions principa- 
les, dont nous avons fuffifamment 
éclairci la premiere jufqu'ici. C’eft, 
Sile Ver Solitaire eft un feul Ver, 
ou fi ce font plufieurs Vers accro- 
chés enfemble : La feconde, D'où 
vient qu'il eft plat, plütôt que rond? 
C’eft quelque chofe de fingulier que 
ce qu'il dit fur ces deux points. Voi- 
ci d’abord comme il s'explique fur 
le premier, en écrivant à M. Chy- 
coineau. 

» Je fuis aujourd’hui convaincu , 
» par les différens examens que j'a 
» faits avec un bon microfcope , 
» que ce n’eft qu'un feul Ver , & 


. des Vers. 271 
» voici de quelle maniere j'en ai 
æ fait la découverte. Je pris la par- 
_»tie la plus farge , que j'ai regar- 
» dée comme la tête de cet infeéte, 
» & je la fis renfermer entre les 
» deux lévres d’un homme vigou- 
» FEUX, a en expulfant l'air vers le 
» corps de ce Ver Solitaire , forma 
»# un petit conduit ovale, d’un nœud 
» à l’autre , & après différentes re- 
» priles, il fe communiqua jufqu’à 
» la diftancé d’une demi - aulne , 
» avec beaucoup de peine, quoi- 
» que Pair füt pouñfé avec vigueur ; 
» d'où je conclus que ce conduit 
» Ctoit interrompu par autant de 
» foupapes qu'il y a de nœuds, & 
» qui font renfermés dans le corps 
» de cette couverture relevée, qui a 
» donné lieu de croire que c’étoient 
» plufieurs Vers unis enfemble. 

» Ce conduit eft pofé horifontale- 
» ment au milieu du corps de cet 
» infcéte , & dans Le temps qu'il fe 
» manifeftoit, en tenant d’une main 
» mon microfcope fixe , j’en déchi- 
» rai avec la pointe d’un canif l« 
» membrane , d’où il fortit une {é- 
» rofitc lymphatique; enfuite je dif- 

-Z iv 


272 De la Génération 

» fequai avec la même pointe de ce 
» canif le corps du Ver, & jene pus 
» découvrir qu'une infinité de mem- 
» branes fort minces , nourries.par 
» Ja même férofité lymphatique , 
» unies les unes aux autres. Je vou- 
» drois que vous eufliez été témoin 
» de lPexaétitude avec laquelle je le 
» diflequai. Ce conduit , fuivant 
» mon idée , ne peut être que Île 
» ventre de cet infeéte , où les hu- 
» meurs deftinées pour fa nourritu- 
» re & fa croiflance, font préparées; 
» enforte que de là elles font diftri- 
» butes par la chaleur naturelle dans 
» ce tiffu de membranes qui for- 
» ment Îe corps de ce Ver appellé 
» Solitaire, 

Que de méprifes dans ce difcours 
de Mr Vicuffens ! Mais nous n’en 
rapporterons que deux.’ 1°. Il dit 
qu'il regarda comme la tête de ce 
Ver la partie la plus large. 2°. IT : 
ajoute qu’il la fit enfermer entre les 
deux lévres d’un homme vigoureux 
pour y fouffler de l'air. 

Quant au premier point, nous 
remarquerons que la partie la plus 
large du Ver Solitaire, n’en fut ja- 


des Vert. 173 
mais fa tête, & qu'ainfi Mr Vieuf- 
{ens s’eft confiderablement mépris 
l-deflus. 

Quant au fecond point, il eft difk- 
cile de comprendre comment quel- 
que portion que ce puifle étre de ce 
Ver, quand on la fuppoferoit de la . 
plus grande largeur poflible , pour- 
roit tenir entre les lévres d’un hom- 
me qui voudroit y foufier de l'air ,: 
fur-rout entre celles d’un homme 
fort & robufte , lefquelles étant 
plus srofles , font d'autant moins 
propres à embraffer étroitement une 
portion fi fine , fi gliffante, & fi fa- 
cile à s'échapper. 

Quand Mr Vicuffens auroit par- 
lé de l'embouchure d’une trompet- 
te ; ou d’un cors de chafle , ilne fe 
feroit pasautrement expliqué. 

Si pour fouffler de Fair dans une 
portion de ce Ver, il s’étoit fervi 
de quelque chalumeau très - fin , 
dont il eût introduit l'extrémité 
dans cette portion, & qu'’ileur bien 
lié lun à l’autre , on concevroit 
comment il auroit pu introduire cet 
air ; mais de tenir, ou de faire te- 
ait par un autre homme la portion 


17À De la Génération | 
“entre les lévres , pour y fouffler de 
Fair, & cela fans qu'elle s'échappe 
des lévres , ou qu’elle s’y replie , & 
s'y mette même en bouillie, c’eft 
un art que Mr Vieuflens auroit dû 
enfeigner. | 

Ïl n’en demeure pas là, ïl entre- 
prend d'expliquer d’où vient la for- 
me platte du Ver Solitaire. 

» J'attribue , dit-1l , cette forme 
» platte à la compreffion des matie- 
» res fécales & groflieres qui fe trou- 
» vent d'ordinaire dans les boyaux; 
» de telle maniere que cet infe&e 
» cft fans cefle comprimé, d’un cô- 
» té par les fibres des boyaux qui 
» font dans un mouvement conti- 
» nuel, & de l’autre par les matie- 
» res contenues dans les boyaux, où 
» il ne peut fe diftendre pour pren- 
» dre une dimenfion en rond , à cau- 
» fe de la foiblefle de fon tempe- 
» rament , s'il eft permis de s’ex- 
» pliquer ainfi, dans le temps de fa 
» croiflance; & les membranes dont 
» il eft compofé , étant extrême- 
» ment délicares, font ainfi obligées 
» de fe diftendre en long , & de 
» conferver cette figure platte, Ce 


des Vers. 27 

» qui confirme certe hypothele , 
» C'eft que tout corps en mouve- 
» ment s'éloigne de fon centre, & 
» c’eft de certe maniere que les ma- 
» ticres fécales , groflieres de leur 
» nature, & d’une furface large , 
» agiflant de concert avec les fibres. 
» des boyaux dans leur mouvement 
» continuel , tantôt plus ou moins, 
» donnent cette figure platte & lon- 
» gue au Ver Solitaire. 

Ce que Mr Vieuflens dit ici de la 
forme platte du Ver Solitaire ; fça- 
voir , qu'elle vient de la compref- 
fion des boyaux , & des matieres 
qui y font contenues , n’eft pas 
moins fingulier que ce qu’il a dit 
plus haut de la tête de ce Ver, & 
de la maniere d'y fouffler de l'air. 
1°, Si la compreflion des boyaux & 
des matieres qu’ils contiennent , 
étoit ce qui donne au Ver Solitaire 
Ja forme platte , il s'enfuit qu'il ne 
devroit y avoir dans les inteftins au- 
cun Ver qui ne füt plat. 2° On 
trouve des Vers Solitaires qui font 
plus plats d’un côté que de l'autre ; 
enforte qu'ils ont un deffus & un 
deflous , à peu prés comme les Car- 


276 De la Génération 

relets , les Limandes , & autres 
poiffons plats , dinfi que nous l’a- 
vons marqué dans la planche de la 
page 199. ce qui paroît difficile à 
expliquer par la compreflion des 
boyaux. ;°. Les Bœufs font fujets à 
avoir dass la veffie du fiel , certains 
Vers particuliers, qui font tout plats: 
on ne voit point quelle compref- 
fion ces Vers peuvent fouffrir en 
cet endroit. Mais la premiere raïi- 
fon que nous avons apportée ; fça- 
voir , que fuivant l'explication de 
Mr Vieuflens, il ne devroit y avoir 
dans les inteflins aucun Ver rond, 
eft abfolument fans replique. 

Mais , demandera-t-on, d’où 
vient donc que le Ver Solitaire eft 
plat ? Je répondrai à cette queftion, 
quand on m'aura expliqué d'où 
vient que le Carrelet , la Limande,, 
Ja Sole, la Raye , & autres poif- 
fons de cette efpéce font plats. 

Nous avons dit au commence- 
ment de ce Chapitre , que les Vers 
Strongles ; comme les appelle Hip- 
pocrate, c’eft-a-dire, les Vers ronds 
& longs , s’'engendroient quelque- 
fois dans l’eftomac. Mais 1l y a des 


des Vers. ei à 
Médecins qui prétendent qu'il ne 
s’en produit jamais dans ce vifcére. 
Ils citent fur cela l'autorité de Ga- 
lien , lequel parlant des différentes 
maladies qui attaquent les différen- 
tes parties du corps , ne donne d’au- 
tre licu aux Vers pour leur produc- 
tion, que les inteftins. El y a, dir-51, (4) 
des maladies affcétées à quelque par- 
tic feulement, comme Îa Pierre aux 
reins & à la veflie , la Cataracte 
aux yeux, & les Lumbrics aux in- 
ceftins. Mais on peut entendre par 
inteftins , tout ce conduit qui ne 
fait qu'un corps, continu depuis la 
bouche jufqu’à l'anus, & ainfi, avan- 
cer qu'il s’engendre des Vers dans 
l'eftomac , fans nier pour cela , ce 
que dit Galien. Cependant fi l’onne 
Veut pas s’accommoder de cette ex- 
plication , & qu'il foit vrai que Ga- 
lien n'ait prétendu parler que de la 
portion de ce conduit , laquelle va 
de l’'eflomac jufqu’à l'anus ; il eft à 
croire qu'il s’eft expliqué de la forte, 
parce que c'eft dans les inteftins que 
les Vers s'engendrent plus ordinai- 
tement ; ce qui fufit pour pouvoir 

-{a) Galen, 1. de locis affect, cap. $+ 


278 D: la Génération 
parler comme il a faic 5 car enfinja- 
mais Galien n’a penfé qu'il ne s’en- 
endrât des Vers que dans les intef- 
tin$s , & il faudroit n'avoir jamais 
lû cet Auteur pour lui attribuer une 
telle opinion. je ne prétends pas 
fuppofer que Galien {oit infaillible; 
mais cela fuffit-il pour le condam- 
ner , fans examiner ce qu'il a dit ? 
Certains Médecins fcholaftiques 
font une diftin@ion entre les Zers 
& les Lumbrics, en difant , pour ré- 
pondre à ce paflage de Galien , qu'il 
n'y a que les Lumbrics qui s’engen- 
drent dans les inteftins, & que c’eft 
de ceux-là dont Galien a prétendu 
parler ; mais cette reponfe eft une 
pure chicane d’'Ecole. 
Quelques-uns de ceux qui croyent 
qu'il ne s'engendre pas de Vers dans 
l'eftomac , difent que c’eft que dans 
l'eftomac il n’y a point de matiere 
propre à la nourriture des Vers ; 
mais je leur demande fi celle des 
inteftins y eft plus propre, mélée, 
comme elle cit, du fiel qui fort du 
foie? C'eftque , ajoutent-ils , il ya 
dans l’eflomac un acide qui doit 
empêcher qu'il ne s’y produife des 


des Vers. 279 
Vers. Je les prie de me dire fi dans 
le vinaigre qui eft fi acide , il ne 
s'y en engendre pas ? Mais ce qui 
doit terminer la queftion, c’eft l’ex- 
périence ; or l’expérience fait voir 
qu'il fe produit des Vers dans l’e- 
flomac; car on y en a découvert 
très-fouvent, en faifant des difle- 
étions, & cela avec des circonftan- 
ces qui ne permettent pas de dou- 
ter qu'ils n'y euflent été produits.(4) 

Kerckring rapporte, qu’en dific- 
quant un fœtus de fix mois & demi, 
qui avoit l’eftomac trois fois plus 
gros que ne l'ont ordinairement les 
fœtus de cet âge, il trouva dans 
cet eltomac une membrane ou po- 
che, dans laquelle ctoient des Vers 
femblables à ceux que les enfans 
ont coùûtume d’avoir. (b) 

Grafftius raconte fur ce fujet une 
hiftoire qui mérite attention. » Un 
» enfant de douze ans, dans la Ville 
» de Montpellier , fort fujet aux 
» Vers, dit-il, mourut avec une 
» tumeur au-deffus du pubis; nous 
»ouvrimes le corps de cet enfant , 


(a) Petr. Aponenf. Differtat, 101. conciliat, 
(b) Obferv. Anatom. 79. 


280 De la Génerarion 
> & nous découvrimes que la ‘tu- 
»meur étoit caufte par un amas 
» d’alimens non digérés, mélés de 
» quelques Vers +: ayant vu cela, 
n & craignant que l'eftomac ne fût 
» endommagé , nous en fmnes l’ou- 
» verture. Nous y trouvâmes des 
» pelottons de petits Vers, & au 
» côté gauche près du fond, un 
» trou à pañler le doist, que ces 
» Vers avoient fait, & par lequel 
»vune partie des alimens ; avant 
» que d’être digérés, & quelques- 
uns de ces Vers Étoient tombés 
,, vers Ja région du pubis, ou ils 
,,avoient caufés cette tumeur ; car 
nous vifitimes les inreftins , & 
nous les trouvâmes fains & en- 
> TIEFS.( 4) | 

Je pañle plufieurs autres exemples, 
de peur d’être trop long für un fu- 
jet que je n'ai dü traiter qu’en paf- 
fant. Venons à préfent, fuivant 
notre projet , aux diverfes formes 
que prennent les Vers dans le corps 
de l'homme. 


(a) Apid Guillelm, Fabric, Cent... Obferu. 7. 


ARTICLE 


des Vers. 281 


RRPECLE TROISIEME. 


Des differentes formes que presnent 
les Vers. 


Y Es Vers qui s’'engendrent dans 
le corps de l’homme, tant ceux 
des inteftins, que ceux qui vien- 
nent aux autres parties, prennent 
fouvent envieilliflant, des figures. 
extraordinares ; les uns deviennent 
comme des-Grenouilles ; les autres- 
comme des Scorpions , les autres 
comme des Lefards. Aux uns il 
poufle des cornes , aux autres ïl 
vient une queue fourchue, aux au- 
tres une efpéce de bec comme à 
dés Oifeaux ; d’autres fe couvrent 
de poils , & deviennent tout velus, 
d'autres fe couvrent d’écailles & rcf- 
femblent à des efpéces de Poiflons. 
Divers Auteurs rapportent des 
exemples de ces Vers monftrueux , 
comme Wierus, (+) Montuus,(b) 
Benivenius , Rulandus , Gabuci-- 
(a) Tiers, Lib, 1V. Cap. 16. de praflig. Damari. 
4b ) Mentuus, Lib, IV, Cap.19..4rat. morb.. 
Torre I A à. 


18% De la Génération 

nus , (4) Monardus , (b) Benive- 
nius , (c) Rhodius , (4) Panaro- 
lus ,(e) Marcellus, Donatus, (f) 
Gefner , (g) Dodonée ,(h) Hol- 
lier, (2) Borelli, &c. 

Cornelius Gemma entre autres 
parle d’une fille de quinze ans, qui 
en rendit un comme une Anguille , 
à cela prés qu'il avoit la queue pa- 
nachce & route velue. On en voit 
Ja figure dans Aldrovandus , p. 764. 
de fon Livre des Infeétes. Nous l’a- 


vons mile ici. 


er rendu par une Jeune Fille. 


(a) Gabacin. Comment, de Lumbric, Cap: ra 

(b) Monard. Lib. III, de fimplic, medicam. ex 
zov. ob. delatis. | 

(c) Beniv, de abdit. Cap.2. 

(d) Rhod, Cent. 3. Obferv. 19. 

(€) Panar. Pentocoft. $. Obferv. 13. 

(£) Marcell, Donat. Hifi, mirab. Lib. IV. Cap. 16, 

($) Gefner, Lib. VIII. Epiff. p. 94. 

(h) Dodcn. [Annot. ad Cap. 58. 

(i) Holl, Lib, I, de morb. intern. 1, 


des Vers. . 283 

Ces fortes de Vers monftrueux 
fe divifent en plufieurs clafles ; {ça- 
voir , les Grenouilles, les Lefards, 
les Serpens , les Anguilles, les Vers 
à queue fourchue , ceux à cent 
“PE , les Efcarbots , les Chenilles, 
les Scorpions , les Poiflons. Non 
que ces Vers foient effe@ivement 
des Scorpions, des Grenouilles, &c. 
Mais c’eft qu'ils ont une apparence 
qui à l’aide de l'imagination de 
ceux qui les voyent, les fait ref- 
fembler en quelque chofe à ces 
Animaux. 

Or toutes ces différentes méta- 
morpholes , ainfi que je viens de le 
dire, leur arrivent quand ils vieil- 
liflent; & comme la barbe ne fort 
à l'homme qu'à un: certain âge, 
que les cornes ne poufñlent à plu-- 
fleurs Animaux que quelque temps. 
après leur naïfance, que les Four- 
mis prennent des aîles avec letemps,. 
que les vieilles Chenilles fe chan- 
gent en Papillons , que le Ver à 
foie fubit un grand nombre de 
changemens que tout le monde 
connoît ; il n’y a pas lieu de s’é- 
tonner que les Vers du corps puif. 

À'a i 


— 


284 De la Génération 

{ent prendre au bout d’un certair 

temps, toutes ces figures extraor- 

dinaires qu'on y remarque quel- 
uefois. 

Au refte il ne faut point com- 
prendre. ici ces Animaux qui peu- 
Vent entrer par la bouche dans le 
corps, puifqu'ils ne font point en- 
gendrés en nous. : 

Hippocrate (4) rapporte l’exem- 
ple d'un jeune homme, qui étant 
yvre , s'endormit (apparemment 
{ur l'herbe) & dans la bouche du- 
quel il entra pendant le fommeil 
un Serpent qui lui alla jufques dans 
Peftomac, & qui le fit mourir avec 
de grandes convulfions. On trouve 
plulieurs faits femblables dans les 
Livres âes Médecins; maisces {or- 
tes de faits doivent être bien exa- 
minés. Il y a quelquefois des gens, 
qui croyant avoir avalé des Infe- 
étes, qu’ils n’ont cependant point 
avalés, & venant enfuite à s’exci- 
ter au vomifiement pour les ren- 
ire, prennent aifément pour {or- 
tis de leurs corps, des Infe@tes qu’ils 
voyent par hafard mélés dans ce 

{s«) Hipp. des Malad, Epid. Liv. P.. 


Lrqrpi mer à 


es 


, Le x 


0 0, te 


Pag.285 


des Vers. 28 
qu’ils viennent de rendre, quoique 
ces Infectes fuflent déja dans l’en- 
droit ou ils croyent lesavoir Jettés 
de leur eftomac. 

Voici une planche où font gra- 
vées deux Couleuvres, qui dans le 
recueil des planches de la derniere 
Edition de ce Livre , font repréfen- 
tées comme étant forties de l’efto- 
mac d’une fille qui s’étoit endor- 
mie fur l'herbe, & les avoit ava- 
ICes. Celle qui eff marquée À , dit-on: 
dans l'explication de cette planche, 
eff fortie vivante, &* [e traïnant fur le 
plancher de la chambre, fut tuée par La me- 
re de la Malade, qui, avec une pelle à 
Jeu , la partagea par la moitié , & lui 
ecrafa la tête. 

Nous aurions pû retranchier ici 
cette planche , qui fe trouve parmi 
celles qui ont été imprimées en 
1718. #n-4°. dans un recueil à part ; 
car ces Couleuvres n’étoient point 
entrées dans le corps, & un exa-" 
men férieux que nous avons fait 
de la chofe, nous oblige à donner 
cet avertiflement. Nous confervons : 
depuis plufieurs années dans de 
l'eau-de-vie ces deux petits Ser- 


286 De la Génération 

pens ; mais nous fcavons certainc- 

ment qu'ils ne font fortis du corps 

de perfonne , non plus que cette 
Ecrevifle, dont nous avons rappor- 

té l’hiftoire dans la préface , pages. 
xvi & fuiv. & qu'on prétendoit 

être fortie du corps d’une petite 
fille. 

Les Malades font fouvent les: 
premicrs trompés dans ces fortes 
de cas; & croyent avoir rendu ce 
qu'ils n’ont point rendu. Voici fur 
ce fujet, un exemple qui mérite d’é- 
tre rapporté. 

Une ‘perfonne de confidération 
{ M. de Sommerive ) n'étant venu 
confulter fur des Vers, que par er- 
reur , il croyoit avoir rendus ; il 
me les apporta dans une boette, & 
je les trouvai tout femblables à 
ceux qui fe trouvent ordinairement 
dans la vieille farine. La chofe me 
parut extraordinaire aufli-bien qu'à 
fui; mais le hafard peu de jours 
après , découvrit l'erreur, commé 
on va voir par la lettre fuivante que 
Ja perfonne m'écrivit aufli-tôt avec 
une grande furprife. | 


des Vers. 187 


» Je ne doute point, Monficur .. 
»que vous ne foyiez aufli furpris: 
»que moi, d'apprendre que je n'ai 
» point jetté de Vers, ayant cru fer- 
»# mement moi-même en avoir jet 
»tés. Voici le dénouement & la: 
» preuve de la chofe. Me fentant 
» Étouffé la nuit du Lundi au Mar- 
» di comme à monordinaire , fans: 
» Cependant avoir eu les trefaille— 
» MENS que j'avois éprouvés la der-- 
» niere fois ; je réfolus de faire com- 
» me j'ai de coûtume , dans la crain-. 
» te que je neles eufe ; & d’ailleurs: 
» lorfque je m'endors avec les op- 
» preflions, c’eft un fommeil tres- 
»tourmentant & trés-mauvais, Je 
» réfolus donc de vomir , ce que je: 
» fis; je confiderai cela attentive- 
» ment pour voir s'il y avoit des. 
» Vers, & je n’en trouvai aucan.. 
»Le matin, mon Laquais mit fur 
»CE que j'avois vomi , une poufliere 
» ramaflée & formée par la poudre: 
» qui tombe dans l'endroit , où il 
naccommode ma perruque. Vers: 
»les 10. heures M'< de Somme- 
» tive trouve comme la premiere: 


2838 De la Génération 
» fois, mon vomiffement plein de: 
> Vers, & me le dit comme eile 
» me l’avoit afluré l’autre. 

» Je réfléchis qu'ayant examiné 
» le vomiflement dès le matin à huit 
heures, & qu'il n’y avoit alors 
» point de Vers, il ne fe pouvoit 
» pas qu'il y en eût à dix ; & pour 
»m'en convaincre micux  j'allai 
» chercher moi-méme de cette 
» poufliere formée par la poudre, 
» & je vis les mêmes Vers que je 
» croyois avoir jettés, & pareils à 
» CEUX que je vous ai portés. Ainfi 
»je n’en ai point rendus, &c. Je fuis, 
Monfieur .. 


Votre , &c. SOMMERIVE . 
rue Beaubours , à l'Hôtel 
d'Elbeuf. ce 21.Av. 1726. 


En voilà aflez fur ce fujet ; reve- 
nons aux différens éhangemens que 
prennent les. Vers dans le corps hu- 
main. 

Quand” ils fubifflent ces change- 
mens , cela n'arrive que par un fim- 
ple accroiflement de parties, qui 
forcent. & rompent la peau dont 

_ Jlnfeûe- 


14 
RS TES 
0 


| des Vers. 289 
lInfeéte eft couvert, & que les Na- 
turaliftes appellent Nymphe. Malpi- 
ghi & Svammeidam , ont été les 
premiers après André Libavius , 
qui ont rejette la trangformation 
chimérique de la Chenille en Pa- 
sillon , & de quelques autres fem- 
lables, & ont fait voir que toutes 
les parties du Papillon étoient ren- 
fermées fous la nymphe de la Che- 
nille. En effet , le changement qui 
arrive aux Infectes, ne diffcre en 
rien de celui des plantes ; l’Infeéte 
eft renferme dans la nymphe com- 
me une fleur dans {on bouton. 
Tout ce que nous venons de dire 
peut fervir à faire voir ce qu'il faut 
juger de certaines hiftoires qu’on 
nous fait’ d'Animaux extraordinai- 
res, comme de Serpens & de Dra- 
gons , engendrés dans le corps de 
l’homme : par exemple, de ce que 
nous lifons dans Plutarque , (4) que 
les Gardes qui veilloient le corps 
de Cléomene attaché à la potence, 
virent un Serpent qui fortoit de 
fon corps, & qui faifoit plufieurs 
circonvolutions fur la tête se mort, 
{ a) Plut. in Eleam. 


Tome J. Bb 


290 De la Génération 

& en couvroit tout le vifage; que 
Prolomée , à qui la chofe fut rap- 
portée, s Étant imaginé que c'étoit 
un prodige qui marquoit que .le 
mort cCtoig,cher aux Dieux , & 
d’une nature au-deflus de celle des 
autres hommes , les Sages qui fu- 
rent con ultés, le tirerent de fon 
erreur, en lui difant, que comme 
les cadavres de certains Animaux 
produiloient des Guépes, d’autres 
des Efcarbots , d’autres des Abeïil- 
les, de même le propre de celui 
de l’homme étoit de produire quel- 
quefois des Serpens. Nous rou- 
vons aufli de la même maniere , 
juger de ce qu'on nous raconte de 
ces Serpens qui furent trouvés dans 
le tombeau de Charles Martel , & 
qu , dit-on , s’étoient engendrés 

e fon corps. 

Prefque tous les Vers qui fe pro- 
duifent dans l'Homme vivant, le 
rendent fujet à diverfes maladies ; 
nous allons examiner les effets qu'ils 
produifent. 


des Vers. 298 

Bebe he he dede dde de Sete de dd de DE DE Ge 
CHAPITRE IV. 

Des effets des Vers dans Je corps 


humain. 


Eux ArTrcrésdiviferont 

ce Chapitre. Dans le premier, 
nous expoferons les effets que pro- 
duifent les Vers qui naiflent hors 
des inteftins; & dans le fecond, 
ceux que produifent les Vers qui 
naiïflent dans les inteftins. 


ss 


ARTICLEPREMIER. 


E s Vers qui viennent hors des 

intefins ue , comme nous 
l'avons déja obfervé, 1°. les Encé- 
phales ; fcavoir , les Encéphales, 
proprement dits, les Rinaires, les 
Ophthalmiques, les Auriculaires, 
les Dentaires & les Salivaires, 
2°. Les Pulmonaires, les Hépati- 
ques , les Spléniques, les Cardiai- 

Bbij 


282 De la Génération 

res, les Pcricardiaires, les Sanguins, 
les Véficulaires , les Elcophages , 
les Cutanés , les Umbilicaux , les 
Vénériens , les Oclophagiens , & 
les Sper matiques. 

Les EFFETS que produifent 
les Encéphales, proprement dits, 
font des douleurs extraordinaires 
de tête , quelquefois des fiévres vio- 
lentes , ainfi qu’il a été obfervé dans 
le Chapitre précédent , Article pre- 
mier. : | 

Les effets que produifent les Ri- 
naires , les Ophrhalmiques , les Au- 
riculaires & les Dentaires , font 
fuifamment marqués dansle même 
Chapitre, Article premier; il faut 
y recourir. 

_ Les PULMOGNAIRES peuvent exci- 
ter des toux violentes : monter 
quelquefois dans la trachée-artére , 
& y caufer par leurs picottemens 
des efforts femblables à ceux que 
lon a coûtume de faire quand il 
eft entré quelque goutte de boiflon 
dans le larynx. Ils rongent quel- 
quefois les poumons, & y peuvent 
produire des ulcéres. | 
Les Hépatiques doivent caufer 


Le 


des Vers. 297 
#réceflairement des pefanteurs de 
de foye , avec des élancemens dans 
le côté droit. Ils peuvent aufli cau- 
fer quelquefois un fentiment excef- 
fif de chaleur dans tout le corps, 
avec une grande mélancolie, s'ilen 
faut juger par le fait fuivant. 

On lit dans les Obfervations de 
Borelli , qu’un Chien, qui avoit un 
gros Ver dans le foye, ainfi qu'on 
Je reconnut après en l’ouvrant , (4) 
alloit, toutes les fois qu’il pleuvoit, 
fe mettre fous les goutieres , & s'y 
plaifoit tant , qu’on ne l’en pouvoit 
chaffer : que ce Chien étoit outre 
cela fort mélancolique , & fuyoit 
tous les autres Chiens. Ce fut M. 
Tardin , Médecin de Tournon, 
qui ouvrit le Chien, & qui y trou- 
va le Ver. 

, Les Cardiaires & les Péricardiai- 
res cauient fouvent des {yncopes, 
- & quelquefois cette maladie , ap- 
pellée Paflion Lunatique, attribuce: 
fauflement à la Lune: ils caufent fou- 
vent des morts fubites , & quel- 
quefois des Epilepfies. Voyez là- 


(a) Borell, Obferu. Medico-Phyfic, Cent. II. Obfero. 
23. 
Bb ii 


LA 


294 De la Génération 

deflus les pages 99. & 100. où les 
maux que ces Vers produifent, font 
décrits au long. 

Les Vers Sanguins ne font fentir 
aucuné douleur, ils fe tiennent tran- 
quilles dans les vaifleaux, & nagent 
au milieu du fang , comme les Vers 
du vinaigre nagent dans le vinaigre. 
Ces Vers font ordinairement très- 
menus, & il y a de l'apparence qu’a- 
prés avoir été portés au cœur avec 
le fang , 1ls entrent dans les artéres 
avec ce même fang , & font con- 
duits dans les chairs , d’où ils font 
repris par les veines. I eft vraifem- 
blable aufi qu'étant quelquefois 
trop gros pour pouvoir fe dégager 
des filieres extrémement fines des 
chairs , & pañler de-là dans les vei- 
nes , ils reftent dans ces mêmes 
chairs, où ils produifent des furom- 
cles, desélevures, & fouvent ces 
gales univerfelles qui afigent tout” 
le corps. 

Les Cardiaires pourroient bien. 
être de ces Vers Sanguins , arrêtés 
dans les inégalités des ventricules 
du cœur , où enfuite ils srofliflent , 
& acquicrent par l'accroiflement 


des Vert. 296 
affez de force pour ronger le cœur. 
Les Véficulaires , qui s’engen- 
drent dans les reins , & qui fortent 
par la veflie , caufent fouvent des 
rétentions d'urine, & de violentes 
douleurs au col de la veffie, lorfque 
lon urine. M. Thomas Mermann, 
premier Médecin du Duc de Ferra- 
re , traitant une Femme malade 
d’une Dyflurie , c’eft-à-dire, d’une 
difficulté d’uriner, accompagnée de 
douleur , lui fit rendre par les uri- 
nes un Ver long d’une coudée, après 
quoi elle fut guérie par le moyen: 
de quelques évacuans. 

Les Elcophages rongent lés ulcé- 
res, & y caufent une grande cor- 
tuption. | 

Quant aux Cutanés & aux Um- 
bilicaux , nous en avons fuffifam- 
ment rapporté les effets dans Îe’ 
Chapitre HI. Article I. j'ajouterai: 
feulement ici une remarque au fu- 
jet des Crinons , quiseft que M. 
Leeuvwenhoek prétend que ce font 
de véritables poils, & non des Vers. 
II dit qu’en les examinant avec le 
microfcope, il lui fembloit, à la vé- 
rité, y voir une maniere de tête, qui: 

Bb iv 


296 De la Génération 

auroit pu faire croire que c'étoiént 
des animaux ; mais que cette appa- 
rence de tête venoit de ce que 
l'extrémité de poil qui étoit dehors, 
avoit une couleur différente du ref- 
te ; qu'après tout, il ny avoit jamais 
remarqué ni mouvement. ni forme 
d'animal. 

À Aix-la-Chapelle la maladie des 
Crinons eft aflez ordinaire, & c’eft 
la coûtume dans ce pays-là, de frot- 
ter le corps des Enfans avec du miel, 
auprès du feu. Alors ces petits Cri- 
nons deviennent plus vifbles, & 
on les coupe avec le razoir, croyant 
couper autant detêtes de Ver, quoi- 
que , felon tôutes les apparences, on 
ne coupe que des poils que le miel 
a fait paroître ; car on fçait que le 
miel appliqué fur la peau, fait croi- 
tre le poil promptement. 

Le fentiment de M. Lecuwen- 
hock , que les Crinons font des 
Vers imaginaires , paroît d'autant 
plus vraifemblable , que les poils 
qui pouflent fous lépiderme , font 
capables par eux-mêmes, de pro- 
duire beaucoup d'incommodités , 
lorfqu’ils ne trouvent pas une iflue 


des Fers. 297 
affez libre pour fortir. Cet. Auteur 
rapporte l'exemple d’un Homme 
de qualité, qui aprés être relevé 
d’une grande maladie , vint le trou- 
ver, pour lui dire qu’encore qu'il 
eût bon appetit , il craignoit de n’€- 
tre pas parfaitement guéri , à caufe 
d'une démangeaifon incommode 
qu’il fentoit par tout le corps : Que 
les Médecins attribuoient cette dé- 
mangeaifon à un fang trop âcre , & 
qu'en travaillant à corriger cette 
acreté , ils prétendoient le guérir. 
M, Lecuwenhock en jugea tout au- 
trement; il apprit du Malade que 
les cheveux lui étoient tombés pen- 
dant fa maladie. Sur cela il foutint 
que la démangeaifon venoit de ce 
que-les poils qui étoïent en méme- 
temps tombés par-tout le corps, re- 
croifloient , & ne trouvant pas une 
fortie aflez facile, piquoient l’épi- 
derme ; ce qui ne fe pouvoit faire 
fans une grande démangeaifon. 

Ce raifonnement paroït s'accor- 
_ der avec l'expérience ; car fur la fin 
des Hyvers, au Printemps, qui eft 
le temps auquel le poil commence à 
recroître , on nc manque guère dc 


298 De la Génération », 
fentir d@ grandes démangeaifons;. 
car le poil du corps fe renouvelle 
tous les ans, & il y a des perfonnes. 
qui quand ce poil leur reviént, quoi-- 
qu'il foit preique imperceptible: ;, 
s'en trouvent fort incommodeées ;, 
femblables en cela aux Oileaux qui 
font tout malades lortqu'ils muent. 
Quant aux Vers véneriens, M. 
Hartfoeker, comme nous l'avons. 
remarqué, page 147. eft de fen- 
timent (4) qu'ils caufent tous les ra- 
vages qui arrivent dans les mala- 
dies vénériennes , qu'ils mordent 
& qu'ils rongent rout ce qu'ils trou- 
vent; & que fi le mercure guérit ces 
maladies , c’eft parce qu'il tue les. 
Vers. Ce fentiment me paroît ha- 
fardé. I y a des Vers dans plufieurs 
maladies vénériennes ; mais que ces 
maladies viennent de Vers, comme: 
le prétend entre autres, l’Auteur- 
d'une Théfe foutenue à Montpel- 
lier au mois de Juillet 1713. laquel- 
le à pour titre: An Lues Venera a Ver- 
mibus ; c'eft, comme nous l'avons: 
déja dit, page 147. ce qu'il eft dif- 


(a) Hart{oeker dans fa feconde Lettre rapportée: 
dans ce Livre. 


des Vers. 299 
ficile de prouver. Aufli l’Auteur de 
cette Théfe , ainfi que nous l'avons. 
remarqué dans la même page 147. 
n’appuye-t-il fon fentiment fur au- 
cune preuve convaincante. 

Pour ce qui eff des effets que pro- 
duifent les Vers Oeflophagiens & 
les Vers Spermatiques , nous avons. 
fuifamment traité ce fujet à la pa- 
ge 150. Il eft temps de pañler aux 
effets des Vers qui font dans les in- 
teftins. 


ARTICLE SECOND. # 


Des effets des Vers qui font dans: | 
les Inteftins. 


Es VERS DES INTESTINS# 

font de trois fortes , aïnfi que 
nous favons remarqué dans le 
Chapitre II. fçavoir, les ronds & 
longs, appellés Stronglesgles ronds 
& courts , appellés Afcarides ; & 
les plats , appellés Tænia par les. 
Auteurs , & que j'appelle Solitai- 
ICS, 


305 De ba Génération 

Nous parlerons des effets des uñs 
& desautres , & nous commence- 
rons par les Vers longs & ronds, 
enfuite nous viendrons aux Afcari- 
des & aux Tænia. V 

Les maux que caufent les Vers 
Jongs & ronds , font des naufées., 
des vomiflemens , une haleine ai- 
gre, des tranchées , des coliques, 
des diarrhées, des tenefmes ou 
épreintes , des tenfions de ventre , 
des défaillances , des hoquets, des 
dégoûts, & quelquefois au contrai- 
re, des faims dévorantes , { foit de 
la nature de celle qui s'appelle Pic, 

“oit de. la nature de celle qui fe 

nomme Aalacia , ou de celle qui 
eft appellée Bulimia , ) des fiévres 
crratiques , des convulfions, des 
épilepfies , des fyncopes, des étour- 
diflemens , des chancellemens étant 
debout, & quelquefois des pertes 
de parole : Quant à ce dernier arti- 
cle, je me fouviens de ce que rap- 
porte Alexandre Benoît , fcavant 
Médecin, lequel parlant des caufes 
qui peuvent rendre muet , dit que 
cette maladie eft quelquefois pro- 
duite par des Vers qui font dans les 


des V'ers. 301 
iateflins : 1l cite là-deflus l'exemple 
d’une petite Fille qui fut muette 
huit jours , & qui guérit après avoir 
rendu quarante Vers par bas. Fo- 
reftus (4) cire un exemple fembla- 
ble d’un Enfant de douze ans, de- 
venu furieux dans une fiévre mali- 
one , lequel fut muet deux femai- 
nes entieres , & recouvra la paro- 
Je & la raifon après avoir rendu par 
bas un nombre extraordinaire de 
Vers, enfuite d’un médicament qui 
lui fut donné à ce fujet.. M. Paulini 
dans une Diflertation curieufe (b) 
fur les Vers, raconte l’hiftoire d’u- 
ne Fille, devenue tout d’un coup 
aveugle & muette, & enfuite gue- 
rie , ans avoir pris autre chofe que 
des remedes contre les Vers. 

Mais fans recourir ici à des exem- 
ples étrangers, en voici un dont je 
fuis témoin. Le 22. de Décembre de 
l'année 1700. M. Lobel, Marchand 
Perruquier , demeurant alors au 
Carrefour des Barnabites à Paris, 


(a) Foref?. de Febrib, cum Morb. Epidem, publ. graff. 
Lib. VI. 

(b) Chriffiant Francifcs Paulini , difquifitio curiofa , 
An Morb. naturalis plerumque fit [ubftantia Fermi 
nofa, 


La 


302 De la Génération | 
me pria d'aller voir fa Fille, qui 
étoit âgée de fe1ze ans laquelle de- 
puis quatre jours ne pouvoit articu- 
ler aucune parole, & qui avec de 
violentes convulfions qui lagi- 
toient depuis un mois , avoit un 
rire involontaire , accompagné de 
vives douleurs. J’ai déja parlé de 
cette Malade,pag. 190. mais en paf- 
fant : il eft important de rappeller 
ici le fait. Quand,j'eus confideré la 
Malade, je lui fis prendre de l’eau 
vermifuge de fougere, au moyen 
de quoi elle rendit un nombre con- 
fiderable de Vers , recouvra la pa- 
role , fut délivrée de fes convul- 
fions ; & en-peu de jours rétablie 
dans une fanté entiere. Les Vers 
qu'elle jetta étoient ronds & longs ; 
j'en mis un à part, qui me parut un 
peu différent des autres, à caufe d’u- 
neefpéce de gueule que j'y apperçus. 
Je l'ai confervé plufieurs années, 
& je l’ai laiffé perdre enfuite pat 
mégarde ; mais en 1714. que je l’a- 
vois encore , j'ai eu foin de le faire 
graver tel qu'on le voit à la page 
190. Où il eft repréfenté au naturel , 
nous y fENVOyons. 


des Vers. 303 
Quant à la faim que caufent les 
Vers , nous remarquerons qu'il s'eft 
vu des maladies-Epidémiques ver- 
imineufes qui étoient accompagnées 
d’une fi grande faim , qu’on n’ap- 
pelloit point autrement ces mala- 
dies , que les maladies de la faim. 
Il y en eurune de cette nature à Sar- 
ragofle , dont prefque tout le mon- 
de mouroit, & contre laquelle on 
ne trouva point de meilleur reme- 
de que le Bol d'Arménie, donné 
tantOt feul, & tantôt avec de la 
Thériaque, ce qui faifoit fortir des 
quantités prodigieufes de Vers, & 
guérifloit prefque tous les malades. 
(Foref. Lib. XXI. Obferv. 28. 1» Schol.) 
Au regard des Convulfions, les 
Vers des inteftins en excitent quel- 
quefois de fi horribles, qu’on les 
prendroit prefque pour des effets 
de poñléffion. 11 s’eft vu des Enfans 
travaillés de ces Vers, fe renverfer 
en arricre , jufqu’à faire toucher 
leur crane à leurs talons. Trinca- 
velle (4) aflüure en avoir vu plufieurs 
exemples. 


(a) Trincan. Lib, IX, Cap, a1, de Rat, Curand. paré, 
bom, corp. affeût, ” 


ÿO4. De la Génération 

Pour ce qui eft de l’Epilepfie , la 
plüpart des Enfans qui en font afki- 
sés, ne le font qué par les Vers. 

Un autre effet des Vers des intef- 
tins, eft de piquer quelquefois les 
inteftins, de les percer, de fe répan- 
dre dans toute la capacité du bas- 
ventre , & de dévorer les malades 
jufqu’a les confumer ; ainfi qu’il ar- 
riva à cet Herode Agrippa , dont il 
eft fait mention dans les Aétes des 
Apôtres (4). 

Grafftius ( b ) écrit qu'ayant été 
appellé pour voir un jeune Hom- 
mé de quinze ans qui étoit fort ma- 
lade , & qu'ayant reconnu qu'il 
avoit des Vers , il lui fit prendre 
trois matins de fuite, d’une poudre 
qu'il compofa lui-même, laquelle 
chaffa par les felles , plus de cent 
Vers. Le ventre , nonobftant cela, 
ne laiffant pas de demeurer dur & 
tendu vers le nombril, il y fit ap- 
pliquer un cataplafme émollient , 
& vingt-quatre heures après , com- 
mencerent à fortir par le nombril 


(a) AT. Apoft. Cap. 11. v, 15. 
(6) Grafftins ; apud Guillelm. Fabric, Cent. 2. Ob= 
ferv. 2: 


pluficurs 


, des Vers. 30 $ 
plufieurs Vers aflez longs, ce qui 
dura plufieurs jours. Cependant le 
ventre perfiflant toujours à être ter- 
du , Grafitius fit continuer le même 
cataplafme , & comme c’éroit le 
temps des fraifles, & que ce jeune 
Homme en mangeoit beaucoup, il 
arrivoit quelquefois qu’en levant le 
cataplafme, qn y trouvoit des grains 
de fraifes attachés ; ce qui ne per- 
mit pas de douter que les Vers 
n'euflent percé les inteftins & les 
parties contenantes. Le Malade 
mourut peu de jours aprés. 

On trouve dans les Auteurs plu- 
fieurs exemples femblables ; com- 
me dans Hollier (4), dans Nicolas 
Florentin (4) ,. dans Foreftus(c) , & 
dans Trincavelle (4). 

£= AScARIDES caufent des 
déMangeaifons dans le fondement , 
& fouvent par Pirritation qu'ils 
font à l'inteftin, dés défaillances, 
des fyncopes, & très fouvent des: 
tenc{mes où épreintes. 

La) Holder. Lib, I, cap. 54. de Morb. Tnt. 

. {b) Nicol. Florent. Serm. $.traû.8.Cap. 54, 
(c) Foreft. Lib. VII. Obferv. 35.infchol, 
(d) Trincawv. Lib. IX, cap.r1. de Rat. Cur. part, bunes 
sorp. affect. Tob. Creulinus de Obferv. propriis, 
Tome E. CC 


æ 
306 De la Génération 


Les EFFETS pu l'ÆENIA , ou So= 
litairé, font prefque les mêmes que 
ceux des Vers ronds & longs, quel- 


quefois même ils font plus violens, 


comme le remarque Arnauld de- 
Villeneuve(4#) , & il y en a trois. 


que ce Ver produit plus ordinaire- 
ment ; fcavoir , le fyncope, la per- 


te de parole, & la difficulté de fe 
rétablir , quand on eft tombé dans. 
RE maladie , par quelque cau-- 


€ que ce foit. 


Pour la faim , on peut dire que- 
files Vers afament quelquefois, le: 
Solitaire et celui-de trous qui affâme: 


le plus. Je remarquerai là-deflus que 


le Malade qui à rendu celui qui a 


donné occalion à ce Livre, & qui. 
eftrepréfenté dans la planche IV. de: 
Ja Préface , croit prefque touj@urs- 
tourmenté d’une faim dévorante, 
& cela depuis fon enfance, ainfi que- 
je l'ai appris de lui-même ; ce qui 
vient de ce que ce Ver confumeune- 


partie du chyle & corrompt Pau- 


tre ; car alors le corps eff fruftré de- 


{1 nourriture. 


(a) Signurs folii , eff cum patmniurpræditla fympte 


mala , interfiora &9° fortioræs Arnold, V'ilianov, Bre 
miar, Lib, IT, Cap, 25, 


des Vers. n°54 

Cette régle cependant n'eft pas fi: 
générale , qu'elle n'ait des excep- 
tions , & nous fommes témoins: 
qu'elle en à plufieurs. : 

Pour ce qui eft de la difficulté de: 
fe rétablir lorfque par quelque cau- 
fe que ce puifle étre , l’on vient à. 
tomber malade:, c’eft l'effet ordi- 
naire du Ver dontil s’agit. Comme 
la chaleur naturelle s’affoiblit dans 
les maladies , on fait alors moins 
de bon chyle, ce peu de chyle qui 
devroit fervir au foutien du corps ,. 
eft prefque” tout dévoré par ce Ver ; 
d’où s'enfuit que l’6n doit tomber: 
dans un épuifement & un abbate- 
ment fi confidérable', qu'il eft dif. 
ficile de fe rétablir parfaitement. 
C’eft ce qui arrive à là plüpart de’ 
ceux qui ayant ce Ver, tombent: 
malades. Si celui dans le corps: 
duquel loge cet Infeéte, vient à. 
tomber malade, 37 ne [eauroit, dit: 
Hippocrate , fe rétablir qu'a peine , (a). 
dy la raifon de cette dificulté , pourfuit-. 
il, (b) c’eft que ce Ver confume: 

(a) sat àragéçerus.- Liv, 1V. des Maladies, - 

(dé) Gipp. sbid, 

, GC ciÿ: 


308 De la Génération | 
une partie de la nourriture travail 
Ce dans l’eflomac. : : 

C'eft quelquefois de-là que vien- 
nent ces fangueurs qui reftent après 
certaines maladies, & contre lef- 

uclles tous les remedes ordinaires 
one inutiles, parce qu'on ne penfe 
pas à cette caule. 

Le même Hippocrate dit que ce 
Ver ne fait jamais beaucoup de 
mal (4); mais il y a apparence que 
cet Auteur n’a parlé de la forte que 
par rapport au grand mal qu'il dit 
que ce Ver ne caufe pas, qui eftla 
mort. On peut voir -deflus fon 
IVe. Livre des Maladies. D'ailleurs 
il appelle cet Infe&te du nom de 
dnpror | qui fignifie particulierement 
dans le langage des Médecins, une 
bête dangereufe de fa nature. 

Ceux cui ont le Solitaire , fup- 
portent avec peine la fatigue ;, le 
moindre exercice les abbat, & leur 
corps devient de plus en plus dé- 
bile. - 

Hippocrate femble dire le con- 
traire feton la Traduétion de Van- 


(a) Seiror Ti xapre dun Gr JT 


Hipp. sb. 


des Vers. 30 
der Linden , qui rend ces mots 
grecs que nous venons de rappor- 
ter au bas de la page 308. par ceux-" 
ci: Qu hoc ansmalculum habet; toto qui- 
dem tempore valde debilis fieri non pote- 
rit: C’elt-à-dire, Celui qui a cet In- 
Jeite, ne fcauroit pendant tout le temps 
qu'il l’a , devenir fort débile. Mais cette 
Traduêtion n’eft pas jufte ; le grec 
porte : ZI warrive point de mal tron 
confidérable à celui quia ce Ver ; ce qui 
cit bien différent. 

Le Solitaire produit dans les 
femmes , des effets plus fâcheux 
que dans les hommes. Il leur caufe 
des coliques violentes , de longs 
délires, des fyncopes fréquens , & 
avec cela des fuppreflions de re- 
gles, des tumeurs de ventre, des 
dégouts, & des appétits bifarres, 
que l’on prendroit aifément pour 
des fignes de groffefle. On y à été 
trompé quelquefois, & Spigelius(4) 
en rapporte un exemple digne de 
remarque. : Une Demoifelle de 
quinze ans , dit-il , avoit tous les, 
dégouts & tous les appctits ordi- 


naires aux femmes grofles ; avec 


{a) Syigel, de Lumbriea late, ” 
. 


ÿTO De l4 Génération 

cela le ventre fort élevé , & une: 
fuppreflion ‘entiere de regles ; fes. 
parens allarmés la firent examiner: 
par les Médecins & par les Sages- 
femmes , qui aflurerent tous qu'elle: 
étoit enceinte ; ce qui fut caufe 
qu'on ne lui fit aucun. remede. 
Cette fille ainfi dépourvue de fe-- 
cours, tomba dans un defféche-- 
ment univerfel de tout le corps. 


8 mourut peu de temps aprés... 


On l’ouvrit & au lieu d’un enfant: 
qu'on s’attendoit de trouver dans 
la matrice, on trouva dans le ven- 
tre un grand amas d'eaux & un: 
Ver plat qui occupoit toute la: 
longueur des inteftins. 

Nous avons obfervé que le Pleu-- 
rétique qui a rendu le Ver Solitat 
re repréfenté page 1v. dela Préface, 
fe trouva guéri prefque aufli-tôt 
après l’avoir rendu. 1 ne faut point 
aller plus avant, fans examiner comt- 
ment s’eft pu faire cette guérifon: 

Nous remarquerons premiere- 
ment, qu'il n’eft pas étonnant de: 
voir des pleurcfies vermineufes 3: 
on en voit fouvent, & plufieurs- 
Auteurs en font mention. Gabucis- 


des Vers. 318 
nus entre autres , en rapporte une, 
dont la guérifon a beaucoup de rap- 
port avec celle-ci. (*) Il raconte 
qu'une fille ayant tous les fymptô- 
mes ordinaires dans la pleuréfie ;. 
fçavoir , une douleur piquante au 
côté , une toux feche, un pouls. 
dur & récurrent, une courte ha-- 
Jeine, & une, fiévre continue; il 
remarqua que le corps de cette fille: 
étoit tantôt froid, tantôt chaud 
& que lorfqu’il y avoit de la cha-- 
leur , une des joues rougifloit, & 
que l’autre demeuroit pâle. Que fur 
cela , il donna à la Malade un mé-- 
dicament contre les Vers, lequef 
en fit fortir une grande quantité .. 
& que la pleuréfie ceffa. 

C’eft ce que nous avons vu arri-- 
ver dans le Pleurctique dent nous. 
venons de-parler , c’eft-a-dire , dans. 
le Malade qui à rendu le Ver qu’on 
voit gravé à la page r1v. de la Pré. 
face de ce Livre. Il fe trouva gueri: 
de fa pleuréfie prefque auffitôt après. 
la fortie du Ver. Il ne-fant pas croi- 
re cependant que lorfque ce Ver: 
fe trouve dans une pleurcfie , & 


(2) Gabuc, de Lumbr, Cap. 33. 


312 De la Génération 

qu'il vient à fortir , la maladie gné- 
rifle toujours pour cela. On voit 
un fait contraire à cette penfée dans 
lHiftoire de l'Académie des Scien- 
ces , année 1709. pag. 31. ou 1l ef 
parlé d’un Malade mort d’une pleu- 
réle , lequel avant que de mourir 
jetta un Ver plat & fort long. 

Quoi qu'il en foit , voici com- 
ment le rétabliflement du Malade 
dont nous avons rapporté l’hiftoire 
pag. 1v. & fuiv. de la Préface de 
ce Livre , fe peut expliquer. 

On fçait que la pleuréfie eft une 
maladie entretenue par le féjour 
d'une humeur arrêtée dans la pleure. 
Or jedis que le féjour de cette hu- 
meur étoit entretenu par celui du 
Ver, & voicicomment : Rien n’eft 
plus capable de réfoudre une hu- 
meur arrêtée que l'abondance & 
la vivacité des efprits animaux. 
Ces efprits fe produifent par le 
moyen de la diftribution d’un bon 
fang à tout le corps. Le bon fang 
fe fait du bon chyle ; or le bon 
chyle eft dévoré par ce Ver quien 
confume la partie [a plus fine & la 
plus délicate, comme il eft facile 


de 


des Vers. 313 
de Île juger par la finceffe de fon col, 
qui eft prefque auñli nxince que du 
papier. {1 ne reftoit donc dans le 
corps du Malade qu'un chyle épais 
& groflier, peu propre à fe diftri- 
bucr. 

Ce chyle faifoit un fang épais, 
êc ce fang épais des efprits qui n’é- 
toient pas aflez fubtils pour réfou- 
dre les parties de fang arrêtées dans 
la plevre , & pour leur donner la 
fubtilité nécefaire , afin d’être re- 
prifes par les vaifleaux, & de ren- 
trer dans le commerce de la circu- 
lation. Lors donc que ce Ver eft 
forti , lebon chyle , au lieu d’étre 
employé à lanourriture de l'Infe- 
&e , l'a été à celle du Malade. Il 
s’en eft fait un fang plus délié, des 
cfprits animaux plus vifs & plus 
abondans,; l'humeur amafñlée den 
la plevre a été par conféquent pé- 
métrée par des parties fubtiles & 
infinuantes, qui l’ont rendue pro- 
pre à étre reprilc par les vaifleaux, 
enforte que certe humeur étant dif- 
fipée, la gucrifon à du s’en fui- 
vre. 

J'ajoûte à cela que c’eft une erreur 

Tome I. | 


314 De la Génération 

de croire que les Vers ne puiffent 
pas caufer latpleuréfie. Ils la caufent 
quelquefois , comme le remarque 
Quercetan; & pour le compren- 
dre, il n’y a qu’à faire réflexion fur 
ce que peut produire cette matiere 
corrompue qui accompagne tou- 
jours les Vers; car on n’a pas de 
peine à concevoir qu’elle peut aife- 
ment affecter la plevre & l’enflam- 
mer , fans qu'il foit néceflaire de 
recourir pour cela à d’autres caufes. 
Quercetan (4) rapporte qu'ayant 
fait ouvrir plufieurs vieillards, qui 
étoient morts de pleuréfes, il Icur 
trouva les inteftins remplis de gros 
Vers , qu'il regarda comme la caufe 
véritable de leurs pleuréfies. 

J'ai dit plus haut, que les Vers 
ronds & longs piquoient fouvent 
les inteftins. Je remarquerai ici que 
le Tænia ou Solitaire , ne pique ja- 
mais , parce qu'il n'a pas la tête: 
faite d’une maniere propre pour 
cela, ayant cette partie fort molle, 
ainfi que l'obfervent Spigelius ()& 


(a) Quercet. Rediv. 
(b) Spigel, de Lumbr. lai Cap. 6. 


LD 


des Vers. 315$ 
Sennert, (4) & que je puis l’aflurer 
moi-même comme témoin. 

On peut connoître par tout ce 
que nous avons dit jufqu’ici, que 
les maladics que caulent les Vers, 
ne font point indifférentes ; mais 
voici des Obfervations qui le pour- 
ront encore confirmer. 


PREMIERE OBSERVATION. 


Feu M. Daval le pere, Do“teur- 

Régent de la Faculté de Médecine 
_ de Paris, m'a dir qu'ayant un jour 
laiffé pour mort un Malade qu'il 
traitoit, il s’avifa néanmoins d'y 
pañer le lendemain ; qu'ayant trou- 
vé alors le Malade dans la même 
extrémité , fans connoiffance, fans 
pouls & fans chaleur, il foupçon- 
na fur quelques fignes dont il s’ap- 
percut , que tout cela pouvoit être 
caufé par des Vers ; qu'aufli-tôt 
fans différer , il fit prendre au Ma- 
lade plufieurs chofes contre les 
Vers , lefquelles chafferent de fon 
corps un animal jaune, ayant deux 
cornes pardevant ; que ce mal ne 


(a) Sennert, Lib. III. p,21,Seût. 1 Cap.s. 


Ddij 


zu6 De la Génération 
diminuant point pour cela, il fit 
réitérer les mêmes remedes, qui 
chaflerent encore un Ver fembla- 
ble au premier ; après quoi le Ma- 
lade revint à lui, & recouvra peu 
à peu la fanté. 


11. OBSERVATION. 


M.Hartfoecker m’a mandé d’Am- 
fterdam , qu'ayant un de fes enfans 
fort malade , & qui paroïfloit hors 
d'efpérance de guérifon 5 il lui don- 
na quelques grains de tartre émé- 
tique, qui ce jour-là ne fit en ap- 
parence aucun effet ; mais que le 
lendemain lenfant rendit trois gros 
Vers , & fur guéri aufli-tôt. 


1IL OBSERVATION. 


Une Dame de Dunkerque, 
venoit d’accoucher heureufement 
pour la quatriéme fois. Comme elle 
avoit de la fiévre , de fréquentes 
naufées , une difficulté de Ms À 
qui alloit jufqu'à une efpéce d’é- 
tranglement , de grandes douleurs 
dans lebas-ventre, fans néanmoins 


des Vers. 317 
aucune tention; fon Médecin qui 
étôit M. Gandolphe Médecin de la 
Marine à Dunkerque, crut qu'il y 
avoit quelque chofe d’extraordi- 
‘naite dans le bas-ventre, & or- 
donna de la manne avec un peu de 
tartre émétique. La Malade qui 
dans fa troifiéme groffeffe, avoit pris 
pour {e guérir d’une fiévre intermit- 
tente, des tablettes vomitives , qui 
chafférent beaucoup d’humeurs 
fans aucun Ver, rendit par le moyen 
de cette manne mélée d’émétique, 
un Tænia de cinquante pouces de 
long ,(4) nonentier , mais avec la 
tête, alaquelle paroifloient deux 
trous & une petite éminence ron- 
de au-deflus. La Malade qui avoit 
ce Tænia , avoit rendu plufieurs 
fois par les felles de ces petits corps 
blancs, dont nous avons parlé plus 
haut. lefquels refflemblent à des 
graines de citrouilles, & qui font 
des morceaux rompus de ce Ver. 

Ce n’eft point un fait firare, de 
voir rendre des Tania, ou Vers So- 
litaires, à des femmes en couche. 

(a) Hift. de l'Acad, Roy. des Sciences, année 
F709. p. 30, 


Ddiij 


318 De la Génération 

1 y a quelques annees que M. Cen- 
tugi Docteur Régent de la Faculté 
de Médecine de Paris , m’écrivit 
la Lettre fuivante , en m’envoyant 
un Ver de cette efpéce. 


» Je vous prie, Monfieur , d’e- 
» xaminer le Ver que je vous en- 
» voye. Il fort du ventre d’une fem- 
» me nouvellement accouchée. Elle 
» l’a rendu par un lavement, qu’a- 
» prés une faignée du pied , je lui 
»ai ordonné pour faire venir les 
» purgations fupprimées. Le nœud 
»que vous remarquerez dans ce 
» Ver mérite attention, aufli-bien 
» que fa figure platte & fon excefi- 
»ve longucur, avec les différens 
»anneaux dont il eft compolc. Je 
»vous prie de m'écrire là-dcflus 
» votre fentiment. Vous obligerez 
»votre affeétionné ferviteur & 

» » Confrére, ConNTucr. 


IV. OBSERVATION. 


Cette Obfervation a été commu- 
niquée il y a plufieurs années par 
un Médecin d'Hanover ,à Madame 


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des Vers. 319 
Ha Ducheffe de Bouillon , qui auffi- 
tôt eut la bonté de m'en faire part. 
Il s’y agit d’un Animal extraordi- 
naire rendu par la femme d’un 
Maréchal d'Hanover deux jours 
avant que de mourir. La figure qui 
en fur envoyée du pays à Madame 
la Ducheffe de Bouillon , & dont 
je fis tirer une copie, me parut fi 
finguliere ,; que je crus devoir fuf- 
. pendre là-defflus mon jugement. 
M. Paullini, fçavant Médecin de 
* Francfort, a depuis donné la figure 
. de cet Infeéte dans une Differtation 
particuliere fur les Vers, avec la re- 
fation de la maladie de cette fem- 
me. Il ajoute que cette rélation eft 
écrite par le Médecin même de la 
Malade, nommé Chrétien-Louis: 
Kotzebve, ce quine confirme pas: 
peu la vérité du fait. Comme la re- 
lation que Madame la Ducheffe de: 
Bouillon m'a mife entre les mains. 
s'accorde avec celle qui cft dans la: 
Diflertation de M. Paullini , & 
qu'elle a cet avantage d’être mieux: 
circonftanciée , nous la préférerons: 
ici. 
La voici mot à mot : » En 1697. 
Ddiv 


320 De la Génération 

» ]a femme d’un Maréchal d'Hano- 
» ver s’étoit trouvée fort mal dans 
»sune couche. D'abord après fon 
» accouchement , il lui fortit aux 
» bras 87 aux jambes des ampoules 
» fort groffes & fort dures, & elle 
» devint toute perclufe. On lui ap- 
» pliqua des véficatoires qui tire- 
» rent une grande quantité d'eaux ; 
» on fit plufieurs autres remedes, 
» 8 la Malade après avoir gardé le 
»lit pendant dix-fept femaines , 
» guérit enfin, & l’année d’après ac- 
» coucha heureufement. Elle porta 
» cette nouvelle fante jufqu’à laPen- 
» tecôte feulement, qu’étant allée fe 
» promener à la campagne,elle but 
» beaucoup de lait, & futaufli-tôt 
» attaquée d’une violente colique, 
# qui la tourmenta toute lanuit. Le 
»# mal devint fi preffant , que le len- 
» demain elle ne put fe lever : des 
» vomiflemens qui furvinrent, l’'em- 
“pêcherent de prendre aucune nour- 
»riture. M. Kotzebve fon Méde- 
» cin , lui fit prendre , avec affez de 
» fuccès , des pilules compofces 
» d'aloës, de fcammonée, de tro- 


» chifques d’halandal, & de mer- 


des Vers 321 
» cure doux ; mais peu de temps 
» enfuite la maladie augmenta , & 
» cette pauvre femme tomba dans 
»”un€e maigreur fi étrange, qu’elle 
» devint comme un- fpeûre. Le 
» Médecin s’apperçut de quelques 
» fignes de Vers ; il donna aufli-tôt 
»-les remedes qu’il crut les plus fpé- 
» Cifiques contre ces Animaux , & 
» Ja Malade jetta par haut & par 
» bas quantité de Vers, fans enref- 
» fentir aucun foulagement, ce qui 
»arriva à [a faint Jean-Baptifte. 
» Après cela elle fe plaignit de gran- 
des douleurs dans les côtes & 
» dans le bas-ventre, & elle difoit 
» qu'il lui fembloit que Aide 
» chofe fe promenoit dans fon 
» corps. Quelquefois on la contrai- 
» gnoit à avaler un-peu de potage , 
»mais elle le rendoit dés le. mo- 
»ment , & le rendoit de couleur 
» verte & jaune; ce qu’elle vomif- 
» foit, étant gardé, fe tournoit en 
“une eau gluante , femblable à 
»celle qu'on voit dans un alembic 
» où l’on diftile des Vers de terre. 
»-Peu de jours avant que de mourir 
w#ayant pris une médecine , elle 


422 De la Génération 
» vomit un morceau de fang cailié, 
» aprés quoi elle devint fi foible, 
» qu'on n’efpéra plus de guériion. 
» Une vicil'e femme qui la gar- 
» doit , voyant qu'onne faifoit plus 
» de remede à fa Malade qui fouf- 
» froit toujours, lui appliqua fur le 
» ventre de la fiente de Cheval 
» toute chaude, ce qui la foulagea 
» pendant quatre jours. Mais le’ 
» mal redoubla fi fortement, que: 
» la Malade vouloit fe faire ouvrir 
» le côté , pour en tirer , difoit- 
» clle , un Animal qu’elle fentoit 
qui cherchoit à Port Peu de- 
» jours aprés .. elle s’appercçut que 
» quelque chofe lui fortoit par le 
» fige , clle appella aufli-tôt fon 
# mari & fa garde, qui virent l’A- 
» nimal repréfenté dans cette plan- 
» che. La Malade mourut deux 
»jours après, d’une mort très-dou- 
» ce. Nous avons fait graver cette 
figure fur celle dont Madame la 
Duchefle de Bouillon nous a fait 
part, laquelle à été tracce d’abord 
après que l’Animal fut {orti. 

Il y a dans la relation manufcri- 
te que nous avons entre les mains ;. 


des Vers. . 323 
une circonftance qu’il ne faut point 
oublier , & qui n'eft pas marquée 
dans a Diferration de M. Paullini ; 
c’eft que la peau de cet Infeéte que 
Fon conferve dans de l'efprit de 
vin, eft life & verdâtre commela 
peau d’une Anguille, que fon corps: 
eft fans os, que les pieds même, 
dont l'un paroît comme une griffe 
d’oifeau, n’ont point d'os non plus, 
& que la chair en eft trés-molaffe, 
aufli-bien que l’efpéce de crête qui 
eft fur larète. 


V. OBSERVATION. 


En 1701.M. de Rongerolle, Mai- 
tre Chirurgien de Verneuil, écrivit 
à la Faculté de Médecine de Paris: 
ha Lettre fuivante. 


Messreurs. 


» Vous voulez bien me permet- 
“tre de vous écrire à l’occafion 
» d’une femme de notre Ville, la- 
».quelle à rendu par le fiége un Ver 
» d'une figure & longueur extraor- 


324 De la Génération | 

» dinaire , & lequel j'ai été requis 
» de vous adrefler. Elle l'a rendu 
» vivant, ayant plufeurs inégalités 
» en forme de têtes, & cheminant 
» fur tous les nœuds cartilagineux 
» de fon corps, comme:fur fes pro- 
»pres pieds. l'contient en fa lon- 
» gueur une aulne de ce Pays, étant 
» d’une ftruure fort extraordinai- 
»re , quoiqu'il ait beaucoup de 
» rapport à celui que Fon appelle 
»le Platée. (4) Je croi qu'il eft a 
» propos par même occafion Ge 
» vous informer des fymptômes qui 
» ont précédé fa fortie de’cet Ani- 
» mal. La femme qui la jetté ft 
n âgée environ de quarante ans, 
» étant d'un tempérament pitui- 
» teux & phlegmatique ; reflentant 
» depuis long-temps des douleurs 
» d'eftomac, accompagnées d’in- 
» fomnie , enforte que le neuviéme 
»jour du mois coùrant , elle fut 
» prife le matin d’une douleur très- 
» grande & fubite , laquelle com- 
» mença par le dedans de la ma- 
»trice, & fe communiqua bien- 
» tôt après , par tout le bas-ventre, 

(a) C'eft-à-dire, le Ver plat. 


des Vers. 325 
#avec des frifons , accompagnés 
» de lipotimies fréquentes ; ce qui 
» m'obligea y étant appellé pour la 
» fecourir en un tel befoin, de lui 
» faire donner un clyftere purga- 
»tif, lequel réitéré trois heures 
»aprés, fut fuivi de tout le fuccès 
» qu’on pouvoit efpérer ; puifqu'ef- 
5 LA us tous les fymptômes 
» cefferent, ne lui reflant plus qu'un 
» pen de foiblefle ; enfuite de quoi 
» le deuxiéme jour fuivant elle ren- 
» dit.cet Animal, Je veux croire que 
.» vous trouverez bon la hardieffe 


» que je prens en cette occafion . 


» perfuadé que je fuis qu'il n'ya 
» rien de nouveau pour vous dans 
»la nature, & dont vous n'ayez 
une parfaite.connoiffance. Je re- 
» cevrai avec une entiere foûmiflion 
»le jugement qu'il vous plaira faire 
» fur ce fujet, étant Juges fouve- 
» rains-pour décider de tous les êve- 
” nemens & prodiges qui arrivent 
» dans la Naturc ; pardonnez donc, 
» S'il vous plaît, Mefficurs, ma har- 
»dicfle & témérité d’ofer entre- 
» prendre de mettre la main à la 
»plume pour importuner une fi 


EU 


216 De la Génération 
» célébre Société. C’eft peut-être 
»un effet de mon ignorance qui 
» m'y engage. Mais je fuis hi prévenu 
» de toutes vos bontés , que j’efpere 
5 QUE VOUS m'exculcrez , puifque je 
nfuis & veux être toute ma vie 
» avec un refpett profond , 


MESSIEURS, 


Votre trés-humble & tréès- 
fidéle ferviteur , De Rox- 
GEROLLE , Me. Chirurgien 
à Verneuil au Perche. 


A Verneuil au Perche, ce 18.Août 1701. 


La Faculté de Médecine ayant 
recu cette Lettre, qui fut lue dans 
une Affemblée , me chargea de l’e- 
xaminer , & d'écrire à l’Auteur de 
la Lettre mon fentiment fur ce {u- 
jet : je le is, & trois mois après je 
reçus la réponfe que voici , laquelle 


5 


cit digne de remarque. 


» M. fi j'ai été fi long-temps fans 
»me donner l'honneur de vous 
ȃcrire pour vous remercier de 


- des Vers. 327 
n toutes Vos honnêétetés ; ce n’a été 
#.que parce queje croyois que notre 
» Malade prendroit bien plutôr les 
»remedes contre {on Ver plar, 
» qu'elle n’a fait; car elle ne les a 
» pris que depuis peu , & avec d'in- 
» ftantes prieres & follicitations de 
“tous fes amis, de forte que Di- 
» manche dernier elle prit la po- 
» tion qu’il vous a plu lui ordonner, 
» 8c la nuit fuivante elle rendit en 
“forme de peloton par le fiése, un 
» morceau de Ver plat , quoique 
» mort, lequel fut fuivi d'un grand 
» nombre de portions pourries , tel- 
» les qu'elles font défignées & gra- 
» vées dans les planches qu’il vous 
»a plu m'envoyer , defquelles je 
+ vous remercie. Profitant donc de 
» vos avis, je réfolus de laifler un 
»jour d'intervalle, & puis de lui 
» faire prendre une deuxiéme fois 
» delapotion, ce que je fis mardi 
» dernier avec aflez de fuccès, puif 
» qu'il s’en cft fuivi une autre efpe- 
»ce de Ver, rond, de ja longueur 
» du petit doigt, d’une fubftance 
» fort folide; accompagné de plu: 
n fieurs autres portions fort pour- 


328 De la Génération 

» ries, que la Malade a encore jet- 
»tées depuis ce temps-là. Mais 
» quant au Ver plat , vous m'avez 
» fait l'honneur de me marquer par 
» votre Lettre que cette Malade 
» avoit encore dans le corps plus de 
» deux auines du même Ver plat, 
» & beaucoup plus large que ce que 
»javois pris la liberté de vous en- 
» voyer, cela s’eft trouvé vrai, puif- 
» que celui-ci contient trois aulnes, 
» mais il n'eft pas plus large qe 
» dans la premiere portion. Je ne 
» puis vous remercicr afez , Mon- 


…fieur, &c. Fe fuis... 
VI OBSERVATION. 


Le 6. May 1701. un frere que 
j'avois à Lyon m'écrivit la Lettre 
qui fuit. 


» I y a quelque temps, que je 

» me fentois des frayeurs extraor- 
» dinaires , qui me prenoient fubi- 
» tement, fur-tout , lorfque je me. 
» trouvois feul, ou que j'étois enga- 
» gé dans quelque Eglife, ouautre 
»lieu. Jene fçavois que m'imagi- 
ner 


des Vers. 329 
“ner une telle foibleffe ; mais un 
» jour fans que j'y penfañle, & fans: 
»avoir pris aucun remede , je fis 
» un grand Ver, & depuis ce temps- 
»là je ne fuis plus fujét à ces 
» frayeurs,de quoi je remercieDieu. 
» Mandez-moi, je vous prie ; votre 
» fentiment fur ce fujet , &c. 


Cette Lettre fait voir que les Vers: 
caufent quelquefois des frayeurs 3 
mais voici une Obfervation qui va 
montrer que les frayeurs peuvent 
auf quelquefois à leur tour , don- 
ner lieu à la production des Vers, 
chofe qu’il. eft bon de remarquer , 
puifque l’occafion s’en préfente. 

Thomas Cornelius, de la Ville 
de Confenfe en Calabre , homme 
très-doéte, rapporte { 4) avoir vu 
une petite fille, qui après un faifif- 
fement de peur dont elle penfx 
mourir fur l'heure, tomba infenfi- 
blement en langueur, prit un teint 
pâle , devint fujette à des douleurs 
dans la poitrine; fut enfuite atta- 
quée de fréquens accès d’épilephe.. 


(a) Thom. Cornelii Confentini , progymmn. de’:m=- 
_#icat, prog. 6. 


Tome I. E €: 


j 30. De la Génération 
& mourut aprés avoir cruellement 
fouffert. [| raconte qu’on ouvrit le- 
corps de cette fille, & qu'après 
avoir bien cherché, l’on n’y dé- 
couvrit d'autre caufe de fa mort, 
que des Vers qui lui avoient rongé 
les vaifleaux du cœur. Cet Auteur 
remarque que la peur produit dans. 
les Animaux le même effet. » Un 
» Etourneau, di-11, que l’on nour- 
» rifloit dans une baffe- cour , & que: 
» des enfans effarouchoiïent fans. 
» cefle en courant aprés, devint fu- 
»jet à des convulfions quile firent 
» tomber du haut mal. J’eus la cu- 
» riofité d'ouvrir cet Oifeau, & j'y 
» trouvai la bafe du cœur toute en- 
» trelaffée de Vers ; cela me porta. 
» à cflayer fi en épouventant {ou- 
» vent des Poules, il fe produiroit 
» aufli des Vers dans ces Animaux. 
» Je me mis à en effaroucher plu- 
» fieurs pendant quelques jours , je 
» les ouvris enfuite , & je leur trou- 
» vai à chacunc, de grands Vers à 
» la région du cœur. 

Voilà de quoi faire bien des ré- 
fléxions. 


* des Vers. 331 
Vu. OBSERVATION: 


Le 22. de Février 1712..je füs 
appellé avec M. Fontaine Doéteur* 
en Médecine de la Faculté: deParis, 
mon Confrere ,. chez les Dames de 
l’'Affomption , pour y voir une jeu-- 
ne Penfionnaire malade-de convul- 
fions terribles, qui la prencient de’ 
temps en temps. Elle avoit été fai- 
gnce deux fois du pied, & les fai- 
gnées. n’avoient fervi qu'a rendre: 
les convulfons encoré plus fréquen-- 
tes. Nous trouvâmés" des fignes: 
confidérables de Vers, & nous ré-. 
folumes M. Fontaine & moi, de: 
donner à la Malade quelques ver- 
mifuges, ce qui eut un fuccés fi heu- * 
reux , qu'elle rendit cinq gros Vers: 
vivans .. dont la fortie la délivra de: 
fes convulfions. L’Infirmiere mit: 
ces Vers dans de l’eau fur une fe- 
nêtre à l'air, où ils vécurent prés: 
d'un mois, ; 

_X Pere de M, Fontaine , nouveau Doëtéur de : 
fa même Faculté, 


Eci 


332 De la Générarion 
VIIL OBSERVATION. 


Lettre qui ma été communiquée 
r Li 

par Monfieur le Procureur Gé- 
néral JoLi DE FLEURY, à qui 
elle a éré écrite dAlais en 1723. 
par M. de Rochebouet ; alors 
V’icaireGénéral du Diocefe d'A- 
lais, © aujourd'hui Curé de 
S. Germain-le-vieil à Paris ; 
lequel a trouvé bon qu'elle fur 
änfêrée ici. 


Monsieur, 


» J A1 fait defliner le Ver que 
» jai rendu comme j'étois à la cam- 
» pagne , je n’ai pu trouver de Fef- 
» prit de vin pour leconferver ; de 
quoi je fuis bien fâché. Je le rap- 
» portai à Alais, mais il étoit {cc, 
» & bientôt il fut réduit en pouflic- 
»re. Vous en trouverez ici' la figure 
» exacte , à l'exception de la cou- 
» leur, çar ilétoit noir comme de 


LS 


… des Vers: LE 
» l'encre, & luifant. On y à expri- 
» mé les plis & les, ondulations- 
» qu'il avoit fur la peau. J'ai tou- 
»Jours foupçonné que cet Animal 
»Ctoit la caufe de mes incommo- 
» dités. 

» Lorfque je le rendis , il y avoit 
» prés de deux ans que javois été 
» attaqué de vapeurs violentes : 
» elles me prirent à une maifon de 
» campagne à une lieue de cette 
» Ville, où je m’étois retiré avec 
» Monficur notre Evêque dans le 
* temps qu’on leva notre Blocus du 
» côte du pays prohibé. Elles fu- 
»rent fi terribles , que javois le 
» menton appuyé. fur l’eftomac , & 
» que lorfque je voulois faire un 
» cflort pour lever la tête. je per- 
» dois connoiffance ; je ne pouvois. 
» me foûtenir , & j'avois de temps 
« en temps, des trémouflemens par- 
» tout le corps. Je me fis:tirer du 
» fang, & alors je me fentis beau- 
»coup dégagé ; je levai la tête, 
» mais elle tomboit en arriere, & 
»j'avois peine à trouver une fitua- 
» tion un peu tranquille ; je n’avois 
» point perdu l'appétit , & je n'eu 


7 . 


374 De la Génération 
» jamais de ficvre. Certe premiere 
“attaque pañlée, j'en eus ici une 
» feconde , mais moins violente. Je: 
» me fis encore faigner , &z je fus 
» foulagé. Pendant trois femaines: 
ajeus prefque tous les jours, quel-- 
» que légére attaque , oùJe voyois- 
» tout tourner, où javois des tré- 
» mouflemens quelquefois par tout 
»le corps, quelquefois feulement 
» un tremblement dans Îles genoux. 
» Ces tremblemens me réveilloient 
» la nuit en furfaut, & toùjours dans . 
» des fonges épouventables. Mais 
»Ce qui vous furprendra, c'eft que 
le jour même, éveillé, j'avois- 
» peine à éloigner de mon efprir , 
» les images les plus triftes, que la: 
» raifon vouloir inutilement chaf- 
» fer. . .. Lorfqu'on nous ent rendu: 
ytout-à-fait la liberté, 8 que no-- 
»tre Blocus fut levé, je fus impa- 
tient de jouir de la liberté qu'on: 
»nous accordoit, je me rendis à: 
»trois lieues d'ici dans une Com- 
» munauté de Prêtres de S. Jofeph: 
» dé Lyon que je connois. J’avois: 
» heureufement mené avec moi, 
»-un Médecin de mes amis, qui alloit- 


des Vers. 72€ 
» Voir fa famille qui demeure dans: 
» ce lieu-la. : 
» Pendant les deux premiers jours 
» que je fus chez eux, j'eus encore: 
» quelques légcres atreintes de mes. 
» vapeurs , telles que celles que j’a- 
» Vois eues avant de partir d’Alais, 
» & qui m'avoient pris une fois, di- 
3 fant la Grand'Meffe dans notre 
» Cathédrale, & une autre fois en. 
»préchant. Mais le troifiéme jour 
»au foir , je fus attaqué violem- 
» ment au fortir du Helene: ÊT 
» deux de ces Meflieurs me recon- 
» duifirent avec peine, à ma cham- 
» bre, en me tenant fous les bras. 
_» J'envoyai querir mon Médecin 
» qui n'étoit qu'a deux pas; & il 
» me dit qu’il falloit abfolument me 
» purger. Il me fit Iui-même une- 
» médecine avec fené, rhubarbe. 
» manne , fleurs de pêcher. abfyn. 
»the, & quelques grains de jalap.. 
» Cette médecine que je pris le len- 
» demain matin aprés toutcs Îles in- 
» quiétudes & les agirations de [a 
»nuit, Mme mena quinze ou feize 
»-fois, jufqu’à onze heures du ma-- 
» tin. Le Médecin vint alors , je me 


336 De la Génération 

» plaignis d’un grand mal de cœur. 
» Comme la médecine avoit déja 
» bien agi, il me confeilla de pren- 
» dre de l’eau ticde, & d’eflayer de 
» vomir. Je le fis, & comme je 
» n'ai pas grand peine à vomir , Je 
» rendis peu de temps aprés ,.la mé- 
» me cautiede , avec des morceaux 
»de truffes que javois mangés la 
» veille à diner, & que je rendis 
» comme je les avois pris, il yavoit 
» vingt-quatre heures. (4) Jerepris 
» de l’eau tiede, & rendis encore 
_» par le vomiflement, des morceaux 
» de truffes. Le Médecin examinant 
» avec le bout de fa canne, triant & 
» comptant tous les. morceaux de 
» truffes , fe mit à faire uncris, & 
» me dit : Voilà quelque chofe qui 
»remue. Il prit le Ver au bout de 
» fa canne : nous le mîmes fur la ta- 
» ble. Il vécut peut-être, quatre mi- 
»nutes aprés que je l'eus rendu. 
» Jamais je n’ai vû Médecin fi fur- 
» pris. Il m'avoua qu'iln’avoit ja- 
3 mais vu pareille chofe, nientendu 


{4) Voyez cy-après, au Chap, vr. vers le mi- 
fieu, ce qui eft dit des champignons , avec l'Hiftoire- 
que je rapporte fur ce fujet. 


parler 


des Vers: 
nparler de parcils Vers. Celui-ci 
» étoit noir , ayant des pattes com- 


fill 7 RO : art LULU 
th CEA MAL | LABS Ti & kr 1 Lea | RAT ne di most! 
& TR EU % 
\ AN a À ant SA AR A à 
Ê \ : À 


\ AS AT TE 


» me une Chenille, un peu velu, 
» une bouche dont l'extrémité étoit 
» feuille morte , & deux yeux aufli 
s feuille morte, faits comme deux 
» petites têtes d’épingles, 8 fortant 
»de la tête. Je fentis un foulage- 
» ment que je ne puis vous exprimer, 
» &c depuis ce temps-là, je n'ai pas 
» la moindre atteinte de ces vapeurs 
» inquictantes. On jugea à propos 
» de me faire prendre ici les eaux 
»@e Balaruc, excellentes pour l'efto- 
» mac, & qui m'ont fait du bien. 
;, Le Ver n’étoit ni plus gros ni plus 
, long que vous le voyez dans le 
., deflein que j’ai l'honneur de vous 
Tome I. Ff 


43% De la Génération 
,, Cnvoyer. Je croi que ceux qui at- 
,, tribuent la caufe de la pefte à des 
. Infeétes & à des Vers qui fe trou- 
,, vent dans les étoffes & dans les ali- 
»,inens, pourroicnt tirer des con- 
fequences de mon avanture; & 
» dire que c’eft un de ces Vers qui 
, à agi fur les alimens, & quina 
3, pas trouvé le corps difpolé à y 
, faire les ravages qu'il auroit fait 
,, dans d’autres... Les corps des 
,, Peltiferés qu'on. ouvroit , four- 
,, milloicnt de Vers; non pas, à la 
vérité de cette efpéce. 
_ ,, Voilà, Monfieur, comme vous 
., l'avez fouhaité , le détail au jufte 
de mes accidens. Je vous en au- 
trois fait part plutôt, fi la perfon- 
ne qui à defliné le Ver , ne m'a- 
,, Voit manqué de parole trois ou 
» quatre fois. 11 m'a même fait beau- 
,, coup d’ébauches, avant que d’en 
attraper Îa véritable reAemblan- 
> CE: «+. J'ai l'honneur d’être avec 
;, un profond refpeét, 
ES TTONSTEMRS 

Votre, &cc. DE RocHEBOUET, 

Vicaire Général. : 

Æ Alais, ce 15. Février 1723. 


des Vers. 339 

Les fymptômes qu’on remarque 
dans les maladies de Vers , vien- 
nent fouvent autant de l'humeur 
vermineufe qui les a fait éclorre, & 
qui leur fert d’aliment , que des 
Vers mêmes. Cette humeur vermi- 
neule eft quelquefois fi corrofive, 
qu'elle endommage confidérable- 
ment les inteftins ; fouvent même 
venant à fe méler dans le fang , & 
a être portée avec la mafñle à toutes 
les parties , elle peut caufer des 
tremblemens , des convulfions, des 
fiévres , destoux , des fyncopes , & 
autres accidens , felon qu’elle eft 
plus ou moins piquante , plus ou 
moins grofliere, ou qu’elle {e méle 
plus ou moins avec le fang. 

On n’examine pas aflez s'il y a 
des Vers dans les Malades, foit Vers 
* des inteltins , ou autres; de-là vient 
que pluficurs perfonnes , faute d’a- 
voir pris des remcdes ou des pré- 
fervatifs contre les Vers, tombent 
quelquefois en langueur , & meu« 
rent fans qu’on en fçache la vérita- 
ble caufe. Ces infeétes s'engendrent 
peu à peu dans le corps, & s'y en- 
gagent après , de telle forte , Lorf- 

| FFij 


$40 De la Génération 

qu'on néglige les remedes qui Îes 
pourroient chafler , qu’on n’eft fou- 
vent plus à temps de les combattre 
Jorfqu’on le voudroit, On en a trou- 
vé de fort longs jufques dans le 
tronc de la veine-porte : En 16o1. 
Spigelius faifant une Anatomie pu- 
blique , & préparant le foye du {u- 
jet , qui étoit le cadavre d’une fem- 
me d'un âge médiocre , morte dans 
une maigreur extraordinaire , trou- 
va quatre gros Vers ronds & longs 
(a) d’un palme , dans le tronc de la 
veine-porte , où s’étoit forme une 
obftruction qui avoit caufé la mort 
à la Malade. 11 montra ces Vers à 
Fabricius Aquapendente , fon mai- 
tre, lequel les fit voir le lendemain 
dans l'Amphithéatre à tous Les afif- 
tans, comme une chofe extraordi- 
naire. 

Il n'y a pas jufqu’à la Catalepfie, 
qui ne vienne quelquefois de Vers. 
Marcel Donat (b) & Schenchius en 
rapportent(c) des exemples. Ettmul- 
Jer (d) eft de même fentiment. 


(a) £pigel de Lumb. lato , not4 quartä. 

{b) Marcel. Dowat. Lib. II, Hifior. Arab, cap. 2, 
(c) Schench. Obferv. 

{d) Ertmuller de Epilepf. 


des Vers. 341 
Qui croiroit qu'une telle (4) ma: 
fadie pût être caufée par des Vers 2 
Plufieurs Auteurs attribuent aux 
Vers la eaufe des fiévres malignes : 
Kircher (b) & Hauptman (5) préten- 
dent qu’elles ne viennent prefque 
jamais que de là. Foreftus (4) rap- 
porte un grand nombre d'exemples 
de fiévres malignes & peftilentiel- 
les vermineufes, dont il dit avoir 
été témoin; & dans les Journaux de 
Thomas Bartholin , il eft parlé d’u- 
ne pefte qui regna à Vienne en Au- 
triche , de laquelle les Médecinsne 
reconnurent d'autre caufe que les 
Vers(e). | 
Quelques Auteurs vont plus loin, 
& prétendent que toutes les fiévres 
malignes , toutes les peftes, fans ex- 
ception, font les effets des Vers. 
Peut-être ces maladies font elles 
la plûpart accompagnées de Vers; 


(a) La Caralepfe eft-une maladie foporeufe où Le 
Malade refte comme une ftatue , fans fentir , fans 
voit, & fans entendre ; fi oiï remue fes membres, 
on les voit garder la même fituation où on les a mis, 

(b) Kirch. in fcrutinio peflis. 

(c) Hauptn. de vijä mortis imagin, Cr Traëiat. de 
Therm. Wolckenf?. 

(d) Foret, de Intef}. affeitib. Lib, XXI. Obferv. 16. 
in fchol. 

(e) Thom. Barth. AG. Med, Tom. F.p.83. 


FF ii 


342 De la Génération 

mais , comme le remarque Tho- 
mas Bartholin , ïl ne s'enfuit pas 
pour cela, qu'elles foient l'effet des 
Vers(z). D’autres vont encore plus 
Yoin , & veulent que la rage même 
{oit caufée par les Vers. 

Ces queftions au refte , méritent 

qu'on les examine, & c’eft ce que 
nous allons effayer de faire. 


Si la Pelle eff caufee par les V. ers ? 


Les Auteurs font fort partagés fur 
les caufes de la pefte. Les uns attri- 
buent cette maladie aux influences 
des Aîïtres; les autres , comme les. 
Galeniites, à la corruption de l'air 
& des humeurs ; les autres, com- 
me Van-Helmont & fes Scétateurs. 
à l’irritation de l'archée ; les autres, 

comme Willis, à un {el acide ; les 

autres , comme Sylvius , à un fel 
alKali; les autres enfin, à de petits 
Infectes , ou Vers répandus dans 
Vair , lefquels s’introduifent dans. 
nos corps. 


(a) Omnem peflem à Vermibus advocat Kircherus 3: 
credo verd sffettum ele putredinis , non caufam. Quid 
plura V'ermiculi nos torquent C7 mortuos confumunt ; uë 

\ verè Job. cap 7.0.5. Caromeaundiqne V'ermino[a ef. 
Thom, Barth. A4; Med, 1bid. 


Le 


: des Vers. 48 

De ce dernier fentiment font plu- 
fieurs Modernes , & entre autres- 
l’Auteur de la Queftion de Médeci- 
ne : S5 la Pelle de Marfeille à été caufee 
par des Vers ? An Peffis Maffilienfis à 
feminio Verminofo (a)? & celui des Ob- 
fervations faites fur La Pefle de AAarfeil- 
Le & de Provence (b). Le premier, qui 
cft M. le Beoue, célébre Médecin 
de Befançon , dit que la Pefte tire 
{on origine d’une foule d'œufs de 
Vers, qui infeétent premicrement 
la falive ou les alimens , puis le fuc 
nerveux, & enfin les parties {olides. 
Ces œufs de Vers, continue-t-il 
font d’abord avalés avec la falive . 
ou avec les alimens, puis la chaleur 
de l'eftomach, dans lequel ils en- 
trent , vivifie ces œufs, & fait éclor- 
re.les Vers qui y font renfermés. 
Ces Vers éclos dévorent avec avi-- 
dité une partie de l'aliment qu'ils 
trouvent dans l’eftomach,; cet ali- 
ment dévoré les fait croître jufqu’à 
une certaine grofleur , & alors de-- 


(a) Brochure in-8. imprimée en 1721. à Befançon, 
L’Auc ur eft M.le Begue , Médecin de Befançon. 

(b) Brochure :#-12. imprimée à Lyon en 172%:- 
Auteur eft M, Goiffon, Médecin de Lyon. 


fiv 


344 De la Génération 

venus vigoureux , ils excitent [es 
premiers fymptômes de la Pefte ; 
{çavoir , les vomifilemens, les maux 
de cœur , les défaillances ,-les ho- 
quets, les douleurs & les inflamma- 
tions de l’eftomach, &c. fymptô- 
mes , pourfuit-il, que ces infeétes 
peuvent caufer d'autant plus facile- 
ment, qu'ils ont, dit-il, un bec cro- 
chu , fait en forme d’ameçon. 

On demandera fans doute , com- 
ment cet Auteur a pu parvenir à {ça- 
voir que les Vers dont il parle, ont 
le bec ainfi conftruit >? mais il ré- 
pond 1°. que Hauptman en a ob- 
fervé de pareils dans une Dyflente- 
rie peftilentielle. 2°. Que les Pefti- 
ferés en rendent fouvent de fembia- 
bles dans leurs déjections. 3°. Qu'on 
en trouve aufli de tels dans les ca- 
davres de ceux qui meurent de 
pelle. sf 

Cela polé , il dit que fi ces Vers 
{ont portés en grand nombreavec 
le chyle dans la mafñe du fang , ils 
en empéchent la circulation, d’où 
arrivent des palpitations de cœur , 
des fyncopes , un abattement de 
toutes les forces, un trouble dans 


des Vers. 345 
les yeux , des tintemens d'oreilles, 
une fécherefle de langue , des dou- 
leurs dans les lombes. L’Auteur ex- 
plique par le même moyen , quieft 
aflurement trés-commode, tous les 
autres fymptômes de la pefte, & 
nous pouvonsdire , pour rappeller 
ici la réflexion, que nous avons déja 
faite (4) ailleurs là-deflus , que cela 
ne lui coute rien. 

I} n’a pas de peine non-plus, com- 
me nous l'avons aufli remarqué dans 
le Journal cotté au bas de la page, à 
rapporter des exemples de bubons 
& de charbons ou il y avoit des 
Vers; les Auteurs font pleins, & pour 
ainfi dire, farcis de ces fortes d’hif- 
toires. 11 s'agit de prouver que les 
Vers en queftion font la caufe de 

ces bubons |, comme il s’agiroit de 
prouver que les Vers qu’on verroit 
dévorer le corps d’un homme apres 
fa mort, feroient la caufe de la mort 
de cet homme. | 

On trouve des Vers dans l'eau , 
dans le laic, dansle vinaigre; on 
en trouve dans prefque tous les ca- 
davres. L’Auteur ne manque pas de 


(2) Journal des Sçavans , 23. Février 1722, 


346 De la Génération 
citer toutes ces obfervations , & ff 
grand nombre d’autres femblables 
qui s'offrent en foule. Il joint à cela 
{ept différentes raifons ; fçavoir , 
1°. que la multiplication du venin 
peltilentiel ne fcauroit s'expliquer 
bien naturellement , qu'en fuppo- 
fant qu'elle fe fait par des Vers 5 
ees Vers, comme l’on fcait, mul- 
tipliant avec une facilité incroya- 
ble. 2°. Que le tabac, & autres cho- 
fes femblables qui contrarient les 
Vers, font de bons remedes contre: 
la pefte. 3°. Que les cauteres font 
d'un grand fecours pour fe préfer- 
ver de la pefte , & qu'il eft facile de 
voir que cela vient de ce que les 
Vers s’enfuyent par l’onverture du: 
cautére. Nemo, dit-il, non videt , fe- 
minium pefiiientiale Verminofum per pa- 
tulas fonticulorum vias facile fugain ca- 
pefiere 

Ce terme Nemo non videt, eft une: 
propofition bien exagerée, pour ne 
rien dire de plus. 4°. Que la pefte: 
cefle ordinairement aux approches 
de l’'Hyver , faifon qui eft contraire: 
aux Vers. $°. Qu'à Marfeille, des 
€ouvens entiers de Filles, ont été 


des Vers. 347 
exempts de la pefte qui regnoit dans 
le pays; ce qui prouve, dit l'Auteur, 
que cette maladie ne venoit point 
de l'air , mais des Vers , puifque 
l'air fe communique par-tout , ce 
que ne font pas les Vers. Il eft vrai 
que fi ces Vers avoient des aîles, 
comme le prétend M. Goiffon , ain- 
fi que nous le verrons plus bas , ils 
auroient pu aller dans ces Couvens; 
mais lPAuteur de la Differtation ne 
leur en donne point, il fe contente, 
ainfi que nous l'avons dit , de leur 
donner un bec crochu , en forme 
d'amecon. 6°. Que la pefte de Mar- 
feille à attaqué leshommes, fans at- 
taquer les animaux; ce qu'il eft fa- 
cile , dit-il , d'expliquer dans le 
fyftême des Vers, parce que les 
Vers qui éclofent dans le corps hu- 
main, font d’une autre nature que 
ceux qui éclofent dans le corps des 
animaux , & que même les Vers 
qui éclofent dans les animaux, font 
d'autant d’efpéces différentes , qu'il 

a de fortes d'animaux. 7°. Qu'a- 
rès que la pefte a eu enlevé dans. 
Marfeille la plus grande partie des: 
Habirans, elle a ceflé, parce que les: 


348 De La Génération 

Vers mouroient alors de faim ; & 
pourquoi mouroient-ils de faim: 
c'eft que, dit l’Auteur, les perfon- 
nes qui furvivent à la pefte, n’y fur- 
vivent que parce qu’elles n’ont pas 
en clles, l'aliment qui convient aux 
Vers peitilentiels (4) : notre Auteur 
conclud de toutes ces belles-raifons, 
que la pelte a les Vers pour caufe. 
Nous avons dit dans le huitiérme 
Journal de 1722. que nous laifions 
aux Lecteurs à juger d’une telle con- 
clufion , nous repetons ici la même 
chofe. 

Le fecond Auteur que nous avons. 
cité , cft M. Goiffon, célébre Mé- 
decin de Lyon ; il prétend tout de 
même , que ce qui fait ja pelle font 
de petits Vermifleaux invifbles qui 
voltigent dans l'air , & qui s'infi- 
auent dans nos corps. Il regarde 
comme contraire à la raifon & à 
l'expérience , toutes les autres opi- 
nions fur ce fujer. | | 

La multiplication de la peñte ; 
dit-il, fa durée , fa réprodu&iorn, 


(a) Homines autem qui à pefle liberi fuper[unt , aptuns 
alimentum Vermiculis pefédlentibus frppeditare pen, 
poflunt. 


des Vers. 349 
fon adhéfion , ne peuvent bien s’ex- 
pliquer qu’en fuppofant des infec- 
tes invifibles qui fe reproduifent par 
leurs œufs , & fe multiplient de gé- 
nérations €n générations, jufqu’à ce 
qu'une faifon contraire , ou quel- 
ques remedes particuliers en étei- 
gnent la race; ou que venus d’un 
pays étranger , ils ne trouvent plus 
dans celui ou ils arrivent , une 

. nourriture convenable ; ou qu’enfin. 
le nombre conlidérable des corps 
qu’ils.ont tués, deviennent leur tom- 
beau. 

H n’y a que des êtres animés, dit- 
il, qui puiflent fubfifter dans l'air, 
& s'y reproduire, les autres s’y per- 
dent , ou s’y altérent à ja fin; au 
lieu que les corps animés y font 
comme dans leur centre, s’y nour- 
riflent , s’y multiplient ; & fi l’on 
voit la pefte fe reveiller après avoir 
été affoupie un long-temps , c’eft, 
dit-il , que ces petits infeétes fe ré- 
produifent & fe renouvellent. 

Cette raifon , comme nous l’a- 
vons obfervé ailleurs (4), eft ingé- 


(a) Jourual de 1723. 12. Mars, La deroute des Goif- 
fps. Ce Livre eft annoncé fous Le nom de Clifams 


3$0 De la Génération 

nicufe , mais elle prouve un peu 
trop ; puifqu'il s’enfuivroit que le 
renouvellement qui fe fait dans l'air 
à tous les Printemps, ne fe feroit 
que par des Vers. En effet, fi pour 
expliquer la réprodudion de la 
pete après qu’elle a été éteinte, il 
faut dire qu'étant naturel aux ani- 
maux de fe reproduire, ce font des 


Vers réproduits qui par leur renou-. 
« 


vellement , caufent ce renouvelle- 
ment de pete; il faudra dire tout 
de même que les particules difper- 
fées dans l'air qui font que la féve 
des plantes fe reveille tous les Prin- 
temps , & qu'elle monte dans les 
plantes, font de petits Vermifeaux, 
ou plutôt que cette féve même , qui 
cit reveillée , n’eft qu'un amas de 
Vermifleaux. 

Les petits Vers , qui felon M. 
Goiffon caufent la pefte, font fi pe- 
tits, que jufqu’à préfent , il n’y a eu, 
ditil, qu'un feul homme qûi ait pu 
les appercevoir. 


Drari. J'avettirai là-deflus que Clifano Drani eft mis 
là pour Nicolas .Andry, dontileft lanagramme. J’en 
ai ufé de la forte alors pour téguifer mon nom que 
j'avois quelques raifons de cacher ; mais je n’en fais 
plus de façon à préfenr.Ainfi je ne fuis point plagiaire 


de citer comme de moi , les endroits que je rapporte . 


Ci, 


[2 


des Vers. 3ST 

Quel eft cet homme? C’eft , ré- 
pond-t-il, un Hermite de Toulou- 
e. Ce {era fans doute , cet Hermi- 
+e qui aura informé M. Goiffon que 
ces animaux ont des pieds & des ai- 
les , car tous les infectes n’en ont 
pas ; & de la perireffe dont on fup- 
pofe ceux-ci , il femble qu'ils doi- 
vent être aflez légers pour pouvoir 
{c pañler d’aîles, & être répandus de 
tous côtés par le moyen des vents ; 
mais M. Goiffon , fur la parole de 
l'Hermite , fans doute, aflure qu'ils 
ont des pieds & des aïîles; & c’eft, 
fi on l'en croit , à la faveur de ces 
aîles qu'ils fe choififlent les domici- 
les les plus convenables pour leur 
entretien. Hs s’infinuent, dit-il, dans 
les maifons, par les plus petites ou- 
vertures quand il fait froid ; & c’eft 
apparemment , ajoutc-t-il , la rai- 
fon pourquoi quand la pefte eft quel- 
que part en Hyver, elle y eft moins 
violente, & ne fe communique pas 
fi aifément aux environs , parce que 
ces animaux fuyent le froid. Ce 
qu'il ya de fingulier dans ce que dit 
ici le Médecin de Lyon , c’eft que 
ces petits infectes , aimant le chaud 


352 De la Génération | 
comme ils font, ne laiflent pas d’être 
ibondans en plufieurs pays froids , 
où la pefte eft très-fréquente ; car fi 
ce font les Vers qui font la pelle , 
pourquoi ces Vers craignant le 
froid comme ils font, ne fuyent- 
ils pas ces pays-là , ou n’y meurent- 
ils pas ? Voilà une difficulté que M. 

Goiffon auroit dû prevenir. 
Quoi qu’il en foic , les Vers pefti- 
lentiels qu’il fuppofe , fe nourrif- 
fent d’une fubftance particuliere qui 
leur convient, & ils meurent, à ce 
qu’il prétend, lorfque la nourriture 
dont il s’agit, leur manque. Suppo- 
fons donc que la nourriture en 
queftion vienne à leur manquer , 
& que faute de cette nourriture ls 
meurent tous ; comment enfuite fe 
réproduiront-ils > Je fuppofe qué la 
faifon foit favorable à leur repro- 
duétion , je fuppofe qu'aucun rene- 
de ne les contrarie , il faudra nécef- 
fairement pour qu'ils {e réprodui- 
fent , que cette nourriture , dont le 
feul manquement les aura fait mou- 
rir , fe réproduife auflielle-mème; 
car l’Auteur ne prétend pas fans 
doute , que lorfqu'ils font morts 
quelque 


des Vers. 353 
“quelque part faute de cette nourri- 
ture , ils ne puiflent plus fe répro- 
duire dans ce méme lieu. Voilà 
donc la réproduétion de plufeurs 
petits corps nourriciers , Mais ina- 
nimés, laquelle fé fait fans Vers. 
Cela étant , quel inconvénient y 
aura-t-il à dire que les petits corps 
inanimés dont il s’agit, Iefquels font 
propres à nourrir ces infeétes , font 
précifément ce qui fait la pefte. Ces 
petits corps inanimés fe réprodui- 
{ent aprés avoir été détruits; c’en eit 
affez pour expliquer la réproduc- 
tion de la pefte. Réproduétion qui 
paroît incompréhenfible à M. Goif- 
fon , fi on ne fuppofe qu'elle fe 
fait par des Vers. 

Une autre raifon que M. Goiffon 
trouve des plus convaincantes pour 
prouver que la pefte n’a d'autre cau- 
le que les Vers, c’eft l’adhéfion du 
venin peftilentiel. Ces Vers, dit-il, 
ont des mains @ des pieds, ce font fes 
termes-., & c’eit avec ces mains € ces 
pieds , continue-t-il , qu'ils s’atta- 
chent aux étoffes , aux habits, aux 
hardes , & que par voye de géné- 
ration , ils demeurent fixes & atta- 

Tome E, Gg 


zeS 4. De l4 Génération | 
chés des vingt & des trente années: 
à des étoffes, à des cordes, & au- 
tres chofes femblables , d’où ils for- 
tent enfuite quand on vient à re- 
muer ces hardes & ces cordes , au 
lieu , pourfuit-il , que tout ce qui 
eft inanimé , & en méme-temps le- 
ger, fin. délié, fabtif, ne fçauroit 
réfifter au plus foible mouvement 
de l'air. M. Goïifon paroît oublier 
ici ce que c’eft: que les odeurs, & 
combien de temps eiles demeurent 
attachces à certains corps nonob- 
ftant les divers mouvemens de l'air. 
I oublie combien l'odeur de l’oi- 
gnon cft opiniâtre; il oublie ce que” 
c’eft que la piite que les Chiens fui-- 
vent {1 conftamment quelque vent 
qu'il fafñle. Seroit-ce des Vers que’ 
tout cela > Mais comme il donne: 
des ailes à ces Vers peltilentiels, & 
qu'il veut que par le moyen de ces: 
ailes, ils aillent contre l’impétuo- 
fité des vents, & contre le mouve- 
ment rapide de l'infenfible tranf. 
piration, lequel fe faifant du de-- 
dans au dehors , femble devoir in- 
terdire- à ces Infeétes l'entrée dans. 
nos corps par les pores de la peau ;. 


des Vers. 355: 
comment veut-il en même temps. 
qu’ils demeurent tant d'années en 
repos attachés derriere un coffre, . 
à une corde , ou à autres chofes 
femblables, fans que durant l'ef- 
pace de vingt & trente années, 1} 
leur arrive de faire une fois effai de: 
Iurs aîles pour voyager ? M. Goi- 
fton dira-t-1l, que c’eit que derrière : 
ce coffre, ils font trop à étroit pour 
pouvoir fe dégager ? Mais de la pe-- 
titefle dont il les fuppofe , ileft dif- 
ficile qu'ils puiflent étre nulle part à: 
l'étroit , puifqu’ils font fi petits, fe. 
lon lui, que quelque difproportion 
qu'il y ait pour la groffeur entre une: 
mite de fromage & un Eléphant,. 
ils font peut-être aufli perits à l’é- 
gard de la mite, que l’eft à l'égard : 
de l’Eléphant, la Mite même. Cela: 
étant , fuflent-ils dans le coffre mé- 
me le mieux fermé, ce coffre fera: 
à leur égard une cage à barreaux: 
trop clairs & trop écartés, pour 
pouvoir les emprifonner ; mais: 
quelle liberté n’auront-ils donc pas, , 
_s'ils ne font que derriere le coffre ?: 
+ Ingraffias ,; à ce que remarque: 
M. Goiïifon.,. après plufieurs Au<- 

6 gi; 


356 De la Génération 
teurs, raconte qu'a Milan, un Sa- 
criftain ayant tiré de derriere une 
vicille armoire qui étoit dans une 
Sacriflie , une corde qui depuis 
vingtians avoit touché à des cada- 
vres de peftiférés, la pefte, quoi- 
que éteinte depuis ce temps-là , fe 
renouvella aufi-tôt, & fe répandit 
dans toute la Ville, ou elle fit des 
ravages affreux. Amian Marcellin 
rapporte un fait fembiable , qu'il 
dit être arrivé à Delphes , dans le 
Tempic d’Apollon. Trincavelle 
écrit qu'a Juftinopolis, le venin de 
la pefte demeura attaché l’efpace de 
vingt ans à des cordes dont on s’é- : 
toit fervi pour tirer des cadavres de 
peftiferés. Sennert parle d’une pefte 
qui demeura adhérante pendant 
yatorze ans à un linge, & quiin- 
fa enfuite tout le pays » parce 
qu'on vint par hazard à remuer ce 
hnge qui étoit caché dans un coin 
où on ne le voyoit pas. M. Goifton 
fuppofe comme des vérités incon- 
teftables toutes ces hiffoires, parce 
qu’il les croit favorables à fon hy- 
pothéfe ; quoique cependant elles y 
foient tout-à-fair contraires. Je dis. 


des Vers. 357 
qu’il les fuppofe comme des véri- 
tés, car ce font de pures fables, 
comrhe le fait.voir un des plus {ça- 
vans & des plus jadicieux Auteurs 
qui ayent écrit fur la maladie de la 
que a). Auteur d'autant plus croya- 

le fur cette matiere , que non-feu- 
Iement il a été témoin de plufeurs 
peftes, mais qu'il a traité un nom- 
bre inombrable de peftiierés , & 
examiné avec une attention fcrupu- 
Icufe , les différentes manieres dont 
on prétend que cette maladie fe 
communique. Le venin de la pefte’, 
, dit ce grand Médecin , bien loin de 
» fe conferver des vingt & trente 
» années , comme {€ l’imaginent 
» quelques perfennes, ne peut aller 
»tout au plus qu'à quelques mois. 
» Left vrai, sjoute-t-il, que les faits 
» dont il s’agit ,. font rapportés par 
» des Ecrivains dignes de foi ; mais 
» ces Ecrivains ne les donnent pas 
» comme chofes dont ils ayent été 
» témoins ; ils avertiflent au con- 
» traire, qu'ils ne parlent que fur 
» des bruits répandus pe le petir 
» Peuple ; or qui ne fçait combien. 
: {z) Diemerbroech, 


3558 De la Génération’ 
» le petit Peuple ceft enclin aux fx-- 
» bles ? Diemerbroech n’en demeu- 
re pas à ce difcours , il prétend que: 
les premiers auteurs de ces contes ,. 
les ont fouvent inventés pour fe re- 
jouir , & pour voir jufqu'ou pour- 
roit aller [4 crédulité des fimples. Le: 
pañage de Diemerbroech ef de trop: 
grande conféquence pour ne pas. 
mériter d’être rapporté en propres- 
termes ; le voici donc en note au: 
bas de cette page , comme il fe: 
trouve page 92. de l'Ouvrage de 
cet Auteur fur la pefte de Nime-- 
gue (2). ti 

On voit par ce paflage que Die- 
merbroech parle d'aprés l’expérien- 
ce ; mais fi l’on veut un témoigna- 
ge encore plus politif de ce Méde- 


(a) Scribit Sennertus Laubanz:, à contagio quod 
guatnordecim annis in linteo latnerat . peflem magrans 
excitatam ; C9 ViËÎNS quoque Vitatibns communi- 
catam fuiffe : verûm etfs hæc teffimonia ab . Autoribus 
fde dignis confcripta fint , attamen quia ïlli hec non de: 
fua proprid experientia proponunt , [ed tantüm ex re-- 
bain proletariorum quorumdam de vil ffima plebis fæce- 
bominum ( qui non tantèm mendaces , verèm etiam 
valde rudes @ creduli funt atque imaginationes facile 
alirs tanquam veriffima oracula proponunt , velut ni- 
anis credulosirrideant ) non videntur certe tanti MOMET>— 
1, quæ noffram experientiam multi iuga obfervatione : 
atque etiam ratione Confirmatain euerferequeant, 


des Vers. 1 2859 
cin, voici comment il s'explique: 
pages 3 5. & 36. 

» J'ai, dit-1l, traité plufieurs ma- 
# lades dans la pefte de Nimegue 
» En 1636. & comme un an aprés la: 
> cefation de cette pefte, on ne fai- 
» foit nulle difficulté de toucher les 
» hardes des morts , & même de fe 
» vétir de leurs habits, je n’ai point 
» vu qu’il en foit arrivé à perfonne 
» le moindre mal, quoique l'on ne: 
» Craignit aucune des chofes qui 
» devoient être Îes plus remplies de 
» ces prétendus corpufcules peftilen- 
» tiels , Licet nullus fomitis locus intac- 
» tus relinjueretur. 

11 affure avoir fait la même ob- 
fervation dans deux autres peftes 
où il s’eft trouvé après celle de Ni-- 
megue , qui font k peñte de Mont- 
fort en 1637. & celle d'Utrech en. 
1655. & 1656. 

Je pourrois joindre ici les témoi-- 
gnages modernes de plufieurs Mc- 
decins de Marfeille , mais je me: 
contenterai de celui de M. Mailhes, 
Ce dernier attefte qu’à Marfeille on: 
remuoit impunément les matelats: 
fur Icfquels venoient de mourir les 


360 De la Génération ; 
peftiferés , & qu'on manioit feurx 
hardes fans contracter la moindre 
maladic : ce font donc des fiétions 
que ces Vers pcftilentiels confervés 
des vingt & des trente années dans 
une corde, dans un linge, dans ua 
habit, &c. | 

Enfin c’eft un fyflême qui nef 
appuyé fur rien, que celui de lori- 
gine de la pefte par les Vers ; & ce 
n’eft pas fans fondement qu’un Au- 
teur , pour plaifanter , a dit là-def- 
fus. 


Ce font les Vers qui font la pefte ;: 
Et fans ces redoutables Vers, 
Croyons Goiffon qui nous l’attefte ;. 
Rien ne mourroit dans l'Univers. 


Sans doute il faut qu’en cette pomme . 
Que certain Serpent, beau parleur 
Fit avaler au premier Homme, 

Un Ver für caché par malheur. 


Oui, c'eft delà, je m'en aflure 
Que par un crifte coup du fort , 
S’eft introduit dans la nature ,. 
Le fubril poifon de la mort. 


Je pañfe à la feconde queftion:, 


fcavoir 


. 


des Vers. 36: 
fravoir fi la rage vient des Vers. 


Si la rage a pour caufe les Vers. 


M. Default Médecin de Bour- 
deaux, prétend dans une Differta- 
tion qu'il a donnée fur la Rage, que 
cette maladie n’a point d'autre cau- 
fe que des Vers que lon voit nager 
dans la faline des Animaux enra- 
gés, & que l’on trouve dans leur 
cerveau. I] ajoûte que ces Vers s’in- 
finuent dans le fang par la Plaie que 
l’Animal enragé fait avec fa dent: 
qu'ils fe multiplient enfuite dans le 
corps qui les a reçus ; & que parve- 
nus à un certain nombre, ils mor- 
dent le cerveau , le gofier, les 
glandes falivaires , caufent des déli- 
res, des convulfions , de l’écume à 
la bouche , & donnent enfin la 
mort. 

Si fes Vers , continue-t-il , qui 
font dans les inteftins, peuvent par 
Ja correfpondance des nerfs des in- 
teftins, produire des délires , des 
convulfions, & la mort même; à 
plus forte raifon , des Vers d’une 


 gertaine efpéce , plus malfaifans , 


Tome I. 


162 De la Génération 

& qui attaquent immédiatement le 
cerveau & les glandes falivaires, 
doivent produire des fymptômes 
femblables, & même de plus af- 
freux. | 

On ne doit point s'étonner , con- 
tinue toujours M. Default, que ces 
Vers affectent principalement le 
cerveau, puifque nous voyons une 
certaine efpèce de Poux gris & 
cendrés qui aiment la tête ; & d'au- 
res blancs répandus dans tout le 
corps; de même aufli nous voyons 
certaines efpéces d’oifeaux qui fe 
tiennent dans les bois , d’autres 
dans les marais , &c. | 

. Notre Autcur entreprend enfuite 
d'expliquer comment l’averfion que 
tous les Animaux enragés ont pour 
l'eau, peut être produite par des 
Vers. 

L’averfion , dit-il , que l’enragéa 
pour l'eau & pour la boiflon vient 
par degrés. Il à éprouvé, qu’en ava- 
lant {a falive, cette falive lui cau- 
Loit de vives ardeurs dans l'eftomac, 
& qu’en buvant il fe procuroit ‘des 
convulfions. Or ces accidens lui 
vicnnent fans doute, parceque dans 


des Vers. 363 
la déglutition des liquides , il en-. 
traîne ces Vers dans fon eftomac 
où ils produifent tous ces défordres. 
En faut-il d'avantage pour le rebu- 
ter de la boiflon ? 

M. Default n’en demeure pas là ; 
Voici comme il pourfuit : » L’ame 
» par les loix de l’anion, s’intérefle 
» à la confervation du corps, avec 
» lequel eïle eftunie ; la trifte expé- 
» ricnce lui fait reflentir des maux 
» cruels par la déglutition de la fa- 
»live & par la boiflon. En voil4 
» aflez pour lui en infpirer l'hor- 
» leur, 

Il s’agit à préfent de fcavoir ff. 
c’eft un fait bien conftant , que dans 
la falive & dans la tête des Ani- 
maux enragés on découvre des 
Vers, ainfi que l’aflüre M. Default. 
Il cite fur cela divers Auteurs qui 
le prétendent , & entre autres , 
François Paulini , dans fon Livre 
intitulé, Cynographiat curiofa , Où on 
lit les paroles fuivanres. 

» Je voyagéois en chaife roulante 
»allant de Hambourg en Saxe. Un 
» Chien enragé qui appartenoit à 
» un Berger , vint à nous fur le foir ; 

H h 1} 


564 De la Génération 
» unChirurgien nommé TobieLo- 
» reki , le tua d’un coup de pifto- 
let. Ce Chirurgien me fit apres 
» le fouper diverfes queftions fur la 
» rage, & me témoigna qu'il feroit 
» bien aife d'ouvrir la tête de ce 
» Chien ‘pour y chercher quelque 
» éclairciflement fur la caule de ce 
» mal. Jj'applaudis à fon empreffc- 
» ment & à fa curiofité. Nous ou- 
» vrimes le crâne de cet Animal, & 
» nous fümes furpris d’admiration , 
» d'en voir fortir une infinité de pe- 
» tits Vers, dont les uns étoient en- 
»taflés en pelottons, & les autres 
»# fourmilloient vifiblement. 

» Tandis que nous faifions notre 
» Anatomie, un vieux Berger vint 
» à nous ; & comme il nous vit 
» étônnés à la vûe de ces Vers, ilfe 
> prit à rire en difant : Je n'ai ja- 
» mais étudié, mais ce que vous 
» voyez là, & qui vous étonne fi 
» fort, n’a rien de nouveau pour 
» moi, Nous en voyons autant dans 
» nos Brebis. Jelui demandai fi la 
» chole étoit comme il le difoit ? 
» Oui Meflieurs, répondit-il, je ne 
+ vous dis rien que de vrai : vous 


des Vers. 36; 
» voyez ces Vers, ce font des Vers 
» caragés , ou plutôt,.ce font ces 
» Vers qui font venir la rage. Ils 
» mordent aux Bêtes le cerveau , & 
» les font courir enragées. 

Après cette hiftoire , M. Default 
cite Ettmuller , qui dans fon Traité 
des Délires, dit qu’on voit de pe- 
tits Infeétes dans la falive & dans 
Jurine des Animaux enragés , Ani- 
malcula generantur , vel confpiciuntur in 
faliva vel lotio antmaleum rabidorum. 
1°, M. Default au lieu de ces mots 
dont fe fert Ettmuller, On voit de 
petits Infectes dans la falive d dans l'u- 
vine des Animaux enragés | met , On 
voit fourmiller de petits Infecles ; ce qui 
eft bien plus fort que de dire fim- 
plement , On voit de petits Infectes, 
comme le dit Ettmuller. 2°. M. De- 
fault fupprime le refte du paflage 
où Ettmuller ajoûte tout de fuite, 
que Ces PETITS ÎNSECTFS RESSEM- 
BLENT EN QUELQUE SORTE AUX ÂNI- 
MAUX QUI ONT COMMUNIQUE LA 
RAGE. Smilia ts quodammodo anima- 
libus à quibus rabies fuit indutta. Qu'ixs 
SONT FAITS, PAR EXEMPLE, COMME 
DE PETITS CHIENS , OU ONT LEA 


Hh ii 


366 De la Génération 
TESTE FAITE COMME CELIE DESPE- 
TITS CHIENS. Unde , verbi-gratia, Wer- 
mes Catelli formes , aut capitalis Catel- 
lorum fimiles. QU'IL EST CERTAIN, 
QU'ON A TROUVE’ QUELQUEFOIS DE 
CES PETITS [INSECTES ;, MAIS NON 
PAS TOUJOURS, ET QUE CELA ESF 
RARE. Notarunt hoc jam [uo tempore 
veteres Arabes , in [pecte Avicenna , 
Avenzoar , quod tamen rarum ef. Que 
QUELQUES MODERNES ONT PRIS 
DE-LA OCCASION DE NIER ABSÔLU- 
MENT LE FAIT , MAIS MAL - À - 
PROPOS ; ETANT CERTAIN QU'ON 
A TROUVE QUELQUEFOIS DE CES PE= 
TITS, INSECTES | QUOIQU'A LA VE 
RITE ONNEN AIT PAS TOUJOURS 
TROUVE’S. Unde ex Modernis quidam 
plane negare volunt, [ed malè , certum 
enim ef} reperta interdum fuiffe talis ani- 
malcula , non tamen femper. Ettmuil. de 
Rabie. | 
-Si Ettmuller s’étoit contenté de 
dire qu’on trouve des Vers dans la 
falive & dans l'urine des Animaux 
enragés , la chofe ne féroit pashors 
de vraifemblance ; mais d’ajoûter 
avec Avicenne, (4) que ces petits 
(a) Avicen, Lib, IV. Fen, 6. traël. 4 


des Vers. 267 
Vers font faits comme de petits 
Chiens, c’eft trop donner à l’ima- 
gination ; & il n’eft pas néceflaire 
d’avertir comme il fait , que LA 
CHOSE EST RARE , @uod tamen rarus 
ef. 
M. Default outre l'Hiftoire du 
Berger, que noûs avons rapportée 
il y aun moment., en rapporte une 
autre dont nous laiflons le jugenient 
aux Leëteurs comme de la préce- 
dente. 

Salmuth , dit-il, raconte qu’une 
femme ayant été mordue à la fran- 
ge defa robe, par un Chien enra- 
gé , & l'ayant fufpendue # l'air 
pour la faire fécher, elle appercut 
d’abord après, dans l'endroit de la 
morfure , où la falive du Chien s’é- 
toit répandue , de petits Animaux 
dont la tête reflembloit à celle d’un 
Chien. 

M. Default a pris dans Ettmuller : 
cette Hiftoire; mais Ettmuller qui 
la rapporte d’après Salmuth , ne dit 
pas comme M. Default, que cette 
femme apperçut ces Vers d’abord 
aprés avoir fufpendu fa robe ; mais 
quelques jours aprés , Re As ve} 

1h iv 


363 De la Génération 
alterum diem ; ce qui eft bien diffé- ‘ 
rent. D'ailleurs quel fond faire fur 
le rapport d’une bonne femme , 
qui croit , peut-être, avoir Vu ce 
qu’elle n'a point vu; mais pañlons 
u’elle l'ait vu, ne fe peut-il pas 
ee que ces Vers: qui n’ont paru 
que deux jours après, foient venus 
d’ailleurs que de ce Chien ? 

M. Default auroit pu citer ici 
d’Ettmuller , un paflage qui paroît 
d’abord bien favorable au fyftéme 
dont il s’agit; c’eft que felôn cet 
Auteur, on prétend fur le témoi- 
gnage de plufieurs perfonnes qui 
affurent l'avoir vu , que les Chiens 
enragés ont fous la langue un Ver 
long : Que fi on tire ce Ver avant 
que lPaccès de ia rage vienne, le 
Chien cft préfervé de la rage. Mais 
ce qui a peut-être empêche M.De- 
fault de rapporter ce pañlage, c’eft 
que Ettmuller ajoûte 1°. Que quel- 
ques-uns croyent que ce prétendu 
Ver n’eft point un Ver , mais 
un fang grumelé , & amañlé {ous 
la langue du Chien. 2°. Que 
c’eft une queftion fur laquelle it 
fufpend fon jugement , parce qu'el- 


des Versa 369 
" Je n’eft pas aflez éclaircie. { 4) 

Ce que dit là Ettmuller de ce 
prétendu Ver qui fe trouve fous la 
langue des Chiens enragés , je le 
dis de tout le fyftême de M. De- 
fault, fur la produ&ion de la rage 
paf les Vers. La chofe n’eft pas 
afñez éclaircie pour en pouvoir por- 
ter aucungugement. 

Quelques Auteurs vont jufqu’à 
prétendre , les uns, que toutes les 
maladies généralement viennent de 
Vers; les autres, qu'elles en font 
du moins accompagnées. Comme 
c'eftune erreur , & que cette erreur 
pourroit être dangereufe dans la 
pratique de Médecine , il eft im- 
portant de marquer les fignes par 
lefquels on peut connoître quand 
il y a des Vers dans le corps. C’eft 
à quoi nous allons enfployer le 
Chapitre fuivant. 

(a) De Cane rabido, vulzo afirmatur [ub lingu& 
ejus latere Vermem quendam longum , quem alii à [e- 
ipfis vifum Hi » go matwré dempto, nulles Ca- 
215 rabidus ‘fat ; eodem verd increfcente , rabiem ne- 
ceffarid fupervenire : Vnde quidam ad præcautionem: 
folent éxtrabere bunc V’ermiculum. Quidam exifli- 
mant ron ele } ermiculum, [ed p'o fanguinis congru- 
matiparticula in venis raninis [:b lingua colleËt: gs 


ffagnantis babent. Rem banc cen nondum [ufficientes 
exploratam in medio relinquo, Etimuller , de Rabië, 


- 
— 
ÿ 


370 De La Génération 

É rée tt Set A ÉRÉE Lee PARTS 
CHAPITRE V. 
_ Des Signes des Vers. 


A 
Tv Es fignes par lefquels on peut 
connoître qu’il y asdes Vers 
dans le corps, Due des effets pro- 
duits par ces mêmes Vers; ,mais 
comme ces effets différent des au- 
tres, en ce qu'ils fervent en même 
temps pour découvrir les Vers dont 
il s'agit , nous en faifons une clafle à 
part, & nous Îes mettons au rang 

des fignes. | 
Ces fignes font ou communs, ou 
particuliers. Les premiers convien- 
nent augenre, & les feconds aux 
efpéces ; c'eft-à-dire , que quand ces 
fignes communs fe rencontrent, on 
peut dire en général qu'il y a des 
Vers , fans fçavoir précifément 
quelle forte de Vers c'e; & que 
quand il fe trouve des fignes parti- 
culiers , on peut dire non -feule. 
ment qu'il y a des Vers, mais que 
ecs Vers font de telle & telle efpéce, 


des Vers. 371 

Nous parlerons premierement , 

des fignes des Vers qui font ailleurs 

que dans les inteftins, & puis des 

lignes de ceux qui font dans les in- 
teftins mêmes. 


ARTICLE PREMIER. 


Des fignes des Vers qui font ailleurs que 
dans Les inteflins. 


| + 
pa À plûpart de ces fignes font 
particuliers, parce que la diffé- 
rence des Vers qu'ils dénctent, ne 
fe prend guère que du lieu où ils 
font, & que ces fignes qui kes dé- 
notent marquent toujours le lieu. 
Noûs commencerons par les fi- 
gnes des Vers du cerveau ; & nous 
viendrons enfuite aux fignes de tous 
les autres Vers qui fetrouvent dans 
les différentes parties du corps. 
Ceux par lefquels on peut con- 
jeéturer qu'il y a des Vers dans le 
cerveau, font de violentes dou- 
leurs de tête , & de violens élance- 
mens dans cette partie. Ces maux 
arrivent fouvent par d’autres caufes. 


372 De la Génération . | 
que pat celles-là ; mais quand ils 
s'opiniâtrent extrémement , & 
qu'ils ne cedent à aucun remede, 
il fe peut faire alors qu’ils viennent 
de quelques Vers. Je dis qu’il fe peut 
faire, parce que ce figne n’eft pas 
toûjours certain ; & je me fouviens 
que comme j'étoisà Lyon, il ya 
plufieurs années , un enfant de qua- 
treans, fils d’un riche Marchand, 
nommé M. Bon, étant mort d’une 

aladie qu’une étrange douleur de 
tête avoit fait croire à tout le morr- 
de venir de quelque Ver dans la 
tête; on ouvrit la tête de l'enfant, 
dans laquelle au lieu d’un Ver, on 
ne trouva qu'un amas d'eau Ce 
queje dis des Vers du cerveau , je 
le dis des Vers du nez, & de ceux 
des oreilles ; je le dis des Vers du 
foie , de ceux des-reins, & des au- 
tres parties. 

Quant aux Vers du nez , en voici 
les fignes. 1°. On fent uhe douleur 
vive au bas du front , près du nez, 
ou prés de l’œil, foit du côté droit, 
foit du côté gauche, felon la fitua- 
tion du Vér, ( car ce Ver logedans 
une cavité creufée fous le front, au- 


des Vers. 3 
aeflus du nez ,appellée Sinus frontal, 
laquelle s'étend à droite & à gau- 
che. | 

2°. La douleur dont il s'agit, 
n'occupe d’abord qu'un petit ef- 
pace; puis elle s'étend peu à peu 
jufqu’à la tempe. 

30. Elle tourmente plus dans des 
temps que dans d’autres. 

4°. Elle eft intermittente au com- 
mencement ; mais après un certain 
nombre de mois, ce qui va quel- 
quefois jufqu’à deux ans, elle de- 
vient continue. 

5°. Elle eft alors accompagnée 
de convulfions & d’infomnies. 

6°. Aprés cetemps-là , il arrive 
fouvent qu’elle augmente fi fort, 
que la raifon en eft attaquée. 

70. On fent quelquefois un bour- 
donnement confidérable dans l’o- 
reille du côté de la douleur , & en 
méme temps , une douleur fi ex- 
ceflive dans l'œil du même côté, 
qu'il femble qu'on aille perdre 
l'œil. , 

… Pour ce qui eft des Vers des oreil- 
les, les,fignes qui les dénotent , 
font, 1°. Des douleurs aflez légéres, 


* 


374 De la Génération 

qui prennent de moment en mo- 
ment le long des mufcles ciota- 
phites, jufqu’à la future coronale , 
& depuis cette future juiqu’à la 
racine du nez. 20. Des augmenta- 
tions de douleurs, & des infom- 
nics qui furviennent quelque temps 
enfuite. 

Au regard des Vers ophthalmi- 
ques , ou Vers des yeux , ils font 
très-difficiles à connoître; veu que, 
felon ce qu’en rapportent les Au- 
teurs qui en parlent, ilsne caufent 
aucune douleur dans la partie. 

Pour les Dentaires, comme ils 
fe produifent fous la carie des dents, 
& qu’ils font leur niche dans le 
corps même de la dent, il eft dif 
ficile qu'ils ne foient indiqués par 
de grandes douleurs de dents. 

Quant aux Vers des reins, une 
longue douleur de reins, accompa- 
gnée d’un fentiment d’érofion & de 
piquure , eft quelquefois une mar- 
que de Vers en ces parties. Un Ma- 
Jade que ie célébre Jacques d’Ale- 
champs traitoit un jour à Lyon d’u- 
nc douleur femblable , fans qu’au- 
cun remcde le püt foulager , rendit 


des Vers. 375$ 
enfin.par l'urètre un petit Ver, qui # 
avoit une tête pointue avec des cor- 
nes, & un corps couvert d’une écail- 
le commeune Tortuë. Jacques d’A- 
lechamps fit fécher ce Ver , pour le 
conferver , & le montioit par cu- 
riofité à tous les Sçavans; il le fit 
voir entr'autres, à Vidus Vidius le 
jeune, re en a fait la defcription 
comme d’une chofe qu’il a vue (4). 

Il n’y a conftamment que les Vers 
fanguins quine caufent point de dou- 
leur, & qui par conféquent font plus 
difficiles à deviner ; ils nagent dans 
les vaifleaux fans fe faire fentir. 

A l'égard des Vers cutanés , com- 
me les Crinons , les Bouviers , &c. 
on en peut connoître les fignes par 
les cflets que nous en avons rappor- 
tés au Chapitre troiliéme. J'ajoute- 
rai fefement ici qué leséCrinons fe 
manifeftent par des marques fenfi- 
bles, lorfque lon met le corps de 
l'enfant dans de l’eaü tiéde ; car 
alors ils pouflent à travers la peau 
une pointe qui les rend faciles à dif- 
cerner. Nous parlerons des remedes 


(a) Vidus Pidius jurior, lib, 10, cap, 14. de curat, 
membratim. 1 


LA 
376 De la Génération 
# propres contre toutes ces fortes de 
Vers, dans le Chapitre neuviéme ; 
venons aux fignes des Vers qui font 
dans les inteftins. 


ARTICLE SECOND. 


Des figues des Vers qui font dans les 
intefhns. 


N Ous commencerons par les'fi- 
gnes communs , & puis nous 
viendrons aux fignes particuliers , 
felon la divifion -que nous avons 
établie. 

Les fignes communs de ces Vers 
font des yeux allumés & étince- 
lans, des joues livides, des fueurs 
froides pendañt la nuit, une abon- 
dance de falive qui coule de la bou- 
che pendant Le fommeil , une gran- 
de foif pendañt le jour , une féche- 
reffe de langue & de lévres , qui fe 
diffipe la nuit, une haleine puante, 
tirant fur laigre , des démangeai- 
fons de nez , ün vifage bleuâtre 
comme s'il étoit éclairé par une lu- 

micre 


des Vers. 377 
micre de fouphre , des grincemens 
de dents MER la nuit, un conti- 
auel cours de ventre , des excre- 
mens blanchätres, des urines écu- 
meules , blanches , quelquefois obf- 
cures |, & prelque toûjours trou- 
bles. Fa 

Parmi les effets que nous avons 
rapportés au Chapitre précédent . 
il y en a quelques-uns qui peuvent. 
fervir de fignes par certaines cir- 
conftances qui les accompagnent > 
nous avons dit, par exemple , que 
les effets des Vers étoient fouvent. 
des vomiflemens & des épileplies ; 
mais pour connoître quand ces ac- 
cidens arrivent par des Vers , n’y 
a qu'à examiner fi les vomifflémens 
ne font rejetter que ce que l’on 2 
mangé, & fi ces épilepfies font fans 
écume à la bouche ; car lorfque 
cela eft , c’eft une marque de Vers ; 
ceux qui ont des Vers fe levent quel-- 
quefois la nuit en dormant, crient, 
& remuent les levres, comme s'ils. 
mangeoient : cet effet peut fervir de: 
figne étant bien confideré. Il y a des: 
enfans à qui cela arrive fans qu’ils: 
ayent des Vers, & d’autres à qui 1E 
* Tome}. Le 

LA 


37 De la Génération 
n'arrive que par des Vers : lemoyen 
de le diftinguer eft de voir fi les ma- 
fades fe fentent foulagés par l'abfi- 
nence ; Car CEUX à qui ce que nous 
venons de dire eft caufé par des 
Vers, ne peuvent jeuner fans fe fen- 
tir tourmentés, non par Îa faim, 
car quelquefois ils n’en ont point, 
mais par des tiraillemens que leur 
caufent les divers mouvemens que 
_font les Vers, pour chercher de la 
nourriture. J'ai mis la toux féche au 
rang des effets des Vers, mais quand 
elle eft perféverante, cer effet de- 
vient un figne aflez certain; & ce 
fat par-là que Foreftus (4) connut un. 
jour qu'il y avoit des Vers dans une: 
petite fille de neuf ans, malade d’u- 
ne fiévre quarte depuis fix mois : il 
la traita par rapport à cette caufe. 
&c lui donna un demi gros d’aloës , : 
mêlé avec quelques grairis de corail 
rouge , il la délivra de cinq Vers 
par le moyen de ce remede , après 
euoi la fiévre cefla. 
Nous pouvons remarquer ici em 
pañlant, que dans une fiévre conti- 
nue ce remcde ne conviéndroit pas, 
éa } Foref}, defumpt, Ecbr, lib, 7. obferz., 36. 


% 


des Vers. 379 
parce qu’il échauffe trop; je ne vou 
drois pas même le donner dans le 
commencement d’une fiévre quarte. 

Quant à la puanteur d’haleine, 
que j'ai mife au rang desfignes , elle 
en eft un fi certain, pourvu qu’on s’y 
connoïffe , ( car toute haleine puan- 
te n'eft pas un figne de Ver , ) que 
Braflavolus (4) traitant un Vicil- 
lard de quatre-vingt-deux ans , le- 
quel étoit fur le ‘point de mourir , 
connut à fon haleine qu’ilétoit ma- 
lade de Vers : ce qui l’obligea de lui 
donner quelque chofe contre les 
Vers, par le moyen de quoi il lui 
fit rendre plus de cinq cens Vers, 
& le guérit. Le Vieillard éroit dans. 
une fi grande extrémité , dit Braffa- 
volus , que le Comte Alphonfe 
Trotte, parent du malade , & pre- 
mier Maître d'Hôtel du Duc de 
Ferrare, avoit déja donné les ordres: 
néceffaires pour les obfeques. 

Au regard de la grande faim que 
caufent quelquefois les Vers , elle: 
devient fouvent un figne quand elle 
eft accompagnée de certaines cir- 
conftances , comme d’une maigreur 

(a) Braflav, comment. ad aphor, 26. lib, 3. Hipp,- 

Lim 


380. De la Génération 

extraordinaire, quoique l’on marge 
bien. Un enfant de douze ans, fils 
d’un Fondeur , étoit , dit Fore- 
fus , (4) depuis plufieurs mois à 
deffécher dans un lit , fans {entir 
d'autre mal qu'une légére douleur 
au ventre près du nombril; comme 
cette douleur n’étoit pas confidéra- 
ble , & que l'enfant faifoit d’ail- 
leurs toutes fes fonctiofs naturelles, 
le pere négligea de confulter per- 
{onne ; mais l'enfant devint fi {ec 
au bout de quelques jours, qu’on: 
appella Foreftus. Il admira d’abord 
Je genre de mal qu’il avoit à traiter, 
dont a caufe lui paroïfloit très- ca- 
chée, l'enfant mangeant fort bien, 
quoiqu'il ne profitt point, fes uri- 
nes étant d’une bonne fubftance & 
dune bonne coulçur | quoique un 
peu crues & un peu claires : mais 
cette douleur de ventre, dont je 
viens de parler , jointe à une faim 
extraordinaire , 1e porta à croire 
qu'il y avoit des Vers. Dans cette 
penfée il fit prendre à cet enfant 
plufieurs matins de fuite, deux heu- 
Tes avant que de manger , & le 


(2) Foref?, de inteft, affec.frb. 21. obferv. 29. 


h 


des Vers. 381 
foir à quatre heures un verre d’une 
décoétion d’hylope , de marjolai- 
ne, de fenotiül, de fumeterre def- 
féchés , car c’étoit au mois de Jan- 
vier , de petite centaurée & d’ab- 
fynthe bouillis enfemble dans une: 
pinte d’eau , le tout pañlé à travers 
un linge, & mélé avec une once 
d’oxymel fimple, autant de fyrop 
de fumeterre, & autant de miel ro-- 
fat. Ce remede fit rendre à l’en- 
fant , toutes les fois qu’il en prit, 
un grand nombre de Vers par bas, 
& le guérit parfaitement. 

Les temps de l’année, & la diffc- 
rence des pays, peuvent aufli fervir- 
de fignes en plufeurs rencontres, 
pour nous aïder à connoître quand 
1 y a des Vers dans le corps. En Au- 
tomne, par exemple, on y eft plus 
fujet qu'aux autres faifons ; en forte 
que fi dans ce temps-là on voit 
qu'une périonne ait quelques fi. 
gnes de Vers , on doit regarder ces 
fignes comme moins équivoques 
que dans un autre temps. La diffé- 
rence des pays eft anfli à confide- 
ser ; car l'Italie, par exemple, PAR 
Iemagne , la France , l'Efpagne, 


382 De la Génération 
font fort fujettes aux Vers. L'âge ;. 
Îc temperament , la maniere de vi- 
vre, la couleur des yeux , font en- 
core de grands indices ; les enfans, 
par exemple , les perfonnes d’un 
temperament pituiteux , ceux qui 
mangent beaucoup , ceux qui d’a- 
bord après le repas font un grand 
exercice , Ceux qui dorment trop, 
ceux qui ont les yeux bleus , ceux 
qui vivent dans un trop grand re- 
pos de corps, routes ces perfonnes- 
à font plus fujettes aux Vers que 
jes autres. 

Au refte, entre les fignes géné- 
raux que nous avons rapportés plus 
haut, dans ce Chap. Art. IL. iyena 
deux , qui font beaucoup plus ordi- 
naires que les autres ; fçavoirs lo- 
deur aigre de l'haleine, & lalide- 
mangeaifon du nez. Quand donc 
on s'apperçoit 7. enfant , où 
quelqu'autre perfonne que ce foit, 
à l'haleine aigre:, on doit s'aflurer 
qu'il s’eft amañlé dans les premie- 
res voyes, finon des Vers, au moins 
une matiere vermineufe capable 
d’en produire : en effet, l’haleine 
n'eit aigre que parce que cetté ma- 


des Vers. ER 

ticre vermineule qui eft acide el 
même , fermentant dans l’eftomac 
& dans le duodenum , laifle échap- 
per des parties volatiles qui mon- 
tent jufqu’à La bouche. Le fecond fi-- 
gne, cft une demangeaifon extraor- 
dinaire dans le nez, en forte que 
les malades ne peuvent s'empêcher 
d'y porter fans ceffe la main : la 
caufe de ce phénomene n’eft pas 
plus obfcure que celle du premier ; 
car comme nous venons de remar- 
quer qu’il s’éleve jufqu’à la bouche, 
des parties volatiles de la matiere 
vermineufe centefñue dans l'efto- 
mag & dans le duodenum , lef- 
quelles communiquent à l’haleine 
une odeur aigre , il eft facile de 
concevoir que ces mêmes parti- 
cules qui font très-falines & très- 
piquantes , venant, à mefure qu’el- 
Îes fortent par l’œfophage, à fe me- 
Jer avec l'air , & à être portées dans: 
les conduits du nez, doivent péné- 
trer jufqu’à l'extrémité de cet orga- 
ne , & le picoter d’une maniere: 
trés-Vive. , 

Quant aux fignes particuliers lg 


font difiérens {elon les efpéces des: 


384 De la Génération 

Vers. Les fignes des Vers longs & 
rondsfont des tenfions de ventre, 
accompagnées de bruit & de dou- 
leur , une érofion des inteftins, des. 
hoquets , un fommeil palpitant , 
des reveils en furfaut fans aucune. 
occafion extérieure , ces mêmes re- 
veils accompagnés quelquefois de 
cris , & fuivis d’un prompt retour 
de fommeil , un pouls inégal, des- 
fiévres intermittentes , lefquelles- 
ont quelquefois trois & quatre ac- 
cés fans aucune régle, des yeux ca- 
ves , & quelquefois rouges , des: 
joues tantôt rouges & tantôt livi- 
des.. Quelques-uns ont les yeuxsde: 
couleur de fang, le pouls inégal & 
recurrent , quelquefois ceux qui 
ont des Vers ronds manquent d’ap- 
peut, & s'ils ont mangé quelque 
chofe, le vomiflent ; ils ont des 
fiévres accompagnées de froid aux 
extrémités du corps. Tous ces fignes. 
ne fe rencontrent pas enfemble , 
mais on trouve tantôt les uns &z tan- 
- tôt les autres, 

Les fignes des Afcarides font une- 
demangéaifon continuelle dans le 
fondement , laquelle caufe quel- 

quefois- 


des Vers. 385$ 
quefois des défaillances & des fyn- 
copes : demangeaifon qui vient du 
mouvement de ces Vers, lefquels 
ne font que fourmiller , & du fen- 
timent vif de la partie où ils fe 
tiennent ; car il ne faut pas croire 
avec Mercurial, & quelques au- 
tres Auteurs , que les gros inteftins 
n’ayent qu'un fentiment groflier ; 
les tourmens de la colique, qui fe 
font fentir dans le colon, & les 
douleurs caufées à l'anus par des 
vents enfermés , font une trop bon- 
ne preuve du contraire. 


Signes du Tama. 


Avant que de venir aux fignes 
de ce Ver, il faut remarquer que 
les portions de Tænia que rendent 
ceux qui ont cet Infeéte, & que: 
nous avons remarqué plus haut être 
en forme de graines de citrouille , 
ou de concombre , ne font ainfi 
faites que lorfque le Tænia qu'ils 
ont , eft de la premiere efpéce 5 
mais que quand il eft de la feconde, 
c'eft-i-dire , de l'efpéce à épine, 
clles n’ont point cette figure de 

Tome I. K 


386 De la Génération 

graines de citrouille , ou cucurbite, 
puifque ce n’eft point celle qu’elles 
ont quand elles tiennent au corps 
du Ver; mais on y doit voir au 
milieu, une petite élévation com- 
pofée de ces petits grains raboteux 
dont nous avons parlé ; enforte qu'à 
cette marque on peut connoitre 
l’efpéce de Tænia qui eft dans le 
corps du Malade. 

Hippocrate n’a point connu d’au- 
tre efpéce de Tænia , que la pre- 
micre; puifqu'il dit que ceux qui 
ont ce Ver, rendent dé temps en 
temps dans leurs déjcétions , de pe- 
tites portions faites en forme de 
graines de citrouille ou de con- 
combre , & que ces portions: font 
des morceaux qui fe détachent du 
corps du Ver : car les portions qui 
compofent le Tænia à épine , ne 
font nullement de cette figure. 

Cela pofé , venons aux fignes du 
Tænia, tels qu'Hippocrate les à 
remarqués. Les fignes du Tænia ou 
Solitaire , font felon Hippocrate, 
1°. des portions en forme de grai- 
nes de citrouille ou‘de concombre, 
lefquelles paroiflent dans les déje- 


des Vers. 387 
étions. 2°. Des douleurs que le 
malade , quand il eft à jeun, reflent 
de temps en temps à la région du 
foie , où le Ver fe porte alors avec 
impétuofité. 3°. Une furabondance 
de falive , qui, lorfqu'il fe glifle 
vers lefoie, inonde la bouche ; ce 
qui néanmoins n'arrive pas toù- 
jours. 4°. Uneinterruption de voix, 
caufée par l'effort avec lequel il 
s’'élance quelquefois vers ce vifcé- 
re, & laquelle elt accompagnée 
de crachemens , qui peu après, fe 
fuppriment d'eux-mêmes, & font 
fuivis de fréquentes trenchces. 
s°. Des douleurs qui furviennent 
de temps à autredans là région 
du dos , eu il fe cantonne. 

Tels font les fignes ordinaires 
du Ver plat. Du refte il ne caufe 
aucun funeite accident , & il ne 
fait point mourir ; mais fi l’on vient 
à tomber malade, tandis qu'il eft: 
dans le corps, on ne peut fe réta- 
blir qu'avec une extrême peine ; 
parce qu’il dévore une bonne par- 
tie des fucsnourriciers. Cependant, 
pourvu que l’on foit traité avec les: 
semedes & la méthode convena-- 

Kki 


388 De la Génération 
bles, l'on guérit, & le Ver aban- 
donne fa demeure. Mais filon ne 
sy prend comme il faut pour le 
chafler , il vieillit avec: fon Hôte. 
Hipp. Liv. IV. des Maladies. 

Nous obferverons fur ces paro- 
les d'Hippocrate, que quelques Au- 
teurs anciens, comme Ætius , Paul 
Eginette, & quelques Modernes, 
tels entre autres, qu'Edouard T y- 
{on , ajoûtent aux fignes du Ver 
plat mentionnés dans ce paflage 
d'Hippocrate, la maigreur du corps, 
mais ils fe trompent. Ceux qui ont 
ce Ver plat, autrement dit Tænia, 
ou Ruban, & que jappelle Solitaire , 
{ont , les uns gras, les autres mai- 
gres. M. de la Solaye, d’une con- 
ftitution fort replette , lequel a ren- 
du le Tænia de la page 198. & ce- 
lui de la page 200. étoit tout auñfi 
gras & tout aufli réplet quand il 
Ya rendu. M. Bénard Marchand de 
Melun, qui a rendu celui dont je 
parle Chapitre III. Article IL vers 
h fin, étoit un des hommes les plus 
gras & les plus réplets. Mlle. 
Boileau , qui a été délivrée de celui 
que j'ai marqué dans [a page 204. 


des Vers. _ 3897 
avoit de l'embonpoint. Le fieur 
Jacques Frequet , qui a rendu celui 
, de la page 1v. de la Préface, n’é- 
toit ni gras ni maigre. M. Coque- 
ret , Gentilhomme de M. le Prince 
Soubize , dont j'ai parlé page 258. 
du Chap. INT. Art. IL. & quien a 
rendu un grand nombre d’aulnes, 
étoit maigre & pâle. M. le Mar- 
quis de Montendre, à qui en 1703. 
j'en ai fait rendre un de deux aul- 
nes en deux morceaux ,.au dernier 
defquels étoit la tête, m'étoit ni 
gras ni maigre. Nous paflons plu- 
fieurs autres exemples, dont le dé- 
tail feroit trop long ; & nous con- 
cluons, fondés en cela fur l’expé- 
rience, qu'il n’y a point de regle 
certaine à établir là-deflus. A la 
vérité, ce Ver confume une grande 
partie de chyle, & il en eft fi plein 
en fortant du corps , que fi peu 
après on le met dans de l’eau-de- 
vie, il rend alors une quantité ex- 
traordinaire de chyle, qui fe préci- 
pite au fond du vale, où il reffem- 
ble à du lait: Mais il y à des per- 
fonnes. dont le corps abonde fi fort 
-en chyle: ou fuc nourricier , qu'ils 

K k ii 


- 390 De l4 Generation 

en ont encore plus qu'il n’en faut; 
& pour eux & pour le Ver , enforte 
qu'ils ne maigrifient pas: On peut 
dire la même chofe de eeux d’en- 
tre les Poiflons qui ont des Vers 
plats. La plüpart de ces Poiflons, 
ont aufli gras & aufli nourris que 
les autres : (4) & Leuwenhoeck par- 
le d’un Rhombus , qui ayant dans le 
corps un grand Ver , ainfi qu’on le 
reconnut aprés avoir ouvert le Poif- 
{on , étoit fort gras & fort beau. I 
n’en eft pas de même des Carpes , 
nommées en latin, Cyprim. Celles 
qui ontce Ver fontfi maigres , que 
certains Pécheurs connoïffent à cet- 
te maigreur , qu’elles ont le Veren 
queftion. 

_ Mais pour revenir à ces petites 
portions faites en forme de graines 
de citrouille ou de concombre, on 
peut voir CE que nous en avons 
déja dit Chap. HI. Art. IE mais 
nous remarquerons ici que non- 
feulement Hippocrate à parlé de ce 
figne, comme d’un figne certain 
du Ver dontils'agit, mais qu’Ari- 
fote fait la même chofe dans fon. 


(Ça) Arc. ratur, dei, Epif. 18, 


des P'ers, 395 
Hiftoire des Animaux , Zi. V. 
Cap. 19. 

Au refte ces petits. corps blancs 
faits en forme de graines de ci- 
trouille , font des portions qui fe 
détachent du Tænia de la premiere 
efpéce , comme nous l'avons dit & 
redit plus haut. Ainfi quand elles 
paroiflent dans les fciles d'un Ma- 
lade , il n’y à pas à douter que ce 
Malade n'ait dans fon corps , le Tæ- 
nia. M. Gandolphe , Médecin de 
la Marine à Dunkerque , a envoyé 
en 1709. à FAcadémie Royale des 
Sciences, une petite Differtation fur 
le Tænia, dans laquelle il dit qu'il 
ne croit pas ce figne encore bien 
certain ; & qu'il défireroit qu’on 
obfervât plus exa@tement ces fortes. 
de petits corps blancs, pour voir 
$ ce font des Vers, s'ils font vi- 
vans, ou S'ils Pont cté; & enfin f; 
c'eft quelque chofe de différent du 
Tænia. | 

L’éclairciffement qu'a demandé 
R-deflus , M. Gandolphe , eft chofe 
faite. J'ai, examiné ces portions 
long-temps avant fa Difertations 
ÿen ai vu. une infinité de vivantes. 


392 De l4 Génération 
Ce font des détachés du grand Ver; 
& quand on en rend, c’eft un figne 
infaillible qu'on a le Solitaire. Je: 
renvoye la-deflus à ce que j'ai dit 
plus haut, Chap. II. Art. IL. au 
commencement. ; 
Voilà quels font les fignes du So-- 
litaire ; fignes expreflément mar- 
qués par Hippocrate dans le qua- 
triéme Livre des Maladies. Cet: 
Auteur prétend que la douleur que: 
Fon fent à jeun, dans le foie , quand’ 
on a ce Ver, vient de ceque le Ver: 
va dans ce vifcére, ce qui parôit 
aflez vraifemblable , fi Fon fait ré- 
 fléxion à la finefle du col de cet In- 
feéte , à la petitefle de fa tête , & à. 
h fituation du conduit qui dans: 
Fhomme porte aux inteftins la bile: 
du foie; car ileft facile de com- 
prendre que lorfque l'on eft à jeun. 
ce Ver ne trouvant plus de chyle: 
dans l'eftomac , peut retirer fatète- 
de cetendroit, pour chercher ail-- 
leurs de Ïa nourriture , & que la: 
retirant dans le duodenum qui eft: 
aufli-tôt aprés le pylon, & où il 
trouve l'ouverture du conduit qui 
vient du foie; ilpeut bien auf s’in- 


des Vers. 393 
finuer dans cette ouverture , & a} 
ler de-là jufques au foie , fans qu'il 
en foit empêché par la valvule 
que Mrs Higmorre & Marchette, 
difenc être à ce conduit au-dedans 
du duodenum ; parce qu’en cas que 
cette valvule y foit, ce Ver a la 
tête afez menue , & le col affez dé- 
lié, pour pouvoir fe slifler fous 
cette valvule. Il n'y a qu'une diff- 
culté à cela, qui eft que le fiel du 
foie femble devoir empécher les 
Vers de venir jufqu'à. ce vifcére ; 
mais la faim où nous fuppofons 
celui-ci , qui ne trouve point de 
nourriture , fournit aifément la ré- 
ponfe à l’objcétion. Ce que je dis 
des Vers affamés n'eft point fans 
exemple , & en 1572. le fils du fa- 
meux Wierus difléquant le corps 
d’une fille morte d’hydropifie, y. 
trouva deux Vers longs d’un pal- 
me , dont l’un occupoit tout le 
méat chalidoque , qui va du foie 
dans le duodenum ; & l’autre toute 
la partie gibbe du foie ,( 4) ou ces 
Vers étoient montés, fans doute, . 


| (a) Joann, Wier, de Praflig, Dæmon. Eib. 1. 
- Cap. 16, 


394 De la Génération ù 
dit Wierus , faute d’aliment. 
J'ai dit plus haut, que le Pays étoit 
fouvent un indice qui pouvoit mar- 
quer en général, sil y avoit des 
Vers dans le corps. J'ajoûte que 
c’eft fouvent aufli un figne particu- 
lier pour les différentes efpéces de 
Vers; car fi certains Pays font plus: 
fujets aux Vers que d’autres, il en 
eft auffi qui font plus fujets à tels 
& tels Vers; comme les uns aux 
Afcarides , les autres aux Strongles,, 
c'eft-à-dire , aux Vers longs & 
ronds ; les autres aux Vers plats. (4) 
Et fides Vers des inteftins , nous: 
voulons pafler à ceux qui s'engen- 
drent dans d’autres parties du corps, 
nous verrons qu'il y a des Nations: 
fujettes à des Vers particuliers, qui 
ne fe voyent point ailleurs. Les. 
Américains , par exemple , font fu- 
jets à ces Versnommés Zows , dont 
J'ai parlé au Chapitre troifiéme ; & 
les Africains à des Vers qui leur 
‘viennent ordinairement aux cuifles 
& aux jambes, dont quelques-uns 
font longs d'une aulne, d’autres .. 


(a) Ceux-là font communs en Hollande. Voyez” 
B Lettre de M, Hartfocker, à la fin de ce Traité, 


des V'ers. 395 
de deux, & quelquefois de trois. 
Nous en avons parlé au même Cha- 
pitre. : 

Pour revenir au Solium , ou Tenia, 
que je nomme Solitaire, je ne {ça- 
che point d’autres fignes auxquels 
on puifle conjeéturer qu'il eft dans 
le corps , que ceux que j'ai rappor- 
tés. Ce Ver a cela de particulier , 
qu'étant engendré dés le ventre de 
la mere dans ceux qui Font, il eft 
impofñible de nous en garantir ; 
mais nous pouvons quelquefois 
nous garantir des autres, parce qu'ils 
ne fe produifent pas toüjours en 
nous avant notre naiflance. Nous 
en allons marquer les moyens. 


Fin du Tome premier. 


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UNIVERSITY OF ILLINOIS-URBANA 
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S VERS DANS LE CORPS 


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